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INFO-TURK

A non-government information center on Turkey

Un centre d'information non-gouvernemental sur la Turquie

52th Year / 52e Année
Mai
 
2026 May
N° 573
53 rue de Pavie - 1000 Bruxelles
Tél: (32-2) 215 35 76
Chief Editor /Rédacteur en chef: 
Dogan Ozgüden

Responsible editor/Editrice responsable:

Inci Tugsavul
Human Rights
Pressures on  media
Kurdish Question
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Interior politics
Armed Forces
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Socio-economics
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Titres des évènements du mois
Titles of this month's events


Un combat d’exil qui dure depuis plus d’un demi-siècle…- Doğan Özgüden


Droits de l'Homme / Human Rights

Un combat d’exil qui dure depuis plus d’un demi-siècle…- Do
ğan Özgüden
Police detain students in house raids after fight at METU spring festival
L’article de Doğan Özgüden publié dans la revue Europe Orient
29 nouvelles arrestations dans l'enquête visant le maire d'Istanbul
Constitutional Court finds rights violations in detention of HDP members

Un 1er Mai très suivi, près de 600 arrestations

Des dizaines d'arrestations avant les célébrations du 1er-Mai
Le vice-ministre de l'Éducation limogé après des fusillades dans des écoles

Pression sur les médias / Pressure on the Media

Journalist Reyhan Hacıoğlu sentenced to over four years in prison in 'terror' case
Journalist İsmail Arı faces six years prison for 'spreading disinformation'
Comedian faces three-year prison sentence over Sultan Suleiman joke
Trial begins for murder of journalist Hakan Tosun

Un chanteur populaire gay acquitté du crime d'"obscénité"
Début du procès des suspects du meurtre d'un journaliste
Turquie/Racisme: Trois mots qui font scandale - Ragip Duran

Turkey falls to 163rd in RSF press freedom index
Press freedom groups call on Turkey to abolish ‘disinformation law’

Kurdish Question / Question kurde

ECtHR rules 2016 detention of Kurdish politician Ayla Akat Ata unlawful
Afrin occupée : Le drapeau turc ou rien, même pour la Journée de la langue kurde

Processus de paix turco-kurde bloqué - Ragip Duran
Ankara prisoners not allowed to send letters in Kurdish unless paying for translation
Le PKK appelle les autorités à surmonter les "blocages"
Le club kurde d'Amedspor en 1ère division et la communauté aux anges

"Plus qu'un club": en Turquie, une équipe kurde touche à son rêve

Minorités / Minorities

Turquie-Arménie: instauration de relations commerciales directes

Ara Güler, la légende de la photo turque sur la Croisette
La Turquie et l'Arménie vont restaurer ensemble un pont historique à leur frontière

Politique intérieure/Interior Politics

"Foutaises !", s'écrie le maire d'Istanbul accusé d'espionnage
Dismissed Hakkari mayor sentenced to over 19 years in prison

Forces armées/Armed Forces

La Belgique et la Turquie ont signé neuf accords de défense

Affaires religieuses / Religious Affairs
 



Socio-économique / Socio-economic

En Turquie, les mines "épuisent notre eau", dénoncent les riverains

Men killed 28 women in April
More than six workers killed on the job every day in April

Turkey's inflation in first four months nearly hits year-end target
Le bilan de la tuerie dans une école monte à 10 morts
L'inflation grimpe à 32,4% sur un an en avril

"Ils vont nous chasser d'ici": la reconstruction contestée de la vieille Antioche
Les mineurs impayés mettent fin à leur grève

Nouvelle manifestation de mineurs impayés en grève de la faim


Relations turco-européennes / Turkey-Europe Relations

Une entreprise turque proche d'Erdogan pour les drones de l'armée belge ?
La reine Mathilde accueillie par Mahinur Özdemir, exclue du CDH

Un "imprévu technique" contraint le Premier ministre espagnol à atterrir à Ankara
La Turquie allège sa fiscalité et se rêve en pôle financier régional

Turquie-USA-OTAN / Turkey-USA-NATO



Relations régionales / Regional Relations

Une nouvelle "flottille pour Gaza" partie de Turquie
Un poste-frontière turco-syrien rouvre après douze ans
Arrivée à Istanbul d'une soixantaine de membres de la "flottille pour Gaza"

Chypre et la Grèce / Cyprus and Greece

A Athènes, Macron assure que la France sera aux côtés de la Grèce "quoi qu'il arrive"


Immigration / Migration

Turkish citizens rank first in deportations from EU to third countries
Cem Özdemir est le premier ministre-président allemand d’origine
Un migrant décède en mer Egée, les garde-côtes grecs pointés du doigt

Droits de l'Homme / Human Rights

Un combat d’exil qui dure depuis plus d’un demi-siècle…




Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 10 mai 2026

« C’est un dur métier que l’exil » comme le disait Nazım Hikmet, mais comme le disait
Hasan Hüseyin Korkmazgil, on peut aussi « transformer la douleur en douceur »…
Mai est le mois où İnci et moi avons vécu la douleur atroce de la tension entre la survie et le trépas dans notre propre vie de lutte au début de l’année 1971, et de l’impuissance de n’avoir pu en 1972 sauver nos trois jeunes révolutionnaires, Deniz Gezmiş, Yusuf Arslan et Hüseyin İnan de leur assassinat par la junte fasciste du 12 mars et de la majorité parlementaire à son service…

55 ans se sont écoulés depuis le premier, et 54 ans depuis le second…

Commençons par la douleur du 6 mai…

Il y a 54 ans d’ici, nous n’oublierons jamais l’assassinat lâche des trois jeunes pousses, Deniz Gezmiş, Yusuf Arslan et Hüseyin İnan, sur la potence de la prison centrale d’Ankara, dans l’obscurité de la nuit du 6 mai 1972, sur ordre de la junte de 1971 et avec l’approbation de l’Assemblée nationale et du Sénat de la République de l’époque.

Je me souviens de ma dernière rencontre avec Deniz Gezmiş qui, au moment de son exécution, cria « Vive la fraternité et la lutte pour l’indépendance des peuples turc et kurde ! »…

C’était à la fin septembre 1969. J’attendais que l’huissier m’appelle pour comparaître devant le 4e Tribunal correctionnel d’Istanbul en raison d’un article que j’avais publié dans Ant. Soudain, un grand tumulte se fit entendre à la porte d’entrée, Deniz Gezmiş, menotté par les policiers, était devant, suivi de jeunes révolutionnaires…

Ce jour-là, Deniz avait été arrêté par la police lors d’une descente à la faculté de droit à la suite d’une dénonciation du doyen de la faculté, le professeur Orhan Aldıkaçtı, avec lequel il devait s’entretenir, et emmené au tribunal pour que son mandat d’arrêt, émis par contumace, soit converti en mandat d’arrêt en personne. Ils conduisirent immédiatement Deniz dans une salle d’attente un étage en-dessous.

Après mon audience, je descendis à cet étage où je trouvai Deniz. Il avait toujours les mains menottées. Il me dit : « Mes amis m’ont dit que tu étais acquitté, courage »… « Mais ces procès contre la presse et la jeunesse révolutionnaires ne s’arrêteront jamais. Nous allons affronter des choses pires encore… Ils ont abattu Mehmet Cantekin… Qui d’autre va l’être ? Même si je suis libéré demain, me laisseront-ils la vie sauve ? Mais nous résisterons… »

Deniz avait raison. Le jour de son arrestation, Mustafa Taylan Özgür fut à son tour abattu à Istanbul, et la machine à tuer était en marche. Moins de trois ans plus tard, Deniz, Yusuf et Hüseyin ne furent pas épargnés non plus…

Je n’ai jamais rencontré Yusuf Arslan et Hüseyin İnan en personne, mais j’ai appris à les connaître de nom grâce aux messages qu’ils m’envoyaient durant leur incarcération après leur retour de Palestine. Dans leurs articles, que je publiai dans la revue Ant, ils déclaraient : « Dans le contexte actuel, notamment au Moyen-Orient dont l’impérialisme a fait une zone de guerre chaude, la création d’un front anti-impérialiste rassemblant tous les peuples – peuples de Turquie, d’Iran, arabe, chypriote et kurde – et la formation d’un Cercle révolutionnaire du Moyen-Orient constituent une condition essentielle pour porter un coup décisif à l’impérialisme ».

Alors qu’une campagne sans précédent était menée en Turquie pour empêcher l’exécution de trois révolutionnaires, nous avions, comme tous nos amis en exil, lancé une campagne intensive au nom de l’organisation de la Résistance démocratique.

A Paris, nous rencontrâmes une délégation du Parti communiste d’Union soviétique, comprenant le célèbre compositeur Aram Khatchatourian et Galina Oulanova, une des ballerines du Ballet du Bolchoï, et alors que nous attendions une promesse de soutien à notre campagne, nous fûmes anéantis d’apprendre que le président du Soviet suprême de l’Union soviétique Podgorny se rendait en Turquie pour une visite amicale alors que Deniz et ses camarades étaient dans le couloir de la mort.

Notre douleur s’intensifia lorsque, durant cette visite à Ankara, les condamnations à mort furent confirmées par un vote majoritaire des membres du parti qu pouvoir et de l’opposition à l’Assemblée nationale et au Sénat de la République.

S’agissant de notre exil qui a commencé il y a 55 ans…

Et que dire de cette tension indescriptible vécue, entre survie et trépas, durant les dix premiers jours de mai, il y a exactement 55 ans en Turquie, où nous avions lutté pendant des années au sein des médias et des organisations de gauche ?

En réalité, cette tension avait commencé dès 1970, après la résistance ouvrière des 15 et 16 juin, face à la terreur martiale qui s’ensuivit. Comme nous avions pris position contre cette répression dans la revue Ant en titrant « Les officiers capitalistes ne peuvent juger les travailleurs », je fus menacé par neuf officiers durant mon interrogatoire au Commandement de la 1ère Armée. Cela s’aggrava avec le début des arrestations de jeunes révolutionnaires en février 1971 que nous avions défendu en titrant « Deniz et ses camarades sont des enfants du peuple qui luttent contre le système de pillage » et lorsque nous publiâmes pour la première fois en Turquie l’Histoire Kurde de Cheref-Khan.

Malgré la proclamation de loi martiale par la junte du 12 mars, nous réussîmes à publier le dernier numéro de la revue Ant grâce au dévouement de notre équipe éditoriale et de nos imprimeurs. Ce numéro, que nous parvînmes à diffuser au quatre coins du pays, contenait des articles dénonçant la manœuvres douteuses de la junte et un message de célébration du 1er mai de notre classe ouvrière.

Après la parution de ce numéro, notre revue fut interdite par la loi martiale, ses rédacteurs et journalistes recherchés et poursuivis pour des peines totalisant les 770 ans de prison, et nos bureaux et notre domicile perquisitionnés à plusieurs reprises…

Des annonces de la loi martiale, fréquemment diffusées sur les radios de Turquie et dans les médias aux ordres du régime, nous ordonnaient de nous rendre immédiatement aux militaires. Des affiches portant nos photos et comme titre « Recherchés par la commandement de la loi martiale » furent placardées sur les places publiques et aux postes frontières de Turquie.

Lors d’une réunion secrète de notre comité de rédaction, après avoir examiné les liens d’Ant avec des associations ouvrières et étudiantes progressistes et des politiciens de gauche dans les pays européens, il fut décidé que nous devions quitter illégalement le pays pour poursuivre la lutte pendant un certain temps à l’étranger.    

Nos premières tentatives de fuite par la frontière sud ou les côtes égéennes ayant échoué, nous décidâmes de falsifier les noms et de changer les photos sur les passeports des parents d’İnci afin de quitter la Turquie.

Munis de ce passeport et déguisés, nous quittâmes Ankara le 11 mai 1971 à bord d’un vol Lufthansa et fîmes nos premiers pas en exil à Munich… Avec un faux passeport, nous voyageâmes de pays en pays, en établissant des contacts avec les rédacteurs et les lecteurs d’Ant, ainsi qu’avec les associations ouvrières et étudiantes dont nous diffusions les informations depuis des années, et intensifiâmes nos activités d’organisation d’une Résistance démocratique pour contribuer à la lutte internationale contre la junte à l’étranger. Durant cette période, nous publiâmes des bulletins d’information et des livres en anglais intitulés « File on Turkey », « Man Hunts in Turkey » et « Turkey on Torture » pour informer, à commencer par les membres du Conseil de l’Europe, les organisations internationales de défense des droits humaines et les partis progressistes, sur les répressions, arrestations et actes de torture commis en Turquie.

En raison de ces activités, nous fûmes rapidement aussi déclarés « coupables » en Europe… En 1972, Turhan Feyzioğlu, chef de la délégation parlementaire turque, révéla nos véritables noms depuis la tribune de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et demanda notre arrestation par la police européenne sous prétexte que nous menions des « activités subversives à l’étranger »…

Puis, à la demande de l’état-major, un Livre blanc publié en plusieurs langues par le bureau du Premier ministre nous désigna à la face du monde comme des « coupables » recherchés en vertu de la loi martiale. De ce fait, nous obtînmes aux Pays-Bas le statut de réfugié des Nations Unies au début de l’année 1973.

En 1973, après la publication dans la revue britannique Index d’un de mes articles décrivant les violations de la liberté de la presse en Turquie, et la parution aux Pays-Bas, sous mon vrai nom, de mon livre intitulé « Turquie, fascisme et résistance », les « accusations » se poursuivirent sans relâche.

Après la fondation en 1974 de l’agence Info-Türk, publiant en cinq langues, l’ambassade de Turquie ne tarda pas à intervenir, et alors que nous étions reconnus comme réfugiés des Nations Unies aux Pays-Bas, nous fûmes durant des années privés de permis de travail et de séjour en Belgique sous les pressions de l’ambassade…

Dans ces conditions difficiles, İnci, qui assurait seule la mise en page, l’impression, la reliure et la distribution de toutes les publications, en travaillant jour et nuit, commença également à donner des cours de turc aux enfants de Turquie qui fréquentaient les écoles de la commune de Bruxelles. L’ambassade de Turquie fit rapidement pression sur le bourgmestre de la Ville de Bruxelles pour empêcher le travail d’İnci, mais en vain.

À cette époque, outre nos propres publications, İnci réalisa aussi des publications, tout d’abord pour les deux plus grands syndicats de Belgique, ainsi que pour de nombreuses organisations de défense des droits humains et associations progressistes immigrées.

Après deux brefs voyages en Turquie en 1978, et alors que nous préparions notre retour définitif, le parquet militaire de la Marine me déclara à nouveau « coupable » et émit à mon encontre un mandat d’arrêt à la suite de la publication à Istanbul d’un livre que j’avais traduit sur le militarisme…

Répressions après le coup d’État du 12 septembre

Après le coup d’État du 12 septembre 1980, nous accueillîmes Behice Boran, la présidente du Parti ouvrier de Turquie (TİP) et d’autres responsables dirigeants du parti arrivés comme réfugiés en Belgique, et les aidâmes à nouer des relations internationales. Le 14 février 1981, nous organisâmes une manifestation de masse contre la junte du 12 septembre au centre de Bruxelles.

À cette époque, comme nos amis de l’opposition en exil, nous fûmes traités de « dégénérés » par Kenan Evren et, en 1983, déchus de notre nationalité turque par un décret signé par le vice-Premier ministre Turgut Özal.

Malgré toutes ces pressions, à nouveau à l’initiative d’İnci, les Ateliers du Soleil, offrant des services éducatifs et culturels à des femmes, des hommes et des enfants de plus de 50 nationalités différentes, notamment des réfugiés turcs, kurdes, arméniens et assyriens, furent créés.

En 1986, après avoir témoigné sur la chaîne française A2 de l’oppression exercée contre les Kurdes, les Arméniens et les Assyriens en Turquie, je fus interdit d’entrée sur le territoire français par le gouvernement Mitterrand sous la pression du gouvernement turc…

En 1988, lors d’une conférence de presse à Bruxelles, à la suite de nos questions sur la situation des droits humains en Turquie, le Premier ministre de l’époque, Turgut Özal, nous jugea à nouveau « coupable » et nous fit remettre une nouvelle fois, par l’intermédiaire de l’ambassade de Bruxelles, le décret de « dénaturalisation » datant de cinq ans auparavant et portant sa signature.

Après avoir été rendus « apatrides », afin de pouvoir voyager librement dans les pays européens, notre demande de naturalisation pour obtenir la nationalité belge fut bloquée pendant des années par le parquet fédéral du Royaume de Belgique, là encore sous la pression de l’État turc.

Le 27 septembre 2002, un tribunal d’Istanbul me déclara « coupable » d’avoir soi-disant insulté l’armée turque dans un article que j’avais écrit pour la revue Yazın à l’occasion du 30e anniversaire du coup d’État du 12 mars, et émit un mandat d’arrêt à tous les points de passage frontières afin que je sois immédiatement arrêté si je revenais en Turquie.

Notre « culpabilité » aux yeux de l’État turc n’a jamais cessé avec les provocations à notre encontre par l’entremise des médias turcs au service du régime à Bruxelles, et les accusations de « trahison à la patrie » à l’époque du gouvernement AKP… À tel point qu’en 2008, une campagne de lynchage fut lancé à mon encontre par le biais à la fois de certains sites internet turcs et de la presse quotidienne en Turquie, simplement pour avoir contribué à l’organisation d’une conférence sur le génocide du Dersim au Parlement européen.

À la suite de cela, comme annoncé dans le journal La Libre Belgique du 13 décembre 2008, l’État belge fut contraint de me placer sous protection.

