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INFO-TURK

A non-government information center on Turkey

Un centre d'information non-gouvernemental sur la Turquie

52th Year / 52e Année
Octobre
 
2026 October
N° 578
53 rue de Pavie - 1000 Bruxelles
Tél: (32-2) 215 35 76
Chief Editor /Rédacteur en chef: 
Dogan Ozgüden

Responsible editor/Editrice responsable:

Inci Tugsavul
Human Rights
Pressures on  media
Kurdish Question
Minorities
Interior politics
Armed Forces
Religious affairs
Socio-economics
Turkey-Europe
Turkey-USA
Regional Relations
Cyprus and Greece
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Les ministres guerriers de la “Turquie sans terrorisme", Doğan Özgüden


Titres des évènements du mois
Titles of this month's events

Droits de l'Homme / Human Rights

Les ministres guerriers de la “Turquie sans terrorisme", Doğan Özgüden
Un sans-abri insulte Erdogan pour dormir en prison
Des experts mandatés par l'ONU dénoncent une "répression" des personnes LGBT
Manifestations à Izmir, un bastion de l'opposition dont le maire fait défection
Men killed 27 women in September
Explained: Turkey's 'My Family Is Safe' operations
Foot: le patron des arbitres en Turquie arrêté

Pression sur les médias / Pressure on the Media

Government steps up censorship and imprisonment of journalists
Another journalist detained over reporting on Turkey's investment fund crisis
Government seizes control of 10 TV channels in less than two years
4 more journalists arrested for ‘spreading disinformation’ as media crackdown intensifies
La Turquie veut "détourner l'attention" d'un scandale boursier, selon le PDG d'une TV saisie
Télévision : des députés de l'opposition portent un bandeau sur les yeux
Le pouvoir prend le contrôle de la principale télévision de l'opposition
La Turquie interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans
Scandale boursier en Turquie: deux journalistes arrêtés pour "informations trompeuses"
Court orders access ban on bianet’s X account
Journalist Derya Okatan jailed over classified files found on drive seized separate probe
Le compte X d'une journaliste britannique de Sky News bloqué en Turquie
Turkey bans online censorship monitor’s X account
La Turquie ferme le site d'information en ligne T24 pour "propagande LGBT"
Turkey arrests 2 more journalists as authorities ramp up use of disinformation law to silence the press
Condamné mais libéré jusqu'en appel, un humoriste tient tête à Erdogan

Kurdish Question / Question kurde

Syrie : Les femmes interdites d’accès aux écoles de défense et de sécurité
La Turquie confirme que le PKK a évacué quatre bases du nord de l'Irak
Le PKK reproche à Ankara son inaction et dit avoir retiré ses combattants de Turquie
Dans les régions kurdes de Syrie, les femmes redoutent un retour au "point zéro"…
Message d'Özgüden à la conférence sur la représentation de la nation kurde à l'ONU
Au Kurdistan irakien, le traumatisme de la guerre avec l'Iran refait surface

Minorités / Minorities

Déstabilisation, voile et Israël : rien ne va plus entre la Turquie et l’Azerbaïdjan - Guillaume Perrier

Politique intérieure/Interior Politics

Le maire d'Izmir quitte l'opposition pour rejoindre le parti au pouvoir

Scandale financier en Turquie : l'opposition accuse deux ministres
Scandale financier en Turquie: les avoirs d'une ex-ministre gelés

Forces armées/Armed Forces

L'armée turque restera en Irak et Syrie jusqu'à la "sécurisation des frontières"
Conflit avec les Houthis: la Turquie et le Pakistan vont envoyer des forces militaires en Arabie saoudite
France et Turquie signent un programme de coopération militaire
Un "travail" en cours sur le transfert à un pays tiers des systèmes antiaériens russes de la Turquie

Affaires religieuses / Religious Affairs
 

31 ressortissants turcs interdits d'entrée à l'Azerbaïdjan sur fond de tensions " hijab à l'école"
Plus de 2.000 proches de jihadistes toujours aux mains des Kurdes en Syrie

Socio-économique / Socio-economic

Istanbul submergée... Quatre raisons de la catastrophe - Ragip Duran
Deux morts dans une explosion survenue dans une mine de charbon
Scandale boursier en Turquie: 26 dirigeants et responsables de fonds arrêtés
Le Lac Salé en Turquie : l'assèchement des eaux et de la vie
Scandale boursier en Turquie : feu vert pour poursuivre l'ex-chef de l'autorité de régulation
Quatre morts, quatre disparus lors de pluies torrentielles à Istanbul
Cinq morts, dont trois enfants, dans l'effondrement d'un immeuble à Istanbul
Monthly work-related deaths in Turkey exceed 200 for fifth straight month

Foot: le patron des arbitres turcs placé en détention
L'ex-directeur de l'autorité de régulation dans le viseur de la justice
Une mine s'effondre dans l'ouest de la Turquie, cinq morts
Turbulences majeures sur le marché boursier - Ragip Duran
La Turquie saisit un avion iranien criblé de dettes

Relations turco-européennes / Turkey-Europe Relations

Station Starlink incendiée en Pologne : deux Turcs arrêtés en Allemagne
La restriction des droits en Turquie l'éloigne d'une intégration européenne
L'UE rappelle à la Turquie que la répression l'éloigne de l'intégration

Turquie-USA-OTAN / Turkey-USA-NATO

Canada et Turquie ouvrent des négociations sur un accord de libre-échange

Relations régionales / Regional Relations

L'Égypte et Israël dénoncent l'accord maritime entre la Libye et la Turquie

L'Azerbaïdjan inculpe un journaliste turc pour des appels à un "coup d'État"
La Turquie et le Pakistan vont envoyer des forces militaires en Arabie saoudite
Arrestation d'un suspect majeur d'un attentat en 2013 près de la Syrie
Ryad accuse les Houthis d'avoir mené une attaque à Médine en Arabie saoudite
Somalie : la Turquie, partenaire majeur, happée dans les rivalités internes



Chypre et la Grèce / Cyprus and Greece



Immigration / Migration

Mihrac Ural arrêté par Damas: un responsable libanais affirme qu'il a été "enlevé"




Droits de l'Homme / Human Rights

Les ministres guerriers de la “Turquie sans terrorisme"

Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 21 octobre 2026

Dans la capitale de l’Union européenne, ils tentent encore de faire arrêter des représentants de la résistance nationale kurde en les qualifiant de « terroristes » et de les faire extrader vers la la Turquie
Alors que des incertitudes persistent quant à la mise en œuvre de la loi adoptée par la Grande Assemblée nationale de Turquie visant à « mettre fin à la présence de fait de l’organisation terroriste PKK/KCK », suite à l’initiative de « Turquie sans terrorisme » du leader du MHP, Devlet Bahçeli, trois articles de presse consécutifs parus en début de semaine ont révélé le vrai visage de cette mascarade de « déterrorisation ».

Le premier émanait du ministre de la Défense, Yaşar Güler. En déplacement au Qatar pour établir une coopération industrielle en matière de défense entre la Turquie, le Qatar, le Pakistan et l’Indonésie, ce dernier a fait une déclaration fracassante annonçant que, malgré le dépôt des armes par le PKK et le passage de l’administration autonome kurde du Rojava sous le contrôle de Damas, la Turquie maintiendrait sa présence militaire en Irak et en Syrie.

La deuxième information émanait de Devlet Bahçeli, l’auteur du projet de « Turquie sans terrorisme ». Non content de voir le PKK déposer les armes en Turquie, en Irak et en Syrie, celui-ci a ordonné à l’organisation kurde d’Iran, le PJAK, et à toutes ses branches de déposer également leurs armes au plus vite.

Quant à la troisième information, elle nous vient de Bruxelles, capitale de l’Union européenne. À l’occasion d’une réunion tenue ce mardi, en présence des ministres belges et turcs des Affaires étrangères, de la Justice et de l’Intérieur, la Turquie a adopté une position belliqueuse, accusant la Belgique de ne pas prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à la présence à l’étranger d’organisations originaires de Turquie, à commencer par le PKK.

À cette réunion critique, la Belgique était représentée par le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, la ministre de la Justice, Annelies Verlinden, le ministre de la Sécurité et de l’Intérieur, Bernard Quintin, et la ministre de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, tandis que la partie turque était représentée par le ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, le ministre de la Justice, Akın Gürlek, et le ministre de l’Intérieur, Mustafa Çiftçi.

Lors d’une intervention pendant la réunion, approuvée d’un hochement de tête par Hakan Fidan et Akın Gürlek, le ministre de l’Intérieur, Mustafa Çiftçi, a proféré ces attaques envers la Belgique :

« La présence en Belgique de membres d’organisations terroristes telles que le PKK, le DHKP-C, le MLKP, le TKP-ML et le FETÖ, de même que leur utilisation de ce pays comme base, est incompatible avec l’esprit d’alliance. Le terrorisme est aujourd’hui le problème d’un pays et le cauchemar de tous demain. En effet, des organisations comme le PKK, le DHKP-C et le MLKP, même si elles ne mènent pas d’actions armées en Belgique, y poursuivent leurs activités de financement, de recrutement militant et de propagande. Il est primordial pour nous que l’organisation terroriste PKK ne puisse pas instrumentaliser sa « rhétorique de dissolution ». Déclarer la fin du terrorisme est une chose, s’assurer du démantèlement complet de tous les réseaux terroristes en est une autre ».

Réagissant à l’organisation du concert du Grup Yorum prévu à Liège le 19 décembre 2026, Çiftçi a poursuivi ses accusations contre la Belgique :

« En dix ans, entre 2016 et 2026, aucune de nos demandes d’extradition adressées à la Belgique concernant des infractions à caractère terroriste n’a été acceptée. Ces demandes, visant principalement des membres des organisations terroristes PKK et FETÖ, sont soit rejetées, soit demeurées sans réponse. Cette situation permet aux membres d’organisations terroristes de se sentir en sécurité en Belgique. Empêcher les terroristes d’abuser de leur statut de réfugié est une exigence commune à la fois pour notre sécurité et notre conscience. Même avec le temps qui passe, l’État ne cessera jamais sa traque ».

Cette manifestation de terreur étatique à Bruxelles par des représentants d’un pays membre du Conseil de l’Europe et candidat à l’adhésion à l’Union européenne, alors même que des négociations pour une « Turquie sans terrorisme » sont en cours dans ce pays, est tout bonnement scandaleuse.

Comment pourrait-il en être autrement, quand toutes les tentatives du gouvernement AKP-MHP de faire condamner comme « terroristes » des résistants kurdes à l’étranger, notamment en Belgique, et de les renvoyer menottés en Turquie, ont été rejetées il y a des années par les juges de l’État belge et de l’Union européenne ?

Rappelons-le…

Suite aux demandes insistantes de l’État turc, en 2010, le parquet belge a traduit en justice 36 personnalités kurdes, dont les députés kurdes en exil Remzi Kartal et Zübeyir Aydar, pour appartenance à une organisation terroriste. Alors que le procès se poursuivait, Kartal et Aydar furent arrêtés dans d’autres pays européens où ils s’étaient rendus, en vertu de notices rouges d’Interpol, et détenus pendant plusieurs semaines. Finalement, le tribunal belge jugea infondées les accusations du parquet, estimant que les activités armées du PKK ne pouvaient être poursuivies au titre de la « loi antiterroriste ». La cour d’appel belge, saisie par le parquet, confirma le jugement de première instance en 2017, acquittant les 36 personnes.

En novembre 2018, la Cour de justice de l’Union européenne, siégeant à Luxembourg, a jugé insuffisants les arguments avancés pour justifier l’inscription du PKK sur la liste des « organisations terroristes » et a décidé de l’annuler. Cependant, l’un des plus fervents soutiens de la dictature de Tayyip au sein de l’Union européenne, à savoir l’Angleterre, ayant interjeté appel, le PKK fut automatiquement réintégré dans cette liste.

En parallèle, suite aux appels successifs des missions diplomatiques de l’État turc en Belgique, de ses médias pro-gouvernementaux et de ses avocats, le dossier fut renvoyé devant différentes juridictions belges…

Le 8 mars 2019, la cour d’appel a de nouveau statué que le PKK ne pouvait être qualifié d’organisation terroriste et qu’aucun procès ne pouvait se tenir dans ce cadre. Mais les avocats de l’État turc et le procureur ont formé un pourvoi en cassation le 20 mars 2019.

Alors que la procédure judiciaire suit son cours, la Fondation pour la recherche politique, économique et sociale (SETA), qui s’est donné pour mission de dénoncer les opposants politiques en exil du gouvernement de Tayyip Erdoğan, s’en est également mêlée. Dans son ouvrage de 666 pages, intitulé « La structure du PKK en Europe », publié en juillet 2019, elle a tenté d’influencer la justice belge en qualifiant de « terroristes » toutes les organisations et personnalités de la diaspora kurde, et de « sympathisants du terrorisme » toutes les organisations et personnes leur témoignant leur solidarité.

À tel point que nous avons nous aussi été la cible de ces attaques… Bien que le PKK ait été fondé en 1978, l’ouvrage affirme qu’il existe « de nombreuses preuves que le Mouvement de résistance démocratique et l’Union pour la Démocratie, que nous avons organisés en exil à partir de 1971, ainsi qu’Info-Türk, se sont impliqués, directement ou indirectement, dans des activités liées au PKK », et mes activités journalistiques ont aussi été qualifiées de « terroristes ».

Malgré tout cela, le 28 janvier 2020, la Cour de cassation belge, saisie de l’affaire, a confirmé la décision du tribunal de première instance selon laquelle la lutte pour la liberté des Kurdes ne pouvait être qualifiée de terrorisme et que la lutte du PKK, en tant que partie prenante à ce conflit, devait être examinée au regard du droit international des conflits armés et non de la loi antiterroriste.

Le gouvernement turc, les missions diplomatiques de l’État turc en Belgique et ses médias pro-gouvernementaux ne tardèrent pas à lancer une attaque insensée contre cette décision de la Cour de cassation belge.

Le ministère turc des Affaires étrangères déclara que « cette décision de la justice belge constitue un soutien manifeste au PKK, qui figure sur la liste des organisations terroristes de l’UE ».

Immédiatement après, un communiqué publié au nom de la Cour de cassation turque indiquait que « le PKK figure sur la liste des organisations terroristes de nombreux pays de l’UE, ainsi que de nombreux autres pays comme les USA, le Canada et l’Australie, et que l’OTAN a également qualifié le PKK d’organisation terroriste dans divers documents et déclarations ».

La décision finale de la justice belge a aussi porté un coup dur à la liste des « organisations terroristes » sur laquelle les USA et l’UE, ainsi que ses États membres, avaient inscrit le PKK durant des années, en réponse aux chantages de l’État turc.

À l’instar du PKK, l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI) a également figuré pendant des années sur les listes des organisations terroristes des USA et de l’UE, avant d’en être retirée par l’UE en 2009 et par les USA en 2012.

Suite à la décision de la Cour de cassation belge, Remzi Kartal, coprésident du Kongra Gel, et Zübeyir Aydar, membre du Conseil exécutif du KNK, accompagnés de représentants de groupes politiques au Parlement européen et des avocats de la défense, ont tenu une conférence de presse conjointe au Club de la presse à Bruxelles. Ils y ont ouvertement dénoncé l’injustice du maintien du PKK sur la liste des organisations terroristes.

Remzi Kartal a rappelé que le terrorisme perpétré par l’État turc contre le peuple kurde bénéficie également du soutien de l’OTAN et de l’UE, déclarant : « Les responsables politiques et les institutions européennes doivent désormais agir conformément à la décision qui exclut le PKK comme organisation terroriste. Si cette décision n’est pas appliquée et que le politique agit autrement, justice ne pourra jamais être rendue. »

Après avoir souligné que la liste terroriste de l’UE légitime les arrestations, les actes de torture et les meurtres perpétrés par l’État turc, Zübeyir Aydar a lancé l’appel suivant : « Plus personne ne doit être complice de Tayyip Erdoğan. Cette liste a conduit à la criminalisation de dizaines de milliers de nos compatriotes en Europe. C’est une grave injustice. La Belgique doit se conformer à cette décision de justice et retirer sa signature de la liste terroriste. L’UE et le gouvernement belge doivent cesser de qualifier cette question de terrorisme et d'œuvrer pour la paix ».

Il est indéniable que suite à la décision de la Cour de justice de l’Union européenne, puis à celle de la Cour de cassation belge, l’UE et tous ses États membres auraient dû reconsidérer leur attitude hostile envers le mouvement national kurde, et l’État turc, candidat à l’adhésion à l’UE, aurait dû immédiatement mettre fin à la terreur étatique qu’il exerce contre la résistance nationale kurde.

Malheureusement, six ans après cet arrêt, et plus de deux ans après le début des manœuvres pour une « Turquie sans terrorisme », trois ministres de l’État turc peuvent encore accuser de terrorisme des représentants de la résistance nationale kurde dans la capitale de l’Union européenne et faire pression pour leur arrestation et leur extradition vers la Turquie.

Après tout, ces messieurs sont les ministres guerriers de cette « Turquie sans terrorisme » !

Traduction: Mazyar KHOOJINIAN


Un sans-abri insulte Erdogan pour dormir en prison

Un sans-abri du sud de la Turquie a insulté le président Recep Tayyip Erdogan pour être logé et nourri en prison, ont rapporté vendredi des médias turcs.

"Je n'ai nulle part où aller. Je dormais dans des décharges. C'est pour ça que j'en suis arrivé là", a affirmé l'homme âgé de 66 ans lors de sa déposition, selon le site du quotidien Sözcü, proche de l'opposition.

Il a été placé en détention à Alanya, dans la province d'Antalya (sud), "pour insulte au président de la République". Il avait précédemment été interpellé trois fois mais relâché à chaque fois. La quatrième tentative a été la bonne.

Le nombre de dossiers judiciaires pour "insulte au président" a considérablement augmenté depuis le passage au système présidentiel en Turquie en 2018.

Selon les statistiques du ministère de la Justice, le nombre total d'enquêtes ouvertes pour "crimes contre les symboles de la souveraineté de l'État et la dignité de ses organes", dont l'insulte au chef de l'État, a atteint les 83.000 unités entre 2016 et fin 2025.

Le journal Sözcü souligne lui aussi que le nombre d'enquêtes pour "insulte au président" a explosé sous Erdogan, par rapport à ses prédécesseurs.

Des journalistes, militants, politiciens ou de simples internautes sont régulièrement visés par ce chef d'accusation, puni d'une peine allant d'un à quatre ans d'emprisonnement. (AFP, 16 oct 2026)

Des experts mandatés par l'ONU dénoncent une "répression" des personnes LGBT+

Des experts des droits humains nommés par l'ONU ont dénoncé mardi une "répression sévère" des organisations LGBT+ en Turquie, affirmant que leur lutte était injustement contrainte.

Les personnes LGBT+ sont de plus en plus visées par les autorités turques, au premier rang desquelles le président Recep Tayyp Erdogan, qui les qualifie de "pervers" et de membres d'un "mouvement déviant".

Le pays a récemment engagé une campagne répressive, multipliant les descentes dans des bars et discothèques gays ainsi qu'aux domiciles de militants et membres de la communauté.

"La Turquie doit cesser le harcèlement de défenseurs des droits humains et d'organisations LGBTI et leur assurer un environnement sûr et propice dans lequel ils peuvent exercer leurs droits à la liberté d'expression, de réunion pacifique et d'association, et continuer leur travail légitime sans craindre une arrestation, des intimidations, la stigmatisation ou la criminalisation", ont appelé ces experts des Nations unies dans un communiqué.

Bien que mandatés par le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, ils ne parlent pas au nom de l'organisation.

Les relations homosexuelles sont légales en Turquie, mais l'hostilité envers les personnes LGBT n'en reste pas moins répandue.

Au nom de son opération "Ma famille est en sécurité", la Turquie a fermé le 30 septembre le site web et les comptes sur les réseaux sociaux de T24, un important média d'information indépendant, l'accusant de "propagande LGBT".

"Nous somme préoccupés par le fait que des enquêtes invoqueraient, selon certaines informations, des infractions liées à l'+obscénité+, la +moralité+ et la prostitution, ainsi que par des communiqués officiels décrivant des associations comme des promotrices de la cause +LGBT et de l'immoralité+, et présentant les personnes LGBTI comme une menace aux familles", ont ajouté les experts.

Ils ont exigé l'arrêt de l'opération "Ma famille est en sécurité", évoquant des mesures judiciaires contre plus de 160 personnes, mais aussi 20 associations et entreprises. Les experts réclament "la libération immédiate des personnes détenues uniquement pour leur travail légitime en faveur des droits humains".

Ces spécialistes ont également affirmé être en contact avec le gouvernement turc à ce sujet. (AFP, 14 oct 2026)

La Turquie interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans

La Turquie a interdit samedi l'usage des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, rejoignant un nombre croissant de pays dans le monde soucieux de protéger les enfants et adolescents contre les méfaits des plateformes.

La gazette officielle a publié la décision après l'adoption d'une loi au parlement en avril. Elle sera effective au 1er novembre.

Les fournisseurs de réseaux sociaux doivent "prendre les mesures techniques et administratives nécessaires, y compris la vérification de l'âge, pour mettre en oeuvre" la protection des jeunes, stipule le texte.

"Aucun service susceptible de produire un effet addictif chez les enfants ne peut être proposé", ajoute-t-il notamment.

De plus en plus de pays dans le monde ont commencé, ou réfléchissent, à interdire les réseaux sociaux pour les enfants, pour les protéger des risques liés au numérique : addiction aux écrans, manque de sommeil, harcèlement, troubles alimentaires, etc.

La loi intervient pour autant dans une période de restrictions de la liberté d'expression en Turquie, dans les milieux LGBT, les médias, l'espace politique.

De nombreux comptes de réseaux sociaux ont été bloqués ces dernières semaines. (AFP, 10 oct 2026)

Manifestations à Izmir, un bastion de l'opposition dont le maire fait défection

Plus de mille manifestants se sont rassemblés mercredi soir à Izmir, la troisième ville de Turquie, pour dénoncer la défection du maire de ce bastion de l'opposition au profit du parti du président turc Recep Tayyip Erdogan.

La prise de contrôle de la mairie d'Izmir, une place forte de la laïcité située sur la côte égéenne de la Turquie et que les sociaux-démocrates gouvernent depuis 27 ans, par le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur), constitue un coup politique majeur pour cette formation, même si elle ne dispose pas de la majorité au conseil municipal.

La décision de Cemil Tugay de rejoindre l'AKP a été annoncée par M. Erdogan lui-même au cours d'une réunion de son groupe parlementaire à Ankara. "Nous nous mettons en route pour remettre Izmir sur pied, résoudre ses problèmes et la reconstruire presque entièrement", a affirmé le maire après que le chef de l'Etat lui a remis un insigne du parti.

Ce revirement a provoqué la colère à Izmir, où la police avait barricadé les principales places de la ville, selon un correspondant de l'AFP.

À la tombée de la nuit, une foule brandissant des drapeaux turcs s'est rassemblée derrière les barrières autour de la place Cumhuriyet, scandant "Tugay, démission !", "Tugay traître !", ou encore "Izmir est libre et restera libre !".

Certains transportaient un cercueil de fortune sur lequel était inscrit : "Mort politique". Des policiers antiémeutes et au moins quatre camions équipés de canons à eau ont été déployés.

S'adressant à la foule, Cagatay Guc, le chef de l'opposition à Izmir, a demandé la démission du maire. "Vous avez été révoqué, Cemil Tugay, vous n'êtes pas le maire. Vous êtes assis là grâce aux voix de la nation mais, aujourd'hui, cette nation vous a retiré ces fonctions".

