Droits
de l'Homme / Human Rights
L'opération
anti-LGBT+ en Turquie se poursuit, les
protestations aussi
L'opération anti-LGBT des autorités turques, entamée dimanche, s'est
poursuivie mardi avec l'arrestation d'une centaine de personnes à
Ankara et Istanbul, provoquant la colère des partis d'opposition et
d'organisations de défense des droits humains.
Selon des avocats, 91 personnes ont été interpellées après une
manifestation à la mi-journée devant le palais de justice de Caglayan,
sur la rive européenne d'Istanbul.
"Vive la lutte pour la liberté", "Malgré la haine, vive la vie",
"Libérez immédiatement les détenus!" ont scandé les manifestants, qui
tenaient une banderole où on pouvait lire "Etre LGBT+ et s'organiser
n'est pas un crime".
Deux journalistes du quotidien turc Birgün et de la télévision publique
allemande ARD ont aussi été arrêtés, selon le Syndicat des journalistes
de Turquie. Une autre, interpellée dimanche pour un article sur le
mouvement LGBT en Géorgie voisine, devait être entendue mardi par le
parquet, selon l'ONG MLSA.
En début de soirée, jusqu'à 300 militants se sont à leur tour réunis à
Ankara, la capitale. Selon une députée du DEM, le parti prokurde, 20
personnes ont été placées en détention.
Le chef de l'Etat, Recep Tayyip Erdogan, qui a proclamé en 2026 "la
Décennie de la famille", prend régulièrement pour cible les LGBT+ qu'il
qualifie de "pervers" et auxquels il impute la chute drastique de la
natalité.
- "Obscénité" -
L'opération qui cristallise la colère actuelle a débuté dimanche,
avec
l'arrestation par la police de dizaines de personnes dans des bars gay
et aux domiciles de militants LGBT+, pour "obscénité", "aide à la
prostitution" ou "liens financiers avec l'étranger".
De nombreux comptes de réseaux sociaux de défenseurs des droits humains
et de médias ont en outre été bloqués, dans le cadre d'opérations
appelées "Ma famille est en sécurité".
Le Nouveau Parti (Yeni, opposition) a regretté "l'utilisation du
système judiciaire comme outil de punition généralisée, fondée sur
l'orientation sexuelle et les préférences des individus".
Le DEM, essentiel dans le processus de paix entre Ankara et le Parti
des travailleurs du Kurdistan (PKK), a pour sa part jugé sur X que le
"langage de la paix ne (pouvait) aller de pair avec la répression".
Une intervention significative : intermédiaire entre le gouvernement et
Abdullah Öcalan, chef emprisonné du
PKK, le DEM est régulièrement accusé par d'autres partis d'opposition
de ménager le pouvoir pour pousser le processus de paix, après plus de
quatre décennies de guérilla.
- L'homophobie au sommet de l'Etat -
A Istanbul, Zeynep, une manifestante de 44 ans refusant de donner
son
nom complet, a exprimé sa colère et sa frustration face à ce nouveau
tour de vis.
"Alors que tant de crimes graves restent impunis, le gouvernement mène
désormais des opérations contre les militants LGBT+. Ces personnes
n'ont commis aucun autre crime que d'être elles mêmes et défendre leurs
droits ou ceux des autres", a-t-elle déclaré à l'AFP.
L'opération suscite inquiétudes et protestations jusqu'à l'étranger.
Après l'Union européenne lundi, le Commissaire aux droits de l'Homme du
Conseil de l'Europe Michael O'Flaherty a jugé que "de simples
références aux +valeurs familiales+ ou à la +protection des enfants+ ne
(pouvaient) servir de justification aux restrictions des droits de
l'homme".
L'homosexualité n'est pas réprimée pénalement en Turquie, mais elle est
largement réprouvée et l'homophobie y est répandue jusqu'au sommet de
l'Etat.
En fin de journée, Amnesty International a exhorté les autorités à
mettre fin à leur politique anti LGBT+.
"Cette répression généralisée (...) n'a absolument rien à voir avec la
protection des familles et vise uniquement à porter davantage atteinte
à une communauté déjà durement éprouvée par des décennies de
discrimination et d'intimidation", a dénoncé dans un communiqué Esther
Major, directrice régionale adjointe pour l'Europe de l'organisation.
(AFP, 15 sept 2026)
Opération
anti-LGBT+ en Turquie: une manifestation dispersée,
des comptes de réseaux sociaux bloqués
Quelque 200 manifestants réunis à Izmir, dans l'ouest de la Turquie,
pour protester contre un coup de filet anti-LGBT+ la veille ont été
dispersés par la police qui a fait usage de gaz lacrymogènes, a
constaté l'AFP.
Les policiers ont arrêté deux manifestants, dont un avocat. Parmi les
slogans scandés, on pouvait entendre "En défi à la haine, vive la vie",
"Tu ne marcheras jamais seul" et "Que votre soi-disant +sainte famille+
aille en enfer+".
Le chef de l'Etat turc Recep Tayyip Erdogan, qui a proclamé en 2026 "la
Décennie de la famille", prend régulièrement pour cible les LGBT+,
qu'il qualifie de "pervers" et auxquels il impute la chute drastique de
la natalité.
Dans le cadre de la campagne des autorités appelées "Ma famille est en
sécurité", des "poursuites judiciaires ont été engagées contre 162
suspects, 9 associations et 13 entreprises" dans 15 provinces turques
dont Istanbul, Ankara et Izmir, les trois principales villes du pays,
avait indiqué dimanche sur X le ministre de la Justice, Akin Gürlek.
A Istanbul, des policiers avaient mené des descentes dans des bars gay
et une boîte de nuit considérée comme un refuge de la communauté LGBT+,
selon des images de médias progouvernementaux. Un hammam pour hommes
connu pour être un lieu de prostitution avait également été visé.
Plusieurs comptes de médias et d'ONG militantes sur les réseaux sociaux
avaient été bloqués et des dizaines d'arrestations menées par la police
dans des bars gay et aux domiciles de militants LGBT+, sur la base
d'accusations "d'"obscénité", "d'aide à la prostitution" ou de "liens
financiers avec l'étranger".
D'autres comptes X et Instagram ont connu le même sort lundi, selon
l'association de défense de la liberté d'expression Iföd, "notamment
ceux du journal Evrensel, d'Amnesty International Turquie, des
Académiciens pour la paix et de l'Association des études sur les médias
et le droit (MLSA)".
Selon l'organisation Kaos GL, dont les comptes ont été bloqués, les
bureaux fouillés et les dirigeants placés en détention, les procureurs
d'Ankara lui reprochent un contenu "obscène" accessible aux enfants.
- "Préoccupation" de l'UE -
Lundi, M. Gürlek a déclaré sur X que le gouvernement poursuivrait
"ses
efforts pour protéger la famille, les enfants et les jeunes contre
toute forme d'exploitation, d'obscénité, de criminalité et de contenu
préjudiciable".
"Nous ne tolérerons aucune organisation criminelle qui s'attaque à
l'institution familiale, à l'avenir de notre jeunesse et à l'ordre de
notre société", a-t-il ajouté.
Lundi soir, les organisateurs de la manifestation d'Izmir ont vivement
dénoncé ces propos.
"Protéger la famille ne suppose pas d'emmener des gens en garde à vue
au petit matin depuis leur domicile, de faire des descentes dans les
locaux d'associations, de criminaliser des défenseur·e·s des droits, de
faire de l'identité et de l'existence des personnes LGBTI+ l'objet
d'enquêtes", ont-ils estimé dans un communiqué.
L'Union européenne a, de son côté, fait part lundi de sa
"préoccupation".
Bruxelles "rappelle que la Turquie, en tant que pays candidat à l'Union
européenne et membre de longue date du Conseil de l'Europe, doit
promouvoir et garantir le respect des droits humains et de la dignité
de toutes les personnes, indépendamment de leur identité de genre ou de
leur orientation sexuelle", a ajouté Christian Wigand, un porte-parole
de la Commission.
L'homosexualité n'est pas réprimée pénalement en Turquie, mais elle est
largement réprouvée et l'homophobie y est répandue jusqu'au sommet de
l'Etat. (AFP, 14 sept 2026)
12
septembre 1980: Coup d’état de l’OTAN
contre la lutte pour la démocratisation

Doğan Özgüden
Il y a 46 ans, le 11 septembre, j’assistais à Bruxelles à une
commémoration de l’anniversaire du coup d’État au Chili, et au cours de
nos discussions qui durèrent jusqu’au bout de la nuit, nous avions
souligné la menace imminente d’un coup d’État en Turquie.
Le matin du 12 septembre, comme d’habitude, je m’étais levé tôt et me
préparais pour le travail. À 6 heures, en allumant la radio belge, je
fus informé par un flash qu’un coup d’État militaire avait eu lieu en
Turquie.
Sept ans auparavant, le coup d’État au Chili avait été mené par le
général Pinochet, général pro-américain qu’Allende avait nommé
commandant en chef des armées malgré les avertissements de Castro quant
aux précautions nécessaires à prendre.
Le chef du coup d’État du 12 septembre en Turquie était le général
Kenan Evren, général pro-américain expert de la contre-guérilla, que
Bülent Ecevit avait nommé chef d’état-major le 7 mars 1978 alors qu’il
était premier ministre.
Le coup d’État faisait également la une des nouvelles sur les radios
européennes. La radio de Turquie diffusait en continu les communiqués
putschistes.
Après nous être entretenus individuellement avec nos camarades en
Belgique, en Allemagne, en France et en Suisse, avec lesquels nous
luttions au sein de l’Union pour la Démocratie, nous publiâmes notre
premier communiqué à l’intention de l’opinion publique internationale
en plusieurs langues :
« Ce coup d’État est le point culminant de l’escalade fasciste dans
notre pays. Le peuple de Turquie qui a subi les interventions
militaires successives de 1960, de 1971 et enfin de 1980 déchirera sans
doute ces ténèbres avec une lutte tenace.
« Aujourd’hui, c’est le jour d’unité et de lutte de toutes les forces
de démocratie en Turquie contre le fascisme.
« Nous appelons toutes les forces démocratiques du monde à se
solidariser avec la lutte légitime du peuple de Turquie. »
Immédiatement après, nous publiâmes également dans les bulletins
Info-Türk en turc, anglais, français, néerlandais et allemand, un
rapport détaillé couvrant la préparation du coup d’État du 12
septembre, le rôle de l’OTAN et des grands milieux financiers dans ce
coup d’État, la position de l’armée qui l’a perpétré, non seulement sur
le plan militaire mais aussi sur les plans politique, économique,
social et culturel, ainsi que les premières réactions internationales
au coup d’État.
En turc: https://www.info-turk.be/Eylul%201980.pdf
En anglais: https://www.info-turk.be/47E.pdf
En français: https://www.info-turk.be/47.pdf
En néerlandais: https://www.info-turk.be/September%201980.pdf
En allemand: https://www.info-turk.be/september%201980-d.pdf
Tandis que la Communauté économique européenne, le Conseil de l’Europe
et même l’Assemblée parlementaire de l’OTAN condamnaient fermement ce
coup d’État ayant renversé un régime parlementaire, l’attitude des
parlementaires turcs, dont le parlement fut dissous et les partis
fermés, fut vraiment honteuse.
Lors de la première réunion de l’Assemblée parlementaire du Conseil de
l’Europe à Strasbourg ayant suivi le coup d’État, Turan Güneş, Cevdet
Akçalı, Metin Toker et Besim Üstünel y assistèrent sur instruction de
la junte et y justifièrent la nécessité du coup d’État.
Heureusement, par une résolution du 14 mai 1981, l’APCE elle-même mit
fin à cette comédie consistant à prendre au sérieux les représentants
d’un parlement dissous par la junte.
Pour nous, le premier choc majeur sur la scène internationale, comme
après le coup d’État du 12 mars, vint de l'Union soviétique. Tandis que
les institutions occidentales, excepté les États-Unis, adoptaient une
position critique à l’égard du coup d’État, le Premier ministre
soviétique Kossyguine adressa des messages de félicitations à la fois
au chef de la junte Evren et au Premier ministre Bülent Ulusu dès la
formation du nouveau gouvernement militaire.
Nous n’avions guère été surpris… Même après le coup d’État du 12 mars
1971, en 1972, alors que nos trois jeunes révolutionnaires, Deniz
Gezmiş, Yusuf Arslan et Hüseyin İnan, étaient dans le couloir de la
mort, le président du Soviet suprême de l’Union soviétique Podgorni
n’avait vu aucun inconvénient à effectuer une visite amicale en Turquie.
Le message de Kossyguine et la politique habituellement conciliante
adoptée par l’URSS et les autres pays socialistes à l’égard de la
junte, entraînèrent inévitablement, dès le départ, des désaccords au
sein de la gauche turque quant à la manière de qualifier la junte et la
position à adopter à son égard.
Tandis que la majorité des organisations progressistes de Turquie en
exil qualifiaient le nouveau régime de « junte militaire fasciste »,
celles affiliées au Parti communiste de Turquie (TKP), suivant ses
directives, s’opposaient farouchement à ce qualificatif, se contentant
du terme « junte militaire ».
Peu de temps après, la publication en une et en pleine page du numéro
237 du 15 avril 1981 de l’organe de presse de l’ATTF [Fédération des
socialistes de Turquie en Europe], organisation affiliée au TKP,
Kurtuluş [Libération], des photos, en taille identique, de Kenan Evren
et de Leonid Brejnev, sous le titre « L’amitié turco-soviétique a 60
ans », provoqua un tollé général.
Par ailleurs, l’année suivante, le chef de la junte Kenan Evren reçut,
lors de sa visite des 25 au 28 février 1982 en Bulgarie, la médaille de
la « Grande Étoile des Balkans ». Qui plus est dans les jours où des
membres du TKP étaient arrêtés et torturés en Turquie…
Accès en ligne à nos publications sur les coups d’état en Turquie
Fondé à Bruxelles par le Mouvement de résistance démocratique après le
coup d’État du 12 mars 1971 en Turquie, Info-Türk continue d’informer
l’opinion publique internationale en plusieurs langues.
Outre ses bulletins d’information mensuels, Info-Türk a publié de
nombreux ouvrages sur les coups d’État du 12 mars 1971 et du 12
septembre 1980.
Vous pouvez consulter ces ouvrages en format PDF en cliquant sur leur
couverture sur la page dont le lien figure ci-dessous:
https://www.info-turk.be/documents-pdf.htm#12
Vous pouvez également consulter les bulletins mensuels d’Info-Türk,
publiés en plusieurs langues depuis 50 ans, en format PDF en cliquant
sur leur couverture sur la page dont le lien figure ci-dessous :
https://www.info-turk.be/bulletins.htm
Traduction: Mazyar KHOOJINIAN
Faire
de l’apatridie
une patrie - Un esprit de résistance internationale

Sait Çetinoğlu, 4 septembre 2026
Le couple Özgüden, dont le nom est indissociable de l’esprit de
résistance internationale dans notre région – le mot même de résistance
étant celui qui leur correspond le mieux à tel point il le personnifie
–, a publié dans le livre « Une rebelle dans l’encre d’exil. Le combat
pluriel d’İnci Tuğsavul » le bilan d’un combat s’étendant sur plus d’un
demi-siècle.
Écrire sur la vie d’une personnalité active dans des domaines aussi
variés allant de la musique à la littérature est une tâche ardue. Seul
Doğan Özgüden, figure emblématique de notre journalisme qui la connait
intimement depuis des années, pouvait y parvenir.
Ce livre retrace et partage avec le lecteur la vie créative,
productive, altruiste et solidaire de deux combattants engagés dans une
lutte longue et plurielle, dont le regard et l’oreille restent tournés
vers leur terre natale, au cœur du vague à l’âme hivernal et de
l’indicible tristesse de l’exil, proclamant « La patrie, c’est là où
l’on crée ! »
Comme chacun sait, l’œuvre du couple Özgüden constitue également un
témoignage de l’histoire récente. À cet égard, je la perçois comme la
mémoire de notre géographie, et je crois qu’il convient de la replacer
dans son contexte et de la mettre en valeur. Son œuvre recèle de
nombreux évènements, processus et combats significatifs qui ont été
effacés de notre mémoire collective. En ce sens, elle agit comme un
remède à l’amnésie.
Cet ouvrage offre un condensé de l’histoire récente vécue par İnci
Tuğsavul : l’histoire de la presse, la presse provinciale, la presse de
la capitale, la presse stambouliote, la gauche de Turquie, l’édition
socialiste, et plus particulièrement la revue et les éditions Ant [Le
Serment]… C’est un voyage dans le passé, imprégné des senteurs de ma
jeunesse, l’odeur de l’encre, de celle du plomb, des mélodies des
presses rotatives, des intertypes et des linotypes.
D’une certaine manière, on peut aussi y voir un document explicatif des
raisons pour lesquelles la Turquie n’a pas pu devenir un État
démocratique, social et respectueux de l’État de droit ; un résumé de
100 ans d’une histoire de 200 ans…
Le livre, qui s’ouvre sur une brève biographie d’İnci Tuğsavul, se
poursuit par une introduction émouvante de Doğan Özgüden, un cadeau
pour son épouse avec laquelle il a partagé 61 ans de vie à l’occasion
de son 83e anniversaire. Ce texte résume en quelque sorte la vie et les
combats de sa compagne et collègue : « Le moment est venu… Il est temps
de rendre hommage à İnci, avec qui j’ai passé exactement 61 ans,
partageant combat et amitié, joies et peines au quotidien, et dont j’ai
publié la plupart des œuvres et des écrits sans jamais mentionner son
nom ».
« Ce livre rassemble des extraits des écrits d’İnci Tuğsavul, qui se
consacra dès son plus jeune âge à la musique et aux arts visuels, au
journalisme durant ses études universitaires, et au combat socialiste
durant les années qui nous avons passées ensemble, et qui a fait de son
exil, de plus d’un demi-siècle, une vie véritablement créative… »
À travers ces mots, on peut dire que Doğan Özgüden souligne
l’importance du travail féminin et de l’importance de sa femme dans son
œuvre collective.
Dans la section intitulée « Pages de notre vie tumultueuse en Turquie
avec İnci », nous ravivons simultanément notre mémoire collective : le
complot d’Ismet Pacha contre Talat Aydemir et l’exécution de ce dernier
et de Fethi Gürcan, la préparation et la publication des mémoires de
Talat Aydemir, les querelles qui ont conduit à son départ du journal
Akşam [Le Soir]… La fondation de la revue Ant… Le rôle d’İnci Tuğsavul
dans la confection de la revue jusqu’au point où, quand la situation
l’imposait, elle mettait la main dans le cambouis en participant à
l’impression des matrices, au moulage des moules et à la création des
sous-alimentations nécessaires sur les rouleaux, assurant ainsi le bon
fonctionnement de la presse rotative… Durant cette période, İnci
Tuğsavul semblait tout droit sortie du film Les Temps modernes de
Charlot.