En 2015, parce que j’avais soutenu la reconnaissance du génocide des Arméniens, je fus pris pour cible par un site internet en turc qui publia une photo de moi prenant la parole devant le Monument au génocide des Arméniens à Bruxelles, accompagnée de la légende « Apprenez à bien connaître cet homme ! »

Et en 2016, le même site internet me prit à nouveau pour cible, en affirmant : « Ceux qui, à la moindre occasion, prennent parti pour les organisations terroristes et les séparatistes opèrent à l’intérieur même des limites de la commune de Saint-Josse à Bruxelles ! À la tête de ces associations anti-turques, se trouve leur chef, Doğan Özgüden, fondateur d’Info-Türk et ancien vétéran de gauche… »

L’obscure officine du nom de Fondation pour la recherche politique, économique et sociale (SETA), chargée par la dictature de l’AKP de surveiller l’identité et les activités des dissidents à l’étranger, n’a pas tardé à me prendre pour cible dans un rapport de 666 pages publié en 2019 :

« Doğan Özgüden, qui a fui en Europe après le Mémorandum du 12 mars 1971, est connu en Turquie pour ses articles dans divers journaux et comme représentant du Parti ouvrier de Turquie.

« Özgüden, qui a regroupé les citoyens turcs en Europe sous la bannière de la gauche, a fondé le Mouvement de Résistance démocratique de Turquie à travers l’Europe et a commencé à publier des revues s’attaquant à la Turquie.

« Il a continué à produire une rhétorique anti-Turquie à travers des structures intitulées Union pour la Démocratie entre 1975 et 1982, Collectif 1971 en 2006-2008 et Assemblée européenne pour la Paix en 2008. La structure dénommée Assemblée européenne pour la Paix, fondée en 2008, en particulier, a concentré ses activités sur la « question kurde » et a reçu le soutien de nombreuses organisations affiliées ou liées au PKK. On sait qu’Özgüden, fondateur et rédacteur en chef de l’agence Info-Türk, a tenu des réunions conjointes avec des représentants de haut rang du PKK tels que Remzi Kartal et Zübeyir Aydar. ».

La lutte organisationnelle des exilés politiques…

Dans mon discours d’ouverture à l’Assemblée des Exilés en Europe, dont je suis fier d’être un membre fondateur, le 15 décembre 2012 à Cologne, j’avais déclaré ceci :

« Mes soixante années de vie professionnelle et politique en qualité de journaliste se sont toujours déroulées sous le joug du militarisme, des lois martiales, des tribunaux militaires et des coups d’État.

« Lorsqu’İnci et moi sommes arrivés en Europe comme exilés politiques, nous nous sommes retrouvés au cœur d’une grande lutte anti-impérialiste et antifasciste qui a véritablement transcendé les frontières nationales. Tandis que la dictature des généraux se poursuivait en Turquie, des colonels étaient au pouvoir en Grèce et des régimes fascistes régnaient au Portugal et en Espagne.

« Il y a eu ensuite la résistance contre le coup d’État de Pinochet au Chili. Et aussi les organisations communes contre eux…

« Tous ces régimes inhumains se sont effondrés les uns après les autres. Les putschistes ont été traduits en justice, et certains ont passé le reste de leur vie en prison.

« Un fait tout aussi important : avec l’effondrement de ces régimes, des centaines de milliers d’exilés politiques, séparés de leur pays depuis des années, sont immédiatement rentrés chez eux sans craindre d’être de nouveau arrêtés.

« Je me souviens très bien du jour où la junte grecque a été renversée, à l’été 1974. Nos amis grecs exilés à Bruxelles étaient fous de joie de pouvoir rentrer librement dans leur pays après tant d’années. Toutes les figures importantes de l’exil politique grec – communistes, socialistes, anarchistes, libéraux – avaient mis de côté leurs divergences idéologiques pour célébrer cet évènement historique, nous invitant à partager leur joie. Ils buvaient à profusion et dansaient le sirtaki.

« La plupart avaient déjà réservé leurs billets d’avion ou de train ce soir-là, impatients de partir pour la Grèce.

« Malgré toutes les prétentions du régime d’Ankara à devenir plus civil et démocratique, les exilés politiques de Turquie n’ont jamais connu une telle joie.

« Je comprends parfaitement le cri qui anime l’appel commun qui nous rassemble aujourd’hui : ‘Nous ne voulons pas vivre comme exilés pour le reste de notre vie’

« Je ressens aussi en moi les émotions qui ont suscité cet appel. La lutte pour nous libérer de l’exil est sacrée.

« Mais si l’exil est un destin irréversible, considérer son nouvel espace comme une seconde partie, y poursuivre le combat en exploitant toutes les ressources disponibles et en acquérant de nouvelles compétences, est une autre manière honorable de témoigner du respect de soi et de service son peuple, sa culture et sa terre natale.

« Les meilleurs exemples en ont été donnés par des combattants créatifs du monde des arts et des sciences comme Nazım Hikmet, Yılmaz Güney, Ahmet Kaya et Fahrettin Petek… Et aussi par des milliers d’anonymes issus des diasporas arménienne, assyrienne, kurde, yézidie et turque… »

Au cours des 14 années qui ont suivi cette rencontre, le régime fasciste islamiste de Tayyip Erdoğan a ajouté de nouvelles valeurs et des combattants productifs et créatifs à notre armée d’exilés.

Le 11 mai 2026 marquera le 55e anniversaire du début de notre exil, qui a radicalement transformé nos vies et nos destins, à İnci et à moi, qui dure depuis plus d’un demi-siècle…

Il y a 15 ans, j’avais documenté dans un livre intitulé Journaliste ‘apatride’, et publié successivement en deux volumes, notre vie de lutte en Turquie et en exil et les raisons de notre exil, les problèmes de notre vie en exil, nos responsabilités et nos luttes.

Un de mes derniers livres,  « Une rebelle dans l'encre d'exil », publié en 2023, est consacré à la vie semée d’embûches d’Inci.

Mes articles dans Artı Gerçek et les bulletins d’Info-Türk, ainsi que tous mes écrits publiés depuis le premier jour de mon exil, aussi bien à l’étranger qu’en Turquie, de même que les entretiens réalisés avec İnci et moi, sont compilés dans les neuf volumes de mes ouvrages intitulés Écrits d’Exil, publiés successivement dans les sept dernières années. 

Tous les volumes de Journaliste ‘apatride’, tout comme des Écrits d’Exil et Une rebelle dans l'encre d'exil ont été publiés en Turquie par les éditions Belge.

Depuis notre exil le 11 mai 1971, jusqu’à nos jours, les livres, revues, brochures, bulletins d’information et communiqués, que nous avons écrits et publiés en plusieurs langues au nom d’un certain nombre d’organisations de résistance, à commencer par Info-Türk, dépassent les 15 000 pages.

Une grande partie de nos documents relatifs à nos combats en exil, correspondances privées et organisationnelles, photographies, films et vidéos, enregistrements audio, affiches, manifestes, sont conservés à l’Institut International d’Histoire Sociale (IISG) à Amsterdam depuis 2013, tandis qu’une part importante de notre bibliothèque personnelle se trouve à la Bibliothèque Royale de Belgique à Bruxelles.

Nous avons confié les archives de coupures de presse que nous avons constituées dès le premier jour de notre exil à nos amis arméniens de l’Association des Arméniens démocrates de Belgique.

Les versions numériques des livres, brochures et bulletins d’information que nous avons publiés en exil sont accessibles depuis longtemps à l’adresse suivante : https://www.info-turk.be/documents-pdf.htm Ceux-ci comprennent des journaux, manifestes et livres publiés au nom du Parti ouvrier de Turquie et de l’Union pour la Démocratie. Nous avons aussi mis en ligne sur cette même page les versions numériques de tous nos livres publiés par le journal Akşam et les éditions Ant durant nos années de lutte en Turquie.

Oui, le 11 mai 2026, nous avons franchi le 55e anniversaire de notre exil.

Si notre vie et notre état de santé à notre âge avancé nous le permet, nous poursuivrons le combat et resterons solidaires des forces démocratiques qui, en Turquie, continuent courageusement leur lutte malgré les pressions, les machinations et les écrans de fumée du gouvernement de Tayyip.

Traduction: Mazyar KHOOJINIAN  

Police detain students in house raids after fight at METU spring festival

Police detained several students in morning house raids today following a physical altercation at the Middle East Technical University's (METU) spring festival.

The incident occurred on during a concert by İlkay Akkaya on May 6, when a group of right-wing students opened a Turkish flag and performed the grey wolf gesture while chanting "We are the soldiers of Mustafa Kemal" targeting the singer. A fight broke out shortly after the demonstration.

After the incident, leftist students were subsequently targeted on social media by claims that they had "attacked the Turkish flag."

The Ankara Chief Public Prosecutor’s Office launched an ex officio investigation covering allegations of "insulting the signs of state sovereignty," "qualified intentional injury," "threat," and "insult."

The General Directorate of Security (EGM) announced that judicial proceedings concerning the incidents during the concert had begun against six individuals identified by their initials.

"Our glorious crescent and star red flag is the greatest symbol of our nation’s will for independence," the directorate stated.

Before the raids, the İstiklal Kadınları Hareketi (Women of Independence Movement), a group linked to the anti-refugee Victory (Zafer) Party, posted on social media yesterday, "Expect news of detentions tonight."

Students dismiss claims of attacking flag

METU students issued a joint statement yesterday, arguing that the incident was being deliberately framed as an "attack on the flag" to mask a planned provocation against the student festival.

"The artist on stage at Devrim Stadium was booed by a group in a planned and organized manner," the students said.

The students called on the university administration to prevent actions that harm the festival’s continuity.

"The best thing we can do against these attacks is to embrace the tradition started by those who wrote DEVRİM on the stadium," the statement continued. "We must raise our voices in every field and say: The festival belongs to ODTÜ, and ODTÜ belongs to us." (BIA, 8 May 2026)

L’article de Doğan Özgüden publié dans la revue Europe Orient



Juillet-Décembre 2025

Cela fait exactement 75 ans jour pour jour... J'étais un jeune lycéen à Ankara... Le 14 juillet 1950, la nouvelle Grande Assemblée nationale, formée après la victoire du Parti démocrate aux élections législatives, devait voter la « loi d'amnistie générale » dont on parlait depuis des mois.

Ni dans ma famille, ni dans celle de mes amis, il n'y avait pas de parents emprisonnés dont nous attendions la libération. Néanmoins, mon père cheminot, qui était un admirateur de Nazım Hikmet, s'inquiétait de savoir si le grand poète, emprisonné depuis des années, serait libéré... Moi qui, déjà pendant mon enfance, avais admiré les poèmes de Nazım dans la bibliothèque de mon père, j'attendais avec impatience le résultat du vote au Parlement, car il était dit que même si une amnistie générale était accordée, les prisonniers condamnés pour organisation et propagande communiste n'en bénéficieraient pas.

D'après ce que nous avons lu dans le quotidien Cumhuriyet le lendemain, 103 personnes qui purgeaient une peine de prison pour propagande communiste ne bénéficieraient pas de l'amnistie générale. Nazım Hikmet, par contre, bénéficierait de l'amnistie, non pas pour "organisation et propagande communiste", mais parce qu'il avait été condamné à 28 ans et 4 mois pour subversion de l'armée et incitation à la rébellion militaire et qu'il avait purgé environ un tiers de sa peine.

Cependant, lors des débats au Parlement, le ministre des transports Tevfik İleri avait prononcé le discours suivant afin de s'assurer que Nazım Hikmet soit maintenu en prison parce qu'il était communiste :

"Douter du communisme de Nazım Hikmet serait une erreur. Hier encore, en prison, Nazım Hikmet a déclaré : ‘Une moitié de mon cœur est abattue chaque matin en Grèce, l'autre moitié est abattue en Chine. Je suppose que l'autre moitié de son cœur est abattue en Corée ! Nazım Hikmet est un communiste absolu, lui-même ne l'a pas nié".

Néanmoins, la majorité du Parlement a approuvé la libération de Nazım Hikmet au motif qu'il avait été condamné en vertu de l'article 94 du code pénal militaire, et non des articles 141 et 142 du code pénal turc.

Libéré le 15 juillet 1950, Nazım Hikmet a été appelé au service militaire à un âge avancé, alors qu'il n'y était pas légalement obligé. Pour éviter d'être victime d’un complot dans l'armée, il a quitté Istanbul le 17 juin 1951 et s'est rendu à Moscou via la Roumanie. Tout de suite, il a été déchu de sa nationalité turque par une décision du Conseil des ministres du 25 juillet 1951.

Après deux semaines de l’amnistie générale, les communistes ont été arrêtés le 29 juillet 1950 pour avoir envoyé un message de protestation à la présidence de la Grande Assemblée nationale turque au nom de l'Association des défenseurs de la paix en réponse à la décision du Parti démocrate d'envoyer une brigade en Corée pour assurer l’acceptation de la Turquie à l'OTAN. Six mois plus tard, le 30 décembre 1950, ils ont été condamnés à quinze mois d'emprisonnement chacun par un tribunal militaire au motif qu'ils avaient « tenté, à des fins politiques, de perturber l'amitié de la Turquie avec les États-Unis et de saper la confiance du public dans le gouvernement ».

La grande arrestation des membres du Parti communiste de Turquie en 1951 ne tarde pas à suivre, et 118 des intellectuels et dirigeants syndicaux les plus en vue de Turquie, dont Şefik Hüsnü Deymer, Zeki Baştımar, Reşat Fuat Baraner, Mehmet Bozışık, Halil Yalçınkaya, Vedat Türkali et Mihri Belli, sont condamnés à des peines allant jusqu'à dix ans de prison et jusqu'à trois ans d'exil.

En 1950, on avait essayé d’empêcher le bénéfice de l'amnistie générale pour les communistes. 24 ans plus tard, sous le gouvernement CHP-MSP, issu des élections de 1974 qui ont suivi le coup d'État du 12 mars 1971, nous avons assisté à quelque chose de similaire.

Dans les années 60-70, de nombreux procès ont été intentés contre nous en vertu des articles 141 et 142 du code pénal turc en raison de nos publications et des peines de prison ont été requises allant jusqu'à 300 ans.

Quelque temps après la formation de la coalition dans laquelle Bülent Ecevit était premier ministre et Necmettin Erbakan vice-premier ministre, une amnistie politique a été adoptée et la libération des islamistes arrêtés et condamnés en vertu de l'article 163 du code pénal turc a été approuvée à l'unanimité, mais lorsqu'il s'est agi de l'amnistie des gens de gauche arrêtés et condamnés en vertu des articles 141 et 142, les députés du MSP ont voté « non » avec grande fierté. Ce n'est que quelques mois plus tard qu'ils ont pu être libérés du cachot grâce à la décision de la Cour constitutionnelle.

75 ans après l'amnistie de 1950 et 51 ans après l'amnistie de 1974, selon les statistiques annoncées par la direction générale des prisons et des maisons de détention de Turquie, au 2 juin 2025, il y a 403 060 prisonniers dans les prisons turques, dont 359 227 condamnés et 57 700 arrêtés. Une partie importante de cette masse est constituée de citoyens de l'opposition qui ont été privés de leur liberté en raison de leurs choix politiques, comme Selahattin Demirtaş, Osman Kavala et Ekmel İmamoğlu… Des maires ont été démis de leurs fonctions, arrêtés et remplacés par des fantoches du régime.

Il ne fait aucun doute que de nombreux autres citoyens turcs vivent dans la clandestinité ou en exil parce qu'ils sont membres d'organisations ou des médias de différentes tendances qui s'opposent à la dictature de Tayyip Erdogan.

Si l'on veut vraiment faire un pas sérieux dans le processus que l'AKP et le MHP appellent « Turquie sans terreur » et l'opposition « Paix et société démocratique », le premier travail concret de la commission interpartis formée au Parlement devrait être de veiller à ce qu'une loi garantissant la libération immédiate de tous ces condamnés et détenus politiques, de ceux qui sont exilés ou qui sont contraints de vivre dans la clandestinité, soit adoptée par l'Assemblée générale du Parlement avant le début des vacances législatives.

Non à « une alliance tripartite sur base de la fraternité islamique turco-kurde-arabe » qui dominera la géographie du Moyen-Orient…

Le peuple de Turquie, avec ses Turcs, Kurdes, Arméniens, Assyriens, Grecs et Arabes, aspire à un pays vraiment démocratique.

Pour réaliser cette aspiration, il faut une amnistie générale, vider les prisons, mettre un terme aux chasses à l'homme sur le sol turc, dans les pays voisins et dans les diasporas…

Tant Abdullah Öcalan à İmralı que les membres du PKK qui ont mis le feu à leurs armes hier en Irak au nom de la « paix » doivent reprendre leur place dans la vie politique de Turquie.

Et de toute urgence...

Assez de rhétorique, êtes-vous vraiment pour cela ?


29 nouvelles arrestations dans l'enquête visant le maire d'Istanbul

Vingt-neuf personnes ont été arrêtées vendredi pour des soupçons de trucage d'appels d'offres dans l'enquête pour "corruption" visant le maire d'opposition d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, a rapporté l'agence de presse étatique Anadolu.

Selon Anadolu, les vingt-neuf suspects sont accusés d'avoir participé à un "système d'appels d'offres fictifs ou irréguliers" via une filiale de paysagerie de la municipalité d'Istanbul.

Parmi les suspects figure la directrice des parcs et jardins de la mégapole turque.

Cette opération intervient alors que le maire d'Istanbul, considéré comme le plus sérieux rival du président Recep Tayyip Erdogan, est jugé depuis deux mois aux côtés de 413 co-accusés.

Arrêté en mars 2025, Ekrem Imamoglu est accusé d'avoir dirigé un vaste réseau criminel qualifié de "pieuvre", ce qu'il récuse. (AFP, 8 mai 2026)

Constitutional Court finds rights violations in detention of HDP members

The Constitutional Court ruled that the rights to liberty and security of Ahmet Bayazit and Livan Orman, members of the pro-Kurdish Peoples’ Democratic Party (HDP), were violated following their arrests in 2022.

The court stated that the evidence used to justify the detention of the two applicants on charges of "membership in a terrorist organization" did not constitute a strong suspicion of guilt. It ordered the state to pay 200,000 liras in non-pecuniary damages to each applicant.

Livan Orman, a member of the HDP Party Assembly, and Ahmet Bayazit, a member of the HDP Youth Assembly, were detained on Jul 29, 2022, as part of an investigation by the İstanbul Chief Public Prosecutor’s Office. The İstanbul 3rd Penal Court of First Instance ordered their arrest on Aug 1, 2022. They were later released under judicial control measures by the İstanbul 25th Heavy Penal Court on Sep 7, 2022.