 - "Changer de visage" -

 Certains proféraient même des paroles qui frisaient la menace. "Il ferait mieux de changer de visage car il ne pourra plus se promener dans les rues d'Izmir", a ainsi déclaré Ali Mahir Basarir, un député du principal parti d'opposition, Yeni Parti.

Les manifestants ont fini par se disperser sans qu'aucune interpellation n'ait été signalée.

Une douzaine de personnalités culturelles de la ville ont démissionné, parmi lesquelles le directeur artistique des théâtres d'Izmir, neuf membres du conseil consultatif du théâtre municipal et un poète qui dirige le Festival de littérature, selon le site internet Birgun.

Cette défection intervient à un moment où l'opposition turque fait face à une intense répression, avec nombre d'arrestations et de procès visant ses maires et ses élus, dans des affaires que les observateurs considèrent comme ayant un caractère politique.

Le bras de fer a commencé après l'éclatante victoire du CHP (Parti républicain du peuple, opposition) aux élections municipales de mars 2024, une lourde défaite pour l'AKP et le président turc.

 -Défection par "peur"-

 Six responsables de province ont été arrêtés, dont le maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, considéré comme un des adversaires les plus sérieux de M. Erdogan devant les urnes, ainsi que 29 maires d'arrondissements, dont 13 à Istanbul.

Parallèlement, au moins 17 édiles avaient fait défection avant celle de Cemil Tugay.

Celui-ci avait été élu avec 48,97 % des voix. En juin, il avait démissionné du CHP à la suite d'une décision de justice controversée qui avait plongé ce parti dans la crise et entraîné l'éviction de son chef, Özgür Özel.

Ce dernier a depuis fondé le Yeni Parti (Nouveau Parti), devenu la principale formation de l'opposition. Mais M. Tugay n'y a pas adhéré, affirmant vouloir rester indépendant tout en dénonçant les rumeurs sur son intention de passer dans le camp adverse.

Selon l'analyste politique Berk Esen, cette défection tonitruante sert "la stratégie de l'AKP visant à surmonter sa lourde défaite aux élections (...) par la force et la répression". Les maires de l'opposition ne changent pas de camp par conviction mais, pour beaucoup, "par peur", a-t-il déclaré à l'AFP.

Mardi, Özgür Özel a dénoncé la campagne de menaces et de chantage dont sont victimes selon lui les élus d'Izmir.

"Ceux qui n'ont pas cédé à ces pressions quitte à être en prison et qui n'ont pas trahi leurs amis et leur parti sont nos frères jusqu'à la mort. Ceux qui nous ont vendus et sont partis sont des traîtres. Et ceux qui les ont achetés sont des voleurs de la volonté nationale", a-t-il déclaré. (AFP, 7 oct 2026)

Men killed 27 women in September

According to news reports compiled by bianet from local and national newspapers, news websites, and news agencies, men killed at least 27 women in September. Men also killed at least four men who were with the women.

In September, men injured at least 52 women, abused 19 girls and boys, and harassed 28 women. Men forced 26 women into sex work.

Men killed 222 women in the first eight months of 2026.

In August, the deaths of at least 31 women and 14 children were classified as “suspicious” cases where it could not be definitively determined whether they were gender-based.

Suspicious deaths of women reported in the media in September

Adıyaman (2), Aksaray (1), Amasya (1), Antep (2), Aydın (2), Bolu (1), Bursa (1), Çorum (1), Edirne (1), Eskişehir (1), İstanbul (1), Karaman (2), Kastamonu (1), Kayseri (1), Kırşehir (1), Kütahya (1), Malatya (1), Manisa (3), Mersin (1), Muğla (3), Ordu (1), Urfa (2).

Suspicious deaths of children reported in the media in September

Adıyaman (1), Aydın (1), Hakkari (1), İzmir (1), Konya (1), Mardin (1), Muğla (2), Samsun (1), Urfa (4), Van (1).

2026–2024 male violence

In the first nine months of 2026, men killed 222 women, harassed 160 women, abused 175 children, committed acts of violence against 447 women, and raped 94 women. Men forced at least 871 women into sex work. While the deaths of 372 women were reported in the media as “suspicious,” men killed at least 17 children.

In the first nine months of 2025, men killed 224 women, harassed 164 women, abused 169 children, committed acts of violence against 561 women, and raped eight women. Men forced at least 805 women into sex work. While the deaths of 347 women were reported in the media as “suspicious,” men killed at least 51 children.

In the first nine months of 2024, men killed 278 women, harassed 60 women, abused 117 children, committed acts of violence against 443 women, and raped 11 women. Men forced at least 327 women into sex work. While the deaths of 211 women were reported in the press as “suspicious,” men killed at least 32 children. (BIA, 6 oct 2026)

Explained: Turkey's 'My Family Is Safe' operations

Authorities launched a sweeping crackdown on LGBTI+ communities on Sep 12, dubbed as the "My Family Is Safe" operations. Eighty-two people including LGBTI+ rights advocates have been placed in pretrial detention and hundreds of websites and social media accounts have been blocked as part of the operations.

While authorities link the investigations to government policies on family, rights groups say the they  criminalize lawful advocacy, LGBTI+ visibility and private relationships.

The operations and their scope

The campaign began with online restrictions on Sep 12, followed by overnight and early-morning raids on Sep 13 spanning 15 provinces.

Police targeted homes, association offices and venues frequented by queer people. İstanbul, Ankara, İzmir and Mersin were among the provinces prominently affected.

Proceedings were launched against 162 people nationwide, as well as nine associations and 13 businesses. By Sep 17, at least 116 people had been taken into custody. Among them, 82 were placed in pretrial detention, with over 40 of them rights defenders and activists.

The affected organizations inclued the Kaos GL Association, Hevi LGBTI+, Pozitif-iz, SPoD, Lambdaistanbul, Muamma and Mersin 7 Colors. All members of Kaos GL's board of directors and supervisory board are currently in pretrial detention.

Kaos GL is Turkey's longest-standing queer rights organization and also runs a news outlet, whose website and social media accounts were already banned when the operations began.

What authorities allege

The investigations involve allegations of obscenity, prostitution-related offenses, forming an organization to commit crimes, drug offenses and violations of the Associations Law.

Justice Minister Akın Gürlek linked the operations to the government’s 2026–2035 Decade of Family and Population and Presidential Circular No. 2026/4.

Authorities have presented the campaign as an effort to protect children, families and public order. Claims that organizations were influencing children’s sexual orientation or gender identity also appeared in the investigations, along with scrutiny of international funding.

The campaign later gained a nationwide administrative framework. A Justice Ministry circular sent to prosecutors in all 81 provinces instructed them to take action against suspected activities encouraging children and young people toward "genderlessness."

The circular instructed prosecutors to secure digital evidence, seek online restrictions where deemed necessary and use organized-crime methods and financial investigations under certain circumstances.

It also called for coordination with ministries, cybersecurity authorities and law enforcement.

Use of ‘obscenity’

Provisions banning "obscenity" in the Turkish Penal Code was at the center of the investigation against LGBTI+ rights advocates, with many of the detainees facing this allegation. While the offense historically applied to pronographic content, it is now used to characterize LGBTI+ advocacy.

Prosecutors alleged that material published on the Kaos GL website and social media accounts was "obscene." Evidence cited by the court included news articles and images, among them scenes showing two female characters kissing in the “Agatha All Along” series and two male football players kissing.

The law prohibits distribution of and exposing children to "obscene" content but lacks a clear definition of obscenity.

Private communications used as evidence

The operations in İzmir also raised concerns about privacy and the collection of evidence.

Lawyers said police obtained detainees’ phone passwords without a court order, searched their devices and added private messages and photographs to case files as evidence of obscenity.

Sixteen people were jailed in İzmir on Sep 14 on obscenity- and prostitution-related allegations.

Lawyers also noted that the investigation began with social media monitoring through “online patrols,” a practice that had previously been found unlawful by the Constitutional Court.

Online censorship and the extension to journalism

The initial access-blocking order targeted platforms belonging to numerous organizations and activists.

A later İstanbul Bar Association tally listed 11 association websites, 32 X accounts and 419 social media accounts as blocked. Requests had also been submitted concerning another 107 accounts.

Journalist Tuğba Tekerek was detained and was subsequently remanded in custody over a 2024 article published by Kaos GL. She was accused of being a responsible for managing Kaos GL's social media accounts questioned over an obscenity allegation.

The campaign extended to independent news outlet T24 on Sep 30.

An İstanbul court ordered the outlet’s website and social media accounts blocked. It also ordered the removal of 118 columns, describing them as “LGBTI+ propaganda.”

The website became inaccessible within hours. T24’s X account remained accessible when the decision was reported. The outlet urged readers to use its mobile application to evade censorship. (BIA, Oct 1, 2026)

Foot: le patron des arbitres en Turquie arrêté

Le patron de l'arbitrage en Turquie et six autres personnes ont été interpellés, a indiqué mardi le ministre de la Justice, promettant d'oeuvrer pour un "football propre" dans un pays déjà secoué par des malversations.

Le président du Comité central des arbitres de la Fédération turque de football (MHK), Ferhat Gündogdu, son vice-président et cinq autres suspects ont été arrêtés et placés en garde à vue au terme d'un coup de filet organisé dans quatre provinces du pays, selon l'agence de presse Anadolu.

"Des perquisitions judiciaires ont été menées à leurs domiciles, lieux de travail et bureaux", a précisé le ministre de la Justice Akin Gürlek sur X.

Il a évoqué des "allégations d'ingérence dans l'établissement des classements des arbitres, dans les désignations (pour les matches, ndlr), les processus de notation et de nomination, ainsi que les examens de règles".

Dans un communiqué sur son site, la Fédération turque de football (TFF) a assuré coopérer avec les ministères de la Justice, de l'Intérieur et des Sports, sans toutefois évoquer directement les arrestations.

"L'enquête et la coopération avec ces institutions sont toujours en cours", affirme la TFF, qui souligne avoir "déposé plusieurs plaintes pénales auprès du parquet d'Istanbul depuis avril 2025, afin de garantir que justice soit faite".

Tous les documents réclamés par les enquêteurs "détenus au sein de la TFF ont été transmis au parquet d'Istanbul sous pli scellé, avec une demande de remise à l'Institut de médecine légale pour analyse d'empreintes digitales et d'ADN, ainsi que pour tout autre examen nécessaire", a poursuivi la fédération.

 - Arbitres parieurs -

 Selon le quotidien Hurriyet, le parquet général d'Istanbul s'appuie sur des audits financiers du Bureau d'enquête sur les crimes financiers (Masak), des relevés de télécommunications, des témoignages et des rapports d'experts.

Les personnes arrêtées sont aussi soupçonnées de production de documents frauduleux et d'intimidations systématiques, ajoute la même source.

Il y a un an, le Conseil de discipline de la TFF avait suspendu 149 arbitres accusés d'avoir parié sur des matches au mépris de l'interdiction qui leur en est faite. Les suspensions allaient de huit à douze mois.

Une enquête de la fédération portant sur 571 arbitres des ligues professionnelles turques avait révélé que 371 d'entre eux possédaient des comptes de paris sportifs et 152 pariaient activement.

Vingt-deux des arbitres incriminés (7 arbitres centraux et 15 arbitres assistants) officiaient en première division, selon la fédération.

Ni le ministre, ni les médias turcs, ni la fédération n'évoquaient mardi cette première affaire ou d'éventuels liens entre les deux.

"Nous poursuivrons résolument la lutte pour un football propre, afin que les allégations sapant la confiance envers le football turc soient éclaircies (et) que les responsables soient traduits en justice", a en revanche promis le ministre de la Justice, Akin Gürlek. (AFP, 29 sept 2026)

Pression sur les médias / Pressure on the Media

Government steps up censorship and imprisonment of journalists

Turkey's political leaders have demonstrated their willingness to launch sweeping censorship campaigns against journalists who report on developments that could jeopardize projects such as "My Family Is Safe" or question the role of the government and public authorities in financial misconduct.

Meanwhile, following the revocation of Açık Radyo's broadcasting license in 2024 and the seizure of TELE1 and appointment of a government trustee in 2025, authorities have now moved to silence the T24 news website, reflecting the government's continued pursuit of policies aimed at weakening independent journalism and media outlets over the past three years, which could lead to a media landscape dominated by a single voice.

Published for 25 years, the BİA Media Monitoring Report, whose latest quarterly edition runs 61 pages, provides extensive data about efforts to silence journalism having become part of the government's strategy ahead of the 2028 elections. Highlighting the scale of judicial pressure, the report documents the arrest of seven journalists in just three months, access restrictions on the X accounts of 16 journalists and eight media outlets, the blocking of at least 52 online news reports and the shutdown of T24 over allegations of "LGBT propaganda," the report shows that that authorities have "stepped up efforts to silence critical media."

Unprecedented online censorship!

The Information and Communication Technologies Authority (BTK) and penal judgeships of peace imposed censorship on an unprecedented scale against journalists and media outlets reporting on or discussing alleged irregularities in investment funds. The alleged misconduct affected nearly 500,000 people and involved political and financial circles close to the government. Those whose X accounts were subjected to access restrictions included journalists Meral Danyıldız, Sarya Toprak, Esra Tokat, Ersin Eroğlu, Hilmi Hacaloğlu, Canan Kaya, Razi Canikligil, Uğur Gürses, Naz Yavuzarslan, Dinçer Gökçe and Alptekin Dursunoğlu, as well as media outlets bianet, Kısa Dalga and Bizim TV. Reports on the allegations published by Gazete Pencere, Evrensel, Sözcü and Nefes were also blocked.

Over the past three months, access restrictions were also imposed on the X accounts of five journalists, Şirin Payzın, Alican Uludağ, İrfan Değirmenci, Nasuhi Bektaş and Fırat Fıstık, and four media outlets, soL Haber, Özgürüz, Mezopotamya Haber and Sendika.org. At least 52 online news reports covering various topics were blocked, and one publication ban was issued. However, one of the most severe and arbitrary interventions during the period was the shutdown of the T24 news website over allegations of "LGBT propaganda." The censorship, challenged in court by the website's lawyers, also prompted widespread criticism both domestically and internationally.

'Disinformation': Four years of judicial notoriety

At least two journalists were convicted and two acquitted in trials held over the past three months, a period that partly coincided with the judicial recess. The notorious Article 217/A of the Turkish Penal Code, which introduced the offense of "publicly disseminating misleading information" in October 2022, has figured prominently not only in growing investigations and prosecutions of journalists but also in their arrests.

Journalist Neşe İdil was sentenced to two months and 24 days in prison on charges of "praising crime and criminals" over a post on her X account. In Kocaeli, journalist Cihat Polat received a suspended 10-month prison sentence for "violating the inviolability of a residence" after attempting to report on a structure alleged to have been built illegally. The property belonged to Esra Yargıcı, the sister of Radiye Sezer Katırcıoğlu, a Kocaeli lawmaker from the ruling Justice and Development Party (AKP), and Katırcıoğlu's adviser Bülent Yargıcı.

Journalist Timur Soykan was prosecuted on charges of "publicly disseminating misleading information" and "publicly inciting the commission of a crime" over a post on X following the detention of Adıyaman Mayor Abdurrahman Tuttere. The post read: "The coup continues. The will of the people is being usurped. The ballot box is losing its meaning." Soykan was acquitted. BirGün reporter Sarya Toprak was also acquitted after standing trial on charges of "publicly disseminating misleading information" over a report about a detained student titled "Don't steal Esila's life and hope."

Seven journalists arrested in three months, Yanardağ held hostage

Pretrial detention, considered an exceptional measure under modern legal standards, is anything but exceptional when it comes to critical or independent journalists in Turkey. In just the past three months, at least seven journalists, Tuğba Tekerek, Ali Tarakcı, Selahattin Günday, Oya Lale Arslan, Fatih Ergin, İrem Delice and Fatma Sibel Gürcihan, were arrested on allegations including "publicly disseminating misleading information" (disinformation), "violating the National Intelligence Organization (MİT) Law" and "LGBT propaganda." At least five of these arrests were based on Article 217/A of the Turkish Penal Code, the so-called "disinformation" provision introduced in October 2022. At the time, then-Justice Minister Bekir Bozdağ had misled the public by promising that the provision would be applied only in cases of public outrage.

The judiciary continues to refuse to release TELE1 editor-in-chief Merdan Yanardağ, citing the lack of a response from MİT. Yanardağ has been arbitrarily held in pretrial detention for 11 months on "political espionage" charges in a case involving three other defendants, including İstanbul Metropolitan Mayor Ekrem İmamoğlu. (BIA, 21 Oct 2026)

Another journalist detained over reporting on Turkey's investment fund crisis

Journalist Bahadır Özgür, a columnist and television host at Halk TV, has been detained on suspicion of violating the confidentiality of an investigation into an investment fund scandal in Turkey.

Bengü Şap-Babaeker, editor-in-chief of Halk TV's web portal, announced the detention on social media. Police detained Özgür at his home and took him to the İstanbul Security Directorate according to Evrensel newspaper.

The detention follows an Oct 13 report by Özgür about asset freezes imposed in connection with the fund investigation.

In the article, titled "Another 'inadvertent inclusion' on the fund fraud list!", Özgür reported that prosecutors had sent relevant institutions a list of 141 people subject to asset freezes. The list included former minister Fatma Betül Sayan Kaya and her husband, İlyas Kaya.

According to Özgür, the prosecutor's office sent another letter on Oct 13 stating that 29 people had been included on the list "inadvertently." Among those named were Enver Çevik and Kemal Akkaya.

The İstanbul Chief Public Prosecutor's Office issued a statement the same day, saying it had not ordered any new asset freezes.

Prosecutors said information about certain restrictions that had previously been lifted had mistakenly not reached the relevant institutions. The office said it had corrected the error through a new letter and that asset freezes remained in place for 109 people.

Journalists targeted over commentary on the fund crisis

Özgür's detention follows legal action against other journalists over their reporting on the fund crisis.

Four journalists have been placed in pretrial detention or under house arrest in connection with the probe.

Journalist Şaban Sevinç and Sözcü editor Mustafa Balcı were placed in pretrial detention on Oct 9 on charges of "publicly disseminating misleading information."

Journalists İsmail Saymaz and Murat Ağırel were placed under house arrest on the same charges.

Authorities have also blocked access to dozens of social media accounts, including those belonging to economists who posted about the fund scandal. (BIA, 16 oct 2026)


İsmail Kızıl Doğan

Government seizes control of 10 TV channels in less than two years

Halk TV, one of Turkey's largest pro-opposition television channels, became the latest media outlet to be placed under government-appointed trustees today.

Police raided Halk TV's headquarters in İstanbul at around 5.15 am, taking the channel off the air and preventing employees from entering the building. The seizure took place as part of a financial crimes investigation into the channel's owner.

The broadcaster became the tenth television channel taken under control by the Savings Deposit Insurance Fund (TMSF) since Mar 2025.

Before Halk TV, TELE1, another pro-opposition channel, was seized in Oct 2025, after its founder and editor-in-chief, Merdan Yanardağ, was taken into custody as part of a "political espionage" investigation. Yanardağ was placed in pretrial detention on Oct 27, 2025 and remains in prison.

After taking control of the channel, the trustees suspended live news broadcasts. Documentaries replaced news programs, and the publication of new stories on TELE1's website was blocked.

Days later, most TELE1 journalists, including presenters, executives, columnists and other staff members, resigned en masse, citing interference with the channel's editorial policy.

They launched an online news channel called TELE2 Haber in Nov 2025. However, before it could complete its first year, the Radio and Television Supreme Council (RTÜK) required it to obtain licenses for online broadcasting. The channel announced that it could not afford the combined cost of two licenses, totaling more than 2.3 million liras (~46,500 US dollars), and ceased operations in October 2026.

The wave of trustee appointments at television broadcasters began with Flash Haber TV in March last year.

Mar 14, 2025 – Flash Haber TV: As part of an illegal betting investigation by the İstanbul Chief Public Prosecutor's Office, authorities seized 23 companies, including Flash Haber TV, Pozitifbank and Payfix, owned by Erkan Kork. The TMSF was appointed trustee to oversee their management.

Aug 11, 2025 – Ekotürk TV: An illegal betting investigation targeting electronic money company Papara was extended to Ekotürk TV, an economic news channel in which the company held a stake. Management of the broadcaster was transferred to the TMSF.

Sep 11, 2025 – Six Can Holding channels: An investigation into Can Holding resulted in trustee appointments at 121 companies. Six television channels owned by the group, Habertürk TV, Show TV, Bloomberg HT, HT Spor, Show Türk and Show Max, were also placed under TMSF management.

Oct 24, 2025 – TELE1: Trustees were appointed to the channel following the detention of Merdan Yanardağ in a political espionage investigation. News broadcasts were subsequently suspended.

Oct 14, 2026 – Halk TV: Authorities seized control of Halk TV's management as part of an investigation involving Cafer Mahiroğlu. The channel's live broadcast was interrupted. (BIA, 14 oct 2026)

4 more journalists arrested for ‘spreading disinformation’ as media crackdown intensifies

Turkey’s ongoing crackdown on independent media is continuing at an alarming pace with four more journalists arrested and placed under house arrest over the weekend on suspicion of publicly spreading disinformation, the Committee to Protect Journalists said Monday.

On October 9, Turkish police questioned Mustafa Balcı and İsmail Saymaz from the independent Sözcü media outlet, freelancer Şaban Sevinç, and Murat Ağırel, who works for the independent Cumhuriyet and Onlar news outlets, about their reporting on a recent investment fund scandal.

Later that same day, an Istanbul court arrested Balcı and Sevinç on suspicion of “publicly spreading disinformation.” Saymaz and Ağırel, who were released after questioning on October 9 under judicial control – meaning a foreign travel ban and regular check-ins with the police – were placed under house arrest on October 10 after the prosecution lodged an objection to their releases.

“By arresting Mustafa Balcı and Şaban Sevinç and placing İsmail Saymaz and Murat Ağırel under house arrest on suspicion of publicly spreading disinformation, Turkey continues to erode press freedom at an alarming rate. We are reaching a crisis point with at least 22 journalists arrested or detained under the disinformation law this year alone,” said Özgür Öğret, CPJ’s Turkey representative. “All of the journalists who were either imprisoned or placed under house arrest must be immediately freed and Turkey’s disinformation law should be abolished without delay.”

At the time of publishing, CPJ could not determine what content produced by Balcı and Sevinç formed the basis of their arrests. After he was summoned by the police to testify, Balcı said in a post on X that he believed he was going to be questioned about his reporting on the investment fund scandal.

Saymaz and Ağırel were questioned about their participation in a live broadcast on Sözcü TV on October 7. Writing in their regular columns in Sözcü and Cumhuriyet on Monday, they denied spreading disinformation.

These new arrests come after Faruk Acar, deputy chair of the ruling AKP party in charge of publicity and media, threatened journalists who report so-called false news in comments posted on X on October 8. Turkish authorities have also blocked access to thousands of social media accounts belonging to journalists and rights defenders as part of the media crackdown.

CPJ emailed the Istanbul Chief Public Prosecutor’s Office for comment but did not receive a reply. (CPJ, 15 oct 2026)

La Turquie veut "détourner l'attention" d'un scandale boursier, selon le PDG d'une TV saisie

Le pouvoir turc tente par tous les moyens de "détourner l'attention" de l'opinion sur un scandale boursier qui met en cause sa probité, affirme, dans un entretien exclusif avec l'AFP, le PDG d'une chaîne d'information désormais neutralisée.