Outre les lourdes responsabilités liées à l’édition, la traduction, la
rédaction, la mise en page et l’impression de livres, elle assuma
également la direction éditoriale de la revue Ant jusqu’à sa fermeture…
Les poursuites judiciaires successives dues à ses écrites, les peines
de prison subies, les graves difficultés financières… Sur les 844
années de prison requises à l’encontre des 23 personnes poursuivies
dans les procès intentés contre les rédacteurs d’Ant, 140 ans furent
infligées à İnci Tuğsavul…
Dans le numéro d’Ant d’avril 1971, après la révélation, documents à
l’appui, du processus ayant conduit à l’intervention militaire, l’appel
suivant fut lancé : « Le renversement du gouvernement Demirel par
l’ultimatum des généraux et la tentative d’instaurer un gouvernement «
transpartisan » à sa place, ont d’une part exacerbé les contradictions
entre les classes dirigeantes et leurs représentants au parlement, et
d’autre part, entrainé l’épuration des éléments radicaux occupant des
postes-clefs dans l’armée et l’anéantissement de tous les espoirs misés
sur le réformisme petit-bourgeois… Tout gouvernement fasciste est voué
à l’effondrement… La libération du peuple réside dans le gouvernement
révolutionnaire ouvrier-paysan ».
Dans le numéro d’Ant de mai 1971, après que la véritable nature du «
Plan de réforme et de paix » eut été révélée, preuves à l’appui, il fut
souligné que le gouvernement en place était celui du « complexe
militaro-industriel », et un appel fut lancé aux forces
révolutionnaires de Turquie pour qu’elles mobilisent toutes leurs
ressources afin de lutter contre ce gouvernement.
L’opération Massue, les arrestations, les plans d’émigration et le
départ du pays avec un faux passeport… « On nous arrache à notre pays
bien-aimé, où nous sommes nés, avons grandi et avons combattu. Sans
jamais imaginer qu’un jour nous serions « rendus apatrides »… Avec
l’espoir de rentrer au plus vite et de tout recommencer comme si de
rien n’était… »
La section suivante rassemble des écrits et des entretiens donnés par
İnci Tuğsavul. Le livre nous apprend que nombre de ces écrits sont de
sa plume. Elle y exprime ses vues sur une grande variété de sujets.
Nous nous contenterons de mentionner quelques exemples dans le cadre de
ce court texte.
La préface écrite en 1969 à la traduction du livre « Listen, Yankee »,
reste toujours d’actualité : « On a beaucoup parlé et écrit en faveur
et en défaveur de la Révolution cubaine, l’un des plus importants
mouvements de libération nationale de notre époque. Elle représente une
voie de libération pour les nations affamées, mais pour les puissances
impérialistes, elle constitue une plaie purulente qu’il y a lieu de
traiter dans les plus brefs délais. Elle est un étendard derrière
lequel des millions de Latino-américains de l’hémisphère occidental
marchent, mais pour les Yankees de l’hémisphère nord, c’est un poignard
planté dans le flanc de l’Amérique par les rouges ».
En 1973, lors de la rédaction du bilan de la deuxième année du régime
militaire, il dresse la liste des réalisations de la Résistance
démocratique de Turquie qu’ils fondèrent pour lutter contre la junte :
1. Liste exhaustive des personnes tuées dans le cadre de la chasse à
l’homme
2. Recension de tous les procès et condamnations prononcées par les
tribunaux militaires
3. Liste exhaustive des journaux et revues dont la publication a été
suspendue par la loi martiale
4. Liste exhaustive des journalistes, traducteurs, rédacteurs, éditeurs
et artistes détenus, arrêtés, jugés et condamnés
5. Liste des livres et revues confisqués et détruits par le régime de
la loi martiale
6. Liste des professeurs et assistants d’université détenus, arrêtés,
jugés et condamnés
7. Témoignages des personnes en détention torturées sous le régime de
la loi martiale.
Outre ses écrits sur la classe ouvrière de Turquie, elle aborde les
problèmes des travailleurs migrants en Europe. Elle participe à des
commissions au nom d’Info-Türk, rédige des brochures et fournit des
informations s’y rapportant… Par exemple, elle contribue à la
traduction turque de brochures destinées aux travailleurs étrangers en
Belgique… Ces brochures abordent les thèmes suivants : le marché du
travail et les travailleurs migrants, la crise et la migration, la
politique migratoire, la migration et les syndicats nationaux, les
luttes des travailleurs migrants sur leur lieu de travail.
Dans son article intitulé « C’est un coup d’État fasciste », écrit en
octobre 1980 suite au coup d’État militaire du 12 septembre 1980, elle
condamne immédiatement ce dernier : « Le coup d’État militaire, dont le
terrain et le prétexte ont été préparés par des provocations
systématiques menées depuis des années par les forces fascistes, a eu
lieu. C’est l’étape finale de l’escalade fasciste dans notre pays ».
Au premier anniversaire du coup d’État, dans son article intitulé « Nos
tâches à l’aube de la seconde période », elle déclare : « La junte
militaire fasciste en Turquie passe progressivement de la phase de
répression et d’élimination à celle de l’institutionnalisation du
nouvel ordre… »
Dans un long article intitulé « Les problèmes éducatifs des enfants des
immigrés de Turquie, paru dans Info-Türk en avril 1984, elle recense
ces problèmes et révèle le caractère raciste et chauvin du programme
éducatif imposé par l’État turc.
İnci Tuğsavul a collaboré avec Tilda Kemal, l’épouse de Yachar Kemal, à
la publication des premiers livres édités par Ant en Turquie. Lors du
procès qui s’est ouvert après le coup d’État du 12 mars, dans lequel
Doğan Özgüden et Tilda Kemal se trouvaient aussi sur le banc des
accusés, le procureur militaire avait débuté par ces mots la partie de
l’acte d’accusation relative à Tilda : « Cette accusée, d’origine
juive, est mariée depuis 1956 à Kemal Sadık Gökçeli… »
Le livre affirme que ce jour-là, « le chauvinisme turc exacerbé a
déchaîné sa haine et son animosité non seulement sur la gauche de
Turquie, mais aussi, à travers la personne de Tilda, sur tous ceux qui
n’étaient pas de race turque ».
Dans le numéro d’Info-Türk de mars 1991, Tuğsavul a abordé la question
de la condition des femmes en Turquie.
Cette question est à nouveau abordée en 2012 dans son introduction
intitulée « Pour la non-exclusion et l’égalité » au livre « Femmes au
Proche-Orient ».
Dans son article intitulé « Le ressentiment inextinguible d’Ismet Pacha
envers le colonel révolutionnaire » publié dans Info-Türk le 21 mars
2019, elle partage et révèle des détails inédits en tant que témoin de
la tentative de coup d’État de Talat Aydemir, 56 ans plus tôt.
Dans la préface du 2ème volume du livre « Journaliste ‘apatride’ » paru
en novembre 2011, elle déclare :
« Malgré toutes les difficultés rencontrées et les nuits blanches que
nous avons traversées et que nous traversons encore, nous sommes
heureux et pleins d’espoir ».
« Avec Doğan, notre plus grande joie aujourd’hui est d’avoir appris à
connaître de près les immigrés turcs vendus au capitalisme européen par
l’État turc comme une marchandise à bas prix, et les diasporas
anatoliennes, avec leurs Arméniens, Kurdes, Assyriens et Grecs, et
partager leurs peines et leurs joies, leurs angoisses et leurs combats.
« Notre plus grand espoir est de voir s’effondrer le système raciste,
colonial et exploiteur qui a déraciné tous ces peuples de leurs terres
et de leur environnement, en Turquie comme partout dans le monde.
« Même si nous ne pourrons pas en être les témoins, nous sommes
certains que les générations futures le verront ».
En bref, ils n’ont jamais oublié les problèmes de la Turquie et ont
poursuivi leur travail là où ils l’avaient laissé depuis leur
installation à l’étranger. Ils ont touché à tous les aspects de la vie.
Choisir et exercer le journalisme dans un pays où les assassinats de
journalistes sont monnaie courante est un acte de courage. Ces
défenseurs inébranlables du droit à l’information et la liberté, aussi
essentiels que le pain, l’eau et l’air, ont poursuivi ce combat à
l’étranger tout comme il l’avait fait en Turquie. Le livre en donne
aussi des exemples. Il est effrayant de ressentir la pression de la
Turquie, même dans la capitale de l’Europe. Une « haine sourde »,
profondément ancrée dans l’esprit des Chrétiens et des Juifs de
Turquie, n’hésite pas à les poursuivre.
La section regroupant les impressions, les souvenirs et les témoignages
d’amis qui ont marqué leur vie confère au livre une saveur et un esprit
particuliers. Ces souvenirs et ces témoignages semblent s’adresser à ce
duo extraordinaire depuis les profondeurs de l’histoire.
Il ne sera pas exagéré de dire que ce duo, éternellement opposant mais
sans avoir jamais renié leurs valeurs, embrasse aujourd’hui le monde
avec leurs Ateliers du Soleil en Belgique, dans la capitale de
l’Europe, comme le soleil qui se lève chaque jour.
La revue et les éditions Ant furent elles aussi le soleil qui nous
accompagnèrent dans notre jeunesse…
* Doğan Özgüden, Une rebelle dans l’encre d’exil - Le combat
pluriel d'İnci Tuğsavul, Traduction: Bahar Kimyongür, Info-Türk,
Bruxelles 2024
Traduction: Mazyar KHOOJINIAN
Pression
sur les médias / Pressure on the Media
Le
procès de la sociologue Pinar Selek de
nouveau renvoyé
Le procès fleuve par contumace de Pinar Selek, sociologue franco-turque
accusée de "terrorisme", a été renvoyé vendredi pour la huitième fois
par un tribunal d'Istanbul, a constaté une journaliste de l'AFP.
La prochaine audience du procès ouvert en mars 2023 se tiendra le 5
février 2027, a indiqué un juge du tribunal stambouliote de Caglayan au
terme d'une courte audience tenue devant plusieurs dizaines de soutiens
de Mme Selek, venus notamment de France.
Sociologue et écrivaine de 54 ans réfugiée en France, Pinar Selek avait
été arrêtée, emprisonnée et torturée en 1998 alors qu'elle venait
d'achever de longues séries d'entretiens au sein de la communauté kurde.
Accusée d'être liée à une explosion meurtrière - en réalité
accidentelle, selon une expertise - sur un marché d'Istanbul, elle a
été libérée en 2000, puis acquittée quatre fois, en 2006, 2008, 2011 et
2014.
Un temps restée travailler en Turquie, elle a pris le chemin de l'exil
en 2009, quand les menaces se sont multipliées après la publication de
"Devenir un homme en rampant", un recueil de témoignages sur le service
militaire, succès d'édition en Turquie.
Elle vit et travaille désormais à Nice (sud de la France), où elle a
été naturalisée en 2017. Mais en 2022, la cour suprême turque a annulé
tous ses acquittements et ordonné un nouveau procès, dont chaque
audience a été régulièrement renvoyée depuis.
"Même s'il n'y a pas de décision, c'est déjà une condamnation", a
regretté à l'AFP Mme Selek, qui ne peut pas se rendre au chevet de son
père, hospitalisé dans un état grave à Istanbul. Avocat, c'est lui qui
menait sa défense depuis son arrestation.
"Aujourd'hui c'est le jour où je me sens la plus faible depuis 28 ans,
mais bien évidemment je vais résister jusqu'au bout", a-t-elle ajouté,
saluant la mobilisation à l'audience de nombreux avocats et militants
des droits humains, même si beaucoup de ses soutiens ont été touchés
par la vague d'arrestations qui a visé la communauté LGBT et ses
défenseurs cette semaine en Turquie.
Présente à chaque audience depuis son élection, l'eurodéputée
écologiste Mélissa Camara, vice-présidente de la délégation
interparlementaire UE-Turquie, a dénoncé un "harcèlement judiciaire"
contre Mme Selek: "Face à cette machine judiciaire qui tente de la
broyer, la mobilisation ne doit cesser".
"Cela dure depuis trop longtemps", a commenté Antoine Kouchner,
professeur et vice-président des relations internationales à
l'université Paris Cité, appelant la justice turque au "respect de la
liberté académique". (AFP, 18 sept 2026)
Turkey
must release journalist Ahmet Polad following his
transfer from Syria after months of captivity
New York, September 18, 2026–The Committee to Protect Journalists calls
on Turkish authorities to immediately release Ahmet Polad, a
Kurdish-Turkish journalist who was transferred to Turkey this month
after nearly eight months of enforced disappearance in Syria and is
reported to be in extremely poor health.
Polad’s lawyer, Özlem Gümüştaş, told CPJ on Friday that the journalist,
whose birth name is Mehmet Nizam Aslan and who has also been identified
in previous reports as Ahmed Polad, had been transferred to Turkey and
arrested but was in need of emergency medical treatment.
On January 18, 2026, Polad and German journalist Eva Maria Michelmann
were detained while reporting from the northern Syrian city of Raqqa,
as government forces advanced on the territory controlled by the
Kurdish-led Syrian Democratic Forces (SDF). After months of denying
knowledge, authorities admitted holding them in custody.
Both worked for Etkin News Agency (ETHA) and Özgür TV, which operates
across several cities in Europe.
Michelmann was released on June 19 but at the time the whereabouts of
Polad were unknown.
Gümüştaş told CPJ that Polad was transferred to Turkey on September 8
and arrested by a court in Istanbul on September 11 despite being in
extremely poor health. The lawyer had not seen the arrest warrant and
did not know what charges Polad faced as the case was classified.
Gümüştaş said Polad was regularly beaten and starved during his time in
Syria and needs emergency medical care.
“Ahmet Polad suffered horribly during his captivity in Syria and now
that he has been returned to Turkey, he belongs in a hospital and most
definitely not in a prison,” said CPJ’s Chief Programs Officer Carlos
Martínez de la Serna. “Turkey must immediately release Polad to allow
him to receive the medical treatment he needs and Syrian authorities
must account for what happened to him over the past months.”
Gümüştaş told CPJ that during his captivity Polad had never had any
contact with Syrian officials. He was not allowed to see a lawyer and
never presented to a Syrian court.
Gümüştaş said her client was beaten daily by his captors, kept in a
cell with such a low ceiling that it was impossible to stand up and not
allowed outside. She believed he was kept in the northwestern city of
Aleppo until he was driven to the Syrian city of Idlib in early
September and handed over to Turkish intelligence operatives on
September 8.
Polad was then made to lie in the back of a car, handcuffed and with a
bag over his head, and driven to the Turkish capital Ankara, the lawyer
said. He was kept there for two days. ETHA also published details of
Polad’s transfer and the alleged abuses he endured in Syria in an
article on September 14, in which they quoted the journalist.
Gümüştaş said the Turkish intelligence operatives should have informed
Polad’s family as soon as he was in their custody but that was not
done.
She told CPJ that Polad was brought to Istanbul on September 10, put
through what she called an “accelerated medical treatment” for one day
at a hospital before being arrested by court a day later. She said he
needed more treatment because of the beatings and added that he was
suffering from malnutrition and an infestation of lice.
Gümüştaş said she would file an appeal against the arrest order but her
first priority was to arrange permission for a hospital visit and an
extensive check-up.
CPJ emailed Turkey’s Justice Ministry for comment but did not receive a
reply. CPJ also contacted Syrian Ministry of Information official Omar
Haj Ahmed, who said he was unaware of the transfer and would seek more
information. (CPJ, 18 sept 2026)
Turkey
must drop charges against 3 ETHA journalists,
including jailed editor Nadiye Gürbüz
Istanbul, September 17, 2026—Journalist Nadiye Gürbüz, who went on
trial in Istanbul this week after spending more than seven months
behind bars, must be freed immediately and Turkish authorities must
stop abusing anti-terrorism laws to prevent journalists from doing
their jobs, the Committee to Protect Journalists said on Thursday.
Gürbüz, an editor at the socialist Etkin News Agency (ETHA), was
imprisoned alongside her colleagues, editor Pınar Gayıp and reporter
Elif Bayburt, in Istanbul in early February after their outlet’s
offices were raided.
They all faced court for the first time this week in separate hearings
on charges of membership of a terrorist organization but while Gayıp
and Bayburt were released pending trial, Gürbüz remains imprisoned at
least until her next hearing in December, with the court determining
that she could not be released because all the witnesses had not been
heard.
“Three journalists have lost more than seven months of their lives
behind bars and while Pınar Gayıp and Elif Bayburt were finally freed,
Nadiye Gürbüz remains in prison,“ said Özgür Öğret, CPJ’s Turkey
representative. “The authorities should free Gürbüz without delay and
put an end to trials like this where the practice of journalism is
presented as evidence of a crime.”
Turkish authorities raided the Istanbul offices of ETHA on February 3,
2026 as part of a larger operation targeting the Socialist Party of the
Oppressed (ESP) and civil society groups on suspicion of having ties to
the banned Marxist-Leninist Communist Party (MLKP), which Turkey
designates a terrorist group. More than 100 people were detained during
the operation, including Gürbüz, Gayıp and Bayburt.
On February 5, the three journalists were arrested pending trial on
suspicions of terrorist organization membership.
CPJ inspected the three indictments and monitored the court hearings of
Gayıp on September 14; Gürbüz on September 15; and Bayburt on September
17 in the 23rd, 25th and the 24th Istanbul Courts of Serious Crimes,
respectively.
In all three indictments, prosecutors based the charge of MLKP
membership on the fact that the journalists were employed by ETHA and
had attended certain public events. All three journalists told the
courts they were not members of the MLKP.
Gayıp’s trial will continue on December 7 while Gürbüz’s is scheduled
for December 8 and Bayburt’s takes place on December 10.
CPJ emailed the Istanbul Chief Public Prosecutor’s Office for comment
but did not receive a reply. (CPJ, 17 sept 2026)
Journalists
Canan Coşkun, Kazım Kızıl face up to 14 years
in prison over investigation into suspicious child death
Prosecutors in Giresun have filed charges against two journalists and
Şaban Vatan, the father of 11-year-old Rabia Naz Vatan, in connection
with her suspicious death in 2019. The case centers on an interview
conducted with an eyewitness in Nov 2019.
The indictment accuses journalist Canan Coşkun, documentary filmmaker
Kazım Kızıl and Şaban Vatan of "depriving a person of their liberty
through force, threats or deception by multiple people acting jointly."