Peaceful event

In its evaluation of Livan Orman’s case, the Constitutional Court examined an HDP Beşiktaş district branch event held on Jun 16, 2019. The court noted there was no concrete evidence that the event was not peaceful, involved violence, or was organized under instructions from an illegal organization.

The ruling emphasized that there was no evidence Orman shouted slogans, carried banners, or directed participants during the event. The court added it was unclear how his participation in an event three years prior could serve as a concrete basis for a detention order.

The court also addressed messages sent by Orman, including the phrase "Come here, we need to get something." It ruled that interpreting this statement as evidence of illegal activity was based entirely on assumptions. The court noted that no concrete data showed Orman used applications like WhatsApp, Instagram, or Telegram for organizational motives.

Regarding Ahmet Bayazit, the court reviewed personal notes found in his home. The court found these documents supported the defense that they were personal notes regarding an HDP Youth Assembly congress held in Diyarbakır in 2021.

Unsubstantiated accusations

The ruling stated that while the notes contained critical expressions, they did not directly encourage violence or glorify terrorist acts. The court held that personal notes found in a home that were not shared with the public could not be reasonably interpreted as a link between Bayazit and an illegal organization.

The court also dismissed the claim that Bayazit’s presence in a Telegram group titled "2nd Region Youth Assembly" constituted evidence for arrest. It noted there was no finding that the group belonged to an illegal youth structure rather than the HDP. His membership alone, without proof of organizing violent activities, did not meet the threshold for strong suspicion of a crime.

The court concluded that the prosecution failed to establish the necessary legal grounds for the detentions.

"It has been concluded that the strong indication that a crime was committed, which is required for detention, was not sufficiently demonstrated by the investigative authorities for either applicant," the court stated.

The court ruled that the right to liberty and security under the third paragraph of Article 19 of the Constitution was violated. Bayazit and Orman will each receive 200,000 liras in compensation. (BIA, 5 May 2026)

Un 1er Mai très suivi, près de 600 arrestations

Des milliers de manifestants ont rejoint les célébrations du 1er Mai en Turquie vendredi, malgré des déploiements en force de policiers à Ankara, la capitale et à Istanbul, entièrement verrouillée, où près de 600 personnes ont été interpellées.

Selon un bilan livré par le bureau du gouverneur d'Istanbul, à 18H00 (15H00 GMT), 575 personnes se trouvaient en garde à vue, qualifiées de "marginaux (qui) ont fait fi des décisions prises en matière de sécurité", selon le comuniqué.

L'Association des avocats ÇHD qui s'était déployée sur le terrain avait comptabilisé "au moins 550" interpellations deux heures auparavant, parfois musclées; la police a fait usage de gaz lacrymogènes depuis des véhicules anti-émeutes, au milieu de la foule, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Les autorités ont ainsi empêché les manifestants de rejoindre la place Taksim, haut lieu de la contestation stambouliote, fermée aux rassemblements depuis 2013 et une vague de manifestations antigouvernementales.

Un responsable syndical, Basaran Aksu, a été arrêté alors qu'il venait de dénoncer ce verrouillage: "On ne peut pas fermer une place aux travailleurs de Turquie. Tout le monde utilise Taksim, pour les cérémonies officielles, les célébrations. Seuls les ouvriers, les travailleurs, les pauvres se voient fermer la place".

Des images diffusées par la chaine d'opposition HALK TV montraient aussi le président du Parti des travailleurs de Turquie, Erkan Bas, noyé sous une douche de gaz au poivre.

"Le pouvoir parle déjà 365 jours par an, laissez donc les travailleurs parler des difficultés qu'ils vivent au moins un jour par an", a-t-il dénoncé.

Les syndicats et associations avaient appelé aux rassemblements sous le slogan "Pain, Paix, Liberté", alors que l'inflation officielle dépasse toujours les 30% - et même 40% à Istanbul selon la Chambre de Commerce - et que les autorités procèdent régulièrement à des vagues d'arrestations dans les rangs de l'opposition parlementaire et de la presse.

Dès le début de la semaine, plusieurs dizaines de personnes avaient été placées en garde à vue en amont du 1er Mai.

A Ankara, la centaine de mineurs d'une mine de charbon qui avaient suivi une grève de la faim neuf jours durant pour réclamer le paiement de leurs salaires ont été acclamés en se joignant au cortège, particulièrement fourni et jeune,  dans ue ambiance fetsive malgré un important déploiement policier, a constaté une journaliste de l'AFP.

Comme à l'accoutumée, Istanbul avait été placée sous cloche dès le milieu de la nuit, les quartiers centraux de la rive européenne entièrement cernés de barrière métallique et les lignes de métro bus et tramway suspendues.

Simultanément, un rassemblement autorisé sur la rive asiatique du Bosphore, à l'appel de confédérations syndicales, a réuni dans le calme plusieurs milliers de personnes, selon un journaliste de l'AFP et la presse. (AFP, 1 mai 2026)

Des dizaines d'arrestations avant les célébrations du 1er-Mai

Près d'une quarantaine de personnes dont des journalistes, des syndicalistes et des opposants, ont été arrêtées mardi en prévision des célébrations du 1er Mai à Istanbul, traditionnellement verrouillées par la police, rapportent plusieurs sources.

Le bureau du procureur général d'Istanbul a annoncé à la presse des mandats d'arrêt et des perquisitions visant soixante-deux personnes, dont quarante-six "susceptibles de commettre des attentats".

Parmi elles, trente-neuf personnes ont été interpellées, à Istanbul et dans un quartier de Kocaeli (nord-ouest), a-t-il précisé.

Selon l'association de défense de la presse et des droits MLSA, qui évoque "46 arrestations", des perquisitions ont été menées chez un avocat et dans les locaux des journaux d'opposition Özgür Gelecek et Yeni Demokrasi "dont les portes ont été enfoncées".

Selon "l'avocat Serhat Alan, dont le domicile a été perquisitionné, les documents de garde à vue concernant 46 personnes lui ont été présentés", écrit la MLSA, ajoutant que "ce dossier faisant l'objet d'une décision de confidentialité de 24 heures, des restrictions ont été imposées pour l'accès aux avocats".

Le principal parti pro-kurde DEM, troisième force au parlement, a dénoncé "avant même le 1er mai, des opérations ciblant la gauche et les socialistes" et ainsi que des organisations étudiantes.

"De nombreux camarades ont été placés en garde à vue" s'insurge le DEM, évoquant des "interventions visant à rétrécir l'espace de la politique démocratique" et qui ne feront "qu'approfondir les tensions sociales", estime-t-il.

Chaque année, le 1er-Mai donne lieu à un important déploiement policier qui verrouille intégralement, dès la veille au soir, un large périmètre au coeur d'Istanbul et autour de la place Taksim, lieu emblématique des contestations fermé aux manifestations, sur la rive européenne du Bosphore.

En mai 2025, alors que les manifestations s'étaient déplacées vers le quartier de Kadikoy, sur la rive asiatique, plus de 400 personnes avaient été arrêtées. (AFP, 28 avril 2026)

Le vice-ministre de l'Éducation limogé après des fusillades dans des écoles

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a limogé le vice-ministre de l'Éducation après deux fusillades dans des écoles qui ont fait neuf morts, selon le Journal officiel publié vendredi soir.

Huit élèves âgés de 10 et 11 ans ainsi qu'un enseignant ont été tués en avril lorsqu'un adolescent de 14 ans a ouvert le feu dans une école de la province méridionale de Kahramanmaras.

Selon les autorités, l'assaillant, mort sur les lieux, était en possession de cinq armes à feu, et il était le fils d'un ancien inspecteur de police, qui a depuis été arrêté.

Lors d'une autre attaque dans la province de Sanliurfa, dans le sud-est du pays, un ancien élève a ouvert le feu dans son ancien lycée, avant de se donner la mort.

En vertu d'un décret signé par M. Erdogan, le vice-ministre de l'Éducation Nazif Yilmaz a été démis de ses fonctions et remplacé par Cihad Demirli.

Ces événements ont suscité une vive indignation dans l'opinion, et M. Erdogan a déclaré que le gouvernement introduirait des restrictions sur la détention d'armes à feu. (AFP, 25 avril 2026)

Pression sur les médias / Pressure on the Media

Journalist Reyhan Hacıoğlu sentenced to over four years in prison in 'terror' case

The Van 2nd Heavy Penal Court sentenced journalist Reyhan Hacıoğlu to four years and two months in prison for "knowingly and willingly aiding a terrorist organization." The court also ruled for the continuation of a ban on traveling abroad as a judicial control measure.

The verdict hearing was attended by defense lawyers and representatives from civil society organizations, while Hacıoğlu was not present in the courtroom.

During the hearing, the prosecutor reiterated their earlier opinion requesting that the journalist be punished on charges of membership in a terrorist organization.

Defense lawyers called for Hacıoğlu's acquittal, arguing the case was based on her professional journalism activities. Attorney Resul Temur stated the accusations lacked merit and emphasized that his client was merely performing her job as a journalist.

Hacıoğlu was initially detained in Van on Jan 17, 2025, during house raids conducted as part of an İstanbul-based investigation. She was formally arrested on Jan 20 on charges of membership in a terrorist organization and was later released pending trial during the first hearing on Jun 13.

'I stand behind and every word I said'

Following the ruling, Hacıoğlu released a statement on social media. "I stand behind every report I made and every word I said. You cannot cover up the truth with the sentences handed down," she wrote.

Hacıoğlu further criticized government policies and the judicial system in her statement:

"Journalism is not a crime; it is a crime to pit this country and these peoples against each other, to attack, to arrest, to plunder nature, to carry out inhuman practices in prisons, to isolate a person by cutting off their communication—their most basic right—to usurp the will of the people, and to leave harassment and rape unpunished."

"We will continue to stand against this, to report on it, and to follow in the footsteps of our colleagues who paid a price for the TRUTH! Because we have a belief in the TRUTH that we know will have a magnificent end." (BIA, 14 May 2026)

Journalist İsmail Arı faces six years prison for 'spreading disinformation'

The Press Crimes Bureau of the Ankara Chief Public Prosecutor's Office has prepared an indictment against BirGün reporter İsmail Arı, seeking up to six years in prison for "spreading misleading information" and "violating confidentiality."

The charges stem from Arı’s news reports and social media commentary. Arı was detained during a house raid on Mar 21 and remains in pretrial detention.

News subject to accusations

Arı’s statements regarding President Recep Tayyip Erdoğan’s family members serving on the boards of foundations such as TÜGVA, TÜRGEV, and İlim Yayma Cemiyeti formed the basis for the charge of spreading misleading information. Arı had reported that public resources are channeled to these organizations and that they benefit from tax exemptions.

Prosecutors also included Arı’s posts concerning a dorm construction project at the İstanbul İmam Hatip High School in Fatih where President Erdoğan graduated. Arı had reported that the dormitory construction had begun on Treasury land that included registered cultural assets.

Regarding the news, the indictment used a statement from the Presidential Communications Directorate's Center for Combating Disinformation (DMM) as evidence against Arı. The center had labeled the report as "clear disinformation."

Arı's post about a 630 million liras corruption investigation involving the Yunus Emre Foundation was also included in the indictment. Regarding this report, the prosecution charged Arı with violating confidentiality, noting that the Ankara 2nd Penal Court of First Instance had issued a restriction order on the investigation on Dec 23, 2024.

The prosecution is seeking one to three years for spreading misleading information and an additional one to three years for violating confidentiality. (BIA, 13 May 2026)


Comedian faces three-year prison sentence over Sultan Suleiman joke

An indictment has been prepared against comedian Tuba Ulu following a joke about Ottoman Sultan Suleiman the Magnificent made during a stand-up performance.

The İstanbul Chief Public Prosecutor’s Office is seeking a prison sentence of up to three years for Ulu on charges of "inciting the public into hatred and hostility."

The accusation concerns the joke where Ulu said, "even Sultan Suleiman married his fuck buddy," referring to the sultan's relationship with Hürrem Sultan.

A clip from the performance containing the remark circulated on social media last month, leadint o a targeted campaign against the comedian and a subsequent criminal investigation.

Ulu was detained and accused of insulting historical, national, and spiritual values. She was later released under judicial control.

Following her release, she issued an apology on social media, sayign, "To perform satire, it may be necessary to stretch or exaggerate some boundaries, and the adjustment might be off for some people."

Ulu’s accounts on X and YouTube were also blocked from access after the incident. (BIA, 11 May 2026)


Trial begins for murder of journalist Hakan Tosun

The first hearing in the trial of two defendants facing life imprisonment for the intentional murder of journalist and environmental activist Hakan Tosun was held in Bakırköy, İstanbul, on May 6.

The Bakırköy 17th Heavy Penal Court heard 13 witnesses during the hearing and ruled for the continued detention of the two defendants. The next hearing is scheduled for Jul 8.

Tosun was physically assaulted by two individuals on Oct 10 while walking to his home in Esenyurt, İstanbul. He died at the hospital after sustaining severe blows to the head.

Abdurrahman Murat, 19, and Adnan Şahin, 25, were detained and formally arrested following the attack, which was captured on local security cameras.
The hearing

Before the hearing Tosun's family members, journalists and environmental activists carried out a march to the courthouse, demanding justice and all motives and entities behind the murder be fully uncovered.

The court restricted access to the hearing, allowing only a few people and seven journalists to enter, leaving many out. The decision led to a brief confrontation where police used shields to push back members of the press.

Following insistence from the Tosun family's lawyers, the court opened an additional hall where activists, representatives, and other journalists watched the proceedings via video conference.

While the family was present in the courtroom, the defendants participated from prison through a video link. (BIA, 11 May 2026)


Un chanteur populaire gay acquitté du crime d'"obscénité"

Le chanteur populaire turc Mabel Matiz, accusé d'"obscénité" pour des paroles décrivant un rapport sexuel entre hommes, a été acquitté vendredi par un tribunal d'Istanbul, a indiqué à l'AFP l'une de ses avocates.

Le ministère turc de l'Intérieur avait annoncé en septembre avoir déposé une plainte contre le chanteur ouvertement homosexuel, dans un contexte de pression sur les artistes et d'attaques répétées du président Recep Tayyip Erdogan contre les LGBTQ+.

"Qu'ils me déshabillent et me jettent sur un oreiller/ Qu'ils me retrouvent éreinté/ Qu'ils me crucifient", dit le refrain de sa chanson "Perperisan".

Un procureur avait requis une peine allant jusqu'à trois ans de prison contre l'artiste âgé de 40 ans, mais le tribunal l'a acquitté en estimant que les éléments constitutifs du crime d'"obscénité" n'étaient pas réunis, a déclaré à l'AFP son avocate Efsun Türker.

Un avocat du ministère de la Famille avait dénoncé au cours du procès une "atteinte à la pudeur", tandis que des médias progouvernementaux accusaient Mabel Matiz d'être "un missionnaire LGBT".

L'artiste s'était défendu sur X en affirmant "(raconter) une histoire d'amour par métaphores" en s'inspirant de "traditions populaires". (AFP, 8 mai 2026)

Début du procès des suspects du meurtre d'un journaliste

Le procès de deux hommes accusés du meurtre, fin 2025, du journaliste et militant turc Hakan Tosun s'est ouvert mercredi à Istanbul, ont rapporté des associations de défense des droits humains autorisées à assister aux débats.

D'abord accusés d'homicide involontaire, les deux suspects, âgés de 19 et 25 ans, sont jugés pour homicide volontaire.

Des associations de journalistes avaient aussitôt soupçonné que la mort d'Hakan Tosun, qui avait couvert de nombreuses luttes sociales et environnementales, soit liée à sa profession. Mais les suspects et des témoins affirment que son décès est survenu à la suite d'une rixe née d'un simple accrochage verbal.

Des images de vidéosurveillance avaient montré la victime, âgée de 50 ans, être violemment agressée de nuit dans une rue de l'arrondissement stambouliote d'Esenyurt. Une autopsie avait conclu à une mort par hémorragie cérébrale.

"Reporters sans frontières exige que toute la vérité soit faite, notamment afin de savoir si le meurtre a été commis en raison de ses activités journalistiques", a déclaré à l'AFP le représentant en Turquie de RSF, Erol Önderoglu.

Selon l'association turque de défense des droits humains MLSA, seuls trois des nombreux journalistes désireux d'assister au procès mercredi ont été autorisés à pénétrer dans la salle d'audience. (AFP, 6 mai 2026)

Turquie/Racisme: Trois mots qui font scandale

Ragip Duran, TVXS.GR, 3 mai 2026

Mme Mine Kirikkanat (74), chroniqueuse du quotidien Cumhuriyet (République, Kémaliste, nationaliste) a qualifié sur son compte X, M. Kemal Kilicdaroglu, ex-Président du CHP (Parti Républicain du Peuple, opposition, 138 sièges sur 592 au Parlement) de ‘’Kripto Kilic Artığı’’ .

‘’Kripto Kilic Artigi’’ signifie « Rescapé caché de l'épée ». En turc, dans le langage familier, cette expression est une insulte contre les personnes qui ont survécu aux massacres de chrétiens et des alévis dans l'Empire ottoman, puis en Turquie.

M. Kilicdaroglu de secte alévie est d’origine de Dersim (Est). En 1915 lors des massacres, plusieurs milliers d’Arméniens s’étaient réfugiés chez les Alévis de Dersim et étaient plus tard devenus alévis eux-mêmes.

Ainsi, Mme Kirikkanat insinuait que M. Kilicdaroglu est d’origine arménienne vêtu d’une veste alévie ! L’arménien et l’alévi sont selon l’idéologie et le discours officiel les deux pires ennemis de la République Kémaliste.

Le terme utilisé par la journaliste reconnaît et voire légitimes les massacres des alévis depuis le règne du Sultan Yavuz Selim (1470-1520) et le génocide des arméniens depuis 1915.

Tout au long de la semaine ‘’Le Cas des rescapés de l’épée’’ était à la une des médias et de la Toile. Mme Kirikkanat s’est excusée publiquement auprès des Alevis et a avoué qu’elle ne savait pas le sens profond de cette expression.