De sa résidence de Londres où il vit depuis quelques années, Cafer Mahiroglu a assisté impuissant, mercredi à l'aube, à l'irruption dans les locaux de Halk TV de policiers équipés de casques et de boucliers anti-émeute.

Quatre journalistes ont été arrêtés, suivis de sept membres de sa famille, dans le cadre d'une enquête pour "corruption, trucage d'appels d'offres et blanchiment", selon le bureau du procureur d'Istanbul.

Jeudi, la rédactrice en chef du site de Halk TV a annoncé sur le réseau social X l'arrestation d'un cinquième journaliste, au coeur de la couverture du scandale boursier.

Les autorités ont récemment indiqué vouloir sanctionner la violation du secret de l'instruction.

Tout en niant les faits reprochés, Cafer Mahiroglu, qui est sous le coup d'un mandat d'arrêt, dénonce une manoeuvre destinée à sortir des unes des médias l'envahissante affaire des fonds d'investissements turcs.

Des sommes colossales (15 milliards d'euros, selon les médias officiels) "ont été siphonnées à l'étranger, sorties clandestinement" et les autorités "essaient de modifier l'ordre du jour en nommant un administrateur à Halk TV", a-t-il affirmé à son domicile de la capitale britannique.

Pour lui, l'opération vise "à empêcher qu'on en débatte, à détourner l'attention et déplacer le sujet de la conversation".

Car le sujet secoue chaque jour un peu plus l'échiquier politique turc depuis la liquidation, en août, de 131 fonds d'investissement aux actifs tous plus toxiques les uns que les autres.

 - "N'importe qui demain" -

 Un demi-million de petits épargnants ont été spoliés et de hauts responsables du pouvoir sont sur la sellette, fragilisant autant le gouvernement que l'AKP (Parti de la justice et du développement, islamo-conservateur) du président Recep Tayyip Erdogan.

Les autorités ont promis de rembourser les victimes et de ne laisser aucune infraction impunie. Mais le message passe mal.

Soupçonnée de s'être enrichie avec son mari dans l'affaire, une ex-ministre et haute responsable de l'AKP a dû démissionner de toutes ses fonctions. Mais elle est la risée des réseaux sociaux, faute d'être poursuivie.

Deux ministres actuellement en poste ont aussi été dénoncés par l'opposition, qui menace de sortir d'autres noms si rien n'est fait pour porter les responsables présumés devant les tribunaux.

Pour Cafer Mahiroglu, c'est bien dans ce contexte-là qu'il faut observer l'émoi qu'a provoqué la saisie de Halk TV, première chaîne d'information nationale en termes d'audience. "La même chose peut arriver à n'importe qui demain", affirme-t-il.

De fait, la coupure de faisceau de Halk TV intervient deux semaines après le blocage du site d'information indépendant T24, l'un des plus importants du pays, accusé de "propagande LGBT". Et un an après la prise de contrôle par le pouvoir de la chaîne d'opposition Tele 1, depuis rentrée dans le rang.

Mi-septembre, les autorités ont aussi lancé une campagne contre les milieux LGBT, appelée "Ma famille est en sécurité". En outre, de nombreux élus de l'opposition ont été suspendus ou arrêtés depuis deux ans, permettant progressivement à l'AKP de reprendre des couleurs après sa défaite aux élections municipales de 2024.

 - "Nous continuerons sur YouTube" -

 Pour autant, le PDG refuse d'abdiquer. "Nous traversons une période où ce que l'on pensait autrefois impossible peut se produire (...). La barre a été placée si haut qu'il est vraiment très difficile de prévoir où sera la limite."

Malgré la nomination d'un administrateur à la tête de sa chaîne, "nous continuerons nos émissions sur YouTube. Si possible, sur d'autres plateformes également (...). Je n'ai aucune intention d'abandonner Halk TV. Je repousserai mes limites jusqu'au bout", promet-il.

"Cette chaîne est la bouée de sauvetage du peuple turc. Les tentatives de réduire au silence les médias au moyen d'un système aussi répressif (...) n'ont jamais abouti".

Et le PDG d'insister : "si un Cafer ou une Halk TV disparaît, dix autres apparaîtront".

Sur son cas judiciaire, l'homme d'affaires assure pouvoir prouver son honnêteté. "J'ai vécu toute ma vie dans mon pays et y ai mené ma vie professionnelle. Et je n'ai jamais eu le moindre problème, jusqu'à ce que j'achète Halk TV et commence à diffuser de manière démocratique, dans un pays démocratique", martèle-t-il.

Son combat, il en est convaincu, ne fait que commencer. "Le peuple turc peut tolérer beaucoup de choses (...) Mais il ne peut supporter longtemps une injustice qui heurte sa conscience." (AFP, 15 oct 2026)

Télévision : des députés de l'opposition portent un bandeau sur les yeux

Des députés de l'opposition turque ont participé mercredi à une commission parlementaire avec un bandeau noir sur les yeux pour protester contre la prise de contrôle par le pouvoir d'une chaine d'information privée.

Les membres du Parti Yeni (Nouveau) ont siégé en commission du Plan et du Budget avec un sparadrap sur les yeux et sur la bouche, une scène filmée par l'agence Anka et diffusée sur X par le site Medyascope.

La police turque a pris le contrôle à l'aube du siège de la principale chaîne d'opposition et interpellé onze de ses salariés, dernier avatar d'une vaste campagne du pouvoir contre les milieux médiatiques, politiques et associatifs du pays.

Cette saisie de la chaîne d'information la plus regardée du pays provoque un émoi considérable.

A Istanbul, Ali Mahir Basarir, député Yeni, a dénoncé une "décision attristante et honteuse" devant les locaux de la chaîne.

"Il ne reste en Turquie que trois ou quatre chaînes qui disent la vérité, les faits - je ne dis pas +d'opposition+, mais qui peuvent jouer ce rôle d'opposition en rapportant exactement ce qu'elles voient, tel que c'est", a-t-il déclaré.

"Le but ici, c'est de faire taire. Le but ici, c'est d'empêcher le questionnement et l'expression de la vérité", a-t-il ajouté. (AFP, 14 oct 2026)

Le pouvoir prend le contrôle de la principale télévision de l'opposition

La police turque a pris le contrôle mercredi du siège de la principale chaîne privée d'opposition et interpellé onze de ses salariés, dernier avatar d'une vaste campagne du pouvoir contre les milieux médiatiques, politiques et associatifs du pays.

La chaîne et le bureau du procureur d'Istanbul ont annoncé l'information concomitamment en tout début de journée.

"La police est dans le bâtiment de Halk TV. Un administrateur est désigné (pour prendre le contrôle de la chaîne, NDLR). La diffusion en direct a été interrompue", a-t-elle affirmé sur X.

"Des mandats d'arrêt ont été émis contre 17 personnes et 11 personnes ont été placées en garde à vue lors d'opérations simultanées" dans le cadre d'une enquête sur "la corruption, le trucage d'appels d'offres et le blanchiment d'argent", a annoncé de son côté le bureau du procureur d'Istanbul, cité par les médias turcs.

La prise de contrôle de Halk TV intervient deux semaines après le blocage du site d'information indépendant T24, l'un des plus importants du pays, accusé de "propagande LGBT".

Les journalistes et médias d'opposition sont constamment visés par la justice turque pour une série d'infractions présumées, allant de la diffamation à l'insulte au président Recep Tayyip Erdogan, en passant par la corruption ou la diffusion de fausses nouvelles.

Un total de 17 journalistes sont actuellement détenus, selon le Syndicat des journalistes de Turquie.

Le tour de vis concerne aussi les milieux politiques, avec les arrestations de nombreux élus des partis de l'opposition.

La pouvoir a par ailleurs lancé mi-septembre un vaste coup de filet dans les milieux LGBT, en investissant les sièges d'organisations militantes et en bloquant leurs comptes de réseaux sociaux.

  Un grand nombre de personnes sont là aussi sous les verrous pour divers chefs d'accusations.

Il y a un an quasiment jour pour jour, les autorités avaient pris le contrôle de la chaîne de télévision d'opposition Tele l et arrêté son rédacteur-en-chef.

 - "Arbitraire" -

 "La nomination d'administrateurs à la tête de Halk TV après Tele 1, et l'attention exclusive portée par le pouvoir judiciaire aux émissions critiques, laissent présager que le journalisme indépendant en Turquie pourrait bien être en voie de disparition", a affirmé à l'AFP le défenseur de la liberté de la presse, Erol Önderoglu.

L'administration de la chaîne a été confiée au Fonds d'assurance des dépôts d'épargne (TMSF), un organisme public, a ajouté le bureau du procureur.

Les équipements de la télévision "ont été saisis. Notre chaîne est officiellement assiégée. Je ne peux toujours pas accéder au bâtiment où je travaille depuis cinq ans", a écrit sur X la journaliste Gamze Altunay.

Dans une vidéo partagée par Halk TV sur le même réseau social, on peut voir le rédacteur en chef, Suat Toktas, en train de parler avec l'administrateur désigné pour le convaincre de ne pas couper le direct.

"Ce qui est en train de se passer est hors la loi", clame-t-il.

La police a commencé sa perquisition aux alentours de 05H30 (02H30 GMT) et empêche les employés d'entrer dans le bâtiment, a précisé la chaîne.

"Faire irruption dans une chaîne de télévision à l'aube et nommer un administrateur est une chose que seuls les dictateurs feraient. Malheureusement, c'est ce qu'ils ont fait à notre pays", a dénoncé sur X le chef du principal parti de l'opposition, Özgür Özel.

"L'arbitraire dont le pouvoir politique s'est servi ces dernières années pour régler les problèmes a une fois de plus frappé la liberté de la presse. (...) Nous refusons cette tyrannie", a affirmé de son côté le Syndicat des journalistes de Turquie.

Selon la loi turque, un administrateur ou tuteur peut être désigné par les autorités pour prendre le contrôle d'une entreprise, ainsi que des municipalités, en cas d'enquête ou mandat d'arrêt visant ses dirigeants. (AFP, 14 oct 2026)

La Turquie interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans

La Turquie a interdit samedi l'usage des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, rejoignant un nombre croissant de pays dans le monde soucieux de protéger les enfants et adolescents contre les méfaits des plateformes.

La gazette officielle a publié la décision après l'adoption d'une loi au parlement en avril. Elle sera effective au 1er novembre.

Les fournisseurs de réseaux sociaux doivent "prendre les mesures techniques et administratives nécessaires, y compris la vérification de l'âge, pour mettre en oeuvre" la protection des jeunes, stipule le texte.

"Aucun service susceptible de produire un effet addictif chez les enfants ne peut être proposé", ajoute-t-il notamment.

De plus en plus de pays dans le monde ont commencé, ou réfléchissent, à interdire les réseaux sociaux pour les enfants, pour les protéger des risques liés au numérique : addiction aux écrans, manque de sommeil, harcèlement, troubles alimentaires, etc.

La loi intervient pour autant dans une période de restrictions de la liberté d'expression en Turquie, dans les milieux LGBT, les médias, l'espace politique.

De nombreux comptes de réseaux sociaux ont été bloqués ces dernières semaines. (AFP, 10 oct 2026)

Scandale boursier en Turquie: deux journalistes arrêtés pour "informations trompeuses"

Deux journalistes ont été placés vendredi en détention provisoire pour avoir prétendument diffusé de fausses informations sur un scandale de fonds d'investissement, tandis que deux autres ont été libérés sous conditions, selon les médias.

Les quatre journalistes ont tous été interpellés vendredi en raison de contenus qui soulevaient également des questions sur l'implication de hauts responsables de l'AKP, le parti au pouvoir.

Le tribunal a ordonné l'incarcération, dans l'attente de leur procès, de Mustafa Balci du quotidien d'opposition Sozcu et de Saban Sevinc de la chaîne d'information en ligne Bizim TV, pour avoir publié sur X une image suggérant un lien entre le porte-parole de l'AKP, Omer Celik, et l'un des principaux suspects liés au fonds d'investissement.

Mais le tribunal a accordé une libération conditionnelle à deux autres journalistes - Ismail Saymaz et Murat Agirel de Sozcu TV - qui étaient visés dans une plainte déposée par le ministre du commerce à la suite d'un reportage mettant en cause ses liens avec le scandale.

L'échiquier politique turc est bouleversé depuis quelques semaines par cette affaire, dans laquelle le gendarme de la bourse (SPK) a liquidé sept sociétés qui géraient 131 fonds d'investissement.

Leurs actifs toxiques ont été évalués à environ 17 milliards de dollars par la presse locale, pour quelque 455.000 petits épargnants lésés.

L'opposition et certains médias accusent des personnalités au pouvoir de s'être illégalement enrichies. Une responsable de haut rang de l'AKP a même déjà dû démissionner.

Le principal parti de l'opposition, Yeni (Nouveau), a accusé jeudi nommément deux ministres de malversation, accentuant ainsi la pression sur le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Le ministre du Commerce Ömer Bolat et la ministre de la Famille Mahinur Özdemir Göktas ont tous les deux nié les accusations.

"Nous sommes confrontés à un tissu de mensonges, à une campagne de diffamation qui s'attaque à notre gouvernement", a dénoncé vendredi le secrétaire général de l'AKP, Eyyup Kadir Inan, sur la chaîne privée turque NTV.

 - Mensonges et calomnies -

 "Nous ne laisserons pas notre parti et notre gouvernement être pris pour cible, que ce soit de la part du Parti Yeni, ou bien de ces journalistes qu'ils payent pour qu'ils leur servent de porte-parole", a-t-il affirmé, promettant qu'Özgür Özel, le chef du parti Yeni, et ses alliés "(paieraient) pour ces mensonges et calomnies".

La ministre de la Famille a de son côté annoncé sur X qu'elle portait plainte pour accusations mensongères.

Elle a aussi menacé les médias qui ont "diffusé ces calomnies", clamant que "la liberté de la presse ne (pouvait) servir de bouclier à une entreprise de diffamation".

Dans un entretien au journal Sabah, le ministre de la Justice a pour sa part affirmé que 141 individus et 73 entités légales avaient enregistré des profits records dans cette affaire.

Selon Akin Gürlek, "les procureurs demanderont que ces sommes soient versées sur un compte de restitution volontaire" avant d'être redistribuées aux victimes.

Un projet de loi prévoyant cette procédure de remboursement doit être présenté par le parti au pouvoir.

Le ministre avait déjà assuré qu'un remboursement ne permettrait pas aux personnes concernées d'échapper à des poursuites, un sujet qui obnubile les médias et responsables politiques de l'opposition.

Dans la même affaire, le ministre du Commerce a porté plainte jeudi contre deux autres journalistes de la chaîne Sozcu TV et du journal Cumhuriyet.

Ils sont également poursuivis pour diffusion d'informations trompeuses. (AFP, 9 oct 2026)

Court orders access ban on bianet’s X account

An İstanbul court has ordered an access ban on the X account of bianet and several journalists, citing "the protection of national security and public order."

The Bakırköy 7th Penal Judgeship of Peace issued the decision on Sep 30, 2026. The ruling also targeted the accounts of several journalists, including İrfan Değirmenci, Şirin Payzın, Burak Acerakis, Erdal Sağlam, Dinçer Gökçe, Sarya Toprak, Esra Tokat and Furkan Karabay, according to the Freedom of Expression Association (İFÖD), a group monitoring online censorship.

While X made some of the accounts unavailable in Turkey following the decision, bianet’s account remained accessible at the time of publication.

The same X accounts belonging to Değirmenci and Payzın were also blocked under a Sep 16 decision.

bianet’s X account had previously been targeted by an access-ban order during the countrywide protests in March last year, which began after then-İstanbul Mayor Ekrem İmamoğlu's detention. X did not enforce that decision.

X typically implements most of access-ban orders it receives from Turkish authorities.

The latest ruling comes amid a wave of online censorship in Turkey since last month. Hundreds of X accounts, including those of rights groups and activists, were blocked as part of the “My Family Is Safe” operations targeting the LGBTI+ community.

The blocked accounts included those of the İFÖD.

The website and social media accounts of independent news outlet T24 were also blocked over articles about the LGBTI+ community. (BIA,7 oct 2026)

Journalist Derya Okatan jailed over classified files found on drive seized separate probe

Journalist and DİSK Basın-İş union's disciplinary board member Derya Okatan sent a message from prison following her arrest on Oct 2.

Okatan, who was transferred to Bakırköy Women’s Closed Prison, said in her message that she was in good health and good spirits:

“Unfortunately, in the 20th year of my career, I too have now seen the prisons that almost every journalist in Turkey passes through at least once... But I’m in good health and good spirits. I hope the mistake that led to my arrest will be resolved as soon as possible and that I will return to you. Thank you very much to everyone who has shown solidarity. My greetings and love to all my friends....”

Jailed over a drive seized in 2019

Okatan was arrested over an external hard drive that had been seized in 2019 as part of a separate investigation.

The İstanbul Provincial Gendarmerie Command said it found PowerPoint, Word, Excel and PDF files in a folder on the drive.

The İstanbul 1st Penal Judgeship of Peace ordered Okatan’s arrest after concluding that the files included “classified documents concerning Çorum and Tokat that should only be in the possession of security forces.”

During questioning by the judgeship, Okatan said the drive had previously been seized as part of another investigation. She said she used it to store her movie archive and had nothing to do with the documents:

“The hard drive, said to be a WD drive, contains data believed to have been produced by the state. Most of it is intelligence information. I saw these for the first time at the gendarmerie. I’ve had this external drive for quite a long time. I don’t know whether someone else put them on it or what happened, but there has clearly been a mistake.” (BIA, 5 oct 2026)

Le compte X d'une journaliste britannique de Sky News bloqué en Turquie

Le compte X de la correspondante britannique de Sky News en Turquie a été bloqué lundi, a-t-elle confirmé à l'AFP, dans le cadre d'une campagne qu'une organisation de défense des droits qualifie de "vague de censure devenue un tsunami".

Alex Crawford a expliqué avoir reçu deux notifications, dont une lundi, avant que son compte devienne inaccessible. La chaîne "va contester (la décision), par principe", a-t-elle précisé.

Ce compte faisait partie de ceux visés en septembre par la justice turque dans une enquête pour "obscénité", selon l'organisation IFÖD (Association pour la liberté d'expression).

Le gouvernement islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan mène depuis la mi-septembre une vaste campagne contre les clubs, groupes et associations LGBT+, appelée "Ma famille est en sécurité".

Mais la campagne dépasse le seul milieu LGBT+.

"Le blocage s'est étendu à un très large éventail d'acteurs" - journalistes et médias divers, défenseurs des droits, organisations de femmes, universitaires, économistes, milieux politiques et religieux - déplore IFÖD. "La vague de censure est devenue un tsunami".

Selon IFÖD, au moins 1.275 comptes sur la plateforme X ont été rendus inaccessibles en septembre. "Le nombre de comptes bloqués en un seul mois a dépassé le total de l'année dernière", expliquait-elle en fin de semaine dernière, dénonçant un "confinement numérique".

Un total de 995 comptes avaient déjà été bloqués en 2025, année marquée par l'arrestation du maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, qui avait déclenché les pires manifestations de rue qu'ait connues la Turquie depuis plus de dix ans.

De nombreux autres maires de l'opposition ont été arrêtés depuis 2024, dont celui de Mersin, une grande ville du sud du pays, pour corruption présumée la semaine dernière. (AFP, 5 oct 2026)

Turkey bans online censorship monitor’s X account

A court has issued an access-blocking order for the X account of EngelliWeb, a project that monitors and documents online censorship decisions in Turkey.

The Freedom of Expression Association (İFÖD), which runs EngelliWeb, announced the decision. At the time of publication, X had not yet made the account inaccessible from Turkey.

The court that issued the order and its legal basis were not immediately known.

The decision follows a recent access ban on the X account of Yaman Akdeniz, one of İFÖD’s founders. X subsequently withheld Akdeniz’s account in Turkey.

The blocking orders come amid a broader wave of online censorship in Turkey, with hundreds of social media accounts restricted in recent weeks. The wave began with anti-LGBTI+ operations on Sep 12 and continued with bans targeting accounts posting about an investment fund crisis that led to the liquidation of billions of liras. Journalists, academics and rights groups were among those affected.

What is EngelliWeb?

EngelliWeb tracks access-blocking and content-removal decisions involving websites, news reports, social media accounts and other online content in Turkey. Its website archives the measures according to their legal basis and the authorities that issued them.

According to İFÖD’s EngelliWeb 2025 report, published in June, over 1.5 URLs had been blocked in Turkey by the end of last year.

The report said the restrictions were imposed through nearly 1.3 million decisions issued by 875 different institutions and judgeships.

Some notices published on EngelliWeb’s own website have also previously been blocked by court orders. (BIA, Oct 1, 2026)

La Turquie ferme le site d'information en ligne T24 pour "propagande LGBT"

Les autorités turques ont annoncé mercredi la fermeture du site d'information indépendant T24, l'un des plus importants du pays, lui reprochant sa "propagande LGBT" dans le cadre d'une campagne de répression entamée mi-septembre.

Le site s'est vu notifier officiellement cette décision du ministère de la Justice en milieu d'après-midi. Il n'est plus accessible depuis la Turquie sans VPN.

Selon le communiqué du ministère, "les comptes internet et réseaux sociaux de T24, un portail d'information en ligne ayant publié 118 contenus de propagande LGBT l'année dernière, ont été fermés par le tribunal de première instance d'Istanbul. La décision a été transmise à la Direction de la cybersécurité pour exécution".

Le site et son compte X ont été fermés par une ordonnance d'un tribunal stambouliote datée du mardi 29 septembre, selon EngelliWeb, qui surveille la censure d'internet en Turquie.

Dans le cadre d'une campagne appelée "Ma famille est en sécurité", un vaste coup de filet s'est abattu sur le milieu LGBT+ en Turquie le 12 septembre, avant la fermeture de nombreux comptes de réseaux sociaux.

Les autorités ont par la suite procédé à des dizaines d'arrestations suite à des manifestations dans les trois plus grandes villes du pays, Ankara, Istanbul et Izmir (ouest).

Le gouvernement a promis de poursuivre cette campagne malgré notamment les protestations de l'Union européenne et de quelques ONG internationales.

"Un État ne peut pas être gouverné de cette manière", a protesté sur X le chef de l'opposition, Özgür Özel. "Nous ne nous sommes jamais soumis à cette répression, à cet état d'esprit autoritaire, et nous ne le ferons jamais".

 - Les LGBT, "des pervers" -

 Dans la rédaction de T24, on décrivait cette mesure comme le point culminant d'une pression croissante.

"Nous sommes l'un des médias numériques indépendants les plus importants de Turquie. Nous faisons l'objet d'une campagne de harcèlement sur les réseaux sociaux depuis quelques jours", a expliqué à l'AFP Buse Sögütlü, rédactrice au service international de T24.

"Certains comptes sur les réseaux sociaux affirment que T24 reçoit des fonds de l'étranger pour protéger le mouvement LGBTQ", a-t-elle affirmé. Mais "c'est bien plus large que cette campagne. C'est une attaque contre l'activité journalistique elle-même".

T24 dispose d'un siège à Istanbul et d'un bureau dans la capitale, Ankara. Au total, le site emploie environ 40 employés, y compris pour sa chaîne YouTube et ses comptes sur les réseaux, selon la journaliste.