Kızıl also faces a charge of "attempting to influence a fair trial."
According to the indictment, the investigation stemmed from an incident
involving Mürsel Küçükal, a witness in the investigation into Rabia
Naz’s death who had also testified before a parliamentary committee
establish to investigate the death.
The journalists were detained in 2019 on similar allegations but were
later released.
On Nov 13, 2019, Küçükal described at the scene how he had found Rabia
Naz and reenacted her movements by crawling on the ground.
In his statement to police, Küçükal said he had been taken to the scene
by the suspects and asked to demonstrate how Rabia Naz had crawled. He
alleged that he was pressured while doing so and was later taken to a
room and questioned about his earlier statement.
Prosecutors included in the indictment Küçükal’s claim that he felt
pressured and frightened.
‘I signaled Şaban to stop’
Coşkun and Kızıl denied the allegations according to their statements
included in the indictment.
According to Coşkun’s account, she went alone to Küçükal’s home. While
they were speaking, Küçükal suddenly lay on the floor to demonstrate
how he had found Rabia Naz. He then volunteered to go to the scene,
saying, "Come, I’ll show you there."
Şaban Vatan and Kızıl later arrived at the scene. Küçükal then began
crawling on the ground again.
Coşkun said she and Kızıl were uncomfortable with the reenactment.
Kızıl stopped filming, and they asked Vatan to stop the reenactment,
she said.
Kızıl said Küçükal suddenly lay on his back and began crawling after
being asked, "How did you see her?"
Kızıl said he was uncomfortable with what was happening. "I touched
Şaban’s arm and signaled with my hand for him not to do it, but he
continued," he said.
Both Coşkun and Kızıl said they then left the scene.
The indictment also includes statements attributed to Şaban Vatan about
Küçükal: "This is the eyewitness. He changed his statement. He didn’t
tell it before because of pressure, and now he is telling it."
Vatan is also quoted as telling Küçükal, "Just so you know, they will
finish you. I recorded all the footage of you. They will finish you
through the DNA under the fingernail."
Alleged deprivation of liberty
Six years later, prosecutors had the footage recorded by Kızıl and the
audio recordings made by Coşkun transcribed and examined. An expert
report was added to the case file on Feb 1, and later cited in the
indictment.
The Görele Chief Public Proseutor's Office said that, taken together,
the recordings and statements from the complainant and witnesses showed
that Coşkun, Kızıl and Vatan had acted with a "unity of intent and
action," pressured Küçükal and restricted his freedom of movement.
The prosecutor charged all three with "depriving a person of their
liberty through force, threats or deception by multiple people acting
jointly" and sought prison sentences ranging from four to 14 years.
The prosecutor also sought a sentence for Kızıl on a separate charge of
"attempting to influence a fair trial."
The Görele 1st Penal Court of First Instance accepted the indictment.
The first hearing is scheduled for Oct 22 at 9.30 am.
The court also ordered that Coşkun and Kızıl give their defense
statements to courts in the locations where they are based via
videoconference.
No prosecution for four others in same investigation
İlhan Dede, Ömer Kıran, Tuba Demir and Uğur Dede had also been
investigated on allegations of "attempting to influence a fair trial"
and "depriving a person of their liberty."
The Görele Chief Public Prosecutor’s Office issued a decision of
non-prosecution for the four on Apr 6, 2026.
Prosecutors said there were no eyewitnesses or "any camera or audio
recording capable of proving" the allegations against them. They said
no concrete evidence beyond unsubstantiated statements had been
obtained to establish sufficient suspicion for a prosecution. (BIA, 15
sept 2026)
Journalist
Tuğba Tekerek detained over interview with
Georgian LGBTI+ activist
Journalist and author Tuğba Tekerek has been detained as part of a
sweeping investigation targeting LGBTI+ organizations and activists,
with authorities citing a 2024 article she wrote about LGBTI+ rights in
Georgia.
Tekerek was detained overnight in İstanbul and taken to the police
morality bureau, where she was questioned over an allegation of
"obscenity" under Article 226 of the Turkish Penal Code.
She was later transferred to Ankara and is being held at Ankara
Courthouse, where she is expected to give a statement to prosecutors.
The Media and Law Studies Association (MLSA) is providing her legal
representation.
The article cited as grounds for Tekerek's detention was published by
Kaos GL on Oct 26, 2024, titled, "Being LGBTI+ in Georgia's election:
'I feel both like a hero and like I'm in a dystopia'."
The Kaos GL Association is one of the groups at the center of the
investigation. Its board members were taken into custody in Ankara
during the Sep 13 raids.
In the article, Tekerek reported on legislation targeting LGBTI+s in
Georgia, anti-LGBTI+ rhetoric used during the election campaign and
security concerns faced by Tamar Jakeli, head of Tbilisi Pride.
The report also examined the ruling Georgian Dream party's anti-LGBTI+
campaign ahead of the country's general election and legislation titled
"Family Values and Protection of Minors."
Jakeli said they had been portrayed during the campaign as one of the
symbols of "moral decay" and had taken security precautions because she
feared being attacked.
Tekerek's article also reported that LGBTI+ organizations in Georgia
were struggling to continue their work amid growing pressure, new
legislation and threats of attacks.
Following news of her detention, the Journalists' Union of Turkey (TGS)
condemned what it described as judicial harassment and called for her
immediate release.
"A journalist's job is to report the news," the union said. "We do not
accept professional activities being turned into grounds for
investigations and detention. Without freedom of the press and
expression, there can be no professional security for journalists."
(BIA, 15 sept 2026)
Turkey arrests journalist Selahattin Günday
over 2011 report
Istanbul, September 15, 2026—Turkish authorities must release arrested
journalist Selahattin Günday without delay and stop abusing the
country’s laws to harass journalists and prevent them from doing their
jobs, the Committee to Protect Journalists said Tuesday.
Günday, a former broadcast reporter for the now closed Doğan News
Agency (DHA), was taken into custody by Istanbul police on September 10
as part of a newly reopened investigation into the death of Turkish
intelligence operative Kaşif Kozinoğlu in 2011.
On September 12, Günday was arrested on suspicion of exposing an
intelligence operative and illegally obtaining personal data while
reporting on Kozinoğlu in 2011, his lawyer Hüseyin Ersöz told local
media.
Camera operator İdris Tiftikçi, who worked with Günday at DHA, was also
taken into custody on September10 but he was released pending trial
under judicial control.
“The arrest of journalist Selahattin Günday defies logic: how could he
be involved in any way in the death of Kaşif Kozinoğlu, a jailed man he
never met?” said Özgür Öğret, CPJ’s Turkey representative. “The
authorities must release Günday immediately and stop harassing the
press.”
Kozinoğlu, who worked for the National Intelligence Agency ((MİT), was
arrested in March 2011 and died in prison in November that same year,
just days before he was due to testify in the Ergenekon trials, a
series of court cases against individuals, including journalists,
accused by the authorities of plotting to overthrow the government in a
military coup.
According to reports in local media, the accusations against Günday and
Tiftikçi relate to their coverage of Kozinoğlu’s appearance at a court
in Istanbul after his arrest, with authorities claiming they were the
first to broadcast the news in violation of a law relating to
publishing information about MİT or its officers.
Ersöz said on social media on September 15 that he had objected to the
arrest warrant and expected a decision on this objection to be made
within days.
He previously said the arrest was made under Article 27 of the MİT law,
which was altered in 2014 to ban exposing the identities of
intelligence operatives, and that in any case the statute of
limitations had already passed for the alleged offences.
“An arrest warrant was issued for an act that was not a crime at the
time but, in any case, had ‘lapsed under the 15-year statute of
limitations,’” Ersöz wrote on X.
CPJ emailed the Chief Prosecutor’s Office of Istanbul for comment but
did not receive a reply. (CPJ, 15 sept 2026)
La
Turquie bloque l'accès à des comptes X de
militants LGBT+
Les comptes X d'une quinzaine d'organisations et militants turcs LGBT+
ont été bloqués samedi sur demande des autorités, qui prônent la
défense de la famille traditionnelle, a rapporté l'association de
défense de la liberté d'expression Iföd.
Ces comptes X, suivis pour certains par plusieurs dizaines de milliers
d'abonnés, ne sont plus accessibles sans VPN depuis la Turquie, a
constaté l'AFP.
Parmi eux figurent le compte de Kaos GL, une association de défense des
droits des LGBT+, et celui de l'avocat Levent Piskin.
Des ONG de défense des droits humains avaient déjà dénoncé en juin le
blocage de près de 40 comptes X d'associations LGBT+ et féministes du
pays.
L'homosexualité n'est pas réprimée pénalement en Turquie, mais
l'homophobie y est largement répandue jusqu'au sommet de l'Etat, le
président Recep Tayyip Erdogan qualifiant les LGBT+ de "pervers"
responsables du déclin de la natalité.
La justice turque ordonne régulièrement au réseau social X de bloquer
l'accès à des comptes d'opposants, de militants et de journalistes.
Le compte X du correspondant de l'AFP dans le sud-est à majorité kurde
du pays, qui compte plus de 50.000 abonnés, est ainsi inaccessible
depuis mars.
L'an passé, les autorités turques avaient obtenu de X le blocage de
plus de 700 comptes critiques du pouvoir, au plus fort d'une vague de
contestation déclenchée par l'arrestation du maire d'opposition
d'Istanbul, Ekrem Imamoglu. (AFP, 12 sept 2026)
Turkey’s
law enforcement probed over 200,000 people
over social media posts in 2025
The police and gendarmerie examined more than 600,000 social media
accounts in 2025 and initiated legal proceedings into more than 200,000
users, according to annual activity reports cited by the daily BirGün.
The police reviewed 257,481 accounts as part of what authorities call
“virtual patrol” activities. Users of 162,298 accounts were identified
and reported to judicial authorities.
Police detained 8,471 people as a result of the monitoring. Courts
ordered the arrest of 496 suspects and placed 1,360 under judicial
supervision, while no further action was taken against 6,615
individuals.
The police report said the accounts were investigated over suspected
offenses including "propaganda for terrorist organizations," "selling
or promoting drugs," "incitement to hatred and enmity," "violence
against women and animals," "insulting the president," "threatening the
country’s territorial integrity or public safety," "insulting the
Turkish nation and state," and offenses against Atatürk.
The gendarmerie separately reviewed 342,699 social media accounts. They
identified 47,936 users and initiated proceedings against them.
Together, the police and gendarmerie examined 600,180 accounts and
launched investigations involving 210,234 people during the year.
Online patrols deemed unlawful by top court
The monitoring has continued despite a 2020 Constitutional Court ruling
that struck down the legal provision authorizing police to conduct such
"online patrols."
Police were granted the authority in 2017 through an amendment to Law
No. 2559 on Police Duties and Powers. The provision allowed police
investigating online offenses to obtain internet subscribers’ identity
information and conduct online inquiries to determine the competent
chief public prosecutor’s office.
After the amendment was challenged on constitutional grounds, the top
court annulled it.
The court found that the provision did not meet the requirements of a
democratic social order and noted that personal data are protected
under the Constitution.
It also noted that police could investigate an identified person only
on the instructions of a prosecutor. (BIA, 10 sept 2026)
Journalist
and writer Erdal Süsem has been in prison for 25
years despite European court rulings
Journalist and writer Erdal Süsem, who has been in prison for nearly 25
years, sent a letter from Tekirdağ No. 1 F-Type High Security Closed
Prison, where he is being held.
In his letter, Süsem explained that despite favorable rulings from the
European Court of Human Rights (ECtHR), the Constitutional Court, and
the Court of Cassation, the İstanbul 12th Heavy Penal Court has refused
to release him in his retrial.
Ahead of his hearing scheduled for Oct 6, he issued a call to press
workers and the public:
Hello,
I am one of the detained and convicted journalists. I will soon
complete my 25th year in prison. I am still in prison, and I am still
on trial.
I have been acquitted in my other cases. Although I should legally be
acquitted in this case as well—despite rulings in my favor by the
European Court of Human Rights (ECtHR), the Constitutional Court of
Turkey (AYM), and the Court of Cassation—I remain in prison due to the
Istanbul 12th High Criminal Court’s insistence on keeping me behind
bars.
I was the editor and a writer for the September Arts and Literature
Magazine. Recently, I also published “The Perfect Murder I / Shadows
and Images,” one of the novels I’ve been writing and keeping on the
back burner for years.
The history of my trial is quite long. Here, I’d like to focus only on
the developments from the past few years.
On May 23, 2019, the European Court of Human Rights (ECtHR), citing
Turkey’s acceptances and commitments, ruled that my “right to a fair
trial”—guaranteed under Article 6(1) of the European Convention on
Human Rights (ECHR)—had been violated in my trial.
In accordance with this decision, on July 16, 2019, I filed a request
for a retrial with the 12th Istanbul High Criminal Court. The court
rejected my request. I then appealed to the Constitutional Court.
On September 13, 2022, the Constitutional Court, citing the ECtHR's
ruling in my favor, ruled that my “right to a fair trial,” guaranteed
under Article 36 of the Constitution, had been violated and that a
retrial was necessary to remedy the violation. It emphasized the
fundamental principles of a fair trial, such as the exclusion of
evidence obtained in violation of the law, the investigation of the
material truth, the collection of evidence, the hearing of witnesses,
and the defense’s ability to cross-examine witnesses.
The first retrial process began on December 7, 2022, when the
Constitutional Court’s decision was sent to the Istanbul 12th High
Criminal Court.
However, during this four-hearing process, the 12th High Criminal Court
once again violated my “right to a fair trial.
It retained evidence obtained in violation of the law in the case file.
It rejected my requests for an investigation, the collection of
evidence, and the examination of witnesses. It did not even grant my
request to personally attend the hearings.
Although I argued that all the alleged evidence was in my favor and no
new evidence was presented against me, the previous verdict was upheld.
On December 21, 2023, I exercised my right to appeal. On April 9, 2025,
the Third Criminal Chamber of the Court of Appeals, citing the
Constitutional Court’s decision, overturned the verdict on its merits
and, like the Constitutional Court, emphasized the fundamental
principles of a fair trial.
The Court of Cassation also ruled that the retrial must be conducted
under Article 311/1-e of the Code of Criminal Procedure (CMK). This
provision governs the retrial process when new facts or evidence could
warrant the acquittal of the convicted person or a lighter sentence.
Although the İstanbul 12th Heavy Penal Court initiated the second
retrial process, it defied not only the Constitutional Court’s ruling
in my favor but also the Supreme Court’s decision. My requests for an
investigation, the collection of evidence, and the hearing of witnesses
were rejected.
I have been unjustly and unlawfully detained for approximately 25
years. The rulings in my favor by the European Court of Human Rights
(ECHR), the Constitutional Court, and the Court of Cassation all call
for my acquittal, yet the 12th Heavy Penal Court is failing to
implement the decisions of the higher courts.
Because I have clear doubts about the court’s fairness and
impartiality, I filed a motion to recuse the judge. My motion was
rejected without undergoing a thorough review.
I have been imprisoned for 25 years. I continue to be held unjustly and
unlawfully. For 25 years, I have been waging an exhausting legal battle.
My hearing is scheduled for October 6, 2026, at the 12th Heavy Penal
Court in Istanbul (Çağlayan). I am counting on your support, as well as
that of the press and the democratic public.(BIA, 10 sept 2026)
Journalist
Oya Lale Arslan arrested in Turkey on suspicion
of ‘spreading disinformation’
Turkish authorities must immediately
release arrested journalist Oya Lale Arslan and stop weaponizing the
law against independent media, the Committee to Protect Journalists
said on Tuesday.
Arslan, a freelance journalist with over 118,000 followers on X and
151,000 on YouTube where she posts under the name Lale Özan Arslan, was
detained on September 4 after police in Ankara searched her home and
confiscated her digital devices.
Arslan was questioned about her work by Ankara’s Chief Public
Prosecutor’s Office before being arrested later that same day by a
court pending trial on suspicion of “publicly spreading disinformation”
and making propaganda for a terrorist organization.
“Oya Lale Arslan is the latest journalist to be imprisoned in Turkey
because of the authorities’ draconian interpretation of laws on
disinformation and terrorism. This legislation is being used again and
again to silence journalists,” said Özgür Öğret, CPJ’s Turkey
representative. “Oya Lale Arslan must be released without delay and the
authorities should immediately implement legal reforms to allow the
news media to exercise their constitutional right to work freely.”
CPJ inspected the documents regarding Arslan’s testimony during her
interrogation.
The journalist was questioned about her past YouTube broadcasts
concerning the so-called FETÖ organization, a group linked to deceased
Islamic cleric Fethullah Gülen and which the Turkish government blames
for a coup attempt in 2016.
Arslan told interrogators she considers the said group to be a
terrorist organization and would not make propaganda for them,
according to the documents.
The Ankara Chief Public Prosecutor’s Office released a statement on
September 4, confirming the arrest and the allegations, which may
become charges if the case goes to a trial.
No trial date has been set yet. (CPJ, 8 sept 2026)
Le
74e anniversaire du début de notre combat dans la
presse

Doğan
Özgüden, Artı Gerçek, 8 septembre 2026
Être
solidaires de toutes les organisations de résistance en Turquie, comme
de toutes les organisations qui défendent la liberté de la nation
kurde, constitue l’une des pages les plus honorables de notre combat.
***
9 septembre… Le 74e anniversaire de mes débuts dans le journalisme… Une
vie professionnelle de près de trois quarts de siècle passée dans
l’opposition de gauche, et les 55 dernières années en exil…
Bien que ne l’ayant pas choisi de ma propre volonté, le journalisme est
un métier pour lequel j’ai toujours été reconnaissant, car il m’a
permis de participer activement, dès l’âge de 16 ans, aux luttes
sociales et politiques des opprimés de notre pays et du monde…
À l’été 1952, après avoir obtenu mon baccalauréat au lycée commercial
d’Izmir, je rêvais naturellement d’intégrer l’École supérieure
d’économie et de commerce. Mais mon père, cheminot qui peinait à
financer mes études avec son maigre salaire, attendait de moi que je
trouve immédiatement un emploi pour contribuer aux finances familiales
et ainsi pouvoir m’inscrire dans l’enseignement supérieur. Comme
j’étais parmi les meilleurs élèves en cours de sténographie au lycée,
je prévoyais de travailler comme sténo-dactylographe en dehors des
heures de cours.
À cette même époque, d’intenses préparatifs étaient en cours dans la
ville d’Izmir, en Turquie, alors membre de l’OTAN, pour y établir le
quartier général des forces terrestres d’Europe sud-orientale et de la
6e Force aérienne tactique.