Cette excuse n’a pas été acceptée ni par les Alévis ni la majorité de l’opinion publique. Le quotidien Cumhuriyet a d’abord publié un éditorial dans lequel il défend la liberté d’expression de ses chroniqueurs et se plaint des critiques publiées dans les médias sociaux.

Devant les protestations massives, la chroniqueuse a dû déclarer qu’elle arrête de rédiger ses chroniques sans préciser pour combien de temps. ‘’Les mauvais ont gagné. J’arrête d’écrire mes chroniques. La place est désormais à vous’’ a-t-elle écrit.

Ses collègues chroniqueurs du quotidien Cumhuriyet ont préféré garder le silence sur cet événement. Et la direction du journal critique les Internautes ‘’qui mènent une campagne de lynchage contre le quotidien d’opposition’’.

La chroniqueuse, étendard du Kémalisme nationaliste, était déjà en août 2005 était licenciée du quotidien Radikal (gauche libérale) pour avoir publié ‘’une chronique de couleur raciste’’.

Mme Kirikkanat a publié plus de 15 livres, romans et essais. Elle avait fait il y a un an un procès contre la romancière Elif Şafak, accusée de plagiat. Elle avait gagné grâce aux procureurs, aux juges et aux Kémalistes qui détestent Mme Şafak, soutenue auparavant par la communauté Gulen, ancien alliée nouvel ennemi du régime Erdogan. Mme Şafak poursuit sa carrière littéraire en exil à Londres.

Les critiques de la chroniqueuse, très en colère contre Mme Kirikkanat, n’omettent pas non plus de lancer des missiles virtuels sur la vie privée de cette personnalité très controversée., soutenue auparavant par la communauté Gulen, ancien alliée nouvel ennemi du régime Erdogan. Mme Shafak poursuit sa carrière littéraire en exil à Londres.

Les critiques de la chroniqueuse, très en colère contre Mme Kirikkanat, n’omettent pas non plus de lancer des missiles virtuels sur la vie privée de cette personnalité très controversée.


Turkey falls to 163rd in RSF press freedom index

Turkey ranked 163rd out of 180 countries in the 2026 World Press Freedom Index prepared by Reporters Without Borders (RSF), falling from 159th place last year.

The ranking made Turkey the 18th worst country in the index. RSF cited the regular use of accusations such as “disinformation,” “insulting the president” and “denigrating state institutions” as tools to suppress journalism and imprison journalists.

For the first time in the history of the index, most countries worldwide are classified as being in a “difficult” or “very serious” situation. The average score of all countries reviewed has never been this low in the past 25 years.

The spread of increasingly restrictive legal regulations, particularly those linked to national security policies, has eroded the right to access information even in democracies since 2001.

The legal indicator recorded the sharpest decline this year, showing that journalism is increasingly being criminalized. A significant shift is also taking place in the Americas, where the US fell seven places in the index and many Latin American countries are being drawn into a spiral of violence and pressure. (BIA, 30 April 2026)

Press freedom groups call on Turkey to abolish ‘disinformation law’

Twenty-five press and freedom of expression organizations, including the IPS Communication Foundation/bianet, have criticized the growing use of the "disinformation law" against journalists and called for its abolishment.

In a joint statement, the organizations said Article 217/A of the Turkish Penal Code, titled “Publicly Spreading Misleading Information,” and known publicly as the “disinformation law,” is being used to arrest, detain and prosecute journalists.

The statement noted that at least 83 journalists have been charged with spreaing disinformation 114 times since the law entered into force in Oct 2022. BirGün reporter İsmail Arı and DW Türkçe reporter Alican Uludağ were the journalists most frequently targeted under the charge. Arı has been accused six times, and Uludağ four times. Both journalists are currently in prison.

'Legitimate journalism is being criminalized'

The organizations said Article 217/A has been applied more intensively and swiftly in recent months, adding that this is part of a broader pattern of legal pressure criminalizing legitimate journalism in Turkey.

In addition to the detention of Uludağ and Arı, they cited the cases of Bilal Özcan, Murat Ağırel, Barış Pehlivan, Zafer Arapkirli, Turgay Kılıç and Mehmet Yetim, who have been detained, arrested, prosecuted or sentenced to prison under the same charge. The statement continued:

“Documented examples of this kind of abuse of the ‘disinformation law’ against journalists and the media make Turkey a regional, and even global, outlier in the misuse of regressive fake news and disinformation legislation to suppress media freedom and freedom of expression. This further weakens an environment that is already hostile to free and independent journalism in the country.

"Turkey’s disinformation law is structurally incompatible with international press freedom standards. The law does not clearly define what constitutes ‘false information’ or what content poses a threat to national security or public order.

"As one journalist prosecuted under the law emphasized, the government can deem any kind of information false. The vagueness of the law gives courts unlimited authority to determine the existence of an offense, enabling the prosecution of critical journalism.

"A free and independent press is the most lasting safeguard against the spread of false information. Criminalizing journalism is neither a legal nor an effective response to it.”

Demands

- The organizations called on Turkey to immediately and unconditionally take the following steps:
- Release all journalists imprisoned under Article 217/A of the Turkish Penal Code,
- Drop all cases against journalists over their reporting or commentary,
- Fully repeal Article 217/A of the Turkish Penal Code,
- Bring all of Turkey’s legislation governing freedom of expression into line with its international obligations. (BIA, 28 April 2026)


Kurdish Question / Question kurde

ECtHR rules 2016 detention of Kurdish politician Ayla Akat Ata unlawful

The European Court of Human Rights (ECtHR) has ruled that the 2016 detention of Kurdish politician Ayla Akat Ata was unlawful and Turkey violated Ata’s rights by targeting her for political activities.

Ata, a former MP for the pro-Kurdish Peoples’ Democratic Party (HDP), was detained on Oct 26, 2016, during a public statement in front of the Diyarbakır Metropolitan Municipality, which the government had taken over from the HDP at the time. Following her detention, the Diyarbakır Chief Public Prosecutor’s Office launched an investigation into Ata on charges of "founding or managing a terrorist organization."

Prosecutors cited Ata’s activities within the Democratic Society Congress (DTK), an umbrella group for pro-Kurdish and leftist organizations, her participation in meetings and demonstrations, her speeches, and her social media posts as evidence. Ata was also accused of being a leader of the shuttered Free Women’s Congress (KJA) and engaging in "terrorist propaganda."

On Oct 30, 2016, the Diyarbakır 1st Peace Judgeship ordered her arrest. She remained in custody for more than five months before her release on May 4, 2017.

Ata applied to the ECtHR on the grounds that her detention lacked a legal basis and that she was targeted for political reasons.

The ruling

The European court ruled on May 12 that there was no concrete evidence to justify Ata's detention, finding violations of the right to liberty and security and the right to freedom of expression. The court noted that the charges were based on democratic activities that did not involve calls for violence.

"Reasonable suspicion" required for detention was not established with concrete evidence, the court said. It noted that local courts failed to form a clear link between Ata’s words and the alleged crimes, merely listing her political statements and attendance at meetings.

The court found a violation of Article 5/1 of the European Convention on Human Rights (ECHR). It also ruled that Article 5/3 of the ECHR was violated because the decisions to prolong her six-month detention lacked sufficient reasoning. The court noted that authorities failed to demonstrate a risk of flight or tampering with evidence, or why alternative measures like judicial control were inadequate.

The ECtHR further concluded that Ata’s detention constituted an interference with her freedom of expression, leading to a violation of Article 10 of the ECHR. The court held that an unlawful detention cannot be considered a legitimate restriction on free speech. (BIA, 15 May 2026)

Afrin occupée : Le drapeau turc ou rien, même pour la Journée de la langue kurde

L’événement de la Journée de la langue kurde qui devait avoir lieu aujourd’hui à Afrin a été annulé à cause de la mentalité coloniale turque.

L’événement prévu aujourd’hui, jeudi, au Centre culturel d’Afrin à l’occasion de la Journée de la langue kurde a été annulé après un vif différend autour du drapeau turc.

Selon des sources locales, plusieurs participants ont exigé le retrait du drapeau turc présent dans l’auditorium du centre, qui dépend du ministère syrien de la Culture. Les responsables de l’université turque de Gaziantep, partenaires de l’événement, ont refusé cette demande, entraînant l’annulation pure et simple de la manifestation initialement prévue à 13h et le départ des participants.

Contexte d’occupation

Depuis l’invasion turque et l’occupation du canton d’Afrin en mars 2018, la région subit une turquification forcée systématique. La langue kurde a été progressivement effacée des institutions publiques, et son enseignement est interdit dans les écoles. (armenews.com, 15 mai 2026)


Processus de paix turco-kurde bloqué

Ragip Duran, TVXS.GR, 11 mai 2026
Le processus de paix lancé il y a maintenant 19 mois entre Ankara et le PKK, semble être bloqué à cause des revendications contradictoires des deux parties : Le Président du PKK Abdullah Ocalan (Apo), en prison depuis 1999, désire désormais un statut juridique pour être un vrai négociateur en chef dans ses contacts avec les autorités turques. Il demande également la promulgation urgente des lois spécifiques pour poursuivre les entretiens avec ses interlocuteurs dans le but de résoudre pacifiquement et politiquement le problème kurde qui est à l’ordre du jour de la Turquie depuis au moins 1925!

Ce problème pluridimensionnel a causé la mort d’au moins 50 milles personnes depuis seulement 1984. Ocalan parle du “Processus de Paix et de la Démocratie Sociale”  alors que le régime parle du “Processus de La Turquie Sans Terrorisme”.

Le pouvoir turc a pour le moment deux porte-paroles: M. Devlet Bahceli, Président du MHP (Parti d’Action Nationaliste, extrême-droite, allié d’Erdogan, 46 sièges sur 592) encourage Ocalan et propose lui accorder “un statut officiel” afin qu’il mène comme il faut les pourparlers avec les représentants du gouvernement. “Par exemple, il peut être Coordinateur du Processus de Paix et de la Politisation” a-t-il déclaré. Les proches de Bahceli, ont même prononcé le titre du poste du “Sous-ministre de l’Intérieur”.

L’autre acteur principal, le Président Erdogan qui soutient en général le processus, plutôt du bout des lèvres, a préféré depuis 19 mois garder le silence sur les points critiques de l’itinéraire. Les officiels pro-Erdogan insistent sur “la démilitarisation complète du PKK avec l’ensemble de ses branches dans tous les pays du Moyen-Orient” Id est l’Irak, la Syrie et l’Iran. Les Kurdes de ces pays sont encore et toujours sur place avec leurs armées.

Le PKK qui a la demande d’Ocalan (peut être de l’Etat turc) s’était auto-dissous lors de son 12e Congrès extra-ordinaire le 5-7 mai 2025 organise encore des conférences de presse sous la bannière du “Mouvement Apoiste” avec des guérilleros armés. Ces derniers insistent sur le “statut à accorder” à Ocalan, condition sine qua non pour une démilitarisation complète.

Le PKK met l’accent uniquement sur “le statut à accorder au Président Apo” et ne parle plus de la liberté pour la langue kurde, des prisonniers politiques kurdes, des maires kurdes destitués ni du Kurdistan d’ailleurs.

Les partisans du régime Erdogan et une grande partie de l’opinion publique turque sont fermement contre les propositions de Bahceli. “Le terroriste en chef ne peut pas être couronné d’un statut officiel”, “La République turque n’est pas une république bananière !” disent-ils.

Alors qu’Ocalan semble être complètement du côté de l’idéologie officielle depuis son incarcération sur l’île d’Imrali, revendique “l’intégration démocratique”, c’est-à-dire l’assimilation volontaire de l’ensemble des Kurdes à la société et à l’Etat turcs, refusant l’identité nationale kurde et rejetant l’indépendance ou l’autonomie pour les Kurdes. 

De nouvelles contradictions surgissent au sein du régime et l’opinion publique kurde est également divisée. Une minorité soutient encore le Président Apo alors que surtout, les jeunes s’opposent contre les plans et politiques de “turquification des Kurdes”.

La partie kurde n’a presque rien gagné depuis le début de ce processus, c’est-à-dire depuis octobre 2024, alors que le régime Erdogan a su diviser le camp de l’opposition  (DEM, Parti de l’Egalité et de la Démocratie, kurdes et gauches, 56 sièges, ne s’oppose plus contre les politiques et pratiques autoritaires du régime) et a gagné du temps pour préparer une nouvelle Constitution dans le but de perdurer le régime de l’Homme Unique.

Les deux premiers processus de paix entre Ankara et le PKK avaient échoué à cause essentiellement des interventions d’Erdogan. (Processus d’Oslo en 1993 et Première Processus de Solution en 2013). Cette fois, estiment les observateurs, “le processus risque encore d’échouer à cause des positions irréalistes des deux parties”.

Ankara prisoners not allowed to send letters in Kurdish unless paying for translation

Prisoners held at the Sincan Prison Campus in Ankara report that their right to correspond in Kurdish is being blocked by prison authorities.

Ramazan Çeper, who is held at Sincan No. 2 High Security Closed Penal Institution, detailed the restrictions in a letter sent to the Civil Society in the Penal System Association (CİSST). Çeper stated that for months, outgoing Kurdish letters have not been sent and incoming letters in the language have not been delivered.

According to Çeper, prison authorities are demanding that inmates pay for translation services before any Kurdish correspondence is processed.

"A ban has been placed on our Kurdish letters for months, and it has been stated that none of our letters will be sent unless we cover the translator fees ourselves," Çeper wrote.

He further noted that prisoners attempted to resolve the issue through dialogue but were unsuccessful due to the administration rejecting all alternative solutions. Çeper said he felt compelled to contact the association to ensure the situation was scrutinized.

'There is Kurdish-speaking personnel'

Çeper reported that while the prison previously assigned guards who spoke Kurdish to the Letter Reading Commission, this practice was discontinued this year. He claimed there are more than 10 guards at the facility who speak Kurdish, but the administration has refused requests to assign them to the commission.

"If there is a shortage of translators, this could be resolved within a week by writing to the ministry, but this is not being done," Çeper added.

He further noted that the restriction appears specific to his facility, claiming that no such ban exists at the neighboring Sincan No. 1 High Security Prison.

CİSST files applications

Following the report, CİSST filed applications with several authorities, including the Prison Monitoring Board, the Provincial Human Rights Board, the Presidency Communications Center (CİMER), the Parliamentary Human Rights Investigation Commission, and the Prisons and Detention Houses General Directorate.

Heval Zelal Avcı, a specialist at CİSST focusing on aggravated life sentences, told bianet that prisoners under this penal enforcement regime already face intense isolation and correspondence is a critical link for them to the outside world. These prisoners have limited rights to phone calls, visits, and social activities compared to others.

"Practices that limit the right to correspondence or make it effectively unusable weaken one of the last remaining communication channels for prisoners already living under conditions of heavy isolation," Avcı added.

Parliamentary question

The pro-Kurdish Peoples’ Equality and Democracy (DEM) Party has brought the allegations to the parliament with MP Beritan Güneş submitting a written parliamentary question addressed to Justice Minister Akın Gürlek.

Güneş pointed to the freedom of communication guaranteed by Article 22 of the Constitution and cited Constitutional Court rulings regarding the principle of proportionality. She argued that blocking Kurdish letters despite the presence of bilingual staff and available technical alternatives violates both proportionality and the prohibition of discrimination.

In her motion, Güneş asked the minister how many Kurdish-speaking guards are employed at the Sincan No. 1 and No. 2 institutions and why they are not assigned to the reading commissions.

She also questioned why electronic language support from other institutions is not being utilized if a local shortage exists. (BIA, 8 May 2026)

Le PKK appelle les autorités à surmonter les "blocages"

Deux cadres du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont appelé mardi les autorités turques à surmonter les "blocages" empêchant l'avancée du processus de paix avec Ankara, un an après l'annonce de la dissolution du groupe armé kurde.

Les deux responsables, s'exprimant en kurde et en turc face caméra depuis un lieu non identifié, ont exhorté Ankara à "prendre les mesures législatives nécessaires au bon déroulement du processus", estimant que les déclarations récentes de responsables turcs "selon lesquelles le processus progresse sans blocages ne reflètent pas la situation actuelle".

Ces cadres de la guérilla kurde, Mustafa Karasu et Sozdar Avesta, affirment que le PKK, qui a annoncé fin octobre le retrait de ses derniers combattants présents sur le sol turc vers le nord de l'Irak, a "accompli (sa) part au-delà des espérances".

Les deux responsables, dont les déclarations ont été relayées par l'agence de presse prokurde ANF, ont insisté sur la question du statut d'Abdullah Öcalan, chef historique du PKK détenu à l'isolement depuis 1999 qui avait appelé en février 2025 les combattants kurdes à déposer les armes.

Le PKK avait annoncé en mai 2025 sa dissolution, après plus de quatre décennies d'une lutte armée qui a fait au moins 50.000 morts selon Ankara.

"Nous ne pourrons parler de l'avancement du processus que lorsque le statut du Guide Apo (Abdullah Öcalan, NDLR) sera détermMore than six workers killed on the job every day in April The highest number of fatalities were recorded in the construction sector while deaths in the agricultural sector nearly doubled. (AFP, 5 mai 2026)

Le club kurde d'Amedspor en 1ère division et la communauté aux anges

Ils l'ont fait ! Amedspor, le petit club de Diyarbakir, la principale ville en majorité kurde de Turquie (sud-est), a conquis samedi son billet pour la première division, une victoire bien au-delà du foot qui touche la communauté au coeur.

A peine le match terminé (3-3 face au club d'Igdir, ouest) une clameur a résonné de ville en ville, dans le sud-est du pays comme dans les grandes villes de l'ouest, telle Istanbul où la communauté kurde très présente a déferlé sous les bannières aux couleurs rouge et verte du club et du drapeau kurde.

"Toute la ville est dans la rue", a témoigné le correspondant de l'AFP à Diyarbakir, où Amedspor est un trésor de famille : à domicile, le club joue régulièrement devant 18.000 spectateurs, sept fois plus que la moyenne de la deuxième division turque.