L'homosexualité n'est pas réprimée pénalement en Turquie, mais elle est largement réprouvée et l'homophobie y est répandue jusqu'au sommet de l'État. Le président Recep Tayyip Erdogan qualifie régulièrement les LGBT+ de "pervers", auxquels il impute la chute drastique de la natalité.

Dans un communiqué commun, une dizaine d'organisations représentatives des journalistes en Turquie ont condamné cette mesure.

Nous considérons la décision de fermer T24, l'un des portails d'information les plus lus du pays (...) et l'un des sites d'actualité les plus établis (...), comme une attaque grave contre notre profession" et une "une entrave directe au droit des citoyennes et citoyens à l'information".

Les signataires ont exigé son annulation "sans délai", promettant de "continuer à défendre" la profession.

La journaliste Tugba Tekerek, une des personnes arrêtées et toujours incarcérée, a écrit dans une lettre publiée par le groupe de défense des droits MLSA au quinzième jour de sa détention que sa "détermination" à "se battre  pour le journalisme, dans la quête d'un monde meilleur et d'un pays démocratique et libre, n'a pas vacillé le moins du monde.

Elle a été arrêtée en lien avec un article qu'elle avait écrit sur la communauté LGBTQ de Géorgie, avant les élections de 2024 dans le pays, et qui avait été publié sur le site internet du principal groupe turc de défense des droits LGBTQ, Kaos GL. (AFP, 30 sept 2026)

Turkey arrests 2 more journalists as authorities ramp up use of disinformation law to silence the press

Turkey is blatantly using its disinformation law to detain and arrest journalists, with two more reporters arrested in recent days. The Committee to Protect Journalists calls urgently on authorities to repeal this poorly conceived legislation and release all those unjustly held.

Ali Tarakçı, a journalist who broadcasts on YouTube, was arrested on September 26 and Fatih Ergin, news coordinator for the left-wing nationalist daily Nefes, was arrested on September 28, both on suspicion of spreading disinformation.

“When the disinformation law came into force in 2022, Turkish authorities promised it would not target journalists, but today we see it being used with alarming regularity to silence journalists and prevent them from doing their jobs,” said Özgür Öğret, CPJ’s Turkey representative.

“Since the beginning of 2026 alone, more than a dozen journalists have been detained or arrested under this legislation. This must stop. Ali Tarakçı, Fatih Ergin and all journalists harassed, detained and arrested under this law must be freed and the law itself should be abolished at once.”

Tarakçı was taken into custody at his house around midnight on September 25 and arrested pending trial by Ankara’s 8th Criminal Court the next day on suspicion of “publicly spreading disinformation.”

His detention came after he posted on X on September 23 that “a very important minister will resign on Friday”; local media linked his arrest to this post. Tarakçı’s X account has since been blocked in Turkey.

Ergin was taken into police custody in Istanbul on September 27, his lawyer posted on X.  Local media said his arrest was related to a post on X referring to the death of Turgay Tamer, a doctor who  was briefly detained this month as part of a reopened investigation into the 2011 death in custody of former Turkish intelligence operative Kaşif Kozinoğlu.

Ergin identified Tamer as a forensic expert in his post on X but later corrected himself, and said he was a prison campus doctor.

This is the second arrest in recent weeks of a journalist in relation to the reopened Kozinoğlu investigation. On September 12, Selahattin Günday, a former broadcast reporter for the now closed Doğan News Agency (DHA), was arrested on suspicion of exposing an intelligence operative and illegally obtaining personal data while reporting on Kozinoğlu in 2011.

CPJ emailed Turkey’s Justice Ministry for comment but did not receive a reply. (CPJ, 29 sept 2026)

Condamné mais libéré jusqu'en appel, un humoriste tient tête à Erdogan

Un spectacle satirique et une vidéo sur YouTube lui ont valu des poursuites, il a amené sa verve jusque dans le tribunal. Un humoriste turc a été condamné lundi à plus de 19 mois de prison mais libéré, contre toute attente, jusqu'à la décision en appel.

Deniz Göktas, 32 ans, connu pour son humour pince-sans-rire et sa satire politique grinçante, avait été interpellé le 2 juillet, puis placé en détention provisoire le lendemain, une semaine après la mise en ligne sur YouTube d'une vidéo de son spectacle, vue près de neuf millions de fois.

Détenu dans la prison de haute sécurité de Karatepe, à 120 kilomètres d'Istanbul, il était poursuivi pour insultes envers le président Erdogan, insulte envers la religion et apologie du crime et des criminels.

Après un procès de quelques heures, il a été déclaré coupable des deux premiers chefs et relaxé du dernier. Contre toute attente, le tribunal a toutefois ordonné sa remise en liberté dans l'attente de la décision en appel.

Le comédien devait être ramené lundi dans sa prison puis libéré.

Devant une salle d'audience remplie de journalistes, de soutiens du comédien et de dizaines de policiers, le vibrionnant trentenaire a conquis la salle par son aisance et son absence délibérée de remords.

  Il lui était notamment reproché d'avoir utilisé le terme de "dictateur". Mais "il n'y a aucun élément criminel dans cette blague sur les dictateurs", s'est-il défendu. "Dictateur n'est pas une insulte, c'est une qualification politique".

"Il est président et chef du parti au pouvoir, qui dirige le pays depuis 25 ans. Une émission de comédie politique dans laquelle le nom de Recep Tayyip Erdogan n'est jamais mentionné n'aurait ni sincérité, ni aucun lien avec le réel".

 - Göktas "n'est pas seul !" -

 Plusieurs milliers de personnes ont été poursuivies ces dernières années en Turquie, en particulier pour "insulte au président", parfois en raison de publications sur les réseaux sociaux vieilles de plusieurs années.

Une campagne orchestrée par le gouvernement islamo-conservateur en place, qui a visé responsables politiques, artistes, musiciens, journalistes et militants LGBTQ+, entre autres.

Sous une pluie battante, une cinquantaine de manifestants abrités sous des parapluies s'étaient rassemblés devant le palais de justice de Çaglayan, à Istanbul, sous l'oeil de plusieurs dizaines de policiers, en scandant : "Deniz Göktas n'est pas seul !", selon des journalistes de l'AFP.

"L'inculpation repose sur l'idée de protéger nos fondements moraux et nos valeurs. Mais l'humour aussi est une composante séculaire de la culture de cette région", a déclaré le comédien à ses juges. "Il ne devrait y avoir aucune place pour la censure, les interdictions ou la détention pour des artistes qui montent sur scène".

Souriant, combatif, tribun, il a arraché des éclats de rire à la salle en présentant sa défense. Tout en maintenant mordicus son positionnement.

"Les lois protégeant la liberté d'expression n'ont pas changé (...). Mais aujourd'hui, un humoriste est assis dans une cellule", a-t-il relevé. "Ce qui a changé, c'est un pouvoir de plus en plus fragile, qui ne supporte plus la plaisanterie".

Ce comédien, né à Ankara, a débuté sa carrière de stand-up au club de comédie TuzBiber d'Istanbul en 2019. Il s'est depuis produit dans des salles à travers l'Europe et les États-Unis.

Certains comédiens, qui se produisent actuellement dans cette salle, étaient présents pour le soutenir ainsi que des diplomates néerlandais et américains.

"On m'a enlevé trois mois de ma vie (en détention provisoire). J'ai arrêté de fumer, donc je rajouterai de toute façon trois mois à la fin de ma vie", a-t-il plaisanté, sous les applaudissements nourris de la salle.

Devant le tribunal, Fatih Yilmaz, un stand-upper de 22 ans qui a débuté il y a un an à Alanya (sud), revendiquait une filiation symbolique avec Deniz Göktas : "Je n'ai pas peur de faire du stand-up après son arrestation (...) (qui) m'a rendu fier. Sa fermeté et sa façon de continuer à faire des plaisanteries depuis sa cellule me donnent de la force".(AFP, 28 sept 2026)


Kurdish Question / Question kurde

Syrie : Les femmes interdites d’accès aux écoles de défense et de sécurité

Kurdistan au féminin; 18 octobre 2026
Les autorités syriennes ont imposé des règles d’admission qui interdisent aux femmes l’accès à la plupart des programmes de deux nouvelles universités d’État spécialisées dans la défense et la sécurité. Les candidatures ferment le 19 octobre 2026, a alerté Human Rights Watch (HRW) dans un communiqué daté de 16 octobre 2026. Après l’anéantissement des acquis de la révolution féministe initiée par les Kurdes du Rojava, les femmes syriennes voient leurs droits les plus élémentaires disparaitre sous le régime djihadiste d’al-Sharaa (Jolani).

Selon l’organisation, ces mesures discriminatoires violent clairement les obligations juridiques internationales de la Syrie. Elles s’inscrivent dans une série d’actions des autorités de transition qui restreignent le rôle des femmes dans les institutions étatiques et renforcent les stéréotypes de genre.

Le 30 septembre, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a annoncé que l’admission aux programmes de droit, d’économie et de gestion, ainsi que de sciences sociales de l’Université nationale des sciences de la défense est réservée aux hommes. À l’Université syrienne des sciences de la sécurité, les femmes ne peuvent postuler qu’aux filières de cybersécurité. À l’inverse, certains cursus – formation d’enseignants en maternelle, programmes de sage-femme et écoles d’infirmières de Damas et d’Alep – restent réservés aux femmes.

« Les autorités syriennes reconstruisent l’armée et les forces de sécurité sans les femmes », a déclaré Hiba Zayadin, conseillère principale pour la Syrie à Human Rights Watch. « Les femmes ne peuvent pas être formées comme officières, ni même étudier pour devenir juristes ou administratrices militaires. C’est de la discrimination pure et simple. »

À l’Université nationale des sciences de la défense, où le service militaire est obligatoire, seuls les hommes peuvent intégrer les écoles militaires (terre, marine, air) et la faculté des lettres et des sciences administratives. Seule la faculté des sciences appliquées et de technologie, ouverte aux femmes, n’impose aucun engagement militaire. À l’Université des sciences de la sécurité, la faculté et l’institut technique n’admettent que des hommes ; les diplômés doivent servir pendant 10 à 20 ans dans les forces de sécurité intérieure.

Ces restrictions s’étendent aussi à d’autres instituts techniques d’État (pétrole et gaz, chemins de fer) et à certains départements de l’institut des médias d’Idlib. Les femmes peuvent encore étudier le droit, l’économie ou les sciences sociales ailleurs et intégrer la police via un institut distinct, mais elles sont de fait exclues de l’armée. Cette exclusion s’est déjà manifestée dans le nord-est du pays, où les autorités ont refusé en août d’intégrer les Unités de protection des femmes (YPJ) aux côtés des combattants masculins.

Ces mesures contredisent la Déclaration constitutionnelle de mars 2025, qui garantit l’égalité sans discrimination fondée sur le sexe et le droit des femmes à l’éducation et au travail. Elles violent également la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), à laquelle la Syrie est partie, ainsi que la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU sur la participation des femmes à la reconstruction post-conflit.

Depuis décembre 2024, les femmes restent largement marginalisées : elles n’ont obtenu que 6 des 119 sièges lors des élections législatives indirectes d’octobre 2025. Des responsables ont publiquement remis en question leur aptitude à certains postes, et le gouverneur de Lattaquié a même interdit en janvier 2026 le « maquillage excessif » aux employées du secteur public.

HRW appelle le ministère de l’Enseignement supérieur à ouvrir immédiatement les programmes de défense et de sécurité aux femmes avant la clôture des candidatures, et les autorités de transition à supprimer toutes les restrictions fondées sur le sexe. L’organisation demande également aux gouvernements et donateurs de prioriser la fin de toute discrimination dans le secteur de la sécurité.

« Les femmes sont sous-représentées au Parlement, dans la police et dans certains services publics, et sont désormais exclues de l’armée », a conclu Hiba Zayadin. « Les autorités ont promis de respecter les droits des femmes, mais leurs actions contredisent directement ces promesses. »

La Turquie confirme que le PKK a évacué quatre bases du nord de l'Irak

Les services de renseignement turcs ont confirmé que la rébellion kurde du PKK a évacué quatre bases du nord de l'Irak, étape majeure pour la poursuite du processus de paix, ont rapporté lundi les médias officiels.

Ces bases situées dans les régions de Metina et de Baze  "ont été évacuées le 8 octobre 2026. Cette avancée démontre que le processus se poursuit avec détermination", ont-il affirmé en citant des "sources sécuritaires", ce qui désigne habituellement l'Organisation nationale du renseignement turc (MIT).

Ankara et les responsables kurdes sont aujourd'hui d'accord pour mettre fin à plus de quatre décennies d'une guérilla qui a fait quelque 50.000 morts, selon Ankara, même si de nombreux obstacles demeurent à la concrétisation du projet.

Jeudi, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) avait déclaré, via l'agence de presse kurde Firat, avoir retiré récemment tous ses combattants du territoire turc ainsi que des positions dans le nord de l'Irak "afin que l'État turc ne les perçoive pas comme une menace".

Le mouvement accusait en parallèle le gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan de ne pas poursuivre le processus suffisamment sincèrement et rapidement.

Et il revendiquait avoir effectué sa part de travail, deux mois après l'adoption par le Parlement d'une loi historique ouvrant la voie à la réintégration de ses militants armés.

 - "Une Turquie libérée du terrorisme" -

 Le texte conditionnait son application au fait que "les institutions de sécurité déterminent que l'organisation a cessé d'exister effectivement et a remis toutes les armes et munitions sous son contrôle".

L'objectif est d'assurer l'intégration dans la société des membres du PKK "qui pourront rentrer au pays ultérieurement en bénéficiant de la loi" grâce "à des programmes dans de nombreux domaines tels que l'éducation et l'économie", a précisé lundi l'agence officielle Anadolu.

L'armée turque avait constamment frappé cette zone frontalière stratégique du nord de l'Irak pendant la guerre. Le PKK y disposait de bases et y a même abrité initialement son quartier général avant son transfert plus à l'est, dans les monts Qandil, tout en y conservant une forte présence.

La loi adoptée en août ne précisait pas quel sort serait réservé à Abdullah Öcalan. Âgé de 77 ans et emprisonné depuis 1999 à l'isolement sur l'île-prison d'Imrali, au sud d'Istanbul, il purge une peine de prison à perpétuité.

Quatre sous-commissions ont été récemment créées par la Turquie pour superviser la dissolution du PKK. Il participera à l'une d'elles, consacrée au dépôt des armes du mouvement, mais sans être autorisé à quitter sa prison.

Quelque 3.500 personnes détenues dans les prisons turques pour des faits liés à la guérilla pourraient être libérées, la loi prévoyant de suspendre les poursuites et l'exécution des peines des auteurs de certaines infractions.

Le processus de paix est de fait constamment évoqué par les autorités turques comme une de leurs grandes réussites, y compris par le président Erdogan lui-même.

"Nous connaîtrons tous le jour où la paix remplacera la terreur (...), a-t-il déclaré début octobre. "Nul ne pourra faire obstacle à notre objectif d'une Turquie libérée du terrorisme". (AFP, 12 oct 2026)

Le PKK reproche à Ankara son inaction et dit avoir retiré ses combattants de Turquie

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a dénoncé jeudi l'inaction d'Ankara dans le processus de paix entamé en 2024, affirmant via l'agence de presse kurde avoir retiré "il y a quelques jours" tous ses combattants du territoire turc.

Le Parlement turc avait adopté début août une loi historique ouvrant la voie à la réintégration des combattants du PKK, étape majeure du processus de paix visant à mettre fin à plus de quatre décennies d'une guérilla qui a fait quelque 50.000 morts, selon Ankara.

Le mouvement accuse le gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan de ne pas poursuivre le processus suffisamment sincèrement et rapidement.

La rébellion kurde, "afin d'empêcher le gouvernement de l'AKP (parti au pouvoir, ndlr) de se chercher des excuses ou de justifier son approche insuffisante du processus, a complètement retiré il y a quelques jours (ses) forces se trouvant en Turquie, lesquelles ne représentaient aucun risque de conflit", a déclaré le mouvement à l'agence kurde Firat (ANF).

"Nous avons également évacué, à peu près au même moment, les quatre tunnels de guerre et positions à Metina, à l'ouest de Zap (en Irak, ndlr) afin que l'État turc ne les perçoive pas comme une menace", a ajouté le mouvement.

L'armée turque avait, à plusieurs reprises, frappé cette région notamment lors d'une vaste opération en avril 2022.

"Nous avons retiré toutes nos forces armées se trouvant à l'intérieur et à l'extérieur de la Turquie, susceptibles d'être considérées comme proches de la frontière", a insisté le PKK en précisant que "les exigences de notre stratégie visant à mettre fin à la lutte armée contre la Turquie et à entrer dans une lutte politique démocratique ont été pleinement remplies".

En revanche selon lui, depuis le vote de la loi en août, "le gouvernement de l'AKP n'a pris aucune mesure supplémentaire".

Dans le cadre de ce processus de paix historique, quatre sous-commissions ont été récemment créées par Ankara afin de superviser la dissolution du PKK, annoncée l'an passé en réponse à un appel en ce sens de son chef historique, Abdullah Öcalan.

L'une d'elles, consacrée au dépôt des armes du PKK, accueillera M. Öcalan lui même, sans que celui-ci ne soit toutefois autorisé à quitter sa prison.

Il s'agissait d'une demande, entre autres, du parti prokurde DEM, partie prenante du processus de paix.

La loi adoptée début août ne précisait pas quel sort serait réservé à Öcalan. Âgé de 77 ans et emprisonné depuis 1999 à l'isolement sur l'île-prison d'Imrali, au sud d'Istanbul, il purge une peine de prison à perpétuité. (AFP, 8 oct 2026)

Dans les régions kurdes de Syrie, les femmes redoutent un retour au "point zéro"…

Il y a cinq ans, Rohêyu Delil vivait encore chez ses parents, dans un village perdu du nord-est de la Syrie. Cette jeune Kurde aux yeux d'un bleu translucide venait d'achever le collège, sans désir de poursuivre ses études ni savoir ce qu'elle ferait de sa vie. De cette adolescence sage mais sans horizon, elle retient surtout : "n'avoir jamais vraiment eu conscience de qui [elle] était".

Elle a depuis rejoint les quelque 1 500 membres des Unités de protection de la femme (YPJ). Créée en 2013, cette unité de femmes combattantes s'est fait connaître à Kobané contre l'organisation État islamique (EI), avant de se battre au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS) jusqu'à la chute de Baghouz, en 2019.

Pour Rohêyu Delil, ce choix a été "existentiel". La formation militaire et idéologique qu'elle y a suivie a, dit-elle, bouleversé son rapport à elle-même : "Je me suis construite ici." Elle évoque la hevaltiya jin, la camaraderie entre femmes, comme une voie de transformation personnelle qui l'a conduite à renoncer au mariage et à la maternité, sans le ressentir comme un sacrifice.

Au Rojava, le rôle de ces femmes soldats dépasse le champ militaire. "Notre combat est éminemment politique. Nous avons démontré qu'une femme peut défendre ses droits sans qu'un père, un frère ou un mari la représente", affirme leur porte-parole, Roxana Mohammed. Les YPJ sont ainsi devenues le symbole d'une transformation profonde de la société kurde avec, entre autres, l'accès des femmes aux responsabilités, la coprésidence des institutions et la réforme du droit familial.

Ce modèle s'inspire du "confédéralisme démocratique "d'Abdullah Öcalan, fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), emprisonné depuis 1999. Mêlant féminisme, démocratie locale et héritage marxiste, sa mise en œuvre s'est toutefois traduite par une organisation verticale et fortement idéologisée.

Ses détracteurs accusent le Parti de l'union démocratique (PYD), qui domine l'Administration autonome du Nord et de l'Est de la Syrie (AANES), de marginaliser ses opposants, restreindre la liberté d'opinion et imposer sa doctrine.

Aujourd'hui, l'intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS) à l'État syrien et la disparition programmée des institutions de l'AANES menacent ces acquis. Dissoutes le 26 août en application de l'accord conclu avec Damas après l'offensive éclair de janvier, les FDS doivent rejoindre les structures nationales. Le processus est engagé pour les hommes, mais le ministère de la Défense, qui ne compte aucune femme dans ses rangs, refuse d'incorporer les YPJ dans ses effectifs.

"La pensée patriarcale domine sa hiérarchie. Certaines des factions qui y ont été incorporées après la victoire [contre la dictature, NdlR] ne sont pas prêtes à admettre notre présence", déplore Roxana Mohammed. Ces combattantes sont en cours de rattachement au ministère de l'Intérieur, mais au risque de perdre leur statut militaire et leur autonomie. "Nous souhaitons a minima rester un bloc cohérent et être déployées, pour l'heure, dans notre seule région : la confiance reste à construire", souligne encore leur porte-parole.

Cette inquiétude traverse de même les structures de l'ancienne AANES. En quatorze ans d'autonomie, la place des femmes s'est largement améliorée. "Nous avons interdit la polygamie et le mariage des mineures, instauré l'égalité entre filles et garçons en matière d'héritage et permis aux femmes de témoigner sans être accompagnées d'un tuteur garant de leur moralité. Nous luttons aussi contre les violences domestiques", énumère Siham Mulla Ali, coordinatrice de Kongra Star, principale organisation féminine de la région.

Au Rojava, ces dispositions ont même été consacrées par une "loi des femmes" adoptée en 2014, puis complétée en 2022 par des mesures relatives à la famille et aux enfants. Mais avec la réintégration, la justice est appelée à appliquer de nouveau le droit syrien. Or celui-ci autorise la polygamie, admet des dérogations au mariage des mineures et maintient les inégalités successorales entre les sexes.

"Nous refusons que les femmes soient effacées, de nouveau marginalisées", prévient Siham Mulla Ali. Dans les régions à dominante arabe de Raqqa et Deir ez-Zor, passées depuis janvier sous la tutelle de Damas, certaines lui ont déjà confié se sentir "revenues au point zéro, à la situation d'avant 2011".

Kongra Star, qui rassemble des femmes arabes, kurdes, syriaques, ou arméniennes, cherche désormais à élargir son action au-delà de la seule région du nord-est pour "peser dans les futurs débats".

"Avant, même dans la société kurde, la femme n'existait pas en tant que personne", témoigne Khouloud Abdo, coprésidente du Congrès de l'islam démocratique d'Hassaké. Elle-même a dû affronter ses frères pour étudier. "Les premières fois que je suis intervenue en public, je tremblais, je bégayais. Je n'avais jamais eu d'espace pour m'exprimer." Les larmes aux yeux, elle poursuit : "Nous avons tellement lutté pour simplement exister, comme Kurdes et comme femmes. Imaginer que l'on puisse nous arracher ces droits…"

Depuis 2014, chaque institution de l'AANES était en principe dirigée par un homme et une femme aux pouvoirs équivalents. Contestée jusque dans la société kurde, où certains y voyaient une parité plus formelle que réelle, cette coprésidence garantissait néanmoins aux femmes une place dans les instances de décision.

De prochains mois cruciaux pour le combat des femmes

Damas lui substitue désormais une direction unique. Selon Siham Mulla Ali, de nombreuses femmes proposées à des fonctions élevées ont déjà été écartées, tandis que les postes les plus prestigieux, comme celui de gouverneur de Hassaké, sont revenus à des hommes. "On nous parle de privilégier les compétences, mais les candidatures de femmes très compétentes ont été balayées d'un revers", insiste-t-elle.

La bataille se joue désormais autour de la future Constitution syrienne. Pour la militante de Kongra Star, une proclamation générale d'égalité ne suffira pas : elle réclame des garanties contraignantes sur les droits familiaux, la représentation politique et l'accès aux responsabilités, ainsi que des mécanismes empêchant qu'une loi ordinaire ou une décision administrative puisse les abolir.