En récompense de l’envoi d’une brigade de 4 500 hommes en Corée en 1950
et du lancement des arrestations anticommunistes en 1951, le protocole
d’adhésion de la Turquie à l’OTAN fut signé le 17 octobre 1951. La
Grande Assemblée nationale de Turquie, avec le soutien du parti
d’opposition CHP [Parti républicain du peuple], approuva la loi
d’adhésion à l’OTAN le 18 février 1952. Et le 18 août 1952, il fut
décidé qu’Izmir deviendrait le centre du quartier général de l’OTAN
pour l’Europe sud-orientale…
Un afflux massif de soldats états-uniens se dirigea sur Izmir. Le
quartier général de la 6e Force aérienne tactique de l’OTAN fut d’abord
établi à Şirinyer. Quelques années plus tard, le quartier général des
forces terrestres d’Europe sud-orientale de l’OTAN s’établit dans un
magnifique bâtiment de la rue de la promenade des Quais (Kordonboyu) à
Izmir, initialement construit pour servir d’hôtel, mais réquisitionné
par la suite par les États-uniens.
L’OTAN publiait des annonces dans les journaux pour recruter des
employés maîtrisant au moins un peu l’anglais, sachant taper à la
machine et prendre des notes en sténographie, et ayant des notions de
travail de bureau et de comptabilité. Les salaires étaient deux à trois
fois supérieurs à ceux des emplois comparables en Turquie, et ils
étaient exonérés d’impôt. De plus, il était possible d’utiliser les
magasins et cafétérias bon marché PX [Post Exchange] mis en place pour
les États-uniens.
Alors que la pression de ma famille pour que je trouve un emploi allait
en s’intensifiant, mes camarades de promotion, diplômés en même temps
que moi, me rappelaient les offres d’embauche de l’OTAN et me
conjuraient : « Mon fils, es-tu fou ? Comment peux-tu laisser passer
une telle opportunité ? Trouve un travail, et tu feras ce que tu
voudras ! »
Les recrutements de l’OTAN se faisaient à son quartier général de
Şirinyer. N’ayant pu trouver immédiatement un travail, j’ai fini par
m’en lasser et j’ai pris le bus pour Şirinyer. Il y avait une longue
file à l’entrée, et la plupart des personnes qui attendaient
postulaient pour des postes de service comme le nettoyage, la cuisine
et les réparations.
Arrivés que depuis un an d’Ankara, je ne connaissais pas encore bien
tous les quartiers de la ville d’Izmir… En faisant la queue, j’appris
que le nom d’origine de Şirinyer [Le bel endroit] était Kızılçullu
[Habillé de rouge]. Le bâtiment où les États-uniens s’étaient installés
avait été ouvert comme une école pour les enfants du village sous le
nom d’Institut de village de Kızılçullu à partir de 1940. Mais le Parti
démocrate, arrivé au pouvoir en 1950, fit fermer l’Institut, comme tous
les autres instituts de village, et pour faire plaisir à ses amis
états-uniens, rebaptisa Kızılçullu en Şirinyer avant de céder le
bâtiment à l’OTAN.
Les Instituts de village ont marqué mon enfance… En 3e année de
primaire à l’école de Muncusun, un village de Kayseri, les premiers
diplômés de ces instituts, de jeunes villageois en uniforme noir,
étaient venus faire un stage dans notre école et nous avaient beaucoup
impressionnés.
Alors que mon tour approchait pour l’entretien, mes interrogations
s’intensifiaient. L’idée de travailler sous les ordres d’un sergent
états-unien m’était tout simplement insupportable. Influencé par mes
souvenirs d’enfance et par ce que j’avais récemment appris, je me dis «
Hors de question » et quittai la file d’attente en prenant le premier
bus pour Izmir.
À Izmir, les préparatifs des célébrations du 9 septembre battaient leur
plein, avec le montage des arcs… Alors que je me dirigeais vers la
vieille librairie à l’entrée de la rue Beyler, sur l’avenue Kemeraltı,
pour regarder les livres, une affiche attira mon attention : « Le
journal Ege Güneşi [Soleil de l’Égée], disponible dans tous les
kiosques à partir du 9 septembre… »
Je postulai immédiatement et, après une courte période d’essai, je fus
embauché comme sténographe… À cette époque, il n’y avait pas
d’enregistreurs vocaux comme de nos jours. Les appels longue distance
étant extrêmement chers, prendre des notes sur les nouvelles d’Ankara,
d’Istanbul et des correspondants de province par téléphone et les
retranscrire permettait au propriétaire du journal d’économiser
plusieurs fois le montant qu’il me versait… C’était un travail qui
commençait à 16 heures et se terminait à minuit… Je pouvais ainsi
poursuivre mes études supérieures pendant la journée. De plus, je
gagnais presque le double du salaire mensuel de mon père, et ma mère
pouvait enfin quitter la misérable maison familiale où l’on partageait
avec trois familles une seule toilette pour emménager dans une maison
avec ses propres toilettes.
Lorsque Ege Güneşi cessa de paraître au bout d’un certain temps,
j’occupais le même poste à Sabah Postası [L’édition du Jour], qui avait
commencé à paraître début 1953 comme le seul journal d’opposition
d’Izmir. J’y fis la connaissance de Çetin Altan, Altan Öymen, Oktay
Ekşi, Orhan Birgit et bien d’autres collègues en prenant leurs écrits
sur l’actualité d’Ankara et d’Istanbul au téléphone.
Au Sabah Postası, j’occupai tous les postes, de sténographe à reporter,
de chroniqueur à rédacteur en chef, jusqu’en 1961, et j’assumai aussi
la représentation régionale pour l’Égée des journaux Milliyet et Öncü.
Durant cette période, je défendis les droits des travailleurs de la
presse au sein du Syndicat des journalistes d’Izmir et de la Fédération
des syndicats de journalistes de Turquie, ainsi que la liberté de la
presse au sein de l’Association des journalistes d’Izmir et du Conseil
de déontologie de la presse. Sur le plan politique, je siégeai dans les
instances dirigeantes du Parti ouvrier de Turquie.
À partir de 1963, à la demande du président du parti, Mehmet Ali Aybar,
je me rendis à Istanbul et y assumai des responsabilités au sein du
bureau d’étude et de recherche et du comité exécutif central du Parti
ouvrier de Turquie, tout en étant rédacteur en chef des journaux Gece
Postası et Akşam.
Notre vie et combat communs avec İnci Tuğsavul débuta en 1965 au
journal Akşam… En 1967, avec la participation de Yaşar Kemal et Fethi
Naci, nous avons fondé la revue et les éditions Ant. Jusqu’à leur
fermeture suite au coup d’État du 12 mars 1971, nous avons tenté de
contribuer au combat socialiste et anti-impérialiste de notre pays.
Dès la première année d’existence d’Ant, en 1967, j’ai été jugé pour «
trahison » devant le Tribunal militaire de la 1ère Armée, sur ordre du
général Cemal Tural, chef d’état-major général, valet de l’OTAN, pour
avoir publiquement révélé le projet états-unien de déploiement de mines
nucléaires en Anatolie orientale et appelé à la résistance contre ce
projet.
Après la grande résistance ouvrière des 15-16 juin 1970, j’ai été
interrogé et ouvertement menacé par neuf officiers du quartier général
de la 1ère Armée pour avoir publié en couverture de la revue Ant : «
Les officiers capitalistes ne peuvent pas juger les ouvriers ».
Après la fermeture de la revue Ant par la loi martiale et les
poursuites engagées contre nous, nous exposant à des centaines d’années
de prison, İnci et moi fûmes contraints de quitter illégalement la
Turquie en 1971.
Durant nos plus de 50 ans d’exil, nous avons été parmi les fondateurs
du Mouvement de résistance démocratique, de l’Union pour la Démocratie,
d’Info-Türk et des Ateliers du Soleil.
Dans notre lutte à l’étranger, nous avons constamment été pris pour
cible par la junte de 1971, la junte de 1980, les missions
diplomatiques de l’État turc, ainsi que par les organisations et
publications sous leur contrôle.
Après la publication en anglais du Dossier Turquie, qui révélait les
rouages du régime du 12 mars, et sa transmission aux organisations
internationales, le ministère des Affaires étrangères adressa le 26
septembre 1972 une circulaire à tous les services diplomatiques,
déclarant :
« Des communistes turcs se trouvant à l’étranger, avec le soutien de
communistes étrangers alignés sur Moscou, ont mis en place une
organisation articulée autour de l’Allemagne, du Danemark, des
Pays-Bas, de la Suède et de la France. Bien qu’il n’existe pas encore
de preuves probantes et circonstancielles formelles, Doğan et İnci
Özgüden sont impliqués dans cette activité ».
En 1973, un « Livre blanc » intitulé Réalités de Turquie et terrorisme,
nous visait explicitement : « La Résistance démocratique de Turquie est
une organisation fondée par Doğan ÖZGÜDEN, son épouse İnci ÖZGÜDEN et
4-5 communistes révolutionnaires se trouvant à leurs côtés, dont
certains sont des fugitifs. Ils n’entretiennent aucun rapport sérieux
et honnête avec la démocratie, la résistance ou la Turquie. Avant le 12
mars, Doğan ÖZGÜDEN a publié en Turquie une revue intitulée ANT. À
travers cette revue, il tentait de diffuser la théorie et la conscience
marxistes-léninistes révolutionnaires armées ».
En raison de ces attaques, bien que nous fûmes reconnus comme réfugiés
politiques par les Nations Unies en 1973, nous fûmes privés des années
durant de permis de séjour et de travail en Belgique. À tel point que,
malgré ma carte de presse provisoire délivrée par le ministère belge
des Affaires étrangères, la police d’Anderlecht me la confisque le 17
mars 1975 et m’expulsa vers les Pays-Bas.
La veille du nouvel an entre 1977 et 1978, alors que je me rendais en
train en Allemagne pour passer du temps avec des amis, je fus détenu
toute la journée car mon nom figurait sur la « liste des journalistes
étrangers dont l’entrée en Allemagne est jugée indésirable » du
quartier général de la sécurité allemande à Coblence, avant d’être
refoulé vers la Belgique sous escorte policière tard dans la soirée.
Après le coup d’État du 12 septembre 1980, İnci et moi, tout comme
Behice Boran Gültekin Gazioğlu, Şanar Yurdatapan, Melike Demirağ,
Yılmaz Güney, Cem Karaca, Mehmet Emin Bozarslan, Nihat Behram, Mahmut
Baksı, Şah Turna, Fuat Saka, Demir Özlü , Yücel Top et Ali Baran, fûmes
déchus de la citoyenneté (turque) par le chef de la junte Evren, qui
nous accusait d’être « dépourvus de sang ».
Comme si cela ne suffisait pas, en 1988, İnci et moi fûmes une nouvelle
fois notifiés par le consulat général de Turquie à Bruxelles que nous
avions été déchus de la citoyenneté turque, pour avoir posé des
questions au sujet des violations des droits humains en Turquie au
Premier ministre Turgut Özal lors d’une conférence de presse à
Bruxelles.
Le 3 janvier 1985, lors d’un débat sur l’émission « Résistances » de la
chaîne de télévision A2, suite à la diffusion du documentaire « La
Turquie sous les bottes », je fournis des informations sur les
nouvelles répressions perpétrées contre les Kurdes, les Arméniens, les
Assyro-chaldéens et les Turcs de tendance démocrate en Turquie. Le
lendemain, le journal Hürriyet publia un nouvel article provocatif
m’accusant d’avoir tenu des propos hostiles à la Turquie à la
télévision.
De plus, sous la pression du gouvernement Özal, le gouvernement
français refusa après cette date systématiquement de me délivrer un
visa. Qui plus est, cette atteinte à ma liberté de circulation en
qualité de journaliste se produisit sous la présidence du socialiste
Mitterrand.
Notre demande de naturalisation belge, visant à recouvrir une liberté
de circulation, fut bloquée pendant des années après la publication
d’un rapport négatif à notre encontre de la Sûreté de l’État belge nous
accusant « d’avoir assisté depuis 1986 à des conférences de presse du
PKK, une organisation dont les activités terroristes sont notoires ».
Lorsque nous révélâmes les pressions exercées sur une famille kurde à
Bruxelles, l’ambassadeur de Turquie, Fuat Tanlay, publia une
déclaration hystérique dans le journal Hürriyet du 21 avril 2007,
visant directement Info-Türk.
L’année suivante, en raison de ma contribution à l’organisation à
Bruxelles d’une conférence internationale sur le massacre de Dersim et
de mon intervention lors d’une conférence des Assyriens, le journal
Yeni Çağ en Turquie et un site internet turc basé à Bruxelles lancèrent
le 22 novembre 2008 une campagne de diffamation à mon encontre. De ce
fait, l’État belge dut me placer sous protection policière renforcée.
En 2015, une photo de moi prenant la parole devant un mémorial au
génocide des Arméniens, à l’occasion du centenaire du génocide des
Arméniens, fut publiée sur un site internet turc avec la légende «
Reconnaissez cet homme ! », me visant personnellement. De même, en
2016, la provocation fut répétée avec l’affirmation suivante : « Voici
le parrain à la tête des associations hostiles à la Turquie, le
fondateur d’Info-Türk et ancien vétéran de gauche Doğan Özgüden ! »
Dans un rapport de 666 pages intitulé « La structure du PKK en Europe
», publié en 2019, le (think tank) SETA, qui s’est donné pour mission
d’être le chien de garde de la dictature de l’AKP au sein de la
diaspora, s’en prenait au Mouvement de résistance démocratique et à
l’Unité pour la démocratie, que nous avions organisés en exil à partir
de 1971, en écrivant « qu’il existe de nombreuses preuves qu’ils ont
mené, directement ou indirectement, des activités liées au PKK », alors
même que le PKK n’a été fondé qu’en 1978.
Malgré ces attaques, notre solidarité avec toutes les organisations de
résistance en Turquie, ainsi qu’avec toutes les organisations défendant
la liberté de la nation kurde, demeure l’un des chapitres les plus
honorables de notre combat.
Comme nous le faisons depuis 1974, nous continuerons avec la même
détermination à informer l’opinion publique internationale, via
l’agence Info-Türk, sur les problèmes et les revendications
démocratiques de la Turquie et de ses exilés.
Toutefois, à nos âges avancés – j’ai 90 ans et İnci 86 – nos problèmes
de santé de plus en plus lourds nous contraignent à consacrer une
grande partie de notre temps à l’archivage des périodiques et
publications que nous avons réalisés durant notre demi-siècle d’exil.
Quoi qu’il arrive, nous promettons à nos lecteurs, à nos amis et à
notre peuple de poursuivre sans relâche notre combat.
À de nombreuses années encore ensemble…
Traduction: Mazyar KHOOJINIAN
Journalist
İrem Delice arrested in Turkey on suspicion of
‘spreading disinformation’
Journalist İrem Delice and three other staff members from Aydın Denge,
a news outlet in the western Aydın Province, were taken into police
custody on August 26 after the publication of a report on the death of
a local woman named Gülşen Erdoğan under the headline “Erdoğan passed
away.”
The four – publisher Emin Aydın, responsible news editor Yeşim Ülker
and reporters İslam Keleş and Delice – were placed under investigation
for publicly spreading disinformation on the basis that the deceased
had the same surname as President Recep Tayyip Erdoğan.
In a column published in Aydın Denge, publisher Aydın said the death
report was a routine story and the outlet did not intend to confuse or
trick the readers.
A court in Aydın released the four pending investigation under judicial
control on the same day but Delice, who wrote the story about the local
woman’s death, was later imprisoned on August 28 after the prosecution
appealed the releases.
“Once again authorities have used Turkey’s disinformation law to
deprive a journalist of her freedom. İrem Delice should be released
immediately, and authorities must stop their abuse of this vague
legislation to criminalize journalism,” said Özgür Öğret, CPJ’s Turkey
representative. “Representatives of Aydın Denge say they reported the
death of a local as they always do and with no intention of clickbait.
Even if mistakes were made, nobody deserves to go to prison in this
case.”
In his column published on August 29, Aydın said there was no intention
to insult the president.
“In the post in question, we absolutely had no intention of targeting
the President of the Republic of Turkey, Mr. Recep Tayyip Erdoğan,
sending him a message, insulting him, or creating any implication that
could constitute a crime,” he wrote.
“Certainly a headline may be misunderstood. A visual (for the headline)
may be prepared in a more careful way. We learn lessons from
experiences, review our publishing process and take precautions to
prevent similar misunderstandings as every outlet does. However, we
believe that a nonexistent criminal intent cannot be fabricated from a
technical or editorial choice,” he wrote.
Frequent use of law
In April, CPJ joined 22 press freedom and human rights organizations in
condemning Turkey’s frequent use of its disinformation law – Article
217/A of the Turkish Penal Code – to prosecute and imprison
journalists. The signatories urged the Turkish authorities to release
all journalists imprisoned under this law and ultimately repeal it.
The 2022 law introduced prison sentences of up to three years for
spreading false information about security, public order, and the
general health of the country that causes concern, fear, or panic.
Since it came into force, at least 83 journalists have been charged 114
times over disinformation, according to news reports.
At the time of publishing, CPJ was unable to confirm whether the
investigation would result in a trial for Delice and the other three
Aydın Denge staff.
CPJ emailed the Aydın Chief Public Prosecutor’s office for comment but
did not receive a reply. (CPJ, 2 September 2026)
Kurdish
Question / Question kurde
Êtes-vous
prêts à assurer la représentation de la nation
kurde à l'ONU?

Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 17 Septembre 2026
Les
partis ayant voté la loi visant à « mettre fin à l'existence de
l'organisation terroriste PKK/KCK » soutiendront-ils cette juste
initiative du Congrès national du Kurdistan (KNK)?
Malgré les
incertitudes persistantes quant à la mise en œuvre de la loi
visant à « mettre fin à l'existence de facto de l'organisation
terroriste PKK/KCK et de toutes les formations qui lui sont liées »,
née de l'appel de Devlet Bahçeli pour une « Turquie sans terrorisme »
et adoptée à une large majorité par la Grande Assemblée nationale
turque, y compris par le parti DEM, le Congrès national du Kurdistan
(KNK) a franchi une étape importante pour garantir la représentation de
tous les Kurdes de Turquie, d'Irak, d'Iran, de Syrie et de la diaspora
aux Nations Unies.
Dans son appel pour la tenue d'une conférence internationale à
Bruxelles, le 3 octobre 2026, le KNK formule la juste demande suivante :
« Le Kurdistan compte environ 60 millions d'habitants. Malgré cette
population importante, les Kurdes ne sont pas représentés au sein des
organisations internationales. Notamment aux Nations Unies, où presque
toutes les nations sont représentées, la nation kurde est totalement
absente et son nom n'est même pas mentionné. De nombreuses réunions ont
été organisées avec des experts sur cette question, et leurs avis ont
été sollicités. De plus, une lettre à ce sujet a été adressée au
Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, au nom du KNK.