La municipalité avait installé deux écrans géants dans deux parcs devant lesquels se sont massés des milliers de spectateurs dont une majorité de femmes.

"Ca fait 15 ans qu'on attendait ça ! Notre joie est immense, je l'offre à notre peuple, à tous les Kurdes" exultait Abdurrahim Toprak, un commerçant de 26 ans.

Güler Isik, une femme au foyer de 48 ans s'exprimant en kurde, affirmait : "Nous l'avons mérité ! Que je me sacrifie pour ces jeunes, que je me sacrifie pour les joueurs".

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a tenu lui aussi sur "X" à "féliciter de tout coeur Amedspor qui représentera notre Diyarbakir la saison prochaine en Süper Lig (...) et mes frères kurdes".

C'est que tous en conviennent, comme l'expliquait le président du club, Nahit Eren, cette semaine à l'AFP : "Nous sommes plus qu'un club, plus qu'une simple équipe de football" : "Amedspor, c'est une identité, des couleurs, des valeurs et des prises de position", résumait-il.

Samedi soir, il a adressé ses chaleureuses félicitations aux joueurs et aux supporteurs. "Nous sommes ravis de cette victoire et espérons qu'Amedspor continuera sur sa lancée et portera toujours haut les couleurs d'Amed".

La bonne nouvelle tombe alors que le processus de paix engagé fin 2024 par les autorités avec la guérilla kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) patine.

En optant il y a dix ans pour l'appellation kurde de Diyarbakir, "Amed", le club a déclenché l'ire des nationalistes et doit régulièrement essuyer des insultes quand il se déplace en Turquie où les Kurdes constituent environ un cinquième des 86 millions d'habitants.

Mais peu importe pour la députée du parti prokurde DEM, Ceylan Akça, une habituée des tribunes d'Amedspor : "Qu'il gagne ou non, le club continuera d'être le ciment des Kurdes dispersés dans la région et à travers le monde" affirmait-elle cette semaine. (AFP, 2 mai 2026)

"Plus qu'un club": en Turquie, une équipe kurde touche à son rêve

Club de Diyarbakir, la "capitale" du sud-est à majorité kurde de la Turquie, Amedspor peut décrocher samedi son billet vers la première division, une perspective inédite qui suscite une vague d'enthousiasme parmi les millions de Kurdes du pays et de la diaspora.

"Si nous montons, nous serons les plus heureux du monde", lâche Ercan Simsek, un supporteur de 52 ans habitué des divisions inférieures.

Venu à Istanbul le mois dernier pour assister à une rencontre décisive, l'homme en costume gris, le cou enroulé d'une écharpe d'Amedspor rouge et verte, deux couleurs emblématiques des bannières kurdes, avait échoué face aux grilles du stade, faute de billet.

"Qu'importe: nous ne sommes pas ici uniquement pour le football. Nous sommes ici car c'est une question de fierté", expliquait-il à l'AFP. "Amedspor est la fierté de Diyarbakir, la fierté du sud-est, la fierté des Kurdes!".

"Nous sommes plus qu'un club, plus qu'une simple équipe de football", abonde Nahit Eren, le président d'Amedspor, dont les joueurs évoluent à domicile devant 18.000 spectateurs en moyenne, sept fois plus que la moyenne de la deuxième division turque.

"Amedspor, c'est une identité, des couleurs, des valeurs et des prises de position", résume à l'AFP le président du club, qui a pris il y a une décennie le nom kurde historique de Diyarbakir, "Amed", un choix qui lui vaut encore aujourd'hui la haine des nombreux supporteurs nationalistes du pays.

 - "Propagande" -

 Amedspor, qui mêle le turc et le kurde - qui n'a pas le statut de langue officielle en Turquie - dans ses messages sur les réseaux sociaux, a été sanctionné fin janvier par la Fédération turque de football, accusé d'avoir fait la "propagande" de combattants kurdes.

Son tort: avoir réalisé une vidéo en soutien à une combattante kurde dont la natte avait été coupée et brandie en trophée par un soldat de l'armée syrienne lors de combats dans le nord de la Syrie.

Le président du club, qui dénonce "les tentatives visant à impliquer Amedspor dans diverses polémiques", déplore aussi les insultes qui fusent des tribunes à chaque déplacement ou presque, symptomatiques du racisme subi par les Kurdes, qui représentent un cinquième environ des 86 millions d'habitants du pays.

Sur le terrain toutefois, contrairement à l'Athletic Bilbao qui n'aligne que des joueurs nés ou formés au Pays basque, les joueurs kurdes d'Amedspor, prédominants dans l'effectif, évoluent au côté de coéquipiers étrangers, à l'instar de leur meilleur buteur, le Sénégalais Mbaye Diagne.

"L'Athletic est un club centenaire. Amedspor n'a que dix ans", relève le président Eren, admiratif du club basque mais fier aussi de "ne pratiquer aucune discrimination".

 - "Ciment des Kurdes" -

 La montée d'Amedspor en Süper Lig coïnciderait avec le lent processus de paix en cours entre Ankara et la guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), entamé fin 2024.

La vieille ville de Diyarbakir porte encore les stigmates de combats à l'arme lourde qui y ont opposé en 2015-2016 l'armée au groupe armé kurde, un conflit qui a fait plus de 50.000 morts depuis 1984.

Et si d'autres clubs kurdes sont parvenus par le passé à accéder à l'élite, le dernier à la fin des années 2000, Amedspor suscite une ferveur inédite qui s'explique par "son identité kurde revendiquée", explique Ceylan Akça, députée DEM (parti prokurde) de Diyarbakir, qui rappelle que la ville "est considérée par les Kurdes du monde entier comme la capitale du Kurdistan".

Signe de cet engouement jusque dans la diaspora kurde, une boutique officielle du club doit être inaugurée mi-mai à Hanovre, en Allemagne.

Ceylan Akça, habituée des tribunes d'Amedspor, estime cependant qu'en Turquie "toutes les institutions de l'État s'opposent à la réussite de cette équipe", citant en exemple les amendes "absurdes" infligées par la Fédération.

Mais pour elle, l'important est ailleurs: "Qu'il gagne ou non, le club continuera d'être le ciment des Kurdes dispersés dans la région et à travers le monde".
(AFP, 30 avril 2026)

Minorités / Minorities

Turquie-Arménie: instauration de relations commerciales directes

Turquie et l'Arménie reprennent leurs relations commerciales directes via un pays tiers, dans le cadre du rapprochement entre les deux pays entamé en 2022, a annoncé mercredi le ministère turc des Affaires étrangères.

Les échanges peuvent reprendre depuis lundi 11 mai, a indiqué dans un communiqué le porte-parole du ministère, Öncü Keçeli, qui a précisé que "l'origine et la destination finale" des marchandises pourront désormais être mentionnées comme étant la Turquie et l'Arménie, même si les échanges continueront de transiter par un pays tiers faute de poste-frontière fonctionnel.

Une décision "importante", a salué l'Arménie.

Dans les faits, les échanges entre les deux pays sont déjà une réalité de part et d'autre via la Géorgie notamment.

"Dans le cadre du processus de normalisation avec l'Arménie, en cours depuis 2022, et dans le cadre des mesures de confiance prises, les préparatifs administratifs pour le lancement d'échanges commerciaux directs entre notre pays et l'Arménie ont été achevés depuis le 11 mai 2026", a annoncé M. Keçeli.

"Les travaux techniques et administratifs nécessaires à l'ouverture de la frontière commune entre les deux pays sont toujours en cours", a-t-il rappelé.

De son côté, le porte-parole du ministère arménien des Affaires étrangères a salué "une nouvelle étape dans le processus de normalisation des relations entre l'Arménie et la Turquie" et  "significative pour le développement des échanges commerciaux et le renforcement des liens entre les milieux d'affaires des deux pays, la promotion de la connectivité économique et la garantie de la paix et de la prospérité dans la région".

"Le prolongement logique (de cette décision) sera l'ouverture de la frontière arméno-turque et l'établissement de relations diplomatiques", a-t-il souhaité.

Les deux capitales n'ont pas encore établi de relations diplomatiques et leur frontière terrestre, brièvement ouverte au début des années 1990, reste fermée.

Les deux pays ont entamé des relations fin 2021, après la défaite de l'Arménie face aux Azerbaïdjanais au Karabakh.

"Compte tenu de l'opportunité historique de consolider une paix et une prospérité durables dans le Caucase du Sud, la Turquie continuera de contribuer au développement des relations économiques et à la poursuite de la coopération dans la région, pour le bénéfice de tous les pays et peuples de la région", a affirmé le porte-parole turc. (AFP, 13 mai 2026)

Ara Güler, la légende de la photo turque sur la Croisette

L'actrice italienne Sophia Loren lève une coupe de champagne sous le regard énamouré de ses fans. A côté, la Française Brigitte Bardot sourit dans l'herbe, en tee-shirt et jean.

Une exposition inédite, nouvellement ouverte à Istanbul, restitue des instants, figés dans le temps mais toujours animés par leur charme et leur spontanéité, saisis sur le vif au Festival de Cannes, en France, par le légendaire photographe turc de l'agence Magnum, Ara Güler.

Surnommé "l'OEil d'Istanbul", Ara Güler (1928-2018) est surtout connu pour ses images emblématiques de la ville en noir et blanc, captées au fil du Bosphore et dans les petits quartiers populaires.

Mais il s'est aussi régulièrement rendu sur la Croisette entre 1957 et 1967 pour le festival de cinéma.

"Au-delà des cérémonies de remise de prix et des tapis rouges, Ara Güler a saisi les coulisses, les fêtes fastueuses, les réunions intimistes, et même un déjeuner donné en l'honneur de Sophia Loren", explique à l'AFP Cagla Sarac, conseillère artistique du Dogus Group, fondateur du musée Ara Güler.

"Il en résulte un portrait complet du festival, qui révèle non seulement son faste mais toutes les histoires humaines qui l'entourent", ajoute-t-elle.

Les clichés du festival de Cannes sont exposés jusqu'au 11 octobre au musée Ara Güler, inauguré pour son 90e anniversaire en 2018 à Istanbul, deux mois avant sa mort.

À côté du musée, une équipe d'experts continue de travailler minutieusement sur ses vastes archives, préservant ainsi l'héritage du maître de la photographie turque.

 - La passion du cinéma -

 Toute son oeuvre témoigne de sa passion pour le cinéma, jusque dans ses journaux intimes d'adolescent à la fin des années 1940 et dans les années 1950, assure Temel Yilmaz, conservateur des archives.

"Dans ses journaux de lycéen, on retrouve sans cesse la même phrase : +Je ne suis pas allé à l'école aujourd'hui+... Parce qu'il était allé au cinéma", sourit-il.

Plus tard, son objectif saisira tout autant l'artiste espagnol Salvador Dali que le réalisateur américain Alfred Hitchcock ou le Premier ministre britannique Winston Churchill.

Né dans une famille arménienne à Istanbul, Ara Güler a commencé à travailler comme photographe pour le journal turc Yeni Istanbul et décroché ses premières couvertures pour la presse internationale en 1958, lorsque le magazine américain Time-Life a ouvert un bureau en Turquie.

Il rencontre ensuite les Français Marc Riboud et Henri Cartier-Bresson, qui le font venir chez Magnum, la prestigieuse agence photo.

"Tout l'intéressait. Il était toujours en quête d'une nouvelle histoire", se souvient Alin Tasciyan, critique de cinéma qui suit le Festival de Cannes depuis 2002 et le connaissait bien.

Ce qui ressort des archives, c'est sa capacité à voir au-delà des apparences, ajoute-t-elle. "Quand je regarde ses photos je vois les instants qu'Ara Güler a saisis: il parcourait les rues et les plages de Cannes, observait ce qui se passait. Pour lui, la photographie relevait davantage de la vérité que du spectacle".

"Il a su capter l'esprit de son temps et des lieux. Dans cette exposition, je vois à quel point il savait tirer parti d'un endroit que je connais si bien", assure-t-elle. (AFP, 9 mai 2026)

La Turquie et l'Arménie vont restaurer ensemble un pont historique à leur frontière

La Turquie et l'Arménie ont signé lundi un accord pour restaurer ensemble le pont médiéval d'Ani à la frontière entre les deux pays, une décision symbolique sur la voie de la normalisation entre Ankara et Erevan.

"Nous estimons que les domaines de coopération symboliques et concrets, telle la restauration conjointe du pont d'Ani, formalisée aujourd'hui par un protocole d'accord, contribueront à instaurer un climat durable de paix et de sécurité", a annoncé le vice-président turc Cevdet Yilmaz sur "X", après une rencontre avec le Premier ministre arménien Nikol Pachinian en marge du 8e Sommet de la Communauté politique européenne (CPE) à Erevan.

"J'ai eu un échange fructueux avec le vice-président turc Cevdet Yilmaz" a confirmé M. Pachinian sur "X", ajoutant avoir "salué la signature du protocole relatif à la reconstruction conjointe du pont historique d'Ani".

Ce pont, construit au 10è siècle au-dessus de la rivière Arpaçay qui borde le site médiéval d'Ani dans l'est de la Turquie, capitale de l'ancien royaume arménien, laissait passer sur ses deux étages les caravanes en bas et les piétons au-dessus.

Seules ses piles sont encore debout et visibles.

La restauration du site, entré en 2016 au patrimoine mondial de l'Unesco, fait déjà l'objet d'une coopération scientifique entre les deux pays.

Erevan et Ankara n'ont toujours pas établi de relations diplomatiques et leur frontière terrestre, brièvement ouverte au début des années 1990, reste fermée.

Les deux pays poursuivent un rapprochement prudent depuis fin 2021 et la défaite de l'Arménie face aux Azerbaïdjanais au Haut-Karabakh.

Fin avril ils ont décidé de remettre en service la ligne ferroviaire Kars-Gyumri, de part et d'autre de la frontière et la compagnie nationale turque Turkish Airlines a effectué un premier vol direct entre Istanbul et Erevan en mars.

Ils restent divisés sur les massacres de 1,2 à 1,5 millions d'Arméniens pendant la Première Guerre mondiale par les troupes de l'Empire ottoman: un génocide pour les Arméniens, déjà reconnu par de nombreux historiens et les gouvernements ou parlements d'une trentaine de pays.

Un terme que récuse la Turquie qui évoque des massacres dans lesquels 300.000 à 500.00 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort. (AFP, 4 mai 2026)

Politique intérieure/Interior Politics

"Foutaises !", s'écrie le maire d'Istanbul accusé d'espionnage

"Foutaises !" s'est écrié lundi devant le tribunal le maire d'opposition d'Istanbul emprisonné, Ekrem Imamoglu, accusé d'espionnage en parallèle au procès-fleuve qui lui est intenté pour "corruption", selon le compte-rendu d'avocats et de journalistes présents.

Ekrem Imamoglu, chef de file de l'opposition au président Recep Tayyip Erdogan, détenu depuis mars 2025, a brandi l'acte d'accusation en dénonçant "une parodie de justice et du grand n'importe quoi", a rapporté l'association de défense des droits MLSA, présente dans la salle du tribunal de l'immense prison de Silivri, dans l'ouest d'Istanbul.

"Je m'exprime ici en tant que maire d'Istanbul et candidat à la présidence. Que l'Organisation nationale du renseignement (MIT) se présente et produise un seul document s'il y a eu espionnage", a poursuivi M. Imamoglu, accusé avec trois autres suspects d'avoir partagé des millions de données personnelles d'habitants d'Istanbul avec des services de renseignement étrangers à des fins d'"espionnage politique".

"L'acte d'accusation fait 159 pages. Tout cela n'est que foutaises ! (...) Honte à vous, Monsieur le Président, honte à vous, membres du jury", a-t-il lancé, affirmant refuser de lire "une seule page" des accusations formulées à son encontre, a également rapporté le journal BirGün, proche de l'opposition.

"Gagner les élections à Istanbul, asseoir son influence sur la politique turque, en particulier à Istanbul, est-ce un crime ?", a interrogé l'édile, reconduit en 2023 à la tête de la plus grande ville de Turquie.

"Qui osera encore qualifier cela d'affaire ? Qui osera encore parler d'espionnage ? C'est une affaire politique (...) Allez-vous laisser faire puis voter des lois au Parlement (afin que) les investissements étrangers affluent dans ce pays ? Qui essayez-vous de duper ?" a-t-il martelé.

Ekrem Imamoglu, 54 ans, a été arrêté le 19 mars 2025 alors qu'il s'apprêtait à être désigné par son parti, le CHP (social-démocrate), comme candidat à la prochaine élection présidentielle, prévue en 2028.

Placé en détention depuis à la prison de Silivri, il a été accusé d'espionnage en octobre dernier. (AFP, 11 mai 2026)

Dismissed Hakkari mayor sentenced to over 19 years in prison

The dismissed co-mayor of the Kurdish-populated eastern province of Hakkari (Colemêrg), Mehmet Sıddık Akış, has been sentenced to 19 years and 6 months in prison for "managing a terrorist organization" after a retrial. The case was heard yesterday at the Hakkari 1st Heavy Penal Court

Akış was removed from office by the Interior Ministry on Jun 3 due to the charges against him and replaced by a state-appointed trustee. The Van Regional Court of Justice 2nd Penal Chamber had previously overturned his conviction, citing procedural flaws and insufficient evidence. The appeals court noted that Kurdish speech translations were not properly conducted and that the local court failed to specify which actions constituted a crime or establish an organic link to an organization.

Akış participated the hearing through videoconference from Van High Security Closed Prison. Lawyers and Peoples’ Equality and Democracy Party (DEM) Party lawmaker Vezir Coşkun Parlak attended the proceedings at the Hakkâri courthouse.

Akış rejected the allegations, stating that the case relied solely on secret witness testimonies without concrete evidence. "A secret witness claims I collected taxes. If such a situation existed, why was it not reported to state authorities at the time?" Akış asked. He argued that the statements were brought forward years later to seize the will of the people.