Dans le camp des YPJ, sur les hauteurs du Jabal Kawkab, pas très loin d'hassaké, le soleil couchant donne une teinte pâle au paysage désertique. Engagée depuis six ans, Sosin Birhat veut croire irréversible le mouvement auquel elle a consacré une large partie de sa vie : "Les femmes ont trouvé leur chemin ; on ne peut plus revenir en arrière. Les institutions peuvent disparaître, mais l'idée qu'elles ont semée germera." (La Libre Belgique, Muriel Rozelier, 5 octobre 2026)

Message d'Özgüden à la conférence sur la représentation de la nation kurde à l'ONU



Malgré les incertitudes persistantes quant à la mise en œuvre de la loi visant à « mettre fin à l'existence de facto de l'organisation terroriste PKK/KCK et de toutes les formations qui lui sont liées », née de l'appel de Devlet Bahçeli pour une « Turquie sans terrorisme » et adoptée à une large majorité par la Grande Assemblée nationale turque, y compris par le parti DEM, le Congrès national du Kurdistan (KNK) a franchi une étape importante pour garantir la représentation de tous les Kurdes de Turquie, d'Irak, d'Iran, de Syrie et de la diaspora aux Nations Unies.
 
Dans son appel pour la tenue d'une conférence internationale à Bruxelles, le 3 octobre 2026, le KNK formule la juste demande suivante :
 
« Le Kurdistan compte environ 60 millions d'habitants. Malgré cette population importante, les Kurdes ne sont pas représentés au sein des organisations internationales. Notamment aux Nations Unies, où presque toutes les nations sont représentées, la nation kurde est totalement absente et son nom n'est même pas mentionné. De nombreuses réunions ont été organisées avec des experts sur cette question, et leurs avis ont été sollicités. De plus, une lettre à ce sujet a été adressée au Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, au nom du KNK. Cependant, il s'agit d'un problème majeur et important; il ne saurait être résolu par quelques réunions et quelques lettres. Le KNK ne peut relever ce défi seul. Une coopération aux niveaux national et international est indispensable. »

Doğan Özgüden, rédacteur en chef d'Info-Türk, a envoyé le message suivant à cette conférence internationale:

Chers amis,

"Comme je l’ai souligné à maintes reprises dans mes articles, alors que Saint-Kitts-et-Nevis, le Liechtenstein, Monaco, Saint-Marin, les Palaos et Tuvalu, dont la population ne compte que quelques milliers d’habitants, sont représentés aux Nations unies en tant qu’États membres jouissant de droits égaux, l’exclusion de la nation kurde, qui compte 60 millions d’habitants, de cette organisation internationale est une honte pour l’humanité.

"En tant que journaliste qui a l’honneur d’être, depuis 74 ans, aux côtés de mes amis kurdes, tant dans les médias que dans la lutte politique, je soutiens de tout cœur cette initiative historique lancée par le KNK pour assurer la représentation de la nation kurde aux Nations unies, et je vous souhaite plein succès."

L'article d'Özgüden sur la répresentation de la nation kurde à l'ONU publié à Artı Gerçek du 17 septembre 2026:

https://www.info-turk.be/577.htm#assurer

Au Kurdistan irakien, le traumatisme de la guerre avec l'Iran refait surface

Dans les montagnes verdoyantes du Kurdistan irakien, le conflit au Moyen-Orient a réveillé de douloureux souvenirs chez ceux qui, tout jeunes, ont vécu la guerre avec l'Iran voisin et craignent désormais une nouvelle bascule dans la violence.

A l'époque, la ville frontalière de Penjwen se trouvait en première ligne. Cette fois encore, elle a été fréquemment survolée par des drones et missiles, depuis le début du conflit déclenché par des frappes israélo-américaines contre l'Iran le 28 février.

"Chaque fois qu'un avion ou un missile passent au-dessus de nos têtes, les souvenirs refont surface", confie à l'AFP Omid Hassan, un ouvrier de 57 ans. "Repenser à tout cela m'inquiète et m'attriste".

Le 22 septembre 1980, l'Irak de Saddam Hussein attaquait son voisin iranien, déclenchant une guerre qui allait durer huit ans, tuer des centaines de milliers de personnes et plonger le pays dans une très longue période d'instabilité.

Installé sur l'un des marchés de la ville pour boire son thé, Ahmed Faraj, du même âge, se souvient "très clairement du 6 juin 1981, quand l'Iran a lourdement bombardé le centre-ville, faisant des dizaines de victimes".

 - "Les frontières n'existent plus" -

 Penjwen avait alors été en grande partie évacué et plus tard, Téhéran s'est emparé des collines environnantes, relate-t-il. "Finalement le régime irakien a rasé la ville, démolissant ses maisons à coups de TNT et de bulldozers, afin que les forces iraniennes ne puissent pas y pénétrer et établir une base".

Et en 1987-88, le gouvernement de Saddam Hussein a mené l'impitoyable "opération Anfal", au cours de laquelle environ 180.000 Kurdes auraient été tués.

"En temps de guerre, les frontières n'existent plus", souffle Ahmed Faraj.

Ancien élu au Parlement de cette région irakienne autonome, Abdul Rahman Ali Reda avait lui 10 ans quand les forces irakiennes ont incendié sa maison familiale à Penjwen.

"Cette image ne m'a jamais quitté", dit-il, aujourd'hui âgé de 53 ans.

"Les maisons, les écoles, les administrations et les lieux de culte ont tous été rasés, et même après toutes ces années, de nombreux bâtiments sont encore en ruines et n'ont jamais été reconstruits".

Il souligne que les habitants des zones frontalières sont ceux qui souffrent le plus, et doivent désormais se tenir prêts à affronter "toute catastrophe potentielle".

Ces derniers mois, le Kurdistan irakien a été régulièrement pris pour cible par Téhéran et les factions armées irakiennes qui lui sont alliées. Car la région abrite des troupes américaines et des groupes kurdes iraniens opposés à la République islamique, établis de longue date dans la zone.

 - "Pas notre guerre" -

 Au début du conflit, le président américain Donald Trump s'était prononcé en faveur d'une offensive de ces factions contre la République islamique, avant de revenir sur ses déclarations.

Des combattants de ces groupes - qualifiés de terroristes par Téhéran - ont eux écarté toute intervention en l'absence d'une insurrection populaire en Iran.

Si la violence des affrontements s'est atténuée en plus de six mois de guerre, le conflit, qui s'enlise et s'étend, provoque régulièrement des poussées de fièvre.

Parmi les groupes qui ont trouvé refuge au Kurdistan irakien, le parti Komala, fondé en 1969 par des étudiants et des intellectuels à Téhéran et dans les villes kurdes, a été visé dernièrement par des drones et missiles iraniens, à plusieurs reprises.

Téhéran "craint un soulèvement potentiel" et a envoyé des troupes au Kurdistan iranien, y compris le long de la frontière avec l'Irak, au cours des derniers mois, s'inquiète Idriss Kolahduzi, membre du Komala.

Selon lui, ce déploiement militaire supplémentaire ne peut "qu'accabler davantage les Kurdes, qui ne possèdent ni usines ni grandes installations industrielles, et dépendent essentiellement de l'agriculture dans les zones frontalières".

Dans un café de Pejwen, Hadi Abdullah, fonctionnaire de 56 ans en habits traditionnels kurdes, peste contre l'impact économique du conflit, qui a déjà engendré instabilité et hausse des prix.

"Ce n'est pas notre guerre et nous ne devrions pas y être entraînés", s'agace-t-il. (AFP, 26 sept 2026)

Minorités / Minorities

Déstabilisation, voile et Israël : rien ne va plus entre la Turquie et l’Azerbaïdjan

Guillaume Perrier, Le Point, 22 octobre 2026

«Deux États, une nation. » Comme le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, en visite éclair à Bakou mi-octobre, les responsables politiques en Turquie et en Azerbaïdjan se plaisent à rappeler les liens qui unissent leurs pays autour de l’identité et de la langue turques. Pourtant, depuis fin septembre, les deux frères se déchirent comme jamais autour de ce qui les sépare.

Le régime de Bakou accuse son voisin occidental de « tentative de déstabilisation ». Le site d’information proche du pouvoir Qafqazinfo pointe même directement l’action néfaste des services secrets turcs, le MIT, et de quelques-unes de ses officines comme l’agence de coopération (Tika) ou l’organisation humanitaire islamiste IHH… Leur but serait de « s’immiscer dans les affaires intérieures de l’Azerbaïdjan, bâtir un réseau de fidèles à la Turquie, mener des opérations de renseignement et attiser les troubles internes », accuse le compte rendu de Qafqazinfo. Du jamais-vu entre les deux pays.

D’un côté, la Turquie est dirigée depuis vingt-trois ans par le régime islamiste-nationaliste de Recep Tayyip Erdogan, qui n’a eu de cesse, depuis son arrivée au pouvoir, de remettre en cause les fondements laïques de l’État turc, bâtis par Mustafa Kemal « Atatürk », au profit d’un islam politique. De l’autre, l’Azerbaïdjan, dictature post-soviétique gorgée de pétrole et de gaz, est dirigé par la famille Aliev. De culture chiite, contrairement à la Turquie sunnite, la société azerbaïdjanaise a été largement désislamisée après des décennies de pouvoir soviétique.

Crise du voile

Leur belle entente s’est fissurée le 21 septembre avec la promulgation en Azerbaïdjan de nouvelles règles pour renforcer la laïcité à l’école. Et pour interdire les vêtements « qui rompent l’uniformité de la tenue scolaire imposée ou qui ne sont pas conformes au principe de laïcité. Ce n’est pas de l’islamophobie, c’est de la pédagogie », se défend le directeur de Vision TV, un autre média de propagande progouvernementale.

Le port du voile islamique, ouvertement visé, est plutôt rare en Azerbaïdjan, mal vu et très encadré. Mais depuis la rentrée, des élèves et des enseignantes se sont fait refuser l’accès aux salles de classe sous ce prétexte. En cause, un changement de loi pour renforcer l’école publique laïque. Une vidéo montrant deux écolières en pleurs après avoir été refoulées à la porte de leur établissement a ému bien au-delà des frontières du pays.

En Turquie, les partis conservateurs et nationalistes y ont vu une analogie avec ce qui se passait trente ans plus tôt sous le régime militaire turc. Le quotidien Türkiye, vitrine médiatique du parti d’action nationaliste (MHP) des « Loups gris », parle de « crise du voile » et estime que « les images qui circulent sur les réseaux sociaux rappellent les événements du 28 février 1997 », en référence au dernier coup d’État militaire en Turquie. Le leader nationaliste, Devlet Bahçeli, allié d’Erdogan, a toutefois mis en garde contre « les graines de la discorde » qui seraient semées entre les deux pays turciques.

Le président turc lui-même a critiqué la décision de Bakou, dès le 22 septembre, au cours de son discours devant l’Assemblée générale de l’ONU, à New York. « Les interdictions du voile mises en place dans les écoles de certains pays, sont une atteinte aux droits les plus fondamentaux », a déploré Recep Tayyip Erdogan. On se souviendra que, pour contourner une interdiction similaire, l’ancien maire d’Istanbul avait envoyé ses deux filles étudier aux États-Unis, au début des années 2000.

Sanctions et listes noires

« Nous attendons de l’Azerbaïdjan qu’il revienne au plus vite sur cette erreur », a déclaré pour sa part son conseiller en chef, Oktay Saral. En réponse, le parti du président Ilham Aliev, le nouveau parti d’Azerbaïdjan (YAP), a qualifié ces critiques de « populistes » et « irresponsables ». Bakou a dénoncé des centaines de comptes de désinformation sur les réseaux sociaux et accusé Ankara et Téhéran d’actions de déstabilisation coordonnées…

Autre signe de la colère de l’autocrate Aliev contre son aîné turc : mercredi 21 octobre, au moins 31 personnes de nationalité turque ont été frappées d’une interdiction d’entrée sur le territoire azerbaïdjanais. Des personnalités dont les positions publiques constitueraient, selon Bakou, « une menace à la sécurité nationale » et une tentative « de renverser le gouvernement ». La liste compte des figures politiques, des journalistes et des universitaires, tous proches du parti d’Erdogan...

Parmi les plus vocaux figure la vice-présidente du groupe parlementaire AKP (parti de la justice et du développement, au pouvoir) à l’Assemblée nationale, Leyla Sahin. Cette femme de 53 ans est un symbole pour les islamistes. Étudiante, elle avait été refoulée de l’université turque en 1998 à cause de son foulard, puis elle avait choisi de s’exiler en Autriche, d’où elle avait mené la bataille juridique par un recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme, qui l’avait finalement déboutée en 2005.

L’autre pomme de discorde qui apparaît entre la Turquie et l’Azerbaïdjan, c’est leur relation avec Israël. Ankara, allié traditionnel de l’État hébreu, a pris ses distances avec le gouvernement de Benyamin Netanyahou et sa stratégie belliciste dans la région. En mai 2024, le pays avait déjà restreint ses exportations vers Israël et, en 2025, elle avait interdit à ses navires d’y accoster.

Divergences sur Israël

L’été dernier, les échanges entre Erdogan et Netanyahou se sont envenimés, le second qualifiant le premier de « dictateur antisémite », en réponse à un mandat d’arrêt pour « génocide » lancé par la justice turque. La Turquie est présentée comme une menace. En Syrie, les deux pays se toisent et l’armée israélienne, qui occupe le Sud syrien, a mené plusieurs frappes contre des installations militaires que les Turcs étaient suspectés d’occuper.

Dans le même temps, Bakou a, au contraire, resserré son alliance avec Tel-Aviv. En 2020, Israël a été l’un des principaux alliés et fournisseurs d’armes de l’Azerbaïdjan, lancé dans son opération de reconquête du Haut-Karabakh. Ensuite, la guerre contre l’Iran a fait du territoire azerbaïdjanais un poste d’observation stratégique. Dans un environnement hostile, Israël se repose aussi sur ce petit État du sud du Caucase pour son approvisionnement en hydrocarbures. Israël importe d’Azerbaïdjan jusqu’à 40 % de son pétrole et de son gaz. Des ressources qui transitent par le pipeline Bakou Tbilissi Ceyhan, via la Turquie.

Ces divergences ont pris un tour conflictuel, mi-octobre, avec le voyage du président israélien, Isaac Herzog, à Bakou. La Turquie interdit depuis 2024 aux avions officiels israéliens de survoler son territoire, mais elle continue d’autoriser les vols civils à destination et en provenance d’Israël. En raison de ces restrictions, Benyamin Netanyahou avait renoncé à une visite en Azerbaïdjan.

Cette fois, le président Herzog a emprunté un avion civil de la compagnie azerbaïdjanaise AZAL, pour se poser à Bakou. Sans en avertir Ankara. Un appel téléphonique entre Erdogan et Aliev, le 21 octobre, pourrait permettre d’aplanir le différend. L’autocrate azerbaïdjanais a été invité à participer au 13e sommet de l’Organisation des États turcs, qui doit se tenir à la fin du mois à Ankara.


Politique intérieure/Interior Politics

Le maire d'Izmir quitte l'opposition pour rejoindre le parti au pouvoir

Le maire d'Izmir, troisième ville de Turquie et bastion de l'opposition, a fait défection mercredi pour rejoindre le parti au pouvoir, l'AKP, une importante victoire symbolique pour le président turc Recep Tayyip Erdogan.

La décision du maire Cemil Tugay de rejoindre le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) a été annoncée par M. Erdogan lors d'une réunion du groupe parlementaire à Ankara, où il l'a accueilli dans une ambiance quasi festive, retransmise en direct à la télévision.

"Je souhaite la bienvenue au maire d'Izmir, Cemil Tugay, qui rejoint aujourd'hui la famille de l'AKP", a déclaré M. Erdogan.

"Nous nous mettons en route pour remettre Izmir sur pied, résoudre ses problèmes et la reconstruire presque entièrement", a affirmé à son tour Cemil Tugay.

La prise de contrôle de la mairie d'Izmir, bastion laïc sur la côte égéenne de la Turquie gouverné depuis 27 ans par les sociaux-démocrates de l'opposition, constitue un coup politique majeur pour Erdogan.

Mais bien qu'elle contribue à étendre l'influence de l'AKP à Izmir, elle ne signifie pas que ce parti dispose d'une majorité au sein du conseil municipal métropolitain de la ville, qui reste dominé par l'opposition.

Cette défection intervient alors que l'opposition turque affronte une répression de plus en plus intense, avec nombre d'arrestations et de procès que les observateurs jugent politiquement motivés, visant ses maires et élus.

Cette vague de répression a suivi la victoire éclatante du principal parti d'opposition de l'époque, le CHP (Parti républicain du peuple), aux élections municipales de mars 2024, infligeant une lourde défaite à l'AKP et portant un coup dur à M. Erdogan.

Depuis, l'opposition turque fait face à une campagne d'intimidation grandissante qui a entraîné l'arrestation de six maires de province, dont le maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, ainsi que de 29 maires de district, dont 13 à Istanbul.

Parallèlement aux procès, on observe un nombre croissant de défections, au moins 17 maires de l'opposition ayant rejoint l'AKP avant la défection de M. Tugay.

 -"Sa femme devrait le quitter"-

 La décision de M. Tugay est intervenue après des semaines de rumeurs concernant son intention de changer de parti.

M. Tugay a été élu maire en mars 2024 avec 48,97 % des voix, soit près de 1,3 millions de votes dans la troisième ville de Turquie, qui compte près de 4,5 millions d'habitants.

Mais en juin, il a démissionné du parti à la suite d'une décision de justice controversée qui a plongé le CHP dans la crise et entraîné l'éviction de son chef, Özgür Özel, qui a fondé le Yeni Parti (Nouveau Parti), aujourd'hui principale formation d'opposition en Turquie.

Malgré son départ, M. Tugay n'a pas suivi M. Özel, affirmant vouloir rester indépendant. Des rumeurs ont circulé durant l'été, laissant entendre qu'il envisageait de rejoindre l'AKP, ce qu'il avait toujours nié.

"Si j'étais à la place de sa mère, je n'oserais plus me montrer en public. Sa femme devrait le quitter", a réagi Kadir Ozturk, retraité et habitant d'Izmir.

"Je suis ravi car sous le CHP, Izmir a considérablement régressé. Il n'y avait aucun investissement", a de son côté affirmé Mert, chauffeur de taxi.

-Défection par "peur"-

Selon l'analyste politique Berk Esen, la défection de M. Tugay correspond à "la poursuite de la stratégie de l'AKP visant à surmonter sa lourde défaite aux élections locales de 2024 par la force et la répression".

Les maires d'opposition ne changent pas de camp parce qu'ils ont changé d'idéologie, beaucoup le font "par peur", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Dans un contexte de répression judiciaire croissante, qui dure depuis près de deux ans, certains maires d'opposition ont décidé de changer de camp. Et Cemil Tugay en est un exemple flagrant", a-t-il ajouté.

Plus d'une centaine de personnes se sont réunies mardi soir à Izmir pour protester contre la défection du maire. Une nouvelle manifestation est prévue mercredi soir, mais la police a fermé l'accès à plusieurs places du centre ville, selon des journalistes de l'AFP sur place.

S'exprimant mardi lors d'une réunion du Yeni Parti au parlement, M. Özel a dénoncé la campagne de pression, de menaces et de chantage dont sont victimes les élus d'Izmir.

"Ceux qui n'ont pas cédé à ces pressions, quitte à être en prison, et qui n'ont pas trahi leurs amis et leur parti, sont nos frères jusqu'à la mort. Ceux qui nous ont vendus et sont partis sont des traîtres. Et ceux qui les ont achetés sont des voleurs de la volonté nationale", a-t-il déclaré. (AFP, 7 oct 2026)

Scandale financier en Turquie : l'opposition accuse deux ministres

L'opposition turque a accusé jeudi deux ministres de s'être enrichis dans un vaste scandale boursier lié à des fonds d'investissement, accentuant la pression sur le président Recep Tayyip Erdogan.

Le député d'Izmir du Parti Yeni (Nouveau), Ümit Özlale, a désigné publiquement le ministre du Commerce Ömer Bolat et la ministre de la Famille Mahinur Özdemir Göktas.

Selon un communiqué du parti, il a affirmé que les autorités disposaient de documents prouvant ses accusations et demandé aux deux ministres "de faire, devant l'opinion publique, des déclarations détaillées".

Dans cette affaire, l'Autorité des marchés de capitaux de Turquie (SPK) a été contrainte de liquider sept sociétés qui géraient 131 fonds d'investissements, dont les actifs sont évalués à environ 17 milliards de dollars par la presse turque.

Leurs actifs étaient essentiellement toxiques, avec notamment des valeurs d'actions sans lien avec la réalité des activités et des volumes d'échange hautement suspects.

Le gouvernement a promis de rembourser les 455.000 petits épargnants lésés. Au total, 85 personnes ont été placées en détention provisoire.

Une ex-ministre et personnalité de premier plan du Parti de la justice et du développement (AKP, au pouvoir) a été contrainte à la démission sans avoir été inquiétée par la justice.

Et les procureurs ont demandé au ministère des Finances l'autorisation d'enquêter sur Ibrahim Omer Gonul, ex-président de l'autorité des marchés, selon l'agence de presse Anka. Il est soupçonné d'avoir manqué à ses responsabilités pendant son mandat de quatre ans, achevé en avril.

Selon Ümit Özlale, "les allégations de transactions privilégiées et d'utilisation, à des fins de gain personnel, d'informations obtenues du fait de l'exercice d'une fonction publique ne peuvent pas rester sans réponse".

S'adressant au président Erdogan, l'élu a exigé qu'il publie avant lundi "la liste complète des personnalités de l'AKP" suspectés de malversations.

A défaut, il a promis de le faire.

Il a aussi affirmé avoir informé l'an passé le ministre des Finances Mehmet Simsek sur les responsables concernés. "Aucune de ces mises en garde n'a été prise en compte", selon lui. (AFP, 8 oct 2026)

Scandale financier en Turquie: les avoirs d'une ex-ministre gelés

La justice turque a gelé les avoirs d'une ex-ministre et poids-lourd du parti du président Recep Tayyip Erdogan, dans un scandale boursier qui secoue l'échiquier politique juste avant l'ouverture de la session parlementaire.

L'étau s'est resserré sur Fatma Betül Sayan Kaya, après l'annonce ce week-end de sa démission de toutes ses fonctions au sein du Parti de la Justice et du développement (AKP), dont elle était une des vice-présidents.

"Une lettre concernant le gel de l'ensemble des biens appartenant à Ilyas Kaya et à son épouse (...) a été envoyée aux institutions compétentes", a indiqué le parquet général d'Istanbul mardi soir, dans un communiqué publié par les médias turcs.

Le nom de l'ancienne ministre de la Famille (2016-18) avait émergé dans la presse ces derniers jours, en marge d'une immense affaire qui aurait lésé plus de 455.000 investisseurs particuliers.

Elle n'a reconnu aucune infraction, affirmant souhaiter simplement que "l'enquête puisse être menée de manière indépendante, impartiale, et sans la moindre suspicion ni influence indue".

 - Actifs toxiques et montages illégaux -

 La crise a débuté quand l'Autorité des marchés de capitaux de Turquie (SPK) a ordonné fin août aux fonds d'investissements de ne plus placer leurs actifs sur une seule action et de diversifier leurs placements.

Pour s'y conformer, ils ont commencé à vendre des actions et les investisseurs à se retirer. Certains fonds ont alors déclaré n'être pas en mesure de liquider leurs actifs assez rapidement.