Cependant, il s'agit d'un problème majeur et important; il ne saurait
être résolu par quelques réunions et quelques lettres. Le KNK ne peut
relever ce défi seul. Une coopération aux niveaux national et
international est indispensable. »
L’État turc, sous l’impulsion de Devlet Bahçeli, chef du parti d'action
nationaliste (MHP), a lancé la campagne « Turquie sans terreur »,
visant à interdire non seulement le PKK, mais aussi toutes les
organisations kurdes qualifiées de « terroristes », tant en Turquie
qu’à l’étranger. Cependant, les organisations formées par la diaspora
kurde, en résistance aux pressions et aux interdictions imposées par
l’État turc et les États européens, poursuivent aujourd’hui avec la
même détermination leur lutte pour les droits et les libertés.
Parmi ces organisations, figure le Congrès national du Kurdistan (KNK),
fondé le 24 mai 1999 à Amsterdam, aux Pays-Bas, par des personnalités
kurdes originaires non seulement de Turquie, mais aussi d'Irak, de
Syrie et d'Iran.
Le KNK avait été créé à l'initiative du Parlement kurde en exil (SKP),
fondé exactement 31 ans plus tôt à Bruxelles.
Comme on le sait, la lutte parlementaire de la nation kurde en Turquie
a débuté il y a 35 ans, en 1990, avec la création du Parti travailliste
populaire (HEP). Cependant, le HEP et tous les partis qui lui ont
succédé ont été dissous ou contraints de cesser leurs activités,
victimes de la terreur d'État.
L'un de ces partis, le Parti pour la démocratie (DEP), a été dissous il
y a exactement 31 ans, en 1994, par un décret fasciste. Les députés
kurdes Hatip Dicle, Orhan Doğan, Ahmet Türk, Leyla Zana, Selim Sadak,
Sedat Yurttaş, Mahmut Alınak et Sırrı Sakık ont été condamnés à de
lourdes peines de prison.
La même année, le président du DEP, Yaşar Kaya, et les députés du DEP
Remzi Kartal, Zübeyir Aydar, Nizamettin Toğuç, Ali Yiğit et Mahmut
Kılınç, parvenus à s'exiler, lancèrent une campagne de « solidarité
internationale avec le DEP » dès leur arrivée à Bruxelles et fondèrent
le Parlement kurde en exil (SKP) le 12 avril 1995.
Suite à la création du Congrès national du Kurdistan (KNK) aux Pays-Bas
à l'initiative du SKP, dans un de mes articles paru dans Özgür Politika
le 24 mai 1999, j'ai souligné les similitudes entre la fondation du
Congrès national africain (ANC) et celle du Congrès national du
Kurdistan (KNK). J'ai souligné que, tout comme l'ANC avait libéré
l'Afrique du Sud du joug du racisme et de la discrimination, cette
nouvelle formation kurde s'était donné pour mission de libérer le
Kurdistan dans toutes ses régions, des griffes de l'oppression, et que
quiconque se considérait comme démocrate ou épris de paix devait
soutenir cette lutte.
İsmail Beşikçi, dans une déclaration diffusée sur la BBC le 9 avril
2014, a exprimé sa réaction à l'absence des Kurdes aux Jeux olympiques
de 2012 comme suit :
« Aujourd'hui, au sein de l'Union européenne à 27 membres, le
Luxembourg, Malte et Chypre sont des États comptant environ un
demi-million d'habitants. Si l'on considère les Kurdes du Moyen-Orient,
leur population dépasse les 40 millions, mais pourquoi n'ont-ils aucun
statut ? Au sein du Conseil de l'Europe à 47 membres, par exemple, il y
a quatre petits états: Saint-Marin, Monaco, le Liechtenstein et
Andorre. Mais les Kurdes n'ont aucun statut. Dès qu'on parle de
terrorisme, le nom des Kurdes est évoqué. L'ordre international est un
ordre anti-kurde.
« Les derniers Jeux olympiques se sont tenus à Londres en 2012. Les
Kurdes, malgré leur nombre important, étaient absents… Entre
l'Australie et la Nouvelle-Zélande se trouvent des États comme Tawalu
et Vanuatu. L'un compte dix mille habitants, l'autre quinze mille. Ils
sont membres de l'ONU. »
À ceux qui menacent le peuple kurde irakien aspirant à l'indépendance
sous prétexte de « sécurité régionale », notre ami Recep Maraşlı a
apporté une réponse pertinente sur sa page Facebook, le 22 septembre
2017 :
« La puissante URSS s'est effondrée, s'est désintégrée, et dix États
indépendants en sont issus… Cela ne suffisait pas ; le Pacte de
Varsovie s'est dissous, les régimes ont changé… Le Mur est tombé,
l'Allemagne de l'Ouest a annexé l'Allemagne de l'Est. Les Tchèques et
les Slovaques se sont séparés. La Yougoslavie s'est désintégrée, et
sept États indépendants en sont issus… L'ordre et la stabilité mondiaux
n'ont pas été perturbés, sa sécurité n'a pas été menacée…
« Mais si cinq millions de Kurdes se rendent aux urnes pour décider de
leur propre avenir, il y aura de l'instabilité dans la région, l'ordre
mondial sera bouleversé !…
« Il y a exactement 22 États arabes. Il n'y a ni instabilité ni
bouleversement de l'ordre au Moyen-Orient, mais si les Kurdes, l'un des
peuples les plus anciens et les plus sédentaires de la région, avait un
État ? Oh non ! Il y aurait de l’instabilité, la paix mondiale serait
perturbée… »
J’ai moi aussi posé cette question dans un article paru le 28 septembre
2017, lors de la première année de publication d’Artı Gerçek :
« Quoi de plus naturel que l’une des nations les plus anciennes et les
plus établies de la région souhaite se libérer de ses chaînes de
dépendance et prendre sa place au sein de la communauté des nations,
avec son propre drapeau et sa propre langue ?
« Eh oui, aux Nations Unies, que nous appelons la communauté des
nations, Saint-Kitts-et-Nevis, avec une population d’à peine 50 000
habitants ; le Liechtenstein, Monaco et Saint-Marin, avec des
populations d’à peine 30 000 habitants ; les Palaos, avec des
populations d’à peine 20 000 habitants ; et Tuvalu, avec des
populations d’à peine 10 000 habitants, sont tous des États membres
jouissant de droits égaux… Nul ne peut, doté d’un minimum d’équité et
de bon sens, à moins d’être rongé par le racisme, rester silencieux
face à cette injustice honteuse.»
Dans mon article publié sur Artı Gerçek le 28 juillet 2024, concernant
l'absence de représentation du Kurdistan aux Jeux olympiques de Paris
de 2024, j'ai réitéré cette injustice :
« Oui, tandis que j'observais attentivement les athlètes de 54 pays
d'Afrique, 48 d'Europe, 44 d'Asie, 41 d'Amérique et 17 d'Océanie,
brandissant leurs drapeaux nationaux sur des embarcations de tailles
diverses, la douleur que j'ai ressentie tout au long de ma carrière
journalistique, que ce soit en participant à des événements
internationaux ou en les regardant à la télévision, m'a de nouveau
profondément touché… »
« En tant qu'enfant d'Europe du Sud-Est et du Proche-Orient, ce qui m'a
profondément choqué et indigné, c'est que, tandis que des athlètes de
pays de seulement dix mille habitants défilaient sur la rivière avec
leurs bateaux, leurs drapeaux et leurs costumes traditionnels, la
nation kurde, qui a su préserver sa langue ancestrale, ses coutumes et
son honneur malgré toutes les formes d'oppression et de persécution,
était totalement absente de cet événement international. »
Plus récemment, dans mon article publié sur Artı Gerçek le 31 juillet
2025, concernant l'activation de la Commission « Turquie sans terreur »
au sein de la Grande Assemblée nationale turque, qui inclut des partis
d'opposition, j'ai de nouveau posé la question suivante :
« Le monde turcophone que la Turquie aspire à diriger ne se limite pas
aux pays du Turkestan. Il existe également l'Organisation des États
turcophones, dont l'Azerbaïdjan est membre à part entière et la
Hongrie, le Turkménistan et la République turque de Chypre du Nord sont
membres observateurs. La Hongrie, également membre de l'Union
européenne, joue un rôle important dans le renforcement des relations
des États turcophones avec le monde occidental.
« La question est donc la suivante : alors que les pays de la région du
Turkestan existent partout sous le nom et l'identité de Turc et tentent
de faire reconnaître la région du Xinjiang, en République populaire de
Chine, comme faisant partie du Turkestan, quand la nation kurde, dont
la patrie millénaire est divisée entre quatre États, pourra-t-elle
enfin obtenir ce droit fondamental ? »
« Oui, après une période d'inertie de dix mois, la Commission Turquie
sans terreur, qui débutera ses travaux pendant la pause estivale du
Parlement, s'attaquera-t-elle à cette injustice historique subie par la
nation kurde… Que fera-t-on pour mettre fin au déni et garantir que le
Kurdistan, dont le nom est effacé par sa division en quatre pays du
Moyen-Orient, retrouve la place qui lui revient aux niveaux national et
international, à l'instar des communautés flamande, wallonne et
allemande en Belgique ? »
Plus d'un an s'est écoulé depuis.
Dans le cadre du processus « Turquie sans terreur », en cours depuis
deux ans, la seule chose qui soit ressortie de la Grande Assemblée
nationale turque a été une loi mettant fin à l'existence de facto de
l'organisation terroriste PKK/KCK et de toutes les formations qui lui
sont liées, adoptée à la majorité des voix par 468 députés, y compris
ceux des partis d'opposition.
Je pose encore la question :
Les partis qui ont voté pour cette loi soutiendront-ils l'initiative
légitime du Congrès national du Kurdistan (KNK) visant à faire
reconnaître la nation kurde sur la scène internationale ?
Le chef du PKK va siéger dans une instance du processus
de paix
Le chef emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK),
Abdullah Öcalan, participera aux travaux d'une sous-commission chargée
de superviser le désarmement du groupe armé kurde, a annoncé jeudi un
haut conseiller du président Recep Tayyip Erdogan.
Le Parlement turc avait adopté début août une loi historique ouvrant la
voie à la réintégration des combattants du PKK, étape majeure du
processus de paix visant à mettre fin à plus de quatre décennies d'une
guérilla qui a fait quelque 50.000 morts, selon Ankara.
Dans le cadre de ce processus, quatre sous-commissions ont été créées
afin de superviser la dissolution du PKK, annoncée l'an passé en
réponse à un appel en ce sens de son chef historique, Abdullah Öcalan.
L'une d'elles, consacrée au dépôt des armes du PKK, accueillera M.
Öcalan, sans que celui-ci ne soit toutefois autorisé à quitter sa
prison, a déclaré jeudi devant des médias turcs Mehmet Uçum, un haut
conseiller du président Erdogan.
Il s'agissait d'une demande, entre autres, du parti prokurde DEM,
partie prenante du processus de paix initié fin 2024 par un allié
d'extrême droite du chef de l'Etat turc.
La loi adoptée début août ne précisait pas quel sort serait réservé à
Öcalan, âgé de 77 ans et emprisonné depuis 1999 à l'isolement sur
l'île-prison d'Imrali, au sud d'Istanbul, où il purge une peine de
prison à perpétuité. (AFP, 17 sept 2026)
Manifestation
dans une ville kurde en Syrie contre la hausse des prix des carburants
Des centaines de personnes ont manifesté mardi dans la ville à majorité
kurde de Qamichli, dans le nord-est syrien, après deux jours de
protestations similaires dans d'autres régions du pays contre la hausse
drastique des prix des carburants.
Les manifestants ont parcouru les rues de Qamichli, portant des
pancartes proclamant en arabe: "Non à la politique de la faim", "Non à
la hausse des prix des carburants" et "Protégez les moyens de
subsistance du peuple", a constaté un correspondant de l'AFP.
"Notre pétrole appartient au peuple", ont scandé certains.
La hausse des prix "est une mauvaise décision, dirigée contre les
paysans, les ouvriers et les étudiants, contre tous les pauvres de
Syrie", affirme Abdel Rahman Khalil, 56 ans.
"Le peuple ne restera pas silencieux", ajoute-t-il.
"Nous réclamons nos droits. Les prix du mazout doivent revenir à ce
qu'ils étaient, comme ceux du pain (...) ils doivent se plier aux
demandes du peuple", assène Khansa Nehmat, 48 ans.
Les autorités syriennes avaient annoncé dimanche une majoration des
prix des carburants, en invoquant notamment la forte hausse des prix de
l'énergie depuis le déclenchement par les Etats-Unis d'une guerre
contre l'Iran.
Le prix du diesel est passé de 125 livres syriennes (SYP, soit un
dollar environ) à 175 SYP pour un litre, en hausse de 40%, et le prix
de l'essence a été majoré de 26%.
La décision a provoqué dimanche et lundi des manifestations dans
plusieurs régions du nord et l'ouest du pays, notamment à Idleb et
Hassaké.
Il s'agit des premières manifestations de ce genre depuis la prise du
pouvoir en décembre 2024 par une coalition islamiste qui a renversé
Bachar al-Assad.
La Syrie, dévastée par une longue guerre civile, ne produit plus
qu'environ 100.000 barils de pétrole par jour, bien en deçà de la
demande locale qui oscille entre 300.000 et 325.000 barils par jour,
selon le chef du département médias du ministère de l'Énergie, Abdul
Hamid Salat.
Le nord et le nord-est, qui étaient sous contrôle kurde avant de passer
sous le contrôle du pouvoir central à la suite d'un accord entre Damas
et les Kurdes, abritent les plus grands champs de pétrole et de gaz du
pays. (AFP, 15 sept 2026)
Sept morts dans une mutinerie dans une ville à
majorité kurde en Syrie
Un média d'Etat syrien a rapporté samedi la mort de sept prisonniers
dans un incendie provoqué lors d'une mutinerie à Kobané, ville du nord
de la Syrie à majorité kurde théâtre de violences après le meurtre d'un
ancien combattant issu de cette communauté.
Ce meurtre constitue le premier incident depuis l'annonce en août de la
dissolution des puissantes Forces démocratiques syriennes (FDS, à
majorité kurdes) dans le cadre d'un accord pour l'intégration des
institutions civiles et militaires des Kurdes au sein de l'Etat syrien.
"Sept prisonniers sont morts et des dizaines ont été blessés, brûlés ou
asphyxiés, à la suite d'une mutinerie" dans la prison de Kobané, a
rapporté la télévision d'Etat syrienne.
"Des détenus ont incendié" le bâtiment pénitentiaire et "le feu s'est
propagé à plusieurs dortoirs", a-t-elle ajouté.
Après le meurtre de l'ancien combattant kurde Sami Sheikhmous Hiso
(également connu sous le nom de Sepan), qui aurait été enlevé et dont
le corps criblé de balles a été retrouvé jeudi, des violences ont
secoué Kobané dans la nuit de vendredi à samedi, selon la télévision
d'Etat.
Des "hors-la-loi" s'en sont pris à des voitures de police et ont mené
une "attaque contre le bâtiment de la Direction de la sécurité
intérieure", a-t-elle rapporté.
- Demande d'enquête -
Un déploiement de forces de sécurité dans le périmètre de la
prison de
Kobané a fait craindre un transfert de prisonniers, et plusieurs
d'entre eux ont protesté en déclenchant un incendie, a indiqué samedi
l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), ONG basée au
Royaume-Uni et disposant d'un vaste réseau de sources en Syrie.
Le Parti de l'Union démocratique (PYD), principale formation politique
kurde de Syrie, a donné une version similaire des faits dans un
communiqué.
Pris de "panique", les prisonniers ont mis le feu dans certains
dortoirs, a indiqué l'OSDH, qui a fait état de neuf morts parmi les
prisonniers.
Les Forces de sécurité intérieure syriennes ont dit samedi ouvrir une
enquête sur ces violences, soulignant que l'administration de la prison
de Kobané n'avait pas encore été transférée aux autorités
gouvernementales.
Le PYD a de son côté imputé au gouvernement "la pleine responsabilité"
des incidents, l'exhortant à ouvrir une enquête "complète et
transparente" dans le meurtre de Sami Sheikhmous Hiso et l'incendie.
Lors d'un hommage vendredi matin à Hiso, un ancien haut responsable
militaire kurde, Sipan Hamo, a déclaré que plusieurs personnes avaient
été arrêtées dans le cadre de cette affaire.
"J'appelle notre peuple à faire preuve de retenue", a-t-il ajouté.
Arrivé au pouvoir après la chute de Bachar al-Assad fin 2024, le
président Ahmad al-Chareh a conclu en janvier un accord avec les Kurdes
pour intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de
l'Etat.
En août, le dirigeant kurde Mazloum Abdi avait annoncé l'achèvement de
ce processus.
Kobané a une valeur symbolique pour les Kurdes: c'est là que leurs
combattants avaient repoussé et vaincu les jihadistes du groupe Etat
islamique en 2015. (AFP, 12 sept 2026)
Une
histoire du mouvement politique kurde
Un nouveau livre écrit par Chris Den Hond et Mehmet Ali Doğan sur la
résistance kurde vient de paraître en France: Parole de Kurdes... Avec
le préface de Hamit Bozarslan.
La maison d'édition Le Croquant présente le livre avec le texte suivant:
Les Kurdes continuent à jouer un premier rôle dans le paysage politique
en Turquie, en Syrie, en Iran et en Irak. Plutôt qu'un livre sur « la
question kurde », nous avons fait le choix de recueillir vingt-deux
témoignages qui racontent l'histoire contemporaine des Kurdes : Gültan
Kışanak, Eren Keskin, Akın Birdal, Feleknas Uca, Ragıp ZarakoIu,
Berivan Aslan, Remzi Kartal, Ferda Çetin, Rıza Altun, Fidan Yıldırım,
Nuray Şen, Helin Gül, Doğan Özgüden, Derwich Ferho, Can Dündar, Hozane
Ehmed, Doğan Amed, Cüneyt Yılmaz, Tuncay Doğan et Seydi Firat.
« Ces portraits ne sont pas statiques, mais superposent époques,
espaces, contraintes et subjectivités » écrit Hamit Bozarslan dans la
préface.
Mehmet Ali Dogan est anthropologue et kurde. Il s'engage très tôt dans
les mouvements de libération du Kurdistan. Emprisonné après le coup
d'État militaire de 1980, il passe six années en détention.