The dismissed mayor also requested that voice recordings be sent to Mardin Artuklu University for accurate translation, but the court did not grant the request. "They want to silence those they could not defeat at the ballot box through the judiciary," Akış said, describing the trial as an attack on democracy.

Court maintains sentence

The court maintained its original sentence of 19 years and six months for Akış without addressing the specific evidentiary concerns raised by the appeals court. Ten other defendants were also sentenced. İzzet Belge, Hıfzullah Kansu, Kadriye İlbaş, Mikail Atan, Seyhan Şahin, and Faruk Yıldız received eight years and nine months for membership in an organization. Tahir Koç, Hüsna Sağın, and Hamdiye Çiftçi Öksüz were sentenced to six years and three months.

Following the ruling, protesters gathered in front of the courthouse. DEM Party lawmaker Parlak criticized the decision, stating that a case opened in 2009 was revived 16 years later to justify the appointment of a trustee. He described the proceedings as being based on empty indictments and unlawfully obtained records, claiming the judiciary has been politicized against the Kurdish people. (BIA, 30 April 2026)

Forces armées/Armed Forces

La Belgique et la Turquie ont signé neuf accords de défense

La Belgique et la Turquie ont signé neuf accords de défense, a annoncé mercredi à l'AFP le ministre belge de la Défense à Ankara, après des entretiens de haut niveau avec son homologue turc.

"Aujourd'hui, c'était vraiment un grand pas en avant", a déclaré le ministre belge de la Défense, Theo Francken, après ses entretiens avec son homologue turc, Yasar Guler, dans le cadre d'une mission économique de quatre jours menée par la reine Mathilde de Belgique.

Cette initiative intervient alors que les pays européens cherchent à redynamiser leurs industries de défense à la lumière de la menace russe et du risque de désengagement des États-Unis vis-à-vis de l'OTAN.

Le ministre belge s'exprimait lors d'un événement organisé dans les domaines de la défense et de l'aéronautique à la résidence de l'ambassadeur de Belgique en Turquie.

Six des accords dans le domaine de l'industrie de défense ont été signés à Ankara mercredi et trois autres à Istanbul lundi, a indiqué son cabinet dans un communiqué, sans préciser leur montant.

"La Belgique et la Turquie ont franchi une étape majeure vers un partenariat stratégique de défense à long terme grâce à la signature d'une lettre d'intention de haut niveau entre les ministres de la Défense", ajoute le texte.

"Ces accords reflètent l'approfondissement des relations bilatérales en matière de défense, qui passent d'un dialogue politique à une coopération industrielle et militaire concrète", indique-t-il aussi.

 - Initiative SAFE -

 La Belgique a également exprimé son soutien à l'adhésion de la Turquie à l'initiative SAFE de l'UE, un programme d'un montant de 150 milliards d'euros destiné à renforcer les capacités de défense européennes.

M. Francken a indiqué que les contacts portaient sur des investissements belges et turcs ainsi que sur des "coopérations", sans entrer dans les détails, tout en exprimant son intérêt pour l'achat de drones turcs.

"Oui, ce serait très bien", a-t-il déclaré, en soulignant qu'une telle décision serait soumise aux règles européennes en matière de marchés publics.

"La Turquie est vraiment un pays qui a de la force sur la défense, la deuxième plus grande puissance au sein de l'OTAN, alors bon, c'est clair que c'est important d'avoir aussi des collaborations et des coopérations avec leur industrie", a-t-il déclaré à l'AFP, en précisant que l'objectif était de signer d'autres contrats l'année prochaine.

"Ca, c'est l'ambition", a-t-il ajouté, en soulignant que la délégation belge avait signé "beaucoup de contrats" dans des dommaines autres que la défense.

La Belgique s'intéresse aussi à un large éventail d'autres domaines, de la biotechnologie à la santé publique, en passant par la logistique et les transports, a-t-il ajouté.

La lettre d'intention prévoit une coopération accrue entre les deux pays en matière de développement des capacités militaires et de collaboration dans l'industrie de la défense.

La Belgique a également accepté que des officiers turcs suivent des études à l'École Royale Militaire à Bruxelles.

"L'importance stratégique de la Turquie dans le réarmement et le renforcement industriel de défense de l'Europe est évidente. L'Europe ne peut pas se permettre de négliger l'immense potentiel qui existe ici", a déclaré M. Francken dans le communiqué.

"Favoriser les partenariats industriels entre alliés de l'OTAN doit être un objectif majeur du prochain sommet de l'OTAN à Ankara. Et aussi pour l'UE. C'est pourquoi la Belgique plaide pour l'inclusion de la Turquie dans les futurs programmes SAFE", a-t-il dit. (AFP, 13 mai 2026)

Affaires religieuses / Religious Affairs


Socio-économique / Socio-economic

En Turquie, les mines "épuisent notre eau", dénoncent les riverains

Guney était un village de Turquie riche en eau, baigné par une cinquantaine de sources dans la province d'Usak (ouest). Mais vingt ans après l'ouverture d'une mine d'or, à une trentaine de kilomètres, toutes sont taries.

"Avant, il suffisait de forer à 60  mètres pour trouver de l'eau. Aujourd'hui, même à 400  mètres, il n'y a plus rien. La mine a épuisé notre eau", déplore Ugur Sumer, habitant et défenseur de l'environnement.

Le nombre de permis de forage et de mine concernant plusieurs minéraux ou matériaux, notamment l'or et le charbon, s'est envolé en Turquie depuis qu'une loi, adoptée en juillet dernier, facilite les procédures. Leur nombre a atteint 410.000 en 2025.

Alors que la Turquie accueillera la COP31 en novembre, cet essor met en péril les ressources en eau et l'économie des zones rurales, dénoncent experts et défenseurs de l'environnement.

"Je suis convaincu que la nouvelle loi accélérera l'arrivée d'investissements étrangers en Turquie",  affirmait en mars le ministre turc de l'Energie, Alparslan Bayraktar, lors d'une visite au Canada où il a rencontré les responsables de la mine d'or Tuprag à Usak, détenue par la société canadienne Eldorado Gold.

La Turquie entend porter sa production d'or, actuellement de 28 tonnes, à 100 tonnes par an, "sans compromettre la santé humaine et l'environnement " afin de figurer " parmi les cinq premiers mondiaux en matière de terres rares ", avait affirmé auparavant le ministre.

L'extraction de certains métaux comme l'or implique cependant l'usage combiné de grandes quantités d'eau et de cyanure, provoquant d'importants risques de pollution et pour la santé.

"En 2006, près de deux mille habitants ont été pris de vertiges, de troubles visuels et de nausées après une pluie à Guney. Des analyses ont révélé la présence de cyanure dans leur sang", raconte Ugur Sumer.

"La pollution tue aussi l'élevage des bêtes et la culture des raisins, autrefois au coeur de l'économie locale. On se demande: comment va-t-on survivre?", s'indigne-t-il.

Les mines exploitées ont capté à elles seules 5,8% des 20,3 milliards de m3 d'eau prélevés en Turquie sur l'année 2024, selon les données officielles, soit quatre fois plus qu'en 2016.

"Nos pâturages ont été interdits d'accès à cause du projet de sondage de la mine d'or. Que faire si nous ne pouvons plus élever de bétail? Devons-nous abandonner nos terres et partir?", déplore Nuriye Dilek, éleveuse sur le plateau d'Aybasti dans la province d'Ordu, dans le nord-est du pays, où les villageois se sont mobilisés contre un projet de mine d'or.

L'agriculture et l'élevage sont les principales sources de revenu pour les habitants de la région, connue surtout pour ses noisettes exportées dans le monde entier.

"Une fois que la mine d'or sera ouverte, on ne pourra plus cultiver de noisettes ici", s'inquiète Omer Aydin, producteur et exportateur de noisettes à Ordu.

"L'or véritable n'est pas dans le sous-sol mais dans les noisettes de ce pays. Nous entendons que 80% des terres d'Ordu ont été ouvertes à l'exploitation minière. Cette situation nous inquiète énormément", confie-t-il.

Le "centre de lutte contre la désinformation" de la présidence turque a toutefois affirmé en avril que "la surface totale des mines en activité ne couvre pas plus de 0,18%" de la superficie du pays.

 - "Inaction" -

 Les investissements dans le secteur minier sont privilégiés et le coût de la pollution comme les risques pesant sur l'économie locale ignorés, s'insurge Ozer Akdemir, qui étudie les mobilisations en faveur de l'environnement.

"Les exploitations minières entraînent une consommation excessive d'eau et de produits chimiques. L'eau n'est pas seulement exploitée, elle est aussi polluée", confirme l'hydrologue Erol Kesici.

"La Turquie est confrontée à une grave sécheresse hydrique: lacs, cours d'eau et nappes phréatiques sont à sec en conséquence directe d'une gestion défaillante de l'eau", dénonce-t-il.

L'hydrologue affirme avoir récemment quitté le Conseil national de l'eau, organisme public chargé d'élaborer les politiques d'eau en Turquie, en raison de son "inaction".

"Lorsqu'on rase les montagnes pour y creuser des mines, des îlots de chaleur se forment, réduisant les précipitations et par conséquent, le niveau des nappes phréatiques. Comment peut-on accorder autant de permis aux mines? La Turquie est victime de surexploitation", s'émeut-il.

Pour Arif Ali Cangi, avocat et défenseur de l'environnement, la loi adoptée en juillet 2025, qui ouvre forêts et terres agricoles aux exploitations minières, a aggravé la situation.

"Les procédures d'évaluation d'impact environnemental et autres mécanismes de contrôle sont devenus totalement inefficaces", dénonce-t-il.

La nationalisation immédiate des terres ouvertes à l'exploitation minière vise à tuer dans l'oeuf les contestations qui s'étendent en Turquie, poursuit l'avocat des villageois d'Ikizkoy, à Mugla (sud-ouest), qui se sont dressés pour protéger leurs oliviers menacés par une mine de charbon. (AFP, 15 mai 2026)

Men killed 28 women in April

Men killed at least 28 women and a child in April, according to reports compiled by bianet from local and national newspapers, news sites and agencies.

Men injured at least 40 women, abused at least 20 girls and boys, and harassed 20 women in April. Men forced 184 women into sex work.

The deaths of 40 women and 8 children in April were “suspecious” cases where it could not be definitvely determined whether they were gender-based or not.

Suspicious deaths of women reported in the press in April

Adana (1), Afyon (1), Ağrı (1), Aksaray (4), Amasya (1), Antep (1), Aydın (3), Batman (3), Burdur (3), Bursa (1), Dersim (1), Diyarbakır (1), Düzce (1), Elazığ (1), Eskişehir (1), Hatay (1), Isparta (1), İstanbul (1), Kastamonu (1), Manisa (2), Mardin (1), Niğde (1), Rize (1), Samsun (1), Sinop (1), Sivas (1), Tekirdağ (1), Tokat (1), Urfa (1), Zonguldak (1)

Suspicious deaths of children reported in the press in April

Çankırı (1), Edirne (1), Hakkari (1), Isparta (1), Kars (1), Mersin (1), Urfa (2).
Femicide

Men killed at least 28 women in April, compared to 36 in the same month last year. One of the women killed by the men was a citizen of Azerbaijan.

Names of the women killed by men in April

Ayşe Karademir, Bahar A., B.I., Cangül Ç., Ceylinaz Ş., Deniz B., Elif K., Fatma Ekinci, Fatma K., Hatice Kocaefe, Hatice Kübra Duran, Hatice Yeysikan, Kerime A., Maise Bayramova, Medine H., Medine K., Müslümat Özer, Nazlı Yılmaz, Nurcan Ç., Ruhan Çalu, Selver S., Serap Yılmaz, Serpil Özlem Argüden, Sevimgül Bodur, Şahsenem Zoroğlu, Türkan Bildik, Yonca Kölge, Zekiye Z.

Men killed six women because they did not want to separate/make peace. Men killed two women to rob them. The men's excuses for killing 20 women was not reported in the press.

14 women were killed by their husbands, partners, and ex-husbands, four women by family members such as their sons and fathers, two women by their sons-in-law, one woman by her neighbor, and three women by her friends/relatives. The degree of acquaintance between one man and four women whom he killed was not reported in the press.

Men killed 20 women inside the house and eight women outside the house.

Men killed 21 women with firearms and five women with cutting tools. Men strangled a woman and beat and killed another woman. (BIA, 7 May 2026)

More than six workers killed on the job every day in April

At least 189 workers were killed while working in Turkey during April, according to the monthly report released by the Health and Safet Labor Watch (İSİG). These figures bring the total number of workplace fatalities in the first four months of the year to 622.

Some 155 workers were killed in January, 129 in February, and 149 in March before the sharp increase in April. On average, at least six workers died every day during the past month.

Breakdown of workers

Among the killed workers last month were 14 women and three refugees.

The report highlighted a significant lack of union representation, noting that 176 of the deceased workers, or 93 percent, were non-unionized. Only 13 of those killed held union memberships.

At least five children or young people died in work-related incidents in April. Three of these victims were under the age of 14, a group legally prohibited from working, while two were between the ages of 15 and 17.

Highest fatalities in construction sector

Fatalities were concentrated in industrial hubs and regions with high agricultural or construction activity. The construction sector recorded the highest number of deaths with 48 fatalities. The agriculture and forestry sector followed with 41 deaths, while 16 workers were killed in the transportation sector.

Traffic and shuttle accidents were the primary cause of workplace deaths, mostly affecting those in the transportation and agriculture sectors. Crushing and collapses in mines, textile factories, construction sites, and metalworks were the second leading cause.

Heart attacks and brain hemorrhages, which the İSİG linked to overwork and poor living conditions across all sectors, ranked third. Falls from heights were the fourth most common cause, with 69 percent of such incidents occurring at construction sites.
Five engineers killed

The report also detailed the deaths of five engineers in April. The İSİG noted that engineers are increasingly facing the same precarious conditions as other laborers.

Görkem Selvitop, a 38-year-old civil engineer, was killed in İstanbul when a pickup truck struck him while he waited for a bus after leaving a workplace shuttle. In Şırnak, 32-year-old civil engineer Murat Bektaş died in a soil collapse while taking measurements at a school construction site in Balveren.

Levent Acar, a 52-year-old site manager, fell to his death from a roof while filming at a construction site in İstanbul. Harun Yıldız, a branch manager for the State Hydraulic Works, died in a collision with a truck while returning from a flood inspection in Bahçesaray.

The report also included the death of Mehet Derda Işık, a 25-year-old maritime engineering student at Piri Reis University. Işık died by suicide, with the report mentioning an email he had sent regarding workplace bullying during an internship.
Deaths in agriculture doubled

Agricultural deaths nearly doubled in April, rising to 41 from 21 in March as warmer weather increased seasonal activity. The İSİG attributed this to farmers using old tractors without protective frames and the unsafe transportation of seasonal laborers. In Burdur, seven agricultural workers were killed when their shuttle collided with a concrete tanker.

The report concluded that a lack of inspections and enforcement has turned many workplaces into sites of constant danger. In Kocaeli, three workers died at the Çolakoğlu Metalurji factory when a maintenance platform collapsed. The facility has a 20-year history marked by numerous worker injuries and deaths. (BIA, 6 May 2026)

Turkey's inflation in first four months nearly hits year-end target

Turkey's annual consumer inflation rose to 32.37% in Apr, according to data released today by the Turkish Statistical Institute (TurkStat).

Monthly inflation increased by 4.18%, bringing the total rise since December to 14.64%. The figures indicate challenges for the Central Bank’s year-end target, which was maintained at 16% in the latest inflation report.

Rising global energy costs linked to conflict involving Iran and supply concerns in the Strait of Hormuz impacted the data. These pressures reflected in Turkey through increased costs in transportation, housing, and food.

Housing, water, electricity, and gas prices saw the highest monthly jump at 7.99%. On an annual basis, this category rose by 46.60%.

Transportation prices followed with a 35.06% annual increase, while food and non-alcoholic beverages rose by 34.55%.

The 12-month average used for calculating rent increases was recorded at 32.43%. Out of 174 sub-categories covered in the index, prices rose in 147 areas, remained unchanged in eight, and decreased in 19.

Despite multiple court rulings, TurkStat continued to withold its item price list. The institution has not released those figures since Apr 2022.

The Confederation of Progressive Trade Unions of Turkey (DİSK) previously sued TurkStat over the matter. The Ankara 6th Administrative Court ruled on Mar 31, 2023, that the requested data must be provided under the right to information. TurkStat also lost its appeal in the case.

However, TurkStat has not included the basket of goods in any inflation announcements for four years. According to TurkStat, which now provides expenditure group statistics instead, prices increased in 127 of the 143 sub-indices covered. Prices fell in 40 sub-indices and remained unchanged in seven. (BIA, 4 May 2026)

Le bilan de la tuerie dans une école monte à 10 morts

Une élève de onze ans blessée dans la tuerie perpétrée mi-avril par un adolescent dans un établissement scolaire du sud de la Turquie est décédée, portant à dix le nombre de victimes, ont annoncé les autorités.

"C'est avec une profonde tristesse que j'ai appris le décès de notre chère Almina Agaoglu, grièvement blessée dans (cette) odieuse attaque (...), après 18 jours d'une lutte pour la vie", a écrit sur X le ministre turc de l'Intérieur, Mustafa Çiftçi.

Les funérailles de la jeune victime ont eu lieu dimanche, selon les images de chaînes de télévision turques.

Le tireur, âgé de 14 ans, avait ouvert le feu dans deux salles de classe d'une "école intermédiaire" (l'équivalent d'un collège en France) de la ville de Kahramanmaras, tuant une enseignante et des élèves âgés de 10 à 11 ans.

L'adolescent, fils d'un policier à la retraite, est mort au cours de l'attaque et ses parents ont été placés en détention provisoire.

La tuerie, la pire jamais perpétrée en Turquie en milieu scolaire, a suscité une vague d'émotion dans le pays et conduit au limogeage du vice-ministre de l'Education. (AFP, 4 mai 2026)

L'inflation grimpe à 32,4% sur un an en avril

L'inflation a connu une forte hausse en avril en Turquie, à 32,4% sur un an, contre 30,9% en mars, dû notamment au renchérissement du coût de l'énergie, selon les données officielles publiées lundi.