La SPK a placé en liquidation sept sociétés qui géraient 131 fonds, dont les actifs toxiques seraient évalués à environ 15 milliards d'euros.

Le gouvernement et la majorité ont depuis promis de rembourser aux victimes les pertes accumulées et de punir les coupables, y compris dans leur propre camp si nécessaire.

Mais si les mesures prises pour calmer les marchés semblent fonctionner, la dimension politique du scandale ne faiblit pas.

Le Nouveau Parti (Yeni, opposition) a promis de publier la liste des personnalités de l'AKP qui auraient bénéficié de détournements de fonds.

Il accuse Mme Kaya d'avoir investi dans ces montages véreux pour 63 millions de livres turques (1,15 million euros) en avril, avant de les revendre en septembre avec un bénéfice d'environ 1,3 milliard (23,6 millions euros).

Avec les agissements distincts de son mari, les profits du couple atteindraient les 2,2 milliards (environ 40 millions euros), selon Gokhan Gunaydin, porte-parole du Nouveau Parti. Certains médias affirment que la responsable a depuis remboursé les sommes amassées, tout en relevant qu'elle n'était toujours pas poursuivie.

Le ministre de la Justice Akin Gürlek a déclaré pour sa part mercredi que 217 suspects étaient désormais visés. Parmi eux, 56 ont été placés en détention provisoire et 88 sont sous contrôle judiciaire.

 - "Sommet de l'iceberg" -

 L'enquête, a-t-il assuré sur X, continue de s'étendre. "Les mouvements sur 26 actions considérées comme susceptibles d'avoir fait l'objet d'opérations spéculatives et manipulatoires sont examinés en détail", a-t-il écrit.

"L'historique des transactions, les flux financiers et les (...) comptes ayant réalisé des gains à des taux extraordinairement élevés en peu de temps font également l'objet d'investigations".

Le président Erdogan a mis en place un comité ad hoc pour gérer la crise, en martelant mardi que l'AKP était un parti propre, comme son nom l'indique" (en turc, "ak" signifie "blanc" NDLR).

Désignant l'opposition, il a ajouté : "sans même regarder leurs propres dossiers, noirs comme du charbon, ils essaient de nous donner des leçons de morale et d'éthique politique. Je leur dis : +Fichez-moi le camp+".

Le sujet risque de parasiter l'ouverture de la session parlementaire jeudi, lors de laquelle le chef de l'Etat doit prononcer un discours.

Le chef de l'opposition turque Özgür Özel a décidé de ne pas y participer. Le cas de Mme Kaya n'est que "le sommet de l'iceberg", a-t-il affirmé, qualifiant ce scandale de "casse du siècle".

Mercredi, lors d'une réunion de parlementaires de son parti, il a annoncé la création de "groupes de travail" pour enquêter, souhaitant que sa formation participe à une commission parlementaire si elle était créé.

"D'une manière ou d'une autre, nous démasquerons nous-mêmes ceux qui ont volé l'argent", a-t-il promis. (AFP, 30 sept 2026)

Forces armées/Armed Forces

L'armée turque restera en Irak et Syrie jusqu'à la "sécurisation des frontières"

Turquie maintiendra ses troupes en Syrie et en Irak en accord avec ses voisins jusqu'à ce que la sécurité de son territoire soit pleinement assurée, a prévenu dans un entretien avec l'AFP le ministre turc de la Défense.

Sans divulguer de détails sur les unités projetées, Yasar Güler a argué de la nécessité de poursuivre la lutte antiterroriste et de sécuriser ses frontières.

"Nous maintenons notre présence militaire en Irak et en Syrie", a-t-il déclaré dans une interview à l'AFP réalisée par écrit. "Lorsque nous jugerons que les conditions nécessaires seront réunies en matière de sécurité régionale et frontalière, le statut de nos zones de déploiement et de notre présence dans la région sera réexaminé".

Le ministre n'a pas précisé le nombre de soldats concernés.

Mais selon une source sécuritaire irakienne, ils seraient entre 800 et 1.000 en Irak. Quant à la Syrie, ils étaient entre 16.000 et 18.000 au moment de la chute de Bachar al-Assad fin 2024, selon des sources turques à l'époque.

Aucune estimation fiable plus récente n'était disponible.

"Il ne serait pas exact d'évaluer notre présence militaire en Irak et en Syrie uniquement sur la base de nos effectifs", a fait valoir le ministre.

"Notre structure de forces et notre posture sur le terrain sont définies (...) en fonction de l'évolution de la menace terroriste, de la sécurité de nos frontières, des développements sur le terrain et de la coopération avec les pays concernés".

 - "Déploiement ou création de bases" -

 La Syrie post-Assad a fait entrer Ankara dans une nouvelle ère. Les deux voisins sont devenus alliés et travaillent à "un document stratégique global", selon les termes du ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani.

"Une coordination étroite dans le domaine de la sécurité a été mise en place", notamment en matière de renforcement capacitaire et de formation, a expliqué Yasar Güler.

Des sources turques ont aussi évoqué des discussions pour déterminer le "statut légal" futur des troupes d'Ankara de l'autre côté de la frontière. Le ministre a refusé de détailler ces "plans de déploiement ou de création de bases qui n'ont pas été rendus publics".

Mais "une fois la menace terroriste dans la région complètement éliminée, la sécurité des frontières assurée et l'autorité de l'État pleinement et uniformément établie sur l'ensemble du territoire syrien, sans exception, le statut de nos forces sera réévalué".

Plus à l'est, la question de la présence turque en Irak est, elle, étroitement liée au processus de paix entamé en 2024 avec la rébellion kurde.

Les services de renseignement d'Ankara ont récemment confirmé que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) avait évacué quatre bases du nord de l'Irak, étape majeure du processus.

Cela "ne signifie pas que les mesures de sécurité ont été assouplies", a prévenu pour autant le ministre. "Nos forces armées et unités de sécurité continuent de suivre de près les développements sur le terrain".

 - "Soutien aux forces armées irakiennes" -

 En parallèle, Ankara observe "les initiatives du gouvernement central irakien pour désarmer les milices et les placer sous le contrôle de l'État".

Le 1er octobre Bagdad a fixé au 30 juin prochain la date butoir pour le désarmement des factions pro-iraniennes sur son territoire, consécutif au retrait de la coalition antijihadiste dirigée par les États-Unis.

Les forces internationales avaient été déployées en 2014 en Irak et Syrie, où le groupe État islamique (EI) s'était emparé de vastes pans de territoires et y avait commis de multiples atrocités.

Fin septembre, Ankara s'est par ailleurs engagé à remettre progressivement aux forces irakiennes le contrôle de la base turque de Bachiqa, à une trentaine de kilomètres de Mossoul (nord irakien). Etablie en 2015, la base a accueilli jusqu'à 600 soldats, selon la presse turque.

Au-delà, le ministre turc de la Défense a fait état de contacts destinés à "élever à un niveau supérieur la coopération militaire et sécuritaire" bilatérale.

Son pays, assure-t-il, entend "soutenir les forces armées irakiennes (...) dans le développement de leurs capacités militaires, le partage d'expérience (...) dans l'antiterrorisme, la formation et la coopération dans l'industrie de défense".

Et Yasar Güler de souligner combien, pour la Turquie, sécurité nationale rime avec stabilité régionale.

"Notre lutte contre le terrorisme se poursuit sans concession pour la sécurité de notre pays ainsi que pour la paix et la stabilité de notre région", a-t-il relevé. (AFP, 20 oct 2026)

Conflit avec les Houthis: la Turquie et le Pakistan vont envoyer des forces militaires en Arabie saoudite

La Turquie et le Pakistan, liés par un pacte de défense mutuelle avec l'Arabie Saoudite, ont annoncé lundi envoyer des forces militaires dans le royaume, cible d'attaques régulières de la part des combattants houthis du Yémen.

Après une réunion à Ryad, les trois pays se sont mis d'accord pour passer "immédiatement à la mise en pratique de l'accord de défense mutuelle", signé en août à La Mecque, et "de prendre les mesures nécessaires pour fournir les forces et moyens militaires convenus, et les déployer rapidement dans le royaume", est-il écrit dans un communiqué commun des trois pays.

Le texte ne nomme pas directement les Houthis pro-iraniens, mais "condamne dans les termes les plus forts" les frappes ayant visé les villes saintes de Médine et La Mecque - imputées aux Houthis par l'Arabie saoudite - ainsi que "les attaques continues sur les villes et installations civiles et économiques" du pays.

C'est la première fois que cet accord associant la deuxième armée de l'Otan (la Turquie), la principale puissance du Golfe (Arabie Saoudite) et la seule puissance nucléaire du monde musulman (le Pakistan) est mis en action.

Les hostilités entre les forces gouvernementales yéménites, soutenues par l'Arabie saoudite, et les combattants houthis, au pouvoir dans une grande partie du Yémen depuis une décennie, ont repris en juillet après des années d'accalmie, ouvrant un nouveau front dans la guerre au Moyen-Orient.

A l'issue d'une offensive éclair en septembre, les Houthis ont pris le contrôle de tout le littoral ouest du Yémen, bordant la mer Rouge. Et ils ciblent depuis régulièrement les installations pétrolières et militaires du royaume voisin.

L'Arabie saoudite et les forces gouvernementales yéménites, peinant à repousser les attaques des Houthis, ont plusieurs fois demandé du soutien international, notamment des Etats-Unis, sans succès jusqu'ici.

 - Espace aérien "pas sûr" -

 Soutenues par les avions de combat saoudiens, les forces gouvernementales du Yémen ont annoncé dimanche une vaste contre-offensive pour reprendre aux Houthis les territoires récemment conquis, voire les déloger de l'ensemble du pays.

Elles ont affirmé avoir mené plus de 1.000 frappes, et lancé une offensive sur la capitale Sanaa, aux mains des Houthis depuis 2015.

La coalition dirigée par l'Arabie saoudite, alliée militaire depuis 2015 du gouvernement yéménite réfugié à Aden, a reconnu un "soutien aérien 24H/24 aux forces armées yéménites au sol", indiquant que "100 avions de combat ont participé" à l'offensive et que "324 cibles de grande valeur" ont été détruites.

Selon les Houthis, une femme et une fillette ont péri dans des bombardements dans la province de Sanaa.

  Ces combattants ont de leur côté averti les compagnies aériennes que le ciel au-dessus de l'Arabie saoudite n'était "pas sûr" - à l'exception des villes saintes de Médine et La Mecque, qu'ils soutiennent ne jamais avoir visées.

Dans la soirée, des fortes explosions ont été entendues à Ryad par un journaliste de l'AFP et des habitants.

"J'ai vu mes fenêtres trembler", a décrit l'un d'eux, résidant non loin de l'aéroport international de la capitale saoudienne.

 - Oléoduc à l'arrêt -

 Dimanche, le très stratégique oléoduc Est-Ouest, qui permet à l'Arabie saoudite de transférer son pétrole bloqué à l'est à cause du verrouillage du détroit d'Ormuz vers l'ouest du royaume, avait également été pris pour cible, et a été mis à l'arrêt - il avait déjà dû l'être le mois dernier.

"Une station de pompage située à Khurais, à l'est de Ryad, a été touchée. Elle n'avait jamais été visée auparavant. Les dégâts sont importants et les pompages ont de nouveau été interrompus", a indiqué à l'AFP une source du secteur énergétique.

Le patron du géant pétrolier saoudien Aramco a mis en garde contre le niveau "dangereusement faible" des stocks mondiaux de pétrole, quelques jours après que les pays du G7 ont annoncé une libération des stocks pour atténuer les inquiétudes concernant l'approvisionnement.

La coalition a elle également déclaré "assurer la protection aérienne du détroit de Bab el-Mandeb", essentiel pour le transport des hydrocarbures.

Les Houthis avaient renforcé en septembre leur contrôle sur ce détroit, dont l'importance stratégique s'est accrue avec le verrouillage par l'Iran de celui d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule arabique, après le début de la guerre au Moyen-Orient en février.

Les combats entre les forces gouvernementales et les Houthis se poursuivent aussi sur le littoral du Yémen, où des sources militaires ont affirmé lundi que les forces progouvernementales avaient coupé la seule voie d'approvisionnement vers la ville de Mokha, prise par les Houthis en septembre - s'abstenant toutefois de confirmer officiellement la reprise de ce port stratégique. (AFP, 5 oct 2026)

France et Turquie signent un programme de coopération militaire

Paris et Ankara ont signé une "feuille de route pour développer leurs relations en matière de défense et de sécurité", dans un contexte de conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, a-t-on appris jeudi de sources officielles.

Les deux membres de l'Otan divergent parfois, voire sont rivaux sur certains théâtres, selon les enjeux géopolitiques. Mais ils souhaitent institutionnaliser leurs relations militaires sur leurs intérêts communs.

La feuille de route prévoit notamment "la lutte contre les menaces hybrides, le partage de renseignements, un renforcement de la coopération en matière de défense aérienne et l'amélioration de l'interopérabilité des systèmes" d'armement, selon le ministère turc de la Défense.

Des formations sont aussi prévues, ainsi que des entraînements conjoints et "des échanges réciproques (...) entre les écoles de guerre".

Des réunions régulières se tiendront alternativement à Paris et à Ankara, la première "pour le dernier trimestre 2026", selon la même source.

Samedi, le directeur général des relations internationales et de la stratégie de l'armée française (DGRIS) avait salué sa rencontre à Paris avec son "homologue turc, le lieutenant-général Ilkay Altindag pour un dialogue stratégique" bilatéral.

"Dans un environnement géopolitique marqué par la guerre en Ukraine et les tensions persistantes au Moyen-Orient, cette rencontre nous a permis de partager nos analyses et d'identifier des convergences", avait ajouté Guillaume Ollagnier sur LinkedIn, évoquant déjà cette "feuille de route".

Les relations franco-turques sont contrastées. En 2020, un incident avait opposé leurs marines en Méditerranée.

La France participait pour l'Otan à une tentative de contrôle d'un cargo suspecté de transporter des armes en Libye. Les navires turcs assuraient la protection du cargo et ont illuminé le navire français "avec leur radar de conduite de tir", selon Paris. Une version contestée par Ankara.

Bien d'autres sujets restent clivants mais les points de convergence sont tout aussi nombreux.

Les deux pays sont membres de la Coalition des volontaires, prête à mettre en oeuvre des garanties de sécurité pour l'Ukraine après un hypothétique cessez-le-feu avec la Russie.

Le Royaume-Uni sera la nation-cadre pour le volet terrestre, la France pour le volet aérien et la Turquie pour la partie maritime, a indiqué à l'AFP une source informée du dossier en France.

D'un point de vue industriel, la Turquie est par ailleurs intéressée depuis des années par le système franco-italien de missiles sol-air mobile SAMP-T (ou Mamba). (AFP, 8 oct 2026)

Un "travail" en cours sur le transfert à un pays tiers des systèmes antiaériens russes de la Turquie

Le Kremlin a fait état mercredi d'un "travail" en cours entre Moscou et Ankara au sujet du transfert possible par Ankara de systèmes de défense antimissiles russes à un pays tiers, qui devrait être un pays allié de la Russie.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a déclaré samedi que Moscou pourrait éventuellement donner son accord à la revente des systèmes S-400 à un pays "responsable et lié par des relations amicales" avec la Russie, sans plus de détails.

"Ce sujet est à l'ordre du jour. Un travail approprié et des contacts appropriés sont en cours", a déclaré mercredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, en répondant à une question de l'AFP lors de son point presse quotidien.

La Turquie avait acheté ces systèmes de défense antiaérien en 2017, à une époque où les relations étaient tendues entre Washington et Ankara. Ils n'ont jamais été activés à d'autres fins que pour des tests.

Cet achat avait valu à la Turquie d'être exclue du programme américain de chasseurs F-35 en 2019, la privant d'appareils déjà payés, et d'être soumise l'année suivante à des sanctions américaines.

La livraison de moteurs F110 pour le chasseur turc KAAN a été également entravée.

Ankara cherche depuis longtemps à résoudre le contentieux sur les F-35 et les systèmes S-400. Mais le consentement de la Russie est nécessaire pour leur revente, la Turquie ne disposant pas de licence de ré-exportation. (AFP, 30 sept 2026)

Affaires religieuses / Religious Affairs

31 ressortissants turcs interdits d'entrée à l'Azerbaïdjan sur fond de tensions " hijab à l'école"

L'Azerbaïdjan a interdit mercredi l'entrée à 31 ressortissants turcs, dont des députés et des dirigeants de partis, sur fond de tensions inédites entre les deux alliés à la suite des restrictions imposées par Bakou sur le voile islamique à l'école.

Les tensions ont pris de l'ampleur depuis l'introduction, le mois dernier, de nouvelles règles sur les uniformes scolaires en Azerbaïdjan, interdisant les accessoires jugés incompatibles avec la laïcité.

Bien que ces règles ne mentionnent pas le voile, des jeunes filles portant le hijab auraient été refusées à l'entrée d'établissements scolaires, provoquant des manifestations.

Le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères a indiqué que les personnes refoulées avaient publié sur les réseaux sociaux des déclarations "visant la souveraineté, la sécurité nationale, l'ordre constitutionnel, la population et les dirigeants" du pays.

Elles ont appelé "au renversement violent du gouvernement, ainsi qu'à des actes de violence motivés par le radicalisme religieux, à l'incitation à la haine et à l'hostilité religieuses", a ajouté le communiqué, sans plus de précisions.

Bakou a aussi prévenu que d'autres "mesures appropriées" pourraient être envisagées.

La liste comprend notamment Omer Faruk Gergerlioglu, député du parti d'opposition DEM, ainsi que deux responsables de formations minoritaires. Des journalistes, blogueurs, experts des questions religieuses et un ancien responsable de l'AKP, le parti au pouvoir en Turquie, y figurent également.

 - "Ridicule" -

 Ankara n'a pas officiellement protesté, mais la présidence a fait état d'un entretien téléphonique entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue azéri Ilham Aliyev, sans mentionner l'incident.

Le président Erdogan a souligné que les deux pays, "forts de leurs liens fraternels, porteraient leur coopération à un niveau supérieur", selon le texte publié sur X.

"Je trouve cela ridicule. J'y vois un signe de faiblesse. Le gouvernement Aliyev opprime son propre peuple et ne tolère même pas les critiques d'un député d'un pays voisin", a affirmé à l'AFP le député du DEM, Ömer Faruk Gergerlioglu.

"C'est un honneur pour moi. Si on me bloque parce que je défends la justice et m'oppose à la tyrannie, qu'il en soit ainsi", a-t-il ajouté, accusant Ankara de "garder le silence" pour préserver "une alliance d'intérêts" entre les deux pays.

"Il nous suffirait que l'interdiction du voile (...) soit levée, nous n'avons même pas besoin de venir", a ironisé de son côté Fatih Erbakan, député et chef du Nouveau Parti du bien-être, également interdit d'entrée.

Le torchon brûle entre les deux pays depuis qu'Oktay Saral, conseiller du président Erdogan, a critiqué les restrictions sur le port du voile. En réaction, le parti du président Aliyev a accusé les critiques turques d'ingérence dans ses affaires intérieures.

Les deux pays turcophones entretiennent des relations politiques et militaires étroites, résumées par la formule "une nation, deux États".

Mais l'Azerbaïdjan est devenu l'un des États les plus laïques du monde musulman, alors que la Turquie affiche une politique ouvertement islamo-conservatrice.

L'incident de mercredi intervient après l'inculpation à Bakou du journaliste turc Celal Ciftci, accusé d'avoir prôné un coup d'État violent et fait la promotion de l'extrémisme religieux.

Les autorités de l'ex-république soviétique ont demandé l'aide d'Ankara dans cette affaire, sans réponse officielle jusqu'à présent. (AFP, 21 oct 2026)

Plus de 2.000 proches de jihadistes toujours aux mains des Kurdes en Syrie

Quelque 2.200 proches de jihadistes présumés d'une cinquantaine de nationalités se trouvent toujours dans un camp du nord-est de la Syrie sous le contrôle des Kurdes malgré un accord d'intégration des institutions kurdes au sein de l'Etat syrien.

Une équipe de l'AFP qui s'est rendue lundi dans le camp de Roj, où se trouvent notamment des Russes, des Français et des Britanniques, a pu voir des femmes en niqab, des enfants et des adolescents circuler parmi les tentes de toile. Certains ont refusé d'être filmés.

Deux sources officielles syriennes ont indiqué à l'AFP que le transfert de la gestion du camp au pouvoir central allait encore prendre du temps.

"Le camp de Roj abrite 729 familles de Daech (acronyme arabe du groupe Etat islamique, NDLR), soit plus de 2.200 personnes", a déclaré à l'AFP la responsable du camp, Hakmieh Ibrahim.

"Il n'y a pas eu de changement dans l'administration jusqu'à présent", a-t-elle ajouté.

Le camp, gardé par des forces de sécurité kurdes, abrite selon elle des familles d'une cinquantaine de nationalités, les Russes formant le groupe le plus important.

Les Français sont évalués à une quarantaine de familles, et le camp compte également des proches de jihadistes originaires d'Allemagne, de Turquie, et de pays arabes dont la Tunisie et le Maroc.

L'une des habitantes les plus connues du camp est Shamima Begum, déchue de sa nationalité britannique après avoir quitté le Royaume-Uni en 2015 à l'âge de 15 ans avec deux amies pour épouser un combattant de l'EI.

Les Kurdes, qui contrôlaient pendant la guerre de vastes parties du nord et du nord-est de la Syrie, avaient conclu en janvier un accord avec Damas pour intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l'Etat.

L'accord était intervenu sous la pression d'une offensive lancée par les forces du président islamiste Ahmad al-Chareh, qui veut réunifier la Syrie après avoir renversé Bachar al-Assad en décembre 2024.

En août, le chef des puissantes Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) Mazloum Abdi avait annoncé leur dissolution.

Roj est le dernier camp resté sous contrôle kurde, après le retrait des forces kurdes de celui, plus grand, d'al-Hol lors de l'offensive du gouvernement.

Al-Hol accueillait plus de 23.000 personnes dont des Syriens mais aussi plus de 6.000 étrangers d'une quarantaine de pays. La plupart ont quitté le camp pour des destinations inconnues pendant et après les violences.

Mardi, un responsable du gouvernement syrien qui suit la question des combattants de l'EI et de leurs familles a déclaré à l'AFP que "l'intégration du camp de Roj, comme d'autres institutions, est en cours".

"Le transfert de son administration prendra du temps", a-t-il ajouté, en soulignant ses dimensions "humanitaires et politiques complexes" ainsi que le fait que "des parties étrangères" sont impliquées, en référence aux pays refusant de rapatrier leurs ressortissants.

Un responsable du ministère de l'Intérieur syrien, qui a également demandé à rester anonyme, a déclaré à l'AFP que le camp de Roj "fait partie d'un problème général sur lequel on travaille".

En février, plus de 5.700 personnes soupçonnées d'être membres de l'EI ont été transférées en Irak par les États-Unis, après des années passées dans des prisons supervisées par les FDS.

Les FDS avaient défait, avec l'appui d'une coalition multinationale dirigée par les Etats-Unis, l'EI en Syrie en 2019 et capturé des milliers de combattants présumés du groupe jihadiste ainsi que des membres de leurs familles. (AFP, 6 oct 2026)

Socio-économique / Socio-economic

Istanbul submergée... Quatre raisons de la catastrophe
Ragip Duran, TVXS.GR, 18 octobre 2026

« 3 personnes sont mortes et 5 disparues », selon la préfecture d’Istanbul, à la suite de la catastrophe due aux inondations qui ont frappé la ville depuis mercredi.