Chris Den Hond est vidéo-journaliste, membre d'Orient XXI, coauteur du
livre La Commune du Rojava, l'alternative kurde à l'État-nation,
éditions Syllepse, 2017.
Des
violences dans une ville à majorité kurde
après le meurtre d'un ancien combattant
Des violences ont éclaté à Kobané, ville à majorité kurde située dans
le nord de la Syrie, alors que des habitants protestaient contre le
meurtre d'un ancien combattant kurde, a affirmé vendredi un média
d'Etat syrien.
Des "hors-la-loi" s'en sont pris à des voitures de police et mené une
"attaque contre le bâtiment de la Direction de la sécurité intérieure",
a déclaré la télévision d'Etat syrienne.
L'homme en question, Sami Sheikhmous Hiso, également connu sous le nom
de Sepan, aurait été enlevé avant que son corps ne soit rendu, criblé
de balles, jeudi, dans la province de Hasakhe, dans le nord-est du pays.
Des Kurdes se sont rassemblés dans plusieurs lieux du nord et du
nord-est de la Syrie pour protester contre son meurtre.
L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), ONG basée au
Royaume-Uni et disposant d'un vaste réseau de sources en Syrie, a
avancé que les forces de sécurité avaient imposé un couvre-feu à Kobané.
"Nous condamnons avec la plus grande fermeté le crime odieux qui a
coûté la vie au jeune homme, Sami Sheikhmous Hiso, lors d'un incident
répréhensible qui bafoue les valeurs humaines, morales et juridiques et
constitue une atteinte à la sécurité de la société et au caractère
sacré de la vie des citoyens", a déclaré le gouverneur de la province
de Hasakeh, Noureddine Ahmed Eissa.
Vendredi matin, Sipan Hamo, vice-ministre régional de la Défense et
ancien haut responsable militaire kurde, a rendu hommage à M. Hiso et
déclaré qu'un certain nombre de personnes avaient déjà été arrêtées
dans le cadre de cette affaire.
"Je condamne toute rhétorique médiatique incendiaire qui incite à la
violence et au meurtre, et j'appelle notre peuple à faire preuve de
patience et de retenue et à ne pas se laisser entraîner dans des
tentatives pour attiser la discorde", a-t-il déclaré.
En janvier, le gouvernement syrien et les Kurdes, qui contrôlaient
autrefois de vastes régions du nord et du nord-est de la Syrie, ont
conclu un accord d'intégration à la suite d'affrontements entre les
combattants kurdes syriens et les forces des nouvelles autorités, au
cours desquels les Kurdes ont perdu de larges portions de territoire.
En août, le dirigeant kurde Mazloum Abdi a déclaré que l'intégration
des institutions civiles et militaires des Kurdes au sein de l'Etat
syrien était achevée, et a annoncé quelques jours plus tard la
dissolution des Forces démocratiques syriennes dirigées par les Kurdes.
Mazloum Abdi a été nommé conseiller du président syrien Ahmed al-Chareh
fin août.
Kobané a une valeur symbolique pour les Kurdes, car c'est là que des
combattants kurdes ont repoussé et vaincu les djihadistes du groupe
Etat islamique en 2015. (AFP, 11 sept 2026)
Former
Diyarbakır mayor Selçuk Mızraklı released
after seven years in prison
Selçuk Mızraklı, the former co-mayor of the Kurdish city of Diyarbakır,
was released today after nearly seven years in prison.
A crowd that included senior officials and MPs from the pro-Kurdish
Peoples’ Equality and Democracy (DEM) Party welcomed Mızraklı outside
the Edirne Type-F Prison in northwestern Turkey.
In his first statement upon his release, Mızraklı called for the
release of Selahattin Demirtaş, the Kurdish leader who has been in the
same prison since Oct 2016:
"The person who should be here before me is the beloved Selahattin
Demirtaş, the beloved of this people.
"Demirtaş, as always, stands for democracy no matter what, peace no
matter what, and a solution no matter what. That has always been his
message.
"With the hope that the day will come when you can conduct interviews
freely and without any restrictions—not just with Demirtaş, but with
everyone, starting with Mr. Öcalan [Abdullah, the PKK leader].
"I, we, and the dozens of comrades currently standing behind us in
prison have found strength together with you. We have found strength.
That energy has transformed into a force that has multiplied and
strengthened our resilience. Drawing on that strength together with
you, we have made it our guiding principle to stand firm in the face of
the sentences imposed on us unlawfully, through conspiracies, and in
violation of the law, and to emerge from here with our heads held high.
"We have also reached a fundamental turning point for Turkey. A
critical process is underway. This critical process must be carried out
carefully, meticulously, and swiftly, while also taking into account
the possibility of all kinds of provocations that may come from
outside.”
Mızraklı and Demirtaş had shared the same prison cell for the past five
years.
Supporters placed banners on their vehicles featuring photographs of
Mızraklı and former Peoples’ Democratic Party (HDP) co-leader
Selahattin Demirtaş, who has been kept in the same prison since Oct
2016.
Demirtaş had announced Mızraklı’s release on Sep 5.
“For the past five years, I was entrusted to him, and he was entrusted
to me,” Demirtaş wrote in an article delivered through his attorneys.
“He will leave here on Tuesday morning and will be at Diyarbakır
Airport that evening. From now on, he is entrusted to you.”
Hours before his release, a message posted on Mızraklı’s social media
account said, “Tomorrow, once again, together with hope and passion...”
According to DEM Party sources, Mızraklı is expected to make several
visits in İstanbul after leaving prison before traveling to Diyarbakır.
Background
Mızraklı was elected co-mayor of the Diyarbakır Metropolitan
Municipality for the HDP in the Mar 2019 local elections with more than
62 percent of the vote.
The Interior Ministry removed him from office on Aug 19, 2019 and
appointed a government trustee to replace him, citing a "terrorism"
investigation against the politician as part of a broader crackdown on
mayors from the pro-Kurdish party.
Mızraklı was detained on Oct 21 and arrested the following day on
charges of "membership in a terrorist organization" and "ropaganda for
a terrorist organization."
The Diyarbakır 9th Heavy Penal Court sentenced Mızraklı on Mar 9, 2020
to nine years, four months and 15 days in prison membership charges.
The 9th Penal Chamber of the Diyarbakır Regional Court of Appeals
upheld the sentence in July 2020.
The 3rd Penal Chamber of the Court of Cassation, the top appeals court,
overturned the ruling in Dec 2022, citing an incomplete examination and
insufficient reasoning. Despite that, the high court rejected
Mızraklı’s request for release.
Following a retrial, the Diyarbakır 9th Heavy Penal Court imposed the
same sentence on Nov 29, 2023. The Court of Cassation upheld the
conviction on Oct 9, 2024.
Mızraklı’s lawyers said after the ruling that they would file an
individual application with the Constitutional Court, the final legal
remedy.
In 2025, the Prison Administration and Observation Board rejected
Mızraklı's requests for transfer to an open prison and eligibility for
supervised release. (BIA, 8 sept 2026)
Former Diyarbakır
Mayor and Kurdish leader Mehdi Zana passed away
Mehdi Zana began his political education as a tailor shop worker and
would eventually go on to become a defining voice in Kurdish politics.
After a long political career, the former Diyarbakır mayor and activist
passed away at the hospital this weekend at the age 85.
Zana passed away while receiving intensive care for chronic obstructive
pulmonary disease.
Following a ceremony in front of the Diyarbakır Metropolitan
Municipality, his funeral was held at Grand Mosque (Ulucamii). The
funeral, accompanied by a cortege, was well-attended by community
members and political leaders. He was ultimately laid to rest at
Yeniköy Cemetery in Diyarbakır.
Zana, who dedicated his life to the Kurdish movement, was sent off in a
coffin adorned with flowers and wrapped in yellow, green and red — the
colors of the Kurdish flag.
Who was Mehdi Zana?
The former Diyarbakır mayor was given the surname “Bilici” upon birth
but changed it to the Kurdish equivalent “Zana,” meaning “wise.” He
first learned about politics while working in a tailor shop owned by
Kurdish political activist Niyazi Tatlıcı.
Zana launched his political career with the left-wing Workers’ Party of
Turkey (TİP) in 1963, helping establish the Silvan branch, where he
served as branch president for two years. He was also a member of the
Revolutionary Eastern Cultural Hearths (DDKO), an association of mostly
Kurdish students later outlawed after the 1971 military coup.
Zana was initially elected mayor of Diyarbakır in 1978 after running as
an independent, but was imprisoned shortly after during the 1980
military coup. He experienced heavy repression throughout his political
career, spending a total of about 16 years in Diyarbakır, Aydın,
Afyonkarahisar and Eskişehir prisons, where he experienced immense
torture. He was recognized by Amnesty International as a prisoner of
conscience. Zana spent about 10 years in Sweden as a political exile,
but returned to Turkey in 2004. He was known for his left-wing,
pro-Kurdish advocacy. (BIA, 30 August 2026)
Minorités
/ Minorities
Politique
intérieure/Interior Politics
Erdogan
briguera un nouveau mandat lors d'une
élection anticipée, affirme un conseiller
Le président turc Recep Tayyip Erdogan, âgé de 72 ans, entend briguer
un nouveau mandat dans le cadre d'une élection anticipée en 2028, afin
de contourner la constitution qui l'empêche de se représenter s'il va
au terme de son mandat, a affirmé jeudi un de ses conseillers en chef.
Le scrutin "aura lieu le 16 avril 2028 (soit un mois avant la fin
théorique de son mandat de cinq ans, NDLR), si la décision d'organiser
de nouvelles élections est prise avec le soutien de 360 parlementaires"
sur 600, a déclaré devant plusieurs médias Mehmet Uçum, le conseiller
du chef de l'Etat turc pour les affaires juridiques, affirmant qu'il
s'agira de son dernier mandat s'il sort vainqueur des urnes.
Le parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur)
et ses alliés contrôlent actuellement 326 sièges au Parlement turc,
mais M. Uçum avait évoqué en juin la possibilité d'une dissolution de
l'assemblée en vue de la convocation d'une élection anticipée.
Le chef de l'Etat pourrait aussi s'adjoindre le soutien de députés
d'autres partis dans le cadre de tractations, selon des analystes, ou
même entreprendre un projet de réforme constitutionnelle.
Au pouvoir depuis 2003, d'abord comme Premier ministre puis, depuis
2014, comme président, Recep Tayyip Erdogan briguerait ainsi un
quatrième mandat.
- Dérive autoritaire -
Réélu pour la dernière fois en mai 2023, alors qu'il semblait menacé
par la crise économique et l'usure du pouvoir, le chef de l'Etat turc
avait alors promis qu'il s'agirait de son ultime mandat, jurant de
confier ensuite le sort du pays "à nos jeunes".
Mais plusieurs de ses déclarations récentes avaient laissé deviner le
désir du président turc -- qui ne dispose pas d'héritier naturel -- de
poursuivre.
Le scrutin précédent, en 2018, avait marqué le passage, à la faveur
d'une révision constitutionnelle, du système parlementaire à un régime
présidentiel où le chef de l'Etat concentre la totalité du pouvoir
exécutif.
Accusé de dérive autocratique, en particulier depuis la tentative de
putsch de juillet 2016 qui a été suivie de purges massives, M. Erdogan
continue d'être perçu par ses partisans comme le seul capable de tenir
tête à l'Occident, le seul à pouvoir traverser sans tanguer les crises
régionales et internationales.
En 2023, pour sa troisième campagne présidentielle, le chef de l'Etat
avait comme à son habitude enchaîné les meetings, jusqu'à trois par
jour, pugnace malgré une démarche ralentie et un visage trahissant la
fatigue.
L'opposition turque, qui lui avait infligé sa plus sévère défaite lors
d'élections locales un an plus tard, est depuis dans le viseur de la
justice turque.
Le populaire maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, considéré comme son plus
redoutable rival, a été arrêté pour "corruption" en mars 2025, et placé
en détention le jour même de sa désignation comme candidat du principal
parti d'opposition à la prochaine élection présidentielle. (AFP, 17
sept 2026)
AKP
takes control of İstanbul’s Üsküdar district,
opposition claims threat from prosecutors
The ruling Justice and Development Party (AKP) took control of
İstanbul’s Üsküdar district after its candidate won a municipal council
vote to replace suspended mayor Sinem Dedetaş, as the opposition
alleged that council members who switched sides had faced pressure from
prosecutors.
Dündar Ziya Gültekin, the candidate of the AKP-led ruling alliance,
defeated Republican People’s Party (CHP) candidate Sibel Tan Çetinkaya
by 23 votes to 19 in the fourth round of voting yesterday.
Üsküdar, a Bosporus-side district on İstanbul’s Asian side, had
traditionally been regarded as a conservative stronghold. The main
opposition CHP won the district in the 2024 local elections, ending
decades of conservative control. Dedetaş also became Üsküdar’s first
woman mayor.
Dedetaş was detained on Jul 29 and subsequently arrested as part of an
investigation into building and occupancy permit procedures at the
municipality. Prosecutors accuse Dedetaş and other municipal officials
of forcing contractors to obtain services from a municipal subsidiary
during licensing procedures.
The investigation is part of a countrywide crackdown on municipalities
run by the main opposition party following its major success in the
2024 local elections, which saw more than 30 mayors suspended,
including those of major cities like İstanbul, Bursa, and Antalya. The
opposition claims the operations are politically motivated while the
government maintains that they are based on corruption allegations.
The Interior Ministry suspended Dedetaş on Aug 1 citing the criminal
investigation against her. Under Turkish law, when a mayor is
suspended, the municipal council elects an acting mayor from among its
members.
First election annulled by court
The CHP initially held a council majority and its candidate won the
acting mayor vote on Aug 5 by 22 to 19 votes.
Gültekin challenged the council decision at the İstanbul 2nd
Administrative Court. The court found that five ballots declared
invalid in the third round clearly showed which candidate had been
selected and should not have been rejected.
The court also said tensions during a 10-minute break between the third
and fourth rounds raised doubts about whether the election had been
conducted in a sound and secure manner.
On Aug 24, the court suspended the execution of the council decision.
The İstanbul Regional Administrative Court rejected the municipality’s
appeal on Sep 2, prompting the İstanbul Governor’s Office to call a new
election under Article 45 of the Municipal Law.
CHP members change sides
The balance in the council shifted over the past week after some
council members were detained and four CHP members resigned from the
party and joined the AKP.
At the first acting mayor election, the CHP had 27 council members
while the AKP and its ally, the Nationalist Movement Party (MHP), had
17. Following the defections, the CHP’s representation fell to 23 while
the AKP-MHP bloc increased to 21.
Four additional detentions took place shortly before the latest vote,
including a deputy mayor, a deputy speaker and two council members.
In the first round of yesterday's election, AKP's Gültekin received 21
votes and Çetinkaya 19. Two ballots among the 42 cast were declared
invalid, one because of a dot on the ballot and another because a
letter was missing, preventing either candidate from securing the
required absolute majority.
Gültekin received 22 votes to Çetinkaya’s 20 in the second round and 23
to 19 in both the third and fourth rounds. Two of Gültekin’s votes in
the final round were challenged, but the council chair declared him
elected.
After the result was announced, Gültekin said, “Dedetaş won an election
here after 30 years. It is an honor to work with her.”
Members of the New (Yeni) Party, which was founded by Özgür Özel after
he was removed by a court as the head of the CHP, protested outside the
municipal building. According to an ANKA broadcast, one protester said,
“They will jail my elected mayor and make someone who was not elected
my mayor.” Another said, “You bought them with money, you stole our
will.”
Criticism from European Parliament rapporteur
Nacho Sanchez Amor, the European Parliament rapporteur to Turkey,
described the proceedings as a "mockery of democracy" in a social media
post:
"What happened today in Üsküdar is a mockery of democracy, it's just
normal that people reacted in tears. The whole system was perverted in
order to win what was lost at the ballot box. It took arrests,
defections, threats & today's 4 rounds of voting. It's a blatant
power grab."
Opposition claims threats to council members
Özgür Çelik, identified as New Party’s İstanbul provincial chair, later
alleged that council member Ayhan Aydın, one of those who left the CHP
for the AKP, had told him that a prosecutor threatened him with arrest.
“Ayhan Aydın called me crying,” Çelik said. “He said, ‘The prosecutor
threatened me with arrest. My son and my wife are disabled. Who will
look after them? I surrendered to them because there is no one else to
take care of them.’”
The İstanbul Chief Public Prosecutor’s Office opened an investigation
into Çelik’s claim on its own initiative. Prosecutors also ordered
Aydın to appear before the office to provide information about the
allegation.
Çelik separately alleged that the four council members who switched
parties had been prevented from communicating with their families and
kept at a hotel outside İstanbul for four days under police supervision.
“What happened after these four council members were transferred?”
Çelik said. “One of them had a brother come from Africa and try to
reach him to say, ‘Don’t make this mistake.’ One of their families
tried to contact him. These people were kept at a hotel outside the
city for four days, and our state’s police were stationed over them.”
He also alleged that İstanbul Governor Davut Gül and police officers
were involved. (BIA, 8 sept 2026)
Un
ex-Premier ministre d'Erdogan poursuivi pour
"insulte au président"
Une enquête pour "insulte au président" a été ouverte contre l'ancien
Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, en poste de 2014 à 2016 avant de
passer dans l'opposition, a annoncé jeudi le parquet d'Ankara.
Le parquet "a ouvert une enquête concernant des publications diffusées
sur les réseaux sociaux et considérées comme contenant des propos
insultants envers le président", a-t-il indiqué dans son communiqué,
sans plus de détails.
Influent ministre des Affaires étrangères (2009-2014) lorsque l'actuel
chef de l'Etat turc, Recep Tayyip Erdogan, occupait les fonctions de
Premier ministre, Ahmet Davutoglu avait dirigé le premier gouvernement
de ce dernier après son élection comme président en 2014.
Longtemps allié jugé fidèle et docile, il avait aussi dirigé la
formation politique cofondée par M. Erdogan, le Parti de la justice et
du développement (AKP, islamo-conservateur). Mais il avait fini par
être perçu comme un possible rival par le président et été démis de ses
fonctions de Premier ministre en 2016.
Il était passé officiellement à l'opposition en fondant son propre
parti en 2019, rejetant tout "culte de la personnalité" et appelant au
respect de l'Etat de droit, une pique à peine voilée à l'adresse du
président, accusé de dérive autoritaire.
Ahmet Davutoglu, 67 ans, avait dissous le mois dernier sa formation,
annonçant son retrait de la vie politique.