Sur un mois, la hausse des prix à la consommation a atteint 4,2% (contre 1,9% en mars), alimentée en particulier par le logement, l'eau, l'électricité, le gaz et autres combustibles (+8%), selon l'institut statistique turc (Tüik).

Sur un an, la flambée des prix a porté particulièrement sur l'éducation (+50,6%), les dépenses de logement incluant les factures d'énergie (+46,6%), les transports (+35,1%) et l'alimentation (+34,6%).

L'inflation, supérieure à 30% en glissement annuel depuis décembre 2021, avait dépassé les 75% en mai 2024 avant d'entamer un ralentissement.

Selon la Chambre de commerce d'Istanbul (ITO), l'inflation s'élève à 36,9% sur douze mois à Istanbul, la principale ville du pays. (AFP, 4 mai 2026)


"Ils vont nous chasser d'ici": la reconstruction contestée de la vieille Antioche

Selahattin Yogurtçuoglu a sorti sa chaise pour discuter avec ses voisins, comme avant, devant l'entrée de son immeuble sur un trottoir du centre d'Antakya, l'antique Antioche.

Rien, pourtant, n'est plus "comme avant" le séisme qui a dévasté la ville plurimillénaire et le sud de la Turquie en février 2023, faisant au moins 53.000 morts: "On entend qu'ils vont raser le quartier pour construire des villas pour des riches. Ils vont nous chasser d'ici et nous jeter au pied de la montagne".

"On ne pourra même pas acheter notre propre terrain!", lâche Selahattin, 68 ans.

Trois ans après la catastrophe, les habitants dénoncent des plans de reconstruction opaques qui menacent de vider la vieille ville et de mettre en danger son identité multiculturelle.

Autrefois animée, adjacente aux quartiers populaires ainsi qu'aux lieux de cultes musulmans, chrétiens et juifs, l'avenue Kurtulus est aujourd'hui un vaste chantier où se reconstruisent à la hâte les bâtiments historiques classés, avec le soutien de l'Union européenne.

La vieille ville d'Antakya abritait plus de 13.000 résidents avant le séisme, mais il n'y restera presque plus d'habitations, selon un nouveau plan d'urbanisme contesté.

La plupart des habitants devraient être déplacés en périphérie, au pied des montagnes jugées plus stables où le Toki, l'agence nationale du logement social, construit des appartements.

Plusieurs secteurs de la vieille ville sont classés "zones à risque" ou "zones de réserve", donnant à l'État un contrôle total sur le sort des propriétés, sans garantie de retour pour les habitants.

Même des bâtiments aux dégâts mineurs risquent la destruction.

 -"Village Potemkine"-

 Des inscriptions "Pas de dégâts. Des habitants sont présents" sont apparues sur des maisons du centre-ville, espérant empêcher leur destruction.

Une perspective inacceptable pour Kemal Aribas, 65 ans, très attaché à son quartier qu'il refuse de voir transformé en "village Potemkine".

"A quoi ça sert de reconstruire le café Affan si les habitants ne sont plus là? C'est pour les touristes?", s'insurge-t-il en évoquant le café historique du quartier où sa famille vit depuis des générations.

Avant, il y retrouvait chaque matin son ami Dimitri, prêtre de l'Eglise orthodoxe, pour une partie de backgammon.

"L'Antakya multiculturelle où cohabitaient différentes communautés n'était pas un cliché, c'était une réalité", assure-t-il.

"Elle est aujourd'hui menacée. Mes voisins, y compris Dimitri, ont été relogés à des dizaines de kilomètres d'ici. On y construit des mosquées, mais y aura-t-il aussi une église? Pourrais-je retrouver mon lieu de culte?", se demande ce pratiquant alévi, communauté dont les rites diffèrent de ceux de l'islam orthodoxe.

"On reconstruit les commerces, les monuments historiques. Mais où va-t-on vivre? Nous sommes exclus des plans qui déterminent notre sort", poursuit M. Aribas, qui a lancé une plateforme pour défendre les droits des habitants de la vieille ville.

"Les résidents n'ont pas été entendus. Le processus est très confus, centralisé et opaque. Il est difficile de contester les décisions", estime le politologue Harun Aslan, spécialiste du dossier.

 - Rupture du tissu urbain -

 "Le besoin en logements est urgent, mais pour l'instant, les habitants n'ont pas la possibilité de construire dans les zones de réserve et les zones à risque. Ils se voient contraints d'être relogés loin du centre, dans les Toki", explique-t-il.

Plus de 100.000 bâtiments ont été détruits ou gravement endommagés lors du séisme dans la province de Hatay qui abrite Antakya, selon le ministère turc de l'Urbanisme qui a affirmé y avoir construit, fin 2025, plus de 85.000 unités de logements.

A Antakya, "la destruction est telle que l'unité de la ville est brisée. La reconstruction signifie une +Tokification+ de la ville, les habitants n'ont aucun droit de regard sur leurs propres logements", reprend Harun Aslan.

Selon le muhtar (maire) du quartier central Fevzi Cakmak, Sefik Fatihoglu, les incertitudes autour de la reconstruction empêchent le retour d'un tiers de ses 4.000 administrés, partis dans d'autres villes.

"Une zone de 309 hectares incluant notre quartier a été déclarée à risque. Selon la loi, cela autorise tout, même l'expropriation", rapporte-t-il.

"Je devrais pouvoir reconstruire mon bien sur la terre de mes ancêtres, ou l'Etat pourrait s'en charger. Mais ni l'un ni l'autre n'est possible. On nous dit juste d'attendre, d'être patient", regrette-t-il.

"La population craint de ne pas pouvoir reconstruire sa communauté, de ne plus pouvoir revivre dans les mêmes lieux", reconnaît Jurgis Vilcinskas, chef-adjoint de la délégation de l'Union européenne en Turquie, en visite à Antakya.

"Tout dépendra des solutions locales", estime-t-il en pointant "le rôle essentiel du dialogue".

L'UE a engagé près d'un milliard d'euros pour financer les hôpitaux, écoles, logements temporaires et la restauration des monuments historiques dans les onze provinces touchées par le séisme.

"On aurait voulu que l'Europe questionne le sort des habitants pour les projets qu'elle finance", lâche Kemal Aribas, déterminé à poursuivre la lutte. (AFP, 30 avril 2026)

Les mineurs impayés mettent fin à leur grève

La centaine de mineurs en grève de la faim à Ankara depuis neuf jours pour réclamer des arriérés de salaire ont mis fin à leur action mardi après un accord avec leur employeur, a annoncé leur syndicat.

"La plupart de nos camarades ont perçu leur salaire (...). Nous mettons fin à notre action dès aujourd'hui", a déclaré à la presse Gökay Çakir, le président du syndicat indépendant des mineurs, à l'issue d'une réunion au ministère de l'Intérieur.

Les mineurs, entrés en grève le 12 avril, étaient arrivés à pied dans la capitale turque lundi dernier depuis la province voisine d'Eskisehir au terme d'une marche de neuf jours de 190 km.

Ils avaient été arrêtés et placés en garde à vue le lendemain pendant 14 heures après avoir entamé une grève de la faim et demandaient à être reçus au ministère de l'Energie.

"Nous avons faim", avaient écrit plusieurs d'entre eux au feutre à même leur corps.

Lundi, les mineurs, qui occupaient un parc d'Ankara depuis une semaine, avaient été repoussés par la police et aspergés de gaz lacrymogène alors qu'ils tentaient de rejoindre le ministère de l'Energie. (AFP, 30 avril 2026)


Nouvelle manifestation de mineurs impayés en grève de la faim

Torses nus et coiffés de casques jaunes, au coude-à-coude pour repousser les boucliers des policiers, plus d'une centaine de mineurs turcs en grève de la faim ont de nouveau réclamé lundi à Ankara leurs arriérés de salaire.

Depuis une semaine, les mineurs arrivés à pied de la province voisine d'Eskisehir (centre), où leur mine de lignite alimente une centrale thermique, demandent à être reçus au ministère de l'Energie. En vain.

Lundi, au huitième jour de leur grève de la faim, ils ont été de nouveau bloqués dans un parc et aspergés de gaz lacrymogène, ont constaté les journalistes de l'AFP.

Deux responsables du Syndicat indépendant des mineurs, dont son président, Gökay Çakir, ont été arrêtés, a annoncé leur organisation sur X.

Les mineurs ont fini par s'allonger à même le bitume, à côté de leurs casques sur lequel certains avaient écrit "Combat pour du pain".

"On a cinq à six salaires de retard, le patron n'a versé qu'une infime partie de ce qu'il nous doit", a déclaré l'un d'eux à l'AFP, refusant de donner son nom.

Le groupe est arrivé à Ankara le 20 avril après 180 km à pied en neuf jours pour se faire entendre.

Le lendemain, les 110 mineurs étaient placés en garde à vue pendant quatorze heures, selon leur syndicat.

Doruk Mining est une filiale de Yildizlar SSS Holding qui exploite la centrale thermique d'Eskisehir.

Yildizlar SSS, qui a repris la mine et la centrale en 2022, a licencié ou placé en congé sans solde des centaines de salariés et les salaires impayés et indemnités de licenciement se sont accumulés sans qu'une solution soit apportée, dénonce le syndicat.

Cette situation suscite une forte émotion dans le pays, dont le charbon assure un tiers de la production d'électricité selon les chiffres du ministère de l'Energie. D'autant que les mineurs étaient intervenus en février 2023 sur le site du tremblement de terre qui a fait plus de 53.000 morts, notamment à Kahramanmaras.

"Quand ils sont arrivés après le séisme, ils ont ramené le sourire sur les visages. Avec leurs pelles, leurs pioches, leurs bras et leur coeur, ils ont sorti des milliers de personnes des décombres", a rappelé sur X le vice-président du groupe parlementaire CHP, premier parti d'opposition, Ali Mahir Basarir. (AFP, 27 avril 2026)


Relations turco-européennes / Turkey-Europe Relations

La reine Mathilde accueillie par Mahinur Özdemir, exclue du CDH

Adrien de Marneffe, LLB, 11 mai 2026

La reine Mathilde a entamé, ce dimanche en Turquie, sa première mission économique belge à la tête d'une importante délégation composée de chefs d'entreprise et de figures de proue du paysage politique national.

Alors que la délégation visitait les installations de l'entreprise technologique Baykar, elle a été accueillie par la ministre turque de la Famille et des Affaires sociales, Mahinur Özdemir, qui accompagnera la délégation belge durant l'ensemble de la mission.

Pour plusieurs ministres belges présents ce visage est loin d'être celui d'une inconnue.

Cette ancienne protégée de Joëlle Milquet, d'abord élue conseillère communale à Schaerbeek, avait suscité une attention médiatique internationale en devenant la première parlementaire voilée en Europe. Mahinur Özdemir a siégé de 2009 à 2019 sur les bancs du Parlement bruxellois sous l'étiquette du CDH.

Sa trajectoire au sein de ce parti s'était toutefois arrêtée en 2015. Elle avait alors été exclue du CDH (devenu ensuite Les Engagés), pour avoir refusé de reconnaître explicitement le génocide arménien. Benoît Lutgen était alors le président de parti. Mahinur Özdemir avait à l'époque introduit un recours contre la décision, s'estimant victime d'une injustice. Sans succès.

La Belgo-Turque est parvenue à rebondir dans son pays d'origine puisqu'elle y est devenue ministre de la Famille et des Affaires sociales. Mahinur Özdemir est la seule femme nommée au sein du nouveau gouvernement turc.

"En tant que personne née et élevée en Belgique, ayant exercé des fonctions en politique et en diplomatie en Europe, et qui aujourd'hui sert notre nation en Turquie tout en portant la responsabilité de représenter notre pays à la fois sur la scène nationale et internationale, cette visite revêt pour moi une signification particulière", a souligné Mahinur Özdemir sur les réseaux sociaux.

Un retournement de situation qui place Maxime Prévot, ancien président des Engagés, dans une position diplomatique pour le moins singulière face celle qui fut députée au sein de son parti, avant d'en être exclue…

"Tout se passe de manière cordiale", nous assure toutefois une source au sein de la délégation belge.

"Mme Özdemir et le ministre-Président bruxellois ont été collègues au Parlement et ont conservé une relation cordiale, ce qui peut apporter des retombées positives dans ce type de mission", ajoute la parole-parole de Boris Dilliès (MR).

Au sein de la délégation politique, qui se compose du ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Les Engagés), du ministre de la Défense, Theo Francken (N-VA), du ministre-Président flamand, Matthias Diependaele (N-VA), du ministre-Président bruxellois, Boris Dilliès (MR), et du ministre wallon de l'Économie, Pierre-Yves Jeholet, l'objectif est clairement de ne pas faire de vague.

Une entreprise turque proche d'Erdogan pour les drones de l'armée belge ?

Baykar, le fabricant turc de drones, jouit d'une belle réputation dans le secteur de la défense. Cette entreprise, par ailleurs co-détenue par l'un des gendres du président Erdogan, intéresse beaucoup notre ministre de la Défense, Theo Francken (N-VA).

Durant la mission économique qui se déroule en ce moment en Turquie, le ministre a visité l'usine du fabricant turc de drones, en compagnie de la reine Mathilde. En marge de cet événement, le ministre nous a expliqué que, plus largement, l'armée turque l'inspirait. "C'est une armée qui a changé de cap, avec succès, vers l'innovation et la modernisation, déclare-t-il. Ce qu'ils font sur les drones et les systèmes anti-drones est impressionnant. L'armée belge doit aller dans cette direction, mais il y a un arriéré à rattraper. Rien n'a été fait par le précédent gouvernement en raison de l'opposition des écologistes aux drones".

L'armée belge a l'intention de s'équiper de drones, mais aussi de systèmes de protection contre les drones.

Le ministre N-VA n'exclut d'ailleurs pas de travailler avec la Turquie, pour l'acquisition de drones. "Il y a des pays, comme la Russie, avec lesquels on ne va évidemment pas travailler, déclare-t-il. Mais cela ne concerne pas la Turquie, qui est un pays membre de l'Otan depuis des décennies. La société Baykar a des capacités de production de drones qui peuvent être intéressantes pour la Belgique. C'est aussi moins cher de produire sur place".

"Des entreprises belges pourraient travailler avec des partenaires turcs et faire de la sous-traitance là-bas", ajoute Bernard Phaleg, directeur des ressources et de l'armement au sein de l'armée belge.

Quid de la qualité ? "Les drones de Baykar sont testés tous les jours en Ukraine", répond Theo Francken. Et ceux-ci donneraient satisfaction, si l'on en croit le ministre de la Défense.

Ceci dit, le dossier d'acquisition des drones par l'armée belge n'est pas encore prêt.

En revanche, le dossier de l'acquisition d'un système de défense contre les drones pourrait avancer prochainement. En effet, il devrait y avoir prochainement une première sélection des candidats à la fourniture de ce système.

La reine Mathilde et la délégation belge en Turquie ont été accueillies par la ministre Mahinur Özdemir... exclue du CDH en 2015

"On va travailler avec un consortium, dont au moins une entreprise sera belge, précise Bernard Phaleg. Il va bientôt y avoir une première sélection qui doit permettre d'avancer avec un nombre restreint de candidats. La sélection définitive interviendra plus tard".

Selon lui, le budget total du système de défense contre les drones devrait s'élever à 1 milliard d'euros, sur une durée de douze ans.

Bernard Phaleg estime que la menace peut venir de plusieurs endroits, pas uniquement de la Russie. "Généralement, il n'est pas possible de déterminer l'origine d'un drone, déclare-t-il. La menace peut être intentionnelle mais aussi accidentelle". (La Libre Belgique, 11 mai 2026)

Un "imprévu technique" contraint le Premier ministre espagnol à atterrir à Ankara

L'avion qui transportait le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez vers l'Arménie pour assister au sommet de la Communauté politique européenne a dû atterrir à Ankara (Turquie) dimanche soir en raison d'un "imprévu technique", ont annoncé les services du chef du gouvernement espagnol.

"La délégation espagnole passera la nuit à Ankara avant de reprendre demain son voyage vers l'Arménie", a-t-on ajouté de même source, sans plus de précision sur la nature du problème rencontré.

Une source s'exprimant sous couvert d'anonymat avait auparavant annoncé à l'AFP que l'avion de Pedro Sanchez avait effectué un atterrissage d'urgence à Ankara, sans plus de précision.

Pedro Sanchez se rend à Erevan, en Arménie, pour le 8e Sommet de la Communauté politique européenne (CPE), un forum informel qui réunit deux fois par ans les dirigeants de la quasi-totalité des pays européens, membres ou non de l'UE, à l'exception de la Russie et du Bélarus.

Le Premier ministre canadien Mark Carney a également été invité à ce sommet. Ce sera la première participation d'un pays non européen à une réunion de la CPE, illustration du rapprochement à l'oeuvre entre l'Europe et le Canada pour mieux résister aux assauts de Donald Trump.

Le Premier ministre espagnol bénéficie d'une image favorable en Turquie en raison de son soutien appuyé à la cause palestinienne et de son hostilité affichée à la guerre lancée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran. (AFP, 3 mai 2026)

La Turquie allège sa fiscalité et se rêve en pôle financier régional

La Turquie veut attirer entrepreneurs et capitaux en abaissant voire annulant la fiscalité sur les entreprises et les nouveaux résidents, arguant de sa position de "corridor central" entre l'Europe et le Moyen-Orient.

"La Turquie bénéficie d'une position géographique exceptionnelle de corridor central", a relevé lundi le ministre du Trésor et des Finances Mehmet Simsek en déroulant un programme de réformes destiné à faire de ce pays de 86 millions d'habitants et d'Istanbul, sa capitale économique, "un des principaux pôles de la région" et un centre financier "aligné sur ceux de Singapour, Hong Kong et des Pays-Bas".

Le mot d'ordre: "Exporter davantage de biens et de services. Attirer plus de talents, d'entrepreneurs et de capitaux", a-t-il résumé.