3 districts de la ville ont enregistré plus de 200 kg de précipitations par mètre carré du 13 au 15 octobre.

Les ruisseaux ont débordé, des villages ont été inondés et les rues de la ville se sont transformées en rivières, observe-t-on dans les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. « 1 277 cas d’inondation, 15 glissements de terrain et 47 personnes bloquées chez elles », précise le communiqué de la préfecture.

Le service météorologique a indiqué que les précipitations pourraient se poursuivre tout au long du week-end.

Les élèves et les étudiants, ainsi que les fonctionnaires, ne peuvent pas aller à l’école ou au travail dans au moins cinq quartiers.

Le quotidien d’opposition Cumhuriyet (La République) a publié un article jeudi dernier indiquant que la catastrophe liée aux inondations avait, en réalité, déjà été prévue par des scientifiques, lesquels avaient également appelé à prendre des mesures préventives.

Le quotidien cite trois revues internationales (Sustainability, Journal of Hydrologic Engineering et Sustainable Cities and Society) dans lesquelles les spécialistes turcs se concentrent sur quatre raisons qui provoquent la catastrophe due aux inondations :

- Construction excessive en béton

- Capacité de drainage des chantiers

- Bâtiments construits sur des lits de rivière

- L’emplacement des structures des bâtiments, en particulier celui des appartements en rez-de-chaussée et situés en dessous du sol

Par contre, la majorité des électeurs du président Erdogan croit qu’il s’agit de l’œuvre de la puissance divine et que le destin ne peut être évité.

La nouvelle star du régime, le ministre de la Justice, M. Akin Gürlek, a publié un message de sympathie face aux fortes pluies et aux inondations, ainsi que des condoléances pour les personnes ayant perdu la vie. « Des enquêtes judiciaires ont été ouvertes concernant ces incidents. Des efforts sont minutieusement déployés pour faire toute la lumière sur les événements et déterminer s'il y a eu négligence ou faute », a-t-il ajouté.

Les porte-paroles de l’opposition, trop occupés à résister contre les attaques du régime, accusent le pouvoir et surtout les municipalités tenues par les partisans d’Erdogan. Ils leur reprochent de ne pas avoir pris les précautions nécessaires à temps.

« Le pouvoir en place se désagrège peu à peu dans tous les domaines, et, dans ce contexte, la nature apporte elle aussi sa propre réponse », ironisent les mauvaises langues.

Deux morts dans une explosion survenue dans une mine de charbon

Deux personnes sont mortes et cinq ont été blessées dans une explosion survenue dans une mine de charbon à Zonguldak, dans le nord-ouest de la Turquie, a annoncéé vendredi le gouverneur de la province aux médias turcs.

"Une explosion de grisou s'est produite à 10h00 dans la mine. Huit personnes se trouvaient dans la galerie, sept ont été extraites. Malheureusement, deux de nos mineurs sont arrivés décédés à l'hôpital. Cinq autres ont été blessés", a affirmé le gouverneur de Zonguldak, Osman Hacibektasoglu.

"Un des mineurs se trouve toujours dans la mine. Nous avons établi le contact avec lui et nous essayons de le sortir", a-t-il ajouté, sans pouvoir confirmer son état de santé. Deux des blessés souffrent de brûlures et sont dans un état grave.

Début octobre, cinq personnes avaient été tuées dans l'effondrement d'une mine de charbon dans l'ouest du pays.

Soma, aussi dans l'ouest, a été le théâtre de la catastrophe minière la plus meurtrière de l'histoire de la Turquie en 2014, lorsque 301 mineurs sont morts d'un empoisonnement au monoxyde de carbone à la suite d'un incendie souterrain déclenché par une explosion.

Les témoignages de nombreux mineurs et plusieurs rapports techniques avaient mis en évidence une série de manquements élémentaires aux règles de sécurité, notamment un manque de détecteurs de monoxyde de carbone.

Après cet accident meurtrier, le gouvernement avait fait voter en urgence une réforme censée améliorer les conditions de travail des mineurs. (AFP, 23 oct 2026)

Scandale boursier en Turquie: 26 dirigeants et responsables de fonds arrêtés

Les autorités turques ont interpellé 26 personnes, dont un ancien haut fonctionnaire et des dirigeants de sociétés, dans un vaste scandale boursier qui frappe le pays depuis septembre, a annoncé la justice mercredi.

Un mandat d'arrêt a été émis contre 31 personnes dont 26 déjà appréhendées, a ajouté le bureau du procureur d'Istanbul, cité par l'agence étatique Anadolu.

Un ancien haut fonctionnaire des Finances ainsi que des dirigeants de fonds d'investissements et de banques figurent parmi les personnes placées en garde à vue, selon la chaîne privée turque NTV.

"Quatre sociétés cotées en bourse ont été examinées", a précisé la chaîne. La liste comprend plusieurs gestionnaires de portefeuille et des membres de conseils d'administration de sociétés.

Mardi, le ministre turc des Finances Mehmet Simsek avait affirmé que tous les bénéficiaires du scandale avaient été identifiés.

Le code de l'Autorité des marchés de capitaux de Turquie (SPK) intègre la notion de "remords effectif", qui permet notamment d'échapper à une poursuite pénale ou, selon le cas, de bénéficier d'une réduction de peine en versant au Trésor public "une somme égale au double du profit obtenu".

Mais les médias et partis de l'opposition s'indignent de ce que des personnalités, selon eux mouillées dans l'affaire, ne soient pas inquiétées par la justice.

"Ceux qui ont réalisé des gains réels de 10 millions de livres turques (202.000 dollars) ou plus seront contactés. En l'absence de restitution volontaire, le ministère de la justice engagera les procédures judiciaires appropriées", a promis le ministre des Finances sur HaberTurk TV.

 - "Ceux qui manipulent l'opinion" -

 Le dossier est hautement sensible. L'affaire a déjà éclaboussé une ex-ministre et cadre de premier plan de l'AKP, parti du président Recep Tayyip Erdogan.

Elle a depuis démissionné de ses fonctions mais reste l'objet des attaques de l'opposition, n'ayant à ce jour pas été poursuivie. Le montant de ses remboursements n'a pas été publiquement clarifié.

Le gouvernement et le parti sont fragilisés par ce scandale impliquant 131 fonds d'investissements aux actifs toxiques, qui ont dû être liquidés.

Quelque 455.000 petits épargnants ont été lésés, 85 personnes ont été placées en détention provisoire. Gestion des marchés et probité des responsables au pouvoir sont depuis au coeur de débats enflammés quotidiens.

Le président de la SPK, le gendarme de la bourse, Mahmut Sütçü, a été limogé lundi, cinq mois après sa prise de fonction. Le parquet a obtenu du ministre des Finances le feu vert pour ouvrir une enquête contre son prédécesseur, Ibrahim Ömer Gönül.

L'adjoint du ministre lui-même a dû prendre sa retraite après l'arrestation de son gendre.

Mercredi, le président Erdogan a repris la parole sur le sujet, assurant que tout serait fait pour rembourser les épargnants, punir ceux qui se sont enrichis et empêcher qu'un tel scandale ne se reproduise.

Il a aussi de nouveau pointé les médias et partis de l'opposition, alors que cinq journalistes ont été arrêtés après avoir beaucoup publié sur l'affaire.

Les citoyens turcs, a recommandé le chef de l'Etat, "devraient se méfier de ceux qui manipulent l'opinion publique dans les médias et les réseaux sociaux" et "ne devraient pas prêter attention aux rumeurs infondées et élucubrations de ceux qui sont plongés jusqu'au cou dans la corruption". (AFP, 21 oct 2026)

Le Lac Salé en Turquie : l'assèchement des eaux et de la vie

Au coeur de l'Anatolie, un lac salé d'une beauté à couper le souffle. Des flamants roses et des ouvriers du sel turcs entretiennent la vie d'un site menacé, prisé par les touristes.

En plein centre de la Turquie, le Tuz Gölü (Lac Salé en turc), deuxième plus grand lac du pays, est réputé pour sa splendeur naturelle et son importance économique. Mais il est confronté à une sécheresse chronique et à la diminution des ressources en eau.

Des centaines de flamants roses continuent pourtant de se nourrir dans ces eaux peu profondes, 50 centimètres à peine, leurs ailes roses et rouges offrant des scènes saisissantes au coucher du soleil sur l'immense plaine de salines.

L'étendue lacustre demeure l'un des habitats privilégiés les plus importants du pays pour l'espèce ainsi que pour de nombreux autres oiseaux.

Et elle assure les deux tiers de la production nationale de sel. De lourdes machines le récoltent en couches, que des camions transportent vers des installations de traitement.

Le Tuz Gölü reste une source de subsistance essentielle, sous le regard de touristes avides de selfies et de photos de leur propre reflet à la surface miroitante, sur un arrière-plan aux mille couleurs.

Derrière cette beauté sauvage se dessine pourtant une terrible crise de l'eau.

Selon une étude réalisée en 2024 à l'Université technique du Moyen-Orient (METU) d'Ankara, l'utilisation intensive des eaux souterraines à des fins agricoles, dans le bassin fermé de Konya, à quelques dizaines de kilomètres à l'est, a accru la vulnérabilité du lac à la sécheresse.

L'étude révèle que seulement trois pour cent des précipitations tombant sur le bassin atteignent le lac.

En juillet 2021, le ministère de l'Agriculture a déploré la mort d'environ 1.000 poussins de flamants roses, attribuant ces décès aux pénuries d'eau et à l'augmentation des taux de salinité, qui ont privé les oisillons d'une quantité d'eau suffisante.

L'avenir du site, où faune sauvage, travail humain et tourisme coexistent, dépendra de la protection effective de ses ressources, que le réchauffement climatique rend un peu plus rares chaque année. (AFP, 16 oct 2026)

Scandale boursier en Turquie : feu vert pour poursuivre l'ex-chef de l'autorité de régulation

Le ministre turc des Finances a donné son feu vert pour une enquête contre l'ex-directeur du gendarme de la bourse dans le scandale boursier qui fait trembler le parti au pouvoir, a annoncé l'agence officielle Anadolu mercredi.

Les procureurs turcs chargés d'enquêter sur ce scandale lié à des fonds d'investissement véreux veulent ouvrir une enquête contre Ibrahim Ömer Gönül, l'ancien président de l'Autorité des marchés de capitaux de Turquie (SPK).

Ils ont obtenu l'accord formel du ministre des Finances Mehmet Simsek, "sur la base d'un rapport préliminaire du département d'inspection du ministère", a précisé Anadolu.

Selon les enquêteurs, il existe des "indices clairs et suffisants" montrant que le haut responsable aurait manqué à ses responsabilités au cours de son mandat de quatre ans, achevé en avril dernier.

La SPK a pour mission principale de protéger les investisseurs et de veiller à ce que les marchés financiers fonctionnent de manière équitable, transparente et efficace.

Et elle a, à tout le moins, échoué à prévenir un vaste scandale dans lequel quelque 455.000 petits épargnants ont été lésés. Au total, 85 personnes ont été placées en détention provisoire dans ce dossier.

L'affaire a déjà éclaboussé une ex-ministre et personnalité de premier plan de l'AKP, le parti du président Recep Tayyip Erdogan. Elle a depuis démissionné de toutes ses fonctions mais reste l'objet de moult attaques de l'opposition, n'ayant à ce jour pas été inquiétée par la justice.

La crise a débuté quand la SPK a publié, le 28 août, des directives ordonnant aux fonds d'investissements de ne plus placer leurs actifs sur une seule action et de diversifier leurs placements.

Pour se conformer aux nouvelles règles, les fonds ont commencé à vendre des actions et les investisseurs à se retirer. Certains fonds ont alors déclaré n'être pas en mesure de liquider leurs actifs assez rapidement.

La SPK a placé en liquidation sept sociétés qui géraient 131 fonds, dont les actifs toxiques seraient évalués à environ 17 milliards de dollars (15 milliards d'euros). 
(AFP, 14 oct 2026)

Quatre morts, quatre disparus lors de pluies torrentielles à Istanbul

Quatre personnes sont mortes mercredi soir et quatre autres portées disparues à Istanbul, frappée par des pluies d'une ampleur exceptionnelle, qui ont perturbé le trafic à l'aéroport et provoqué d'importants dégâts matériels, selon les autorités.

Le gouverneur de la ville, Davut Gul, a évoqué jeudi "le niveau de précipitations le plus élevé jamais enregistré à Istanbul depuis le début des relevés par la Direction générale de la météorologie, en 1942".

A Kagithane, district du nord de la métropole, le corps d'un homme a été retrouvé près d'un parc. "Les démarches d'identification de la personne sont en cours", a précisé le bureau du gouverneur, faisant état d'un bilan de trois morts et quatre disparus, ainsi que trois blessés dont l'état ne suscite pas d'inquiétude.

L'une des victimes est un adolescent de 14 ans, mort électrocuté en posant un pied dans une flaque.

Les services municipaux s'employaient jeudi à dégager les rues rendues impraticables par un enchevêtrement de branches, de débris divers et de voitures empilées les unes sur les autres dans les eaux boueuses, a constaté un photographe de l'AFP.

La nuit a été très agitée pour les riverains, qui tentaient encore jeudi d'identifier leurs véhicules et de nettoyer les traces du désastre. Stades, écoles et autres infrastructures publiques étaient eux aussi peu à peu remis en état.

Une cinquantaine de vols au départ et à l'arrivée d'Istanbul ont été déroutés vers d'autres aéroports, tandis qu'une vingtaine ont été annulés.

Certains quartiers du centre-ville, construits sur des collines escarpées et traversés de ruelles étroites, ont été quasiment inaccessibles pendant plusieurs heures.

Dans la soirée, le gouverneur avait exhorté les habitants à rester chez eux "sauf en cas de nécessité absolue", conseillant à ceux qui vivent dans des logements en sous-sol "de passer la nuit à des étages plus sûrs et plus élevés".

 - Embouteillages monstres -

 Il a également recommandé à la population de s'éloigner des cours d'eau, des passages souterrains et autres zones exposées au risque d'inondation.

Les municipalités les plus touchées sont concentrées dans les parties nord et centrales de la rive européenne d'Istanbul.

Le métro a été maintenu jusqu'à une heure tardive dans la nuit de mercredi à jeudi pour permettre aux gens de rentrer chez eux, tandis qu'une bonne partie de la ville était paralysée par des embouteillages monstres. La circulation des deux-roues a été interdite jusqu'à nouvel ordre.

Les autorités ont par ailleurs coupé l'alimentation en eau dans certains quartiers et parfois l'électricité, le temps que les eaux s'évacuent. Les services ont été ensuite progressivement restaurés dans l'après-midi.

Les écoles primaires et secondaires de la ville resteront en revanche fermées jeudi et vendredi.

Mercredi soir, le gouvernorat faisait état de 1.277 incidents d'inondation, 15 glissements de terrain, 47 personnes bloquées, 13 arbres abattus, deux toitures arrachées.

Près de 3.000 personnes ont été secourues dans toute la province, dont certaines par bateau, et des opérations de sauvetage de petite envergure se sont poursuivies jeudi. (AFP, 15 oct 2026)

Cinq morts, dont trois enfants, dans l'effondrement d'un immeuble à Istanbul

Cinq personnes, dont trois enfants, ont été tuées à Istanbul dans l'effondrement jeudi matin des trois premiers étages d'un immeuble qui en comptait sept, a annoncé vendredi le bureau du gouverneur de la ville.

"Les opérations de recherche et de sauvetage dans la zone ensevelie sous les décombres (...) ont pris fin après la découverte du corps de la dernière victime à 6H15 (03H15 GMT)", a-t-il précisé.

Deux fillettes âgées de 5 et 10 ans, ainsi qu'un garçon de 12 ans se trouvent parmi les morts. Neuf autres personnes ont été retirées saines et sauves des décombres depuis l'incident.

Situé sur la rive asiatique d'Istanbul, l'immeuble est resté debout, avec ses quatre étages supérieurs posés sur les décombres des trois premiers.

"Le bâtiment a été construit en 1987. Le sous-sol, le rez-de-chaussée et les deux étages supérieurs ont été construits conformément aux normes de l'époque, mais des étages supplémentaires ont été ajoutés ultérieurement", a expliqué aux journalistes le vice-maire d'Istanbul Nuri Aslan.

Cinquante-cinq personnes, qui habitaient dans des immeubles aux alentours, ont été évacuées par mesure de sécurité, selon le bureau du gouverneur.

Citée par les médias turcs, la gérante d'un magasin de textile situé à l'entrée de l'immeuble a indiqué avoir remarqué, depuis avril dernier, des fissures de plus en plus importantes sur les murs.

Plus de 1.200 bâtiments à Istanbul risqueraient ainsi de s'effondrer à tout moment en raison de constructions hors norme et de l'utilisation de matériaux défectueux, selon les médias locaux.

Un bâtiment vide s'était déjà effondré en août à Istanbul, mais sans faire de victimes. (AFP, 9 oct 2026)

Monthly work-related deaths in Turkey exceed 200 for fifth straight month

At least 226 workers died across Turkey while working in September, bringing the death toll for the first nine months of 2026 to at least 1,736, according to a report by the Health and Safety Labor Watch (İSİG).

The monthly toll has now exceeded 200 for five consecutive months, the first time that has happened since İSİG began keeping records in 2013.

İSİG recorded 155 work-related deaths in January, 129 in February, 151 in March, 190 in April, 214 in May, 228 in June, 216 in July and 227 in August.

Of the 226 deaths in September, 79 occurred in industry, 54 in construction, 48 in the service sector and 45 in agriculture.

Women and migrant workers

Twenty-one of those killed were women and 14 were migrant workers from Syria, Azerbaijan, Turkmenistan, Bulgaria, Iraq, Russia and Ukraine.

At least seven of the workers who died in September were union members, while 219 were not. Nonunion workers accounted for 97 percent of the deaths.

Three of the child deaths occurred in agriculture, with the others recorded in food production, textiles, metalworking, construction and accommodation services.

Eleven of the workers who died in September were 65 or older.

Sixty-six child worker deaths in nine months

The report also recorded the deaths of eight child workers in September. Five were 14 or younger, while three were between 15 and 17. At least 66 child workers have died since the start of the year.

The group said Vocational Education Centers (MESEM), had become one of the most visible areas of child labor over the past two years:

“An institutional and legal mechanism has been created to bring child labor into production as a low-cost, even free, insecure and unregulated workforce.

“At this point, the issue that needs to be discussed regarding MESEMs is not only the lack of inspections or occupational safety measures, but the model itself, which makes child labor an ordinary and acceptable element of the labor market.”

Child labor outside the MESEM system continued informally, particularly in agriculture, small businesses, industrial sites and seasonal work, the goup noted.

Sectors

Construction and road work recorded the highest number of deaths by sector, with 50 workers killed. Agriculture and forestry followed with 45 deaths, transportation with 28, municipal and general services with 16, and shipbuilding, shipyards, maritime and port work with 15.

Commerce, office work, education and cinema recorded 10 deaths, accommodation and entertainment nine, and mining seven.

Traffic and shuttle accidents were the leading cause of work-related deaths in September, killing 49 workers.

Another 41 workers died after falling from heights, 40 in crushing incidents or collapses, and 30 from heart attacks or brain hemorrhages.

Electrocution caused 15 deaths, poisoning and suffocation 14, and violence 13.

Work-related deaths were recorded in 62 cities across Turkey and in six countries abroad during September.

İstanbul had the highest number, with 39 deaths. It was followed by Antep with nine, Ankara and Urfa with eight each, Düzce and Manisa with seven each, and Samsun and Trabzon with six each. (BIA,7 oct 2026)

Foot: le patron des arbitres turcs placé en détention

Le patron des arbitres de football en Turquie et quatre autres personnes ont été placés en détention provisoire, dans le cadre d'une affaire qui fait trembler la Fédération turque de football (TFF), a rapporté samedi l'agence de presse Anadolu.

En réponse à cette affaire, la TFF a communiqué pour la première fois samedi en annonçant sur son site internet qu'elle allait, "à la lumière de ces développements", mettre en oeuvre une réorganisation de son comité central des arbitres (MHK).

Ferhat Gündogdu, l'actuel président de cette instance, et six autres personnes ont comparu vendredi devant un juge, au tribunal de Caglayan à Istanbul, pour répondre d'accusations de manipulation du processus de gestion des arbitres.

Ils sont accusés notamment de "falsification de documents officiels", d'"abus de confiance" et d'"acquisition illégale de données personnelles".

Le juge a ordonné le placement en détention de cinq d'entre eux et accordé une libération conditionnelle aux deux autres, a précisé Anadolu.

Il s'agit du dernier scandale en date à secouer le football turc, un an après que la TFF a suspendu 149 arbitres pour des faits de paris illégaux.

Jeudi soir, la police spécialisée dans la lutte contre les paris illégaux et la criminalité liée au sport avait aussi interpellé Yasin Kol, arbitre de Süper Lig, la première division turque, et un arbitre assistant, selon des médias.

Le ministre de la Justice, Akin Gurlek, a déclaré que les procureurs examinaient des "allégations d'ingérence dans l'établissement des classements des arbitres, dans les désignations (pour les matches, ndlr), les processus de notation et de nomination, ainsi que les examens" de contrôle de connaissances des règles.

Lors des perquisitions, la police a notamment fouillé la salle de l'arbitrage vidéo (VAR) au siège de la TFF à Istanbul. Selon des observateurs, l'enquête serait liée au scandale des paris de l'an dernier et pourrait toucher la fédération.

Ces nouvelles étapes judiciaires "semblent bien être la suite de 2025, et il est probable que cela se poursuive", a déclaré à l'AFP le journaliste sportif Ayhan Sensoy.

Auteur en 2024 d'un livre sur le sujet ("Bahis Cukuru", soit "La Fosse au jeu"), M. Sensoy doute que les actuels dirigeants du football turc "aient la moindre chance de rester en fonction".

Sur le terrain, la Turquie s'est à nouveau inclinée vendredi soir en Ligue des nations à Liège, face à la Belgique (3-0). (AFP, 3 oct 2026)


L'ex-directeur de l'autorité de régulation dans le viseur de la justice

Les procureurs turcs chargés d'enquêter sur un vaste scandale lié à des fonds d'investissement veulent ouvrir une enquête contre l'ancien président de l'autorité de régulation des marchés financiers, soupçonné d'abus de pouvoir, rapportent dimanche des médias.

Dans une lettre adressée au ministère des Finances et datée du 30 septembre, les procureurs ont demandé l'autorisation d'ouvrir une enquête sur Ibrahim Omer Gonul, ancien président de l'Autorité des marchés de capitaux de Turquie (SPK), a rapporté l'agence de presse ANKA.

Selon cette lettre, il existerait des "indices clairs et suffisants" montrant qu'il aurait manqué à ses responsabilités au cours de son mandat de quatre ans, achevé en avril.

En tant que principale autorité de régulation, le SPK a pour mission principale de protéger les investisseurs et de veiller à ce que les marchés financiers fonctionnent de manière équitable, transparente et efficace.

L'impact du scandale ne cesse de croître, en dépit de mesures fortes prises par le gouvernement pour calmer les marchés.

Samedi, 20 personnes ont été placées en détention provisoire par un tribunal d'Istanbul, ce qui porte à 85 le nombre de personnes incarcérées dans l'attente de leur procès dans cette affaire.

Le scandale a déjà éclaboussé une personnalité de premier plan du parti au pouvoir et une ancienne ministre, contrainte à la démission le week-end dernier après des allégations selon lesquelles elle aurait tiré profit de la crise.

La crise a débuté quand la SPK a publié, le 28 août, des directives ordonnant aux fonds d'investissements de ne plus placer leurs actifs sur une seule action et de diversifier leurs placements.

Pour se conformer aux nouvelles règles, les fonds ont commencé à vendre des actions et les investisseurs à se retirer. Certains fonds ont alors déclaré n'être pas en mesure de liquider leurs actifs assez rapidement.

La SPK a placé en liquidation sept sociétés qui géraient 131 fonds, dont les actifs seraient évalués à environ 17 milliards de dollars (15 milliards d'euros).

Le gouvernement a promis de retrouver les fonds et de rembourser les 455.000 petits épargnants lésés dans l'affaire.

"Notre priorité absolue est d'éviter tout préjudice à l'économie turque", a déclaré samedi le président turc Recep Tayyip Erdogan.

"Notre deuxième priorité est de veiller à ce que toute personne ayant tiré des gains indus soit traduite en justice. Nous nous employons à résoudre cette question rapidement, dans le respect de la justice et de l'équité, sans que les droits de quiconque ne soient compromis", a-t-il ajouté. (AFP, 4 oct 2026)


Une mine s'effondre dans l'ouest de la Turquie, cinq morts

Cinq personnes sont mortes dans l'effondrement d'une mine dans l'ouest de la Turquie, ont annoncé vendredi les autorités locales après la découverte de trois nouveaux corps.

"Les opérations de recherche et de sauvetage menées après l'effondrement de la mine dans le district de Soma sont terminées et les corps des trois mineurs qui étaient piégés ont été retrouvés", a indiqué le bureau du gouverneur local sur X.

L'accident s'est produit jeudi à l'heure du déjeuner dans une mine de la province de Manisa, à une centaine de kilomètres de la station balnéaire d'Izmir.

Sept mineurs étaient piégés par l'effondrement de la mine. Les équipes de secours avaient d'abord récupéré les corps de deux d'entre eux, avant d'en extraire deux autres vivants, qui ont été hospitalisés.

Le bilan total est de cinq morts, a confirmé le ministre de la Justice, qui a demandé l'ouverture d'une enquête.

Soma a été le théâtre de la catastrophe minière la plus meurtrière de l'histoire de la Turquie en 2014, lorsque 301 mineurs sont morts d'un empoisonnement au monoxyde de carbone à la suite d'un incendie souterrain déclenché par une explosion.

Les témoignages de nombreux mineurs et plusieurs rapports techniques avaient mis en évidence une série de manquements élémentaires aux règles de sécurité, notamment un manque de détecteurs de monoxyde de carbone. (AFP, 2 oct 2026)

Turbulences majeures sur le marché boursier

Ragip Duran, TVXS.GR, 28 septembre 2026

Bourse Istanbul, l'ancienne Bourse des valeurs mobilières d'Istanbul (IMKB) depuis 2013, est en pleine turbulence depuis une semaine. Les spécialistes parlent d'une « crise de 891 milliards de livres turques » (environ 16 milliards d'euros) où plus de 450 000 petits investisseurs risquent de perdre leur capital investi et les intérêts anticipés.

Le parquet a arrêté et emprisonné 26 personnes, cadres supérieurs de ces sociétés de fonds d'investissement, et 51 autres directeurs ont été interdits de quitter le pays.

Des professeurs d'université, des PDG, d'anciens hauts bureaucrates, des spécialistes de la finance, tous membres des conseils d'administration de ces sociétés de fonds d'investissement, attendent en prison le jour où ils comparaîtront devant un juge.

Tout a commencé le 16 septembre dernier lorsque deux sociétés de fonds d'investissement (Pusula et Tera) ont annoncé qu'elles ne pouvaient plus payer leurs investisseurs. Bourse Istanbul a perdu 5,4 % de sa valeur et le très officiel Conseil des marchés de capitaux (SPK) est immédiatement intervenu pour calmer la tempête. Il a décidé la liquidation pure et simple de 7 sociétés qui gèrent 131 fonds.

« Les personnes impliquées dans la fraude aux fonds savent quelles personnalités politiques en sont les instigatrices. Les bureaucrates subissent des pressions et font l'objet de chantage », a déclaré M. Deniz Yavuzyilmaz, député de Zonguldak (mer Noire) du Nouveau Parti, principale formation de l'opposition.

L'état de l'économie et des finances en Turquie va de mal en pis, comme le constate l'ensemble des observateurs en Turquie et à l'étranger.

Le parquet d'Istanbul, « pour des raisons de sécurité nationale et de protection de l'ordre public », a décidé jeudi soir d'interdire plusieurs articles publiés dans les médias turcs sur « la crise des fonds ».

Mahfi Egilmez, ancien haut responsable du ministère des Finances et de la Banque mondiale, pose la question suivante dans son article publié sur T24.com.tr, site d'information générale : « Qui va donc rembourser les petits investisseurs ? Ce sont les gens qui ont créé ce système et ceux qui n'ont pas contrôlé le déroulement des opérations. »

Ali Bilge, spécialiste de l'économie et des finances, rappelle sur Radio Apacik, la seule station de radio coopérative d'Istanbul, que « depuis qu'Erdogan est arrivé au pouvoir en 2002, il y a eu 29 grands scandales financiers, surtout dans le secteur bancaire et les finances ». Il estime que « dans le système du gouvernement de la présidence, tout est concentré entre les mains du président. Il n'y a pas de contrôle proprement dit dans ce régime. Ou bien le contrôle est arbitraire. On contrôle seulement les institutions qui ne sont pas proches du Palais. »

La Turquie saisit un avion iranien criblé de dettes

La justice turque a saisi un avion de la compagnie iranienne Caspian Airlines, ont indiqué mardi les autorités turques, des médias des deux pays évoquant une dette de 3 millions d'euros sans lien apparent avec les sanctions américaines.

Le Boeing 737 avait terminé l'embarquement sur le tarmac et s'apprêtait à décoller lundi, lorsque les autorités aéroportuaires sont intervenues pour l'en empêcher.

Sollicité par l'AFP, un haut-responsable turc a confirmé l'information sous couvert de l'anonymat, en indiquant que l'incident était lié à "un différend commercial", sans autre détail.

"Nous pouvons confirmer qu'un appareil de la compagnie Caspian Airlines, à l'aéroport d'Istanbul, a fait l'objet d'une mesure d'exécution en vertu d'une décision des autorités compétentes", a-t-il précisé dans une réponse écrite.

"Nous ne sommes pas en mesure de confirmer le montant réclamé tel qu'il a été rapporté, ni de commenter davantage la procédure judiciaire en cours".

Dans un communiqué repris par la télévision d'État iranienne, Caspian Airlines avait auparavant annoncé qu'un de ses appareils avait été "confronté à des restrictions opérationnelles temporaires (...) en raison d'un problème administratif en Turquie".

La télévision a expliqué que les passagers avaient été contraints de descendre de l'avion, faisant état d'une "dette de 3 millions d'euros pour des services de l'aéroport d'Istanbul".

Selon l'agence turque Anadolu, qui donne le même montant, les avocats représentant la société créancière et les huissiers se sont présentés à l'aéroport pour exécuter la saisie ordonnée par le tribunal.

Aucun lien direct n'a été fait par les médias et les autorités turques entre cette saisie et les sanctions américaines visant les compagnies aériennes iraniennes.

Les États-Unis ont placé sous sanctions début septembre l'ensemble du secteur aérien de l'Iran et juré d'être intraitables à l'égard des entreprises étrangères qui lui prêteraient assistance, sous peine d'être à leur tour placées sur liste noire.

Pour l'heure, Ankara n'a pas cédé à ces injonctions. Plusieurs compagnies, notamment Iran Air, continuent de proposer des vols commerciaux réguliers entre les deux pays.

En revanche, Mahan Air, un poids lourd du transport aérien iranien, a annoncé la semaine dernière la suspension de tous ses vols vers la Turquie voisine à la demande d'Ankara. (AFP, 29 sept 2026)

Relations turco-européennes / Turkey-Europe Relations

Station Starlink incendiée en Pologne : deux Turcs arrêtés en Allemagne

L'Allemagne a placé en détention deux ressortissants turcs soupçonnés d'avoir incendié une station Starlink en Pologne, a déclaré lundi soir le Premier ministre polonais Donald Tusk, qualifiant cet incendie survenu fin septembre d'acte de "guerre hybride".

"Au nom des services polonais, la police allemande a interpellé deux citoyens turcs soupçonnés d'avoir incendié une station Starlink en Mazovie" (centre-est), a écrit M. Tusk sur X, ajoutant qu'il "s'agit là d'un nouvel acte de guerre hybride".

Les deux suspects "vont répondre devant la justice polonaise", a-t-il ajouté.

Cette station, qui appartient à l'entreprise publique de télécommunications Exatel, sert notamment à acheminer le trafic Internet à travers la Pologne, y compris vers l'Ukraine, selon le ministre chargé des affaires numériques, Krzysztof Gawkowski.

Elle est également utilisée par les systèmes SpaceX qui assurent la connectivité via les terminaux Starlink.

L'attaque s'était produite de nuit, fin septembre, et la station est restée opérationnelle même après l'incendie. Le lendemain, M. Gawkowski avait déclaré à la chaîne publique TVP Info que "cet acte de sabotage visait délibérément à mettre la station hors service (...) perturbant ainsi l'accès à Internet pour diverses institutions, dont l'armée ukrainienne".

La Pologne, État membre de l'OTAN et de l'Union européenne situé sur le flanc oriental des deux blocs, a accusé la Russie de "sabotage" à plusieurs reprises depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par Moscou en 2022.

La Pologne est devenue la principale plaque tournante pour l'acheminement de l'aide militaire et humanitaire occidentale vers Kiev. Le mois dernier, Donald Tusk a averti que les plans de la Russie dans le cadre de la guerre contre l'Ukraine comprenaient des frappes "hybrides" à l'aide de drones et de missiles contre les alliés de Kiev. (AFP, 12 oct 2026)


L'UE rappelle à la Turquie que la répression l'éloigne de l'intégration

La répression contre les milieux LGBT, l'opposition politique et les médias en Turquie l'éloigne de l'intégration à l'Union européenne, a jugé vendredi la commissaire à l'élargissement Marta Kos, relançant malgré tout l'idée d'un étroit partenariat rendu nécessaire par les tensions internationales.

Le dossier de l'adhésion turque est au point mort depuis des années, notamment autour des questions d'indépendance de la justice, de respect des droits de l'homme et des minorités sexuelles et de liberté de la presse, des sujets devenus brûlants en Turquie.

"Les derniers évènements touchant la liberté des médias, les droits des personnes LGBTIQ+ et la démocratie locale creusent encore l'écart avec l'objectif de la Turquie de rejoindre l'UE", a déclaré la commissaire à Edirne (nord-ouest), près de la frontière avec la Bulgarie, au cours d'une visite officielle.

"Notre prochain rapport sur l'élargissement, qui sera publié le 28 octobre, reflètera nos graves préoccupations dans ces domaines. Et je ne me déroberai pas non plus à l'obligation d'énoncer les faits publiquement et clairement".

Dans le cadre d'une campagne baptisée "Ma famille est en sécurité", une répression s'est abattue mi-septembre sur le milieu LGBT+ en Turquie, avec de nombreuses arrestations et fermetures de comptes de réseaux sociaux de militants.

Des journalistes ont aussi été arrêtés, ainsi que des maires de l'opposition dans différentes affaires. Le gouvernement a promis de poursuivre cette campagne contre la communauté LGBT+ malgré les protestations de l'UE et de quelques ONG internationales.

De fait, les relations entre Ankara et Bruxelles sont assez fraîches, alors que la Turquie a déposé sa candidature dès 1987 à l'entrée dans la Communauté économique européenne et en 1999 à l'adhésion à l'Union européenne. Les négociationsà ce sujet, entamées en 2005, sont complètement à l'arrêt depuis des années.

Les tensions s'étaient accrues après la tentative de putsch de juillet 2016 et les purges massives à l'encontre des opposants et des journalistes qui avaient suivi. Le gouvernement turc est depuis accusé de céder à la tentation de l'autoritarisme.

"Nouvelles réalités en Europe" -

 L'UE dénonce aussi les positions turques sur l'île divisée de Chypre, où elle a instauré en 1983 une République turque de Chypre nord (RTCN), reconnue par elle seule, à côté de la République de Chypre, membre à part entière de l'Union européenne.

Bruxelles souhaite qu'Ankara autorise de nouveaux pourparlers sous l'égide de l'ONU, une solution rejetée en 2024 par le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui revendique la reconnaissance par la communauté internationale d'une solution à deux Etats.

De fait, le chef de l'Etat a estimé en août dernier qu'une adhésion à l'Union européenne n'était plus une priorité, même si la candidature n'est pas officiellement retirée.

L'UE entend toutefois développer des relations mutuellement bénéfiques avec la Turquie, dont l'importance stratégique s'est accrue ces dernières années, avec, entre autres, la guerre en mer Noire entre Russie et Ukraine et les multiples conflits au Moyen-Orient.

Marta Kos a ainsi appelé à une "coopération mutuellement bénéfique qui reflète les nouvelles réalités en Europe (...) ou dans le monde".

La commissaire a en particulier cité les attaques en mer Noire contre les navires de commerce, dont beaucoup appartiennent à la Turquie ou sont exploités par des sociétés turques.

"La réalité de l'Europe autour de la mer Noire a profondément changé. Nous pouvons le voir ces derniers jours, avec les attaques de drones visant les navires en mer Noire, ce qui montre l'importance de notre coopération", a-t-elle relevé.

A l'occasion d'une visite à Ankara en février, Mme Kos avait jugé que l'UE devait réexaminer ses relations avec la Turquie "d'un oeil neuf, précisément en raison de ces nouvelles réalités". Mais un rapprochement dépendra aussi des rapports qu'entretient ce pays avec ses voisins de l'Union, avait-elle souligné, dans une allusion directe aux relations gréco-turques, souvent houleuses.

De "bonnes relations de voisinage contribueraient à instaurer la confiance entre l'UE et la Turquie", a-t-elle noté. "Cela déterminera largement jusqu'où nous pourrons aller". (AFP, 9 oct 2026)

La restriction des droits en Turquie l'éloigne d'une intégration européenne

La répression qui s'abat en Turquie sur les milieux LGBT, l'opposition politique et les médias éloigne Ankara de ses projets d'intégration européenne, a estimé vendredi la commissaire à l'élargissement, Marta Kos, lors d'une visite officielle.

"Les derniers développements touchant la liberté des médias, les droits des personnes LGBTIQ+ et la démocratie locale creusent encore l'écart avec l'objectif de la Turquie de rejoindre l'UE", a-t-elle déclaré à Edirne (nord-ouest), près de la frontière avec la Bulgarie.

"Notre prochain rapport sur l'élargissement, qui sera publié le 28 octobre, reflètera nos graves préoccupations dans ces domaines. Et je ne me déroberai pas non plus à l'obligation d'énoncer les faits publiquement et clairement", a-t-elle ajouté.

La Turquie, toujours officiellement candidate, a déposé sa candidature en 1987 à la Communauté économique européenne et en 1999 à l'Union européenne. Mais les négociations d'adhésion entamées en 2005 sont complètement à l'arrêt depuis plusieurs années.

Les relations s'étaient très fortement tendues après la tentative manquée de putsch de juillet 2016 et les purges massives contre les opposants et des journalistes qui avaient suivi.

Bruxelles demande notamment à Ankara d'accomplir des progrès en matière de démocratie. L'organisation européenne dénonce aussi les positions turques sur l'île divisée de Chypre, où Ankara a instauré en 1983 une République turque de Chypre nord (RTCN), reconnue par elle seule.

L'Union européenne souhaiterait qu'Ankara autorise de nouveaux pourparlers sous l'égide de l'ONU, solution rejetée en juillet 2024 par le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui revendique la reconnaissance par la communauté internationale d'une solution à deux États.

Dans le cadre d'une campagne appelée "Ma famille est en sécurité", une répression s'est abattue sur le milieu LGBT+ en Turquie à la mi-septembre, avec de nombreuses arrestations et fermetures de comptes de réseaux sociaux de militants.

Des journalistes ont aussi été arrêtés, ainsi que des maires de l'opposition dans différentes affaires. (AFP, 9 oct 2026)


L'UE rappelle à la Turquie que la répression l'éloigne de l'intégration

La répression contre les milieux LGBT, l'opposition politique et les médias en Turquie l'éloigne de l'intégration à l'Union européenne, a jugé vendredi la commissaire à l'élargissement Marta Kos, relançant malgré tout l'idée d'un étroit partenariat rendu nécessaire par les tensions internationales.

Le dossier de l'adhésion turque est au point mort depuis des années, notamment autour des questions d'indépendance de la justice, de respect des droits de l'homme et des minorités sexuelles et de liberté de la presse, des sujets devenus brûlants en Turquie.

"Les derniers évènements touchant la liberté des médias, les droits des personnes LGBTIQ+ et la démocratie locale creusent encore l'écart avec l'objectif de la Turquie de rejoindre l'UE", a déclaré la commissaire à Edirne (nord-ouest), près de la frontière avec la Bulgarie, au cours d'une visite officielle.

"Notre prochain rapport sur l'élargissement, qui sera publié le 28 octobre, reflètera nos graves préoccupations dans ces domaines. Et je ne me déroberai pas non plus à l'obligation d'énoncer les faits publiquement et clairement".

Dans le cadre d'une campagne baptisée "Ma famille est en sécurité", une répression s'est abattue mi-septembre sur le milieu LGBT+ en Turquie, avec de nombreuses arre

s et fermetures de comptes de réseaux sociaux de militants.

Des journalistes ont aussi été arrêtés, ainsi que des maires de l'opposition dans différentes affaires. Le gouvernement a promis de poursuivre cette campagne contre la communauté LGBT+ malgré les protestations de l'UE et de quelques ONG internationales.

De fait, les relations entre Ankara et Bruxelles sont assez fraîches, alors que la Turquie a déposé sa candidature dès 1987 à l'entrée dans la Communauté économique européenne et en 1999 à l'adhésion à l'Union européenne. Les négociationsà ce sujet, entamées en 2005, sont complètement à l'arrêt depuis des années.

Les tensions s'étaient accrues après la tentative de putsch de juillet 2016 et les purges massives à l'encontre des opposants et des journalistes qui avaient suivi. Le gouvernement turc est depuis accusé de céder à la tentation de l'autoritarisme.

"Nouvelles réalités en Europe" -

 L'UE dénonce aussi les positions turques sur l'île divisée de Chypre, où elle a instauré en 1983 une République turque de Chypre nord (RTCN), reconnue par elle seule, à côté de la République de Chypre, membre à part entière de l'Union européenne.

Bruxelles souhaite qu'Ankara autorise de nouveaux pourparlers sous l'égide de l'ONU, une solution rejetée en 2024 par le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui revendique la reconnaissance par la communauté internationale d'une solution à deux Etats.

De fait, le chef de l'Etat a estimé en août dernier qu'une adhésion à l'Union européenne n'était plus une priorité, même si la candidature n'est pas officiellement retirée.

L'UE entend toutefois développer des relations mutuellement bénéfiques avec la Turquie, dont l'importance stratégique s'est accrue ces dernières années, avec, entre autres, la guerre en mer Noire entre Russie et Ukraine et les multiples conflits au Moyen-Orient.

Marta Kos a ainsi appelé à une "coopération mutuellement bénéfique qui reflète les nouvelles réalités en Europe (...) ou dans le monde".

La commissaire a en particulier cité les attaques en mer Noire contre les navires de commerce, dont beaucoup appartiennent à la Turquie ou sont exploités par des sociétés turques.

"La réalité de l'Europe autour de la mer Noire a profondément changé. Nous pouvons le voir ces derniers jours, avec les attaques de drones visant les navires en mer Noire, ce qui montre l'importance de notre coopération", a-t-elle relevé.

A l'occasion d'une visite à Ankara en février, Mme Kos avait jugé que l'UE devait réexaminer ses relations avec la Turquie "d'un oeil neuf, précisément en raison de ces nouvelles réalités". Mais un rapprochement dépendra aussi des rapports qu'entretient ce pays avec ses voisins de l'Union, avait-elle souligné, dans une allusion directe aux relations gréco-turques, souvent houleuses.

De "bonnes relations de voisinage contribueraient à instaurer la confiance entre l'UE et la Turquie", a-t-elle noté. "Cela déterminera largement jusqu'où nous pourrons aller". (AFP, 9 oct 2026)

Turquie-USA-OTAN / Turkey-USA-NATO

Canada et Turquie ouvrent des négociations sur un accord de libre-échange

Le Canada, en pleine guerre commerciale avec les États-Unis, et la Turquie ont ouvert jeudi des négociations sur un accord de libre-échange à l'occasion de la visite du Premier ministre canadien Mark Carney.

"Nous avons décidé d'engager des négociations en vue d'un accord de libre-échange (...) avant la fin de l'année", a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan, lors d'une intervention commune devant les médias.

"Nous espérons porter notre volume d'échanges, actuellement d'environ 3 milliards de dollars, à 5 milliards, puis à 10 milliards", a-t-il ajouté, précisant vouloir "à peu près doubler le nombre de vols directs" entre les deux pays.

"Le mois prochain, nos négociateurs se réuniront ici à Ankara pour le premier cycle de négociations sur le libre-échange", a confirmé Mark Carney.

"Notre objectif n'est pas l'autosuffisance, mais la résilience collective. C'est pourquoi le Canada noue des partenariats plus étroits avec des partenaires fiables, qui créent de nouvelles opportunités pour nous deux", a-t-il ajouté.

"Et en Turquie, nous avons un partenaire exceptionnel", a-t-il déclaré.

Le chef du gouvernement canadien doit s'entretenir vendredi avec des entrepreneurs turcs à Istanbul, dans des secteurs stratégiques comme l'énergie, l'aérospatiale ou les minéraux critiques.

Le Canada et la Turquie ont aussi identifié un potentiel de coopération en matière d'énergie nucléaire.

"Nous resserrons nos liens pour faire face aux menaces communes et ouvrir de nouveaux marchés à nos travailleurs et à nos entreprises", a ajouté Mark Carney, dans un message sur son compte X, en saluant un "partenariat ambitieux".

Les deux hommes s'étaient déjà croisés au sommet de l'Otan à Ankara en juillet, mais c'était la première visite officielle d'un chef de gouvernement canadien en Turquie.

Ils ont annoncé par ailleurs un accord de partenariat sur l'industrie de défense.

"Dans un monde plus dangereux et plus divisé, les alliés doivent pouvoir compter les uns sur les autres pour disposer des équipements et des capacités qui nous protègent. Et là aussi, nos atouts sont complémentaires", a estimé Mark Carney.

L'ex-banquier central canadien a fait de la réduction de la dépendance aux États-Unis et de la diversification des partenariats de son pays l'une des pierres angulaires de son mandat, débuté en mars 2025.

Il a multiplié les déplacements à l'étranger, renouant avec certains États - Arabie saoudite, Inde, Chine -, avec lesquels les relations avaient été tendues, voire rompues, sous le mandat de l'ex-Premier ministre Justin Trudeau.

Il s'est également rapproché de l'Europe. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait proposé en septembre de faire du Canada le premier "membre associé" de l'Union européenne. (AFP, 22 oct 2026)

Relations régionales / Regional Relations

L'Égypte et Israël dénoncent l'accord maritime entre la Libye et la Turquie