Plusieurs dizaines de milliers de personnes, dont des journalistes, des
artistes et des politiques, ont été poursuivies ces dernières années en
Turquie pour "insulte au président", parfois en raison de publications
sur les réseaux sociaux vieilles de plusieurs années. (AFP, 3 septembre
2026)
Two
voting members detained before Üsküdar deputy
mayor election
Following the arrest of Republican People's Party (CHP) Üsküdar Mayor
Sinem Dedetaş in late July; a deputy mayoral election was held, won by
the CHP and ultimately cancelled by the judiciary. Now, as Üsküdar
prepares for its second deputy mayoral election, the police detained
two CHP council members yesterday, who will remain in custody for four
days.
According to Article 45 of Municipal Law No. 5393, Turkish deputy mayor
elections are voted on by members of the municipal council, as opposed
to the public, which means that the detention of the two council
members could result in a critical loss of votes for the opposition.
Deputy mayor elections can last multiple rounds if neither candidate
receives the required two-thirds of total votes in the first round. The
threshold subsequently drops if elections are pushed into third and
fourth rounds.
Only hours after the detention of the council members, the Istanbul
Governor’s Office requested that the election be held within the 4-day
detention period, on Saturday, September 5 at 10am.
Opposition members accused the judiciary of being politicized. (BIA, 3
September 2026)
Forces
armées/Armed Forces
Affaires
religieuses / Religious Affairs
Socio-économique
/ Socio-economic
Un
cargo coule en mer de Marmara, dix disparus
Un
cargo turc a coulé avec un équipage de dix personnes à son bord
après une collision encore inexpliquée dans la nuit avec un autre
navire en mer de Marmara, au sud-ouest d'Istanbul, ont annoncé mercredi
les autorités turques.
"Dix marins se trouvaient sur le navire coulé. Tous sont Turcs", a
déclaré le ministre turc des Transports, Abdulkadir Uraloglu, ajoutant
qu'"aucun survivant" n'avait été retrouvé.
La mer de Marmara communique avec la mer Noire et la mer Egée via les
détroits très fréquentés du Bosphore et des Dardanelles.
"Si l'on considère que la collision a eu lieu à 03H15 (00H15 GMT) et
que l'alerte a été donnée à 03H26 (00H26 GMT), le naufrage s'est
produit très rapidement, en l'espace de onze minutes. Nous avons repéré
des bouées et un canot de sauvetage, mais il était vide", a déploré M.
Uraloglu.
La Direction turque des affaires maritimes avait déjà précisé plus tôt
que le Tugberk Imamoglu, un vraquier battant pavillon turc, "ne
répondait à aucun appel", estimant elle aussi que le navire avait coulé
à 18 milles nautiques (33 km environ) au sud du district stambouliote
de Silivri.
Les
autorités turques ont arrêté neuf des dix membres d'équipage d'un
pétrolier entré en collision avec un cargo mercredi en mer de Marmara,
entraînant son naufrage, a rapporté jeudi l'agence de presse étatique
Anadolu.
Selon les autorités turques, dix personnes se trouvaient à bord du
Tugberk Imamoglu lorsque ce cargo battant pavillon turc a coulé peu
avant 03H30 (00H30 GMT) à 18 milles (33 km) au sud-ouest d'Istanbul,
avant l'arrivée des premiers secours.
Neuf des dix membres d'équipage du pétrolier turc Alsu ont été placés
en garde à vue après avoir été entendus mercredi à bord du navire, a
détaillé Anadolu. Seul le cuisinier a été laissé libre.
Le Alsu, vide au moment de l'accident, n'a pas subi de dommages.
Le capitaine du Tugberk Imamoglu, qui transportait quelque 4.200 tonnes
d'acier laminé et de barres d'armature, avait sommé le Alsu de dévier
sa course, selon un enregistrement radio diffusé par des médias turcs
et des déclarations du propriétaire du navire.
Construit en 1990, le navire mesurait 90 mètres de long pour 12 mètres
de large, selon le site spécialisé Vessel Finder. Il était parti
d'Iskenderun (sud) en direction de Karadeniz Eregli (nord), sur la mer
Noire.
La profondeur de la mer dans la zone du naufrage est d'environ 800 à
900 mètres, selon le gouvernorat d'Istanbul, laissant présager des
opérations de recherche complexes. (AFP, 3 septembre 2026)
Relations
turco-européennes / Turkey-Europe Relations
L'Union
européenne "préoccupée" par les
arrestations de militants LGBT+
L'Union européenne a fait part lundi de sa "préoccupation" après les
"récentes arrestations et procédures judiciaires engagées contre des
militants" LGBT+ en Turquie.
"La Commission est préoccupée (...) Nous suivons l'évolution de la
situation de près", a assuré Christian Wigand, un porte-parole de la
Commission européenne.
Bruxelles "rappelle que la Turquie, en tant que pays candidat à l'Union
européenne et membre de longue date du Conseil de l'Europe, doit
promouvoir et garantir le respect des droits humains et de la dignité
de toutes les personnes, indépendamment de leur identité de genre ou de
leur orientation sexuelle", a-t-il ajouté.
La police turque a procédé dimanche à des dizaines d'arrestations dans
des bars gays et aux domiciles de militants LGBT+, une vaste opération
mise en lumière par le pouvoir islamo-conservateur, qui dit agir au nom
de la protection de la famille traditionnelle.
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, prend régulièrement pour cible
les LGBT+, qu'il qualifie de "pervers" et auxquels il impute la chute
drastique de la natalité.
Selon les parquets d'Ankara, d'Istanbul et d'Izmir, cités par l'agence
de presse étatique Anadolu, au moins 63 personnes ont été interpellées,
dans les rangs notamment des militants LGBT+, qui forment avec les
féministes l'un des principaux pôles de résistance au gouvernement
islamo-conservateur au pouvoir depuis 2002.
Lundi, l'Union européenne a également déploré "le blocage de sites
internet et de comptes sur les réseaux sociaux, accompagné
d'allégations concernant le financement d'organisations de la société
civile" en Turquie.
"Toutes les organisations de la société civile doivent pouvoir exercer
leurs activités librement, en toute sécurité et sans discrimination,
dans le respect de l'État de droit", a exhorté Bruxelles.
Sur le papier, la Turquie figure toujours parmi les pays candidats à
une entrée dans l'UE, mais dans les faits, les négociations sont gelées
depuis plusieurs années. (AFP, 14 sept 2026)
Ankara
s’éloigne de Strasbourg
Ragip Duran, TVXS.GR, 31 août 2026
Le verdict rendu le 25 août par la Grande Chambre de la Cour européenne
des droits de l’homme (Strasbourg) a fait l'effet d'un tremblement de
terre sur la classe politique turque. La Cour, pour la troisième fois
(le premier en 2019, le second en 2022), précise qu’Ankara a violé
plusieurs articles de la Convention européenne des droits de l’homme,
impose 70 000 euros de compensation morale à M. Osman Kavala (homme
d’affaires, activiste des ONG culturelles, en prison depuis novembre
2017) et demande sa libération immédiate.
Le régime Erdoğan a refusé jusqu’à maintenant d’appliquer les
décisions de la Cour, alors que la Turquie fait partie de la Convention
depuis 1954. Elle avait reconnu le droit des citoyens de faire appel
individuel à la Cour depuis 1987 et la reconnaissance de la compétence
obligatoire de la Cour en 1990.
Malgré ces dispositions, M. Mehmet Uçum, conseiller principal en droit
du président Erdoğan, a réagi violemment contre le dernier verdict de
la Cour. « La juridiction nationale est primaire alors que les
juridictions internationales sont secondaires », croit-il. M. Uçum
propose même de se retirer de la Convention. Il parle du « colonialisme
européen au niveau du droit » et n’omet pas de lancer un appel à la
Cour et à M. Nacho Sánchez Amor (groupe Socialistes et Démocrates),
rapporteur spécial sur la Turquie du Parlement européen : « Vous devrez
connaître votre place ! ».
Le président de l’Union des barreaux de Turquie (TBB), maître Erinç
Sağkan, rejette les propos du conseiller principal : « Il ne sait pas
de quoi il parle. Il viole la Constitution ». M. Sağkan rappelle que le
président peut en effet, par un simple décret, signer le retrait de la
Turquie de la Convention, bien que la Convention ait été intégrée dans
la législation turque par une décision du Parlement. « M. Erdoğan avait
déjà signé un décret pour que la Turquie se retire de la Convention
d’Istanbul, convention pour la protection des droits des femmes »,
a-t-il poursuivi. De son côté, maître Doğan Erkan estime que le Conseil
de l’Europe peut également exclure la Turquie et de la Convention et de
la Cour.
Dr Ahmet Saltık, chroniqueur du quotidien Cumhuriyet (République,
opposition kémaliste), écrit que « l’État de droit est en train de
s’effondrer ». Il dénonce « l’usage stratégique du droit » par le
régime pour les intérêts politiques d’Erdoğan.
M. Amor, en visite à Istanbul pour assister aux procès de l’ancien
maire d’Istanbul, M. Ekrem İmamoğlu, le candidat présidentiel le plus
fort face à Erdoğan, accusé de corruption, d’irrégularités et de
soutien à une organisation terroriste, en prison depuis mars 2025, a
déclaré que la juridiction en Turquie « n’est pas indépendante ». «
Nous n’avons pas reçu de bonnes nouvelles de la Turquie depuis les
manifestations de Gezi (mai 2013). La Turquie est un pays autoritaire.
Ne faites pas semblant d'être démocratique. Ne jouez pas avec nous »,
a-t-il poursuivi.
« Les relations entre la Turquie et l’Europe étaient des relations
d’amour et de haine. Désormais la haine pèse plus lourd », estime le Dr
Cengiz Aktar, spécialiste de l’Union européenne.
Turquie-USA-OTAN
/
Turkey-USA-NATO
Opération anti-LGBT+ en Turquie: l'ONU appelle à
libérer les personnes détenues arbitrairement
Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme s'est dit jeudi
vivement préoccupé après la vague d'arrestations au sein de la
communauté LGBT+ en Turquie, réclamant la libération "immédiate" des
personnes détenues arbitrairement.
"Très préoccupé par les informations faisant état de l'arrestation et
de la détention massives de plus de 150 personnes LGBTIQ+ et défenseurs
des droits humains ainsi que de mauvais traitements infligés en
détention, et par les conséquences potentielles de cette situation sur
l'espace civique", a réagi le Haut-Commissariat sur X.
Le Haut-Commissaire Volker Türk appelle "les autorités turques à
respecter les droits humains de chacun sans discrimination, y compris
en ce qui concerne l'orientation sexuelle ou l'identité de genre, et à
libérer immédiatement les personnes détenues arbitrairement".
Le ministre de la Justice, Akin Gürlek, avait annoncé dimanche
l'ouverture de poursuites judiciaires "contre 162 suspects, neuf
associations et 13 entreprises" dans 15 provinces turques, après une
vaste opération menée au cours de la nuit dans des bars gays et aux
domiciles de militants LGBT+.
Ce vaste coup de filet, qui a suscité des condamnations
internationales, s'inscrit dans le cadre de la "Décennie de la famille"
proclamée par le président Recep Tayyip Erdogan, afin de "protéger nos
enfants, l'institution familiale et l'ordre social", a souligné le
ministre turc de la Justice.
De nombreux comptes de réseaux sociaux de défenseurs des droits humains
et de médias ont en outre été bloqués, dans le cadre d'opérations
appelées "Ma famille est en sécurité".
L'homosexualité n'est pas réprimée pénalement en Turquie, mais elle est
largement réprouvée et l'homophobie y est répandue jusqu'au sommet de
l'Etat, le président Erdogan qualifiant régulièrement les LGBT+ de
"pervers", auxquels il impute la chute drastique de la natalité.
Selon l'ONG Amnesty International, "cette répression généralisée (...)
n'a absolument rien à voir avec la protection des familles et vise
uniquement à porter davantage atteinte à une communauté déjà durement
éprouvée par des décennies de discrimination et d'intimidation". (AFP,
17 sept 2026)
Washington place
sous sanctions une banque turque accusée de travailler avec Téhéran
Le gouvernement américain a placé vendredi sur sa liste noire une
banque turque, Golden Global Bank, accusée d'avoir transféré des fonds
au profit des autorités iraniennes, ce qu'elle réfute.
Le ministre américain des Finances Scott Bessent avait prévenu en début
de semaine qu'il comptait sanctionner une nouvelle institution
financière pour resserrer l'étau sur Téhéran.
"Golden Global Yatirim Bankasi Anonim Sirketi (Golden Global Bank) et
ses filiales ont facilité des transactions d'une valeur de plusieurs
dizaines de millions de dollars pour le compte" des Gardiens de la
Révolution, puissante force armée de l'Iran, écrit le Trésor dans un
communiqué.
Il affirme également que l'établissement a permis au gouvernement
iranien "de transférer ses fonds à l'international".
La banque d'investissement turque, qui se présente comme "la première
en Turquie à suivre les principes de la banque sans intérêts dans
toutes ses opérations", a réagi vendredi soir, affirmant s'être
toujours "conformée à l'ensemble des réglementations, pratiques et
exigences de conformité bancaires locales et internationales".
"Notre banque n'a effectué aucune opération bancaire susceptible
d'étayer" les affirmations du Trésor américain, a-t-elle ajouté dans un
communiqué.
Scott Bessent est chargé par Donald Trump de mener, à coups de
sanctions, le volet économique de l'offensive américaine contre l'Iran,
que la force militaire n'a pas réussi à faire plier jusqu'ici.
Depuis le sommet du G20 Finance qui s'est tenu aux Etats-Unis en début
de semaine, M. Bessent avait fait savoir que deux banques étaient dans
son radar. Il ne les avait pas nommées.
La semaine d'avant, son ministère avait annoncé l'exclusion du système
financier américain de la branche émiratie de la banque publique
égyptienne Misr, accusée de participer aux échanges financiers avec
l'Iran.
Les sanctions agissent comme des embargos interdisant aux entreprises
et citoyens américains de faire des transactions avec les organisations
visées. (AFP, 4 septembre 2026)
Relations
régionales / Regional Relations
Ankara
propose un accord à Kiev et Moscou pour stopper les
attaques en mer Noire
La Turquie, exaspérée par les frappes en mer Noire, a soumis un
protocole d'accord à Kiev et Moscou pour mettre fin aux attaques contre
les navires de commerce, a affirmé jeudi à l'AFP une source
diplomatique turque.
Depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine, en 2022, la Turquie
paye un lourd tribut: quelque vingt-cinq navires appartenant à des
armateurs turcs ont été la cible d'attaques au cours de l'été, selon la
Chambre turque de commerce maritime Imeak.
Ankara avait réclamé début août aux belligérants la mise en place d'un
"moratoire" face à la recrudescence des frappes contre les navires de
commerce, dans un espace maritime saturé de bâtiments de guerre,
drones, mines et autres avions de chasse.
Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov avait cependant estimé
que l'application d'une telle mesure serait "impossible à surveiller".
- Projet de protocole -
Plusieurs bateaux ont été la cible d'attaques de drones
attribuées à
l'Ukraine, qui entend entraver le transport de céréales et
d'hydrocarbures au bénéfice de la Russie.
Fin août, la Turquie avait ainsi convoqué l'ambassadeur d'Ukraine à
Ankara après l'attaque d'un navire turc, le Lider Bordo Mavi, puis d'un
second bâtiment qui était allé le remorquer, le Lider Kocatepe.
Ancré dans le port de Trabzon, dans le nord-est de la Turquie, le Lider
Bordo Mavi semble avoir subi des dommages importants à sa passerelle et
aux deux ponts inférieurs, présentant des stigmates d'un incendie,
selon des journalistes de l'AFP.
Récemment, mais à une date qui n'a pas été précisée, la Turquie "a
partagé un protocole d'accord - un brouillon - avec les Russes et les
Ukrainiens afin de trouver une solution aux frappes en mer Noire", a
déclaré la source diplomatique à l'AFP.
Selon elle, le texte aujourd'hui à l'étude s'inspire notamment de
l'accord sur les céréales conclu en juillet 2022 entre Moscou et Kiev
sous l'égide de la Turquie et des Nations unies, mais qui n'a duré
qu'un an.
La Russie s'en était retirée, dénonçant les entraves au commerce de ses
produits agricoles. Quelque 33 millions de tonnes de céréales avaient
pu être exportées en un an.
- "Partie dangereuse" en haute mer -
Depuis, l'Ukraine exporte via un itinéraire de navigation qui
longe
les pays européens de la mer Noire, un trajet plus long mais loin des
bâtiments de guerre russes.
En vertu de ce mécanisme, les bateaux ukrainiens demeurent dans les
eaux territoriales de la Roumanie et de la Bulgarie avant de décharger
les produits et de les acheminer vers l'Europe, a rappelé le diplomate
turc.
"Il y a peut?être un intervalle de quatre ou cinq milles où le navire
ukrainien doit quitter les eaux territoriales nationales et naviguer en
haute mer. C'est la partie dangereuse", a-t-il expliqué.
"Notre proposition s'inspire de ce dispositif. Nous voulons utiliser
les eaux territoriales des Etats voisins, y compris de la Turquie,
ainsi que de la Géorgie si elle est disposée à y participer".
Sans préciser si Ankara avait déjà reçu des réponses, il a assuré que
les protagonistes étudiaient le dossier.
Jeudi, le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriï Sybiga a
assuré que son pays souhaitait ardemment un cessez-le-feu et préparait
une rencontre entre le président Volodymyr Zelensky et son homologue
Donald Trump, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU la semaine
prochaine.
Objectif: "Obtenir un cessez-le-feu. Cela pourrait être en même temps
un cessez-le-feu (dans le secteur) énergétique et un cessez-le-feu en
mer Noire", a-t-il souligné.
Les marchés des céréales en Europe et aux Etats-Unis oscillent au gré
des espoirs - et des désillusions - sur un début de déblocage des
exportations de céréales russes et ukrainiennes dans la zone.
Mais la versatilité des négociations russo-ukrainiennes ne présage pas
d'une issue rapide.
"Un tel corridor sécurisé serait dans l'intérêt des autres pays de la
mer Noire qui exploitent des navires marchands", relève Serhat Güvenç,
professeur de relations internationales à l'université Kadir Has
d'Istanbul.
"Mais hormis eux, la Russie et l'Ukraine sont engagés dans une guerre
totale et font tout leur possible pour contraindre l'autre camp à
capituler. Dans cette perspective, (...) je ne pense pas qu'ils
accepteront". (AFP, 17 sept 2026)
Chypre
et la Grèce / Cyprus and Greece
Les
médias provoquent réciproquement des
différends entre Athènes et Ankara
Ragip Duran, TVXS.GR, 14 septembre 2026
Les conflits, même les plus petits problèmes entre Athènes et Ankara,
sont de très bons matériaux de provocation et de nationalisme pour les
médias des deux pays respectifs. Lors de la grande crise de 2020 en
Méditerranée orientale, les chaînes de télévision et les quotidiens
populaires des deux pays avaient tout fait pour préparer le
terrain à
un conflit armé.