Avec ce programme de réformes, la Turquie promet "l'exonération fiscale à 100%" du commerce de transit "si l'entreprise est basée au Centre financier d'Istanbul et 95% d'exonération fiscale si l'entreprise est située en dehors".

Simultanément, pour doper les exportations, elle offre une "réduction radicale" de la fiscalité, a expliqué M. Simsek: actuellement soumis à un taux d'imposition standard de 25%, "les exportateurs bénéficieront désormais d'une réduction majeure" et se verront imposer une taxe de 14%, tandis que les exportateurs de produits manufacturés bénéficieront d'un taux unique de 9%.

Les exportations de services "à forte valeur ajoutée", y compris des logiciels, des jeux vidéo, de l'ingénierie et du design, bénéficieront une exonération fiscale de 100%, selon le programme.

Le programme prévoit aussi d'accorder une exonération d'impôts de 20 ans sur les revenus provenant de l'étranger pour les nouveaux résidents en Turquie.

Les citoyens turcs qui rapatrient leur fortune en Turquie pourront bénéficier des mêmes avantages fiscaux selon des conditions qui restent à définir, a souligné M. Simsek.

Les mesures annoncées devront être adoptées par le parlement turc avant d'entrer en vigueur.

"Nous sommes déterminés à faire de la Turquie un pôle d'attraction mondial (...) et à renforc[er] considérablement l'attractivité de notre pays", avait affirmé vendredi le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Interrogé sur les impacts de la situation internationale et du blocage du détroit d'Ormuz, alors que la Turquie dépend des importations énergétiques, notamment de Russie, le ministre a jugé la situation "difficile mais gérable".

"Nous avons une faible exposition directe au détroit (...) La plupart de (nos importations de) pétrole et gaz arrivent par oléoducs ou de pays qui ne sont pas concernés par le détroit. Par conséquent, la sécurité de l'approvisionnement énergétique n'est pas en jeu", a-t-il assuré.

Il a par ailleurs vanté la situation économique du pays, citant un "déficit budgétaire à 2,9% du PIB, ce qui nous donne la capacité de réagir, ainsi qu'une dette juste en dessous de 24% du PIB".

Il a toutefois reconnu qu'en raison de la flambée des prix liée à la guerre au Moyen-Orient, "l'inflation sera d'environ 3% plus élevée par rapport à notre scénario de base", estimant cela "gérable".

En mars, le taux d'inflation en Turquie atteignait 30,9% en glissement annuel. Le gouvernement avait déjà relevé ses prévisions, estimant que l'inflation se situerait entre 15 et 21% à la fin de l'année, contre 13 à 19% initialement. (AFP, 27 avril 2026)

Turquie-USA-OTAN / Turkey-USA-NATO


Relations régionales / Regional Relations

Une nouvelle "flottille pour Gaza" partie de Turquie

Une nouvelle "flottille pour Gaza" composée d'une cinquantaine de bateaux a quitté jeudi à la mi-journée le port turc de Marmaris (sud-ouest), ont annoncé les organisateurs à l'AFP.

Il s'agit de la troisième tentative de briser le blocus du territoire palestinien de Gaza depuis le 7 octobre 2023.

La précédente avait été interceptée par les forces israéliennes le 30 avril et ses 175 militants arrêtés dans les eaux internationales.

"Une cinquantaine de bateaux ont quitté Marmaris il y a environ une heure" a annoncé à l'AFP un des coordinateurs de la flottille Global Sumud (GSF), Gorkem Duru.

"Ils font actuellement route pour Gaza".

Ce convoi sera rejoint en mer par "quatre à cinq bateaux de la Coalition de la flottille de la Liberté", dans les eaux internationales, a-t-il précisé.

Les organisateurs ont promis de partager régulièrement les plans de voyage de la flotte une fois regroupée et élargie.

A l'automne 2025, un premier voyage de la Flottille globale Sumud ("résilience" en arabe) à travers la mer Méditerranée, jusqu'aux abords de Gaza, avait attiré l'attention du monde entier.

Elle avait été interceptée par les forces israéliennes au large des côtes égyptiennes et gazaouies, et ses militants transférés en Israël avant d'être rapidement expulsés.

Tout au long de la guerre à Gaza, déclenchée par l'attaque sans précédent du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, le petit territoire a souffert de pénuries de nourriture et autres biens essentiels.

Israël contrôle tous les points d'entrée dans Gaza, soumise à un blocus israélien depuis 2007, et l'accès à l'aide humanitaire y reste largement restreint.

Israël et le mouvement islamiste palestinien s'accusent mutuellement de violer un cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025, après deux ans de guerre, déclenchée par l'attaque d'une ampleur sans précédent du mouvement palestinien sur le sol israélien le 7 octobre 2023. (AFP, 14 mai 2026)

Un poste-frontière turco-syrien rouvre après douze ans

Un poste-frontière entre la Turquie et la Syrie fermé depuis 2014 en raison de la guerre va rouvrir intégralement mardi après sa reprise en main par le pouvoir central côté syrien, ont annoncé lundi les autorités turques.

Ce point de passage qui relie la ville turque d'Akçakale (sud-est) à la ville syrienne de Tal Abyad (nord) sera à nouveau ouvert "à la circulation commerciale et civile (...) en raison de la normalisation de la situation dans la région", a indiqué le gouvernorat de la province de Sanliurfa dans un communiqué.

Les autorités turques, soutien du gouvernement de Damas, soulignent que cette réouverture est permise par l'accord scellé fin janvier entre les forces kurdes de Syrie et le pouvoir central à Damas, aux termes duquel les combattants kurdes qui géraient la région ont cédé le contrôle du poste-frontière.

"La Syrie se normalise", s'est réjoui sur X l'ambassadeur de Turquie à Damas, Nuh Yilmaz, en commentant cette annonce.

Ce poste-frontière avait rouvert de manière "contrôlée" après une opération turque dans le nord de la Syrie en 2019, indiquent les autorités turques qui dénombrent six points de passage terrestres ouverts avec la Syrie le long de leur frontière de plus de 900 km. (AFP, 11 mai 2026)


Arrivée à Istanbul d'une soixantaine de membres de la "flottille pour Gaza"

Une soixantaine de membres de la "Flottille pour Gaza" interceptés par Israël, dont dix-huit Turcs, sont arrivés vendredi soir à l'aéroport d'Istanbul en provenance de Crète, a annoncé le ministère turc des Affaires étrangères qui a organisé leur transfert.

Un vol spécial a été organisé pour eux, a déclaré le porte-parole du ministère Öncü Keçeli.

Selon une source au ministère, deux des vingt Turcs qui avaient au total été "kidnappés" par les forces israéliennes au cours de leur intervention jeudi et étaient aussi attendus à Istanbul doivent subir un contrôle médical et rentreront samedi.

Outre les citoyens turcs, une quarantaine de personnes de quatorze autres nationalités se trouvaient également à bord de l'avion, selon la même source: parmi elles figuraient quatre Américains, six Britanniques, cinq Argentins, dix Malaisiens et trois Espagnols.

"A la suite de l'intervention illégale des forces israéliennes dans les eaux internationales contre la Flottille mondiale Sumud, nos ressortissants et les autres participants qui avaient été retenus ont débarqué en Crète", au sud de la Grèce, avait expliqué dans la journée le ministère turc dans un communiqué.

L'armée israélienne a intercepté jeudi une partie de la flottille qui souhaitait briser le blocus de la bande de Gaza dans les eaux internationales au large de la Crète et arrêté au moins 175 militants propalestiniens.

Selon Gorkem Duru, ressortissant turc de 40 ans et responsable de l'un des bateaux, le Ghea, les militants arraisonnés ont été emmenés dans une prison flottante et gardés dans des conteneurs jusqu'à vendredi matin, puis ont été conduits au large de la Crète.

Interrogé par l'AFP à sa descente d'avion, il a dénoncé des "violences" subies par certains d'entre eux, sans précision, et appelé "tous les peuples à se mobiliser contre leurs gouvernements jusqu'à la rupture de toute relation avec le gouvernement sioniste".

La flottille était initialement composée de plus de 50 bateaux partis ces dernières semaines de Marseille (France), Barcelone (Espagne) et Syracuse (Italie).

Elle avait pour objectif, selon les organisateurs, de briser le blocus de la bande de Gaza et d'apporter de l'aide humanitaire à ce territoire palestinien dont l'accès reste encore largement restreint malgré un fragile cessez-le-feu entre Israël et le mouvement islamiste Hamas en vigueur depuis octobre

Dans une déclaration commune, les ministres des Affaires étrangères d'une douzaine de pays dont la Turquie, le Brésil, la Jordanie, l'Afrique du Sud et l'Espagne ont condamné l'opération israélienne, parlant de "violations flagrantes du droit international et du droit international humanitaire".

Les ministres ont "exhorté les autorités israéliennes à prendre les mesures nécessaires" pour assurer la "libération immédiate" des personnes arrêtées. (AFP, 1 mai 2026)

Chypre et la Grèce / Cyprus and Greece

A Athènes, Macron assure que la France sera aux côtés de la Grèce "quoi qu'il arrive"

Emmanuel Macron a assuré samedi à Athènes que la France soutiendrait la Grèce "quoi qu'il arrive" en cas de menace sur le pays méditerranéen, confronté à des tensions récurrentes avec la Turquie voisine, dans un partenariat de défense censé "inspirer" le reste de l'Europe.

"Ne vous posez même pas la question. Quoi qu'il arrive, nous serons là, à vos côtés", a lancé le président français lors d'une conférence de presse avec le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, au second jour de sa visite.

Les deux pays ont renouvelé leur partenariat stratégique dans la défense et la sécurité, signé pour la première fois en 2021 et qui prévoit une clause d'assistance mutuelle en cas d'agression.

"Cette clause (...) est intangible", a insisté le dirigeant français. "Elle n'est pas discutée entre nous. Donc, il n'y a pas de point d'interrogation à avoir, il n'y a pas de doute à nourrir."

"Pour tous nos ennemis, potentiels ou réels, il faut qu'ils le sachent très clairement", a-t-il encore ajouté.

La veille, Emmanuel Macron avait tenu des propos similaires lors d'une discussion avec Kyriakos Mitsotakis dans le site antique de l'Agora romaine.

Ces déclarations ont "véritablement touché le coeur des Grecs", lui a répondu le Premier ministre qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2019, a largement relancé les achats d'armements notamment français.

La presse grecque se consacrait largement à cette visite très suivie. Le principal quotidien grec, Kathimerini, reprenait ainsi en Une une phrase du président français: "Nous serons là pour vous si votre souveraineté est menacée".

Le chef du gouvernement grec a vu dans cette clause d'assistance mutuelle "la pierre angulaire" de l'accord franco-grec, qui sera désormais reconduit tacitement et a été complété samedi par un partenariat stratégique "global".

Les tensions avec la Turquie, à la fois rival historique de la Grèce et partenaire au sein de l'Otan, ressurgissent à intervalles réguliers et sont souvent évoquées par Athènes pour justifier l'achat d'armements.

Face aux défis grandissants pour la sécurité de l'Europe, la Grèce a lancé l'an dernier une refonte de son armée, présentée comme la plus importante de son histoire moderne.

Elle va y consacrer quelque 25 milliards d'euros, avec la volonté de se doter notamment d'un dôme anti-missiles, anti-aérien et anti-drones appelé "Bouclier d'Achille". Selon des sources ministérielles, cette refonte doit s'étaler sur 12 ans.

 - "Bouleversements géopolitiques" -

 Client historiquement important de l'industrie de la défense européenne et américaine, la Grèce est actuellement l'un des quatre pays de l'Alliance atlantique qui consacrent plus de 3% de leur PIB aux dépenses de défense, derrière la Pologne, l'Estonie et la Lettonie.

Elle entretient des relations acrimonieuses avec la Turquie malgré un certain réchauffement depuis la fin 2023 marqué par des rencontres entre M. Mitsotakis et le président turc, Recep Tayyip Erdogan.

Après un gel du budget d'armements pendant la décennie de la crise financière (2009-2018), la Grèce avait décidé en 2021 de moderniser ses forces armées, sur fond à l'époque de tensions avec Ankara.

Elle a dans ce cadre acquis à la France 24 avions de combat Rafale puis trois frégates Belharra pour un montant total de plus de 5,5 mds d'euros. Une quatrième frégate avait été ajoutée l'an dernier.

Pour les deux dirigeants, cette alliance entre leurs pays doit servir de modèle à la défense européenne.

"Ce rapprochement gréco-français a précédé les récents bouleversements géopolitiques majeurs", a noté Kyriakos Mitsotakis. "Il a préfiguré la nécessité plus large d'une autonomie stratégique pour notre continent", a-t-il insisté.

Emmanuel Macron a aussi estimé que ce "mouvement" avait "inspiré et continue d'inspirer le reste de l'Europe et a consolidé ce pilier européen de l'Otan, cette Europe de la défense" devenue "une vraie stratégie". (AFP, 25 avril 2026)

Immigration / Migration

Cem Özdemir est le premier ministre-président allemand d’origine

Delphine Nerbollier, La Libre Belgique, 16 mai 2026

Depuis le 13 mai, Cem Özdemir est le premier ministre-Président allemand d’origine turque. Cem Özdemir est habitué aux places de premier. En 1994, cet écologiste devient le premier député fédéral allemand d’origine turque. Né en 1965, dans les Alpes souabes, Cem Özdemir est en effet le fils d’un couple de travailleurs dits "invités", originaire d’Istanbul et Rebelote en 2021 lorsqu’il devient le premier ministre fédéral avec de telles origines. Au sein de la coalition "tricolore" du chancelier Olaf Scholz, ce végétarien reçoit le portefeuille de l’agriculture.

Enfin, depuis le 13 mai, Cem Özdemir est le premier ministre-Président allemand d’origine turque, en l’occurrence du Bade-Wurtemberg. Il y succède à son mentor, Winfried Kretschmann, qui fut, lui, le premier écologiste à diriger une région.

Et quelle région ! Berceau de Daimler, Mercedes et Bosch, le Bade-Wurtemberg est l’un des poids lourds de l’automobile allemande. Tout un symbole pour des écologistes longtemps braqués contre la voiture.

À l’image de son prédécesseur, Cem Özdemir est par ailleurs un "Superrealo", un écologiste parmi les plus pragmatiques qui soient, à tendance conservatrice, et souvent en opposition avec l’aile gauche de son parti. S’il se rendait à vélo au travail lorsqu’il était ministre fédéral à Berlin et roulait en Fiat, il assure désormais vouloir rouler en Daimler, et appelle son parti à être plus flexible envers l’automobile. Son conservatisme sur les questions migratoires suscite aussi des remous chez les Verts, comme lorsqu’il évoque le sexisme et la misogynie de certains immigrés, ou affiche son amitié avec le très polémique maire de Tübingen et ex- écologiste Boris Palmer.

Or, c’est justement ce pragmatisme et ce conservatisme qui lui ont fait remporter les élections régionales le 8 mars dernier, à l’issue d’une remontada inattendue. Le "Souabe d’Anatolie", comme il se décrit lui-même, est désormais l’écologiste le plus puissant d’Allemagne - son parti est dans l’opposition au niveau fédéral - et devra mettre son pragmatisme en pratique. Une tâche qui pourrait être plus compliquée que prévu aux côtés de partenaires chrétiens-démocrates qui n’ont toujours pas digéré leur place de numéro deux, sur le fil.

Turkish citizens rank first in deportations from EU to third countries

Turkish citizens ranked first among those deported from European Union countries to third countries in 2025, according to data released by Eurostat. A total of 13,405 Turkish nationals were returned following administrative decisions.

Turkish citizens also rank fifth in the "refused entry" category, which includes individuals denied entry at border gates or airports.

In the refused entry statistics, Ukraine ranked first with 26,975 citizens, followed by Albania with 12,430, Moldova with 11,660, and Colombia with 6,565. Turkey followed with 5,635 citizens denied entry.

In total, 132,600 people were refused entry at EU external borders throughout 2025, marking a 7.1% increase compared to 2024.

Human rights organizations argue that official data only captures a portion of actual practices. A report titled "Beaten Back at Europe’s Borders," which included contributions from the Hungarian Helsinki Committee, identified at least 80,865 informal "pushback" cases in 2025. (BIA, 13 May 2026)

Un migrant décède en mer Egée, les garde-côtes grecs pointés du doigt

Une personne est morte mercredi en mer Egée et 43 autres ont été secourues, ont rapporté jeudi les autorités turques et une ONG qui accuse les garde-côtes grecs d'avoir mis le groupe de migrants en danger en endommageant leur embarcation.

Selon les garde-côtes turcs, les migrants et leur passeur se trouvaient au large du district de Foça (ouest), situé à 30 km de l'île grecque de Lesbos, lorsque leur canot pneumatique s'est retrouvé "partiellement submergé".

Quarante-trois passagers ont été secourus, dont quatre se trouvaient à l'eau à l'arrivée des garde-côtes turcs, ont indiqué ces derniers.

"Le corps d'un migrant en situation irrégulière a été repêché et un passeur présumé a été appréhendé", ont-ils ajouté.

L'ONG norvégienne Aegean Boat Report, qui vient en aide aux migrants en détresse en mer Egée, affirme pour sa part avoir reçu un appel d'urgence mercredi soir de passagers accusant les garde-côtes grecs d'avoir refoulé et endommagé leur embarcation.

"Le groupe nous a raconté avoir été violemment repoussé par les garde-côtes grecs. D'après les survivants, ces derniers ont détruit le moteur, endommagé le canot (...) et les ont laissés dériver en mer tandis que l'embarcation prenait l'eau", écrit l'ONG, qui documente depuis des années les refoulements illégaux ("pushbacks") dont sont accusés les garde-côtes grecs -- des accusations rejetées par la Grèce.

Début février, 15 migrants avaient été tués dans une collision entre leur embarcation et un patrouilleur des garde-côtes grecs au large de l'île de Chios, située à quelques encablures des côtes turques.

Au moins 1.209 migrants sont morts ou ont disparu en Méditerranée depuis le début de l'année, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). (AFP, 7 mai 2026)


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