Le tremblement de terre en 2023 en Turquie et l’accident de chemin de
fer en Grèce la même année avaient un peu adouci le ton.
Mais depuis, les initiatives respectives prises par les deux capitales
ont subi de mauvais traitements par les médias des deux pays. Stelios
Berberakis, correspondant du site Internet turc T24 à Athènes, critique
Athènes et Ankara sur plusieurs niveaux :
- L’annonce par la Grèce de « parcs maritimes » dans la mer Égée et la
réaction de la Turquie.
- Les liens qui se renforcent entre la Grèce et Israël, ainsi que le
câble électrique sous-marin reliant la Grèce, Chypre et l’Egypte,
inquiètent la Turquie, qui se croit isolée, voire encerclée.
- Le projet de la Patrie Bleue turc, carte d’expansion d’Ankara qui
prochainement peut devenir un texte législatif et l’opposition de la
Grèce.
- Le renforcement de l’armée grecque et l’augmentation du budget
militaire de la Turquie.
Il y a désormais très peu de confiance entre les deux gouvernements. Ce
qui encourage les deux médias des deux pays, mais surtout ceux de la
Turquie, à provoquer l’animosité entre les deux pays.
Plusieurs observateurs rappellent que les deux pays sont membres de
l’OTAN et du Conseil de l’Europe. Alors qu’ Athènes a signé et approuvé
la CNUDM (la Convention des Nations unies sur le droit de la mer), la
Turquie n’est pas partie à cette convention. Par ailleurs, la Cour
internationale de justice à La Haye peut également essayer de résoudre
les problèmes maritimes entre les deux pays. Mais il faut avant tout
une bonne entente entre les dirigeants des deux voisins.
Les médias grecs accordent beaucoup d’importance aux relations
gréco-turques alors que les médias turcs s’intéressent à la Grèce selon
la conjoncture politique. Il y aura des élections en Grèce au printemps
2027 et en Turquie en mai 2028.
Les hommes politiques, mais surtout des militaires en retraite et de
faux spécialistes des relations turco-grecques, occupent les écrans de
télé et les pages des quotidiens pour essayer de démontrer combien la
Turquie est puissante. Du côté des médias grecs, même type
d’intervenants désirent défendre les thèses officielles d’Athènes.
Cependant, plusieurs milliers de touristes turcs visitent les îles
grecques d’Égée, où la cuisine, les hôtels et la réception des
résidents locaux sont beaucoup mieux qu’en Turquie. Et moins chère…
Bien que les médias indépendants turcs ont la semaine dernière
commémoré la tragédie (pogrom selon certains) du 6-7 septembre 1955,
aucun responsable turc n’a fait mention de ces événements. Plusieurs
centaines d’hommes, armés par le département de La Mobilisation
Générale dépendant de l’Etat Majeur avaient pillé pendant deux jours
les propriétés des citoyens grecs d’Istanbul. 14 personnes avaient été
tuées. Maisons, écoles, magasins et églises des Grecs étaient détruits.
(plus de 5 milles bâtiments). Le gouvernement de l’époque avait
simplement arrêté quelques communistes qui n’avaient aucun lien avec
cette campagne. Le gouvernement et les médias turcs avaient provoqué ce
vandalisme sous prétexte que les Grecs avaient mis une bombe à la
maison de naissance d’Atatürk à Salonique. Alors qu’il s’agissait de M.
Engin Aydin, un étudiant turc en droit de l’Université de Salonique,
originaire de la Thrace Occidentale, fonctionnaire des services de
renseignement qui avait posé la bombe. Au retour au pays, il a été
promulgué d’abord vice-directeur de la sécurité et plus tard
gouverneur.
La réparation des relations entre les deux pays demandera encore un peu
plus de temps, croit l’ensemble des observateurs des deux rives.
La
Grèce prône le "dialogue" avec la Turquie tout en
affichant sa fermeté
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a envoyé dimanche à la
Turquie un message de "paix" et de "dialogue", tout en réaffirmant la
détermination de la Grèce à défendre ses droits souverains face à son
voisin, avec lequel elle entretient historiquement des relations
difficiles.
A l'issue d'une visite de trois jours sur la petite île de Kastellorizo
(appelée également Megisti), située près de la frontière maritime
greco-turque et à proximité des côtes occidentales turques, Kyriakos
Mitsotakis a assuré que "le dialogue (entre les deux pays, NDLR)
constitue un choix de confiance en soi et de fidélité au droit
international".
"Ici, à l'extrémité la plus orientale de notre patrie, les frontières
de la Grèce coïncident avec celles de l'Europe", a-t-il souligné à
l'occasion des manifestations ce week-end pour marquer le 83e
anniversaire de la libération de cette île en 1943.
"Le message que transmet Megisti revêt sa propre signification
particulière, car son territoire est aussi un territoire européen (...)
il constitue ainsi un lieu emblématique pour exprimer notre intention
d'un avenir de paix", a-t-il précisé, selon des images diffusées en
direct par la télévision publique Ertnews.
Il a également indiqué que la Grèce veille à la "sécurité" de cette
île. "Nous ne menaçons personne. Mais nous n'acceptons ni menaces" et
"nous sommes prêts à défendre notre intégrité nationale et nos droits
souverains".
Afin de soutenir la population de cette île, qui compte moins de 600
habitants, il a annoncé un train de mesures financières, surtout des
aides et des subventions pour les fonctionnaires qui travaillent sur
l'île ainsi que des incitations pour aider d'autres citoyens du pays à
s'y installer.
Ce message du Premier ministre grec intervient après l'annonce en août
de la Turquie de créer un "parc national marin", composé de deux aires
marines protégées au large des côtes turques de Fethiye et de Kas (sud)
et dans le nord de la mer Egée et au large des Dardanelles, autour
d'épaves militaires de la Première guerre mondiale.
Athènes avait alors jugé "illégale" la création de ces "parcs marins",
situés dans des zones au-delà des eaux territoriales turques.
De telles initiatives de la part de la Turquie "ne contribuent pas à la
consolidation d'un climat de bon voisinage et compromettent gravement
les efforts déployés pour maintenir des relations de compréhension
réciproque entre les deux pays", avait encore dénoncé début septembre
le ministère grec des Affaires étrangères, après une protestation
auprès d'Ankara. (AFP, 13 sept 2026)
La
Grèce scelle une "relation stratégique" avec
Israël dans un exercice d'équilibre diplomatique
Le récent achat par la Grèce à Israël d'un vaste système de défense
aérienne de trois milliards d'euros a scellé leur "relation
stratégique", selon Athènes, qui tente parallèlement de maintenir de
bonnes relations avec les autres pays du Moyen-Orient.
Ce contrat, négocié depuis plus de trois ans, est le résultat d'un
rapprochement entre la Grèce et Israël, entamé en 2010 en matière de
défense, d'énergie et de sécurité.
La Grèce est l'un des premiers pays de l'UE à se doter d'un tel
système, dit multicouches, destiné à protéger le territoire contre
drones, avions, missiles de croisière ou balistiques et qu'elle a
baptisé "Bouclier d'Achille".
Lors de la signature de l'accord à Tel Aviv le 1er septembre, le
Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a présenté ce contrat
d'armement comme "l'un des plus importants de l'histoire du pays".
Il s'"inscrit dans le prolongement de notre alliance en Méditerranée
orientale conclue il y a dix ans avec la Grèce et Chypre", a-t-il fait
valoir.
De son côté, le chef du gouvernement grec, le conservateur Kyriakos
Mitsotakis, a souligné que son pays entretenait "une relation
stratégique avec Israël".
"Nous avons estimé que le système fourni par Israël (était) le meilleur
disponible compte tenu des ressources dont nous disposions", a-t-il
insisté.
"La Grèce est un pont entre l'Europe et le Moyen-Orient", a-t-il
également martelé, rappelant le soutien au Liban et l'envoi de matériel
militaire, ainsi que sa récente visite en Jordanie.
- Tensions Israël-Turquie -
La signature du contrat intervient en pleines tensions entre Israël et
la Turquie, voisine de la Grèce et dont la relation avec Ankara est
également traversée de turbulences.
"Ce contrat a scellé la coopération stratégique entre les deux pays
(mais) il ne s'agit pas d'une alliance" contre la Turquie, juge
toutefois auprès de l'AFP George Tzogopoulos, analyste des relations
internationales au Centre international de formation européenne basé à
Nice (France).
"Israël ne va pas prendre le parti de la Grèce contre la Turquie",
selon l'expert, pour qui "Israël a ses propres problèmes avec la
Turquie qui dépassent le cadre des relations gréco-turques".
Les changements géopolitiques au Moyen-Orient "créent une nouvelle
donne que la politique étrangère grecque ne peut pas ignorer",
soutenait également Ino Afentouli, analyste du think tank grec Eliamep
récemment dans le quotidien Ta Nea.
Le gouvernement grec a lancé l'an dernier le plus vaste programme de
modernisation de ses armées de plus de 25 milliards d'euros.
La Grèce a également renouvelé en avril son partenariat stratégique en
matière de défense avec la France.
Mardi, la Grèce et l'Italie ont signé l'achat de deux frégates de type
FREMM (classe Bergamini), "une nouvelle coopération stratégique en
matière de défense", selon le ministre grec de la Défense, Nikos
Dendias.
- Difficile équilibre -
Ce contrat d'armement avec Israël a toutefois suscité des critiques en
Grèce.
Le chef du principal parti d'opposition Pasok (socialiste), Nikos
Androulakis, a averti qu'"il n'était pas question d'effacer les
responsabilités de M. Netanyahu qui auraient dû le conduire devant la
Cour pénale internationale (CPI)".
L'institution internationale, basée à La Haye, a émis en 2024 des
mandats d'arrêt contre Benjamin Netanyahu pour crimes de guerre et
contre l'humanité dans la bande de Gaza, dans le cadre de l'offensive
israélienne menée en représailles à l'attaque du Hamas du 7 octobre
2023.
Contrairement à certains nombreux pays de l'UE, comme la France et
l'Espagne, la Grèce n'a pas reconnu l'État de Palestine.
Depuis le déclenchement de la guerre à Gaza, de multiples
rassemblements ont eu lieu pour dénoncer ce qu'une partie des Grecs
qualifie de "génocide" perpétré par Israël.
Des paquebots de croisière israéliens ont également été la cible de
protestations lors de leurs escales au Pirée ou dans les îles grecques.
"La Grèce tente de trouver un équilibre en conservant ses relations
traditionnellement bonnes avec les États arabes" au Moyen-Orient. Et
"c'est difficile", juge M. Tzogopoulos.
Kyriakos Mitsotakis, en déplacement au Caire mardi, doit également se
rendre prochainement en Arabie saoudite, où la Grèce maintient une
batterie de Patriot dans le cadre d'un accord bilatéral, contribuant à
la protection du territoire saoudien contre les attaques de drones.
(AFP, 8 sept 2026)
Le
bilan du naufrage d'un ferry passe à 12 morts, 16
disparus
Les dépouilles de deux nouvelles victimes du naufrage dimanche d'un
ferry au large de la République turque de Chypre du Nord (RTCN) ont été
retrouvées, portant le bilan à 12 morts et 16 disparus, ont indiqué
vendredi les autorités.
"Le nombre de personnes décédées (...) s'élève désormais à 12", a écrit
sur X Ünal Üstel, le Premier ministre de la république autoproclamée,
en annonçant la découverte des corps de deux femmes, à 550 mètres de
profondeur.
Deux autres corps avaient déjà été remontés mercredi et jeudi, outre
les huit repêchés à la surface dans les heures ayant suivi le naufrage.
Les équipes de recherche estiment très probable que l'ensemble des
disparus soient prisonniers de la carcasse du navire.
Selon les autorités, la grande majorité des morts et disparus étaient
de nationalité turque, avec seulement deux d'entre eux originaires de
la RTCN.
Quelque 267 personnes (passagers et équipage) se trouvaient à bord du
Filojet, un catamaran dit "perce-vagues" qui devait relier
Kyrenia/Girne, sur la côte nord de la RTCN, au port turc de Tasucu
(sud), quand celui-ci a commencé à prendre l'eau. 239 d'entre elles
avaient pu être secourues en mer dimanche.
Selon les enquêteurs, cités par les médias locaux, la catastrophe
aurait pu être évitée si le capitaine avait réduit sa vitesse pour
regagner prudemment le port de Kyrenia, distant de seulement quelques
milles.
La RTCN, reconnue uniquement par la Turquie, a proclamé son
indépendance en 1983, neuf ans après l'invasion par l'armée turque du
nord de Chypre, à la suite d'un coup d'Etat nationaliste chypriote
soutenu par la Grèce.
Elle occupe environ un tiers de cette île méditerranéenne. (AFP, 4
septembre 2026)
Athènes proteste auprès d'Ankara au sujet de la
création de "parcs marins" turcs
L'ambassade de Grèce à Ankara a protesté auprès du ministère turc des
Affaires étrangères au sujet de la récente création de "deux parcs
marins turcs", a indiqué jeudi l'Agence de presse grecque (Ana) citant
des sources diplomatiques.
La Grèce "rejette comme nulle et dépourvue de tout effet juridique" la
création de parcs marins en mer Egée, qui sépare les deux pays voisins,
"dans la mesure où ils s'étendent à des zones situées en dehors de la
juridiction turque et à l'intérieur du plateau continental grec", ont
indiqué ces sources diplomatiques, dans des propos rapportés par l'Ana.
"Le régime de souveraineté en mer Égée a été clairement et
définitivement établi par les conventions internationales relatives",
soulignent ces sources.
La Grèce "continuera à porter à l'attention" de ses partenaires
européens et internationaux "toute action unilatérale qui viole le
droit international et porte atteinte à sa souveraineté", concluent ces
sources.
Ankara a annoncé à la mi-août la création de deux aires marines
protégées en mer Méditerranée, au large des côtes de Fethiye et de Kas
(sud) et dans le nord de la mer Egée au large des Dardanelles, autour
d'épaves militaires de la Première guerre mondiale. Ces zones seront
désignées comme "parc national marin", avait alors indiqué le décret
publié au Journal officiel turc.
Le Parc national marin de Fethiye-Kas recouvre un large périmètre
d'environ 21.706 km³ et celui du nord de l'Égée s'étend sur 1.742 km³
autour de Çanakkale, Tekirdag et l'île de Gökçeada, au large des
Dardanelles.
Athènes avait alors jugé "illégale" la création de ces "parcs marins",
situés dans des zones au-delà des eaux territoriales turques.
De telles initiatives de la part d'Ankara "ne contribuent pas à la
consolidation d'un climat de bon voisinage et compromettent gravement
les efforts déployés pour maintenir des relations de compréhension
mutuelle entre les deux pays", avait alors indiqué le ministère grec
des Affaires étrangères.
Les tensions avec la Turquie voisine, à la fois rival historique de la
Grèce et partenaire au sein de l'Otan, ressurgissent à intervalles
réguliers sur la souveraineté autour de la mer Egée.
En décembre 2023, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier
ministre grec Kyriakos Mitsotakis avaient signé une "déclaration
d'amitié et de relations de bon voisinage" visant à apaiser les
relations. (AFP, 3 septembre 2026)
Immigration
/ Migration
Trafic d'armes: des Turcs écroués en
France
Au moins huit Turcs, dont certains sont soupçonnés d'appartenir à
l'organisation criminelle turque Daltonlar, ont été mis en examen et
écroués en France récemment dans le cadre d'une enquête pour trafic
d'armes, a appris l'AFP mardi de sources proches du dossier.
Douze personnes, suspectées d'être membres des Daltonlar, ont été
arrêtées jeudi et vendredi en France, a indiqué à l'AFP une source
proche, confirmant une information de BFM.
Lors d'une opération policière, 150 armes à feu ont été saisies dans
une camionnette dans l'Ain, a-t-elle ajouté.
L'organisation Daltonlar, soit "les Dalton", comme la bande dessinée,
est impliquée, selon les autorités turques, dans des extorsions de
fonds, des rackets, des assassinats, des trafics de stupéfiants ou de
cigarettes.
Selon une deuxième source proche du dossier, confirmant Le Parisien,
sept hommes membres de la communauté turque ont été mis en examen lundi
à Paris pour trafic d'armes et association de malfaiteurs, puis placés
en détention provisoire.
Un premier Turc avait été interpellé le 24 août, puis mis en examen et
écroué le 28. Selon Le Parisien, il avait été interpellé à Paris alors
qu'il transportait des sacs contenant une trentaine de pistolets, des
contrefaçons de Glock vendues entre 1.300 et 2.800 euros l'unité.
Ceci porte donc à huit le nombre de mises en examen connues pour le
moment dans cette enquête menée par le Parquet national
anti-criminalité organisée (Pnaco), qui s'est refusé à tout commentaire.
Les enquêteurs s'intéressent à un trafic d'armes pouvant s'étendre en
Espagne, en Italie, en Belgique notamment, et pouvant ou ayant pu
bénéficier à des organisations comme la DZ Mafia pour le narcotrafic ou
la guérilla kurde du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).
Selon la deuxième source proche du dossier, certaines armes ont été
utilisées lors d'une tentative d'assassinat à Marseille qui serait liée
à la DZ Mafia.
Sollicité par l'AFP, l'avocat du premier Turc mis en examen, Me
Louis-Joseph Ricard, a simplement indiqué que son client avait "gardé
le silence".
Me Mikaël Benillouche, qui défend un Kurde mis en examen et écroué
lundi, a expliqué que ce dernier avait pris conscience de la "gravité
des faits commis, lors de sa garde à vue". Selon lui, son client,
résidant à Garges-lès-Gonnesse (Val-d'Oise), ne faisait pas partie des
Dalton, mais il a commencé à cacher des armes pour rendre service à des
membres de sa communauté. Alors qu'il voulait arrêter, il a ensuite été
passé à tabac et a dû également vendre des armes.
Les Dalton sont présentés par la presse turque comme "une organisation
criminelle de nouvelle génération", qui recrute des jeunes membres
(moins de 25 ans) et utilise activement les réseaux sociaux.
En 2025, un tribunal d'Istanbul avait condamné deux dirigeants des
Dalton, ainsi que 258 autres personnes, à de lourdes peines de prison,
selon l'agence étatique Anadolu. (AFP, 15 sept 2026)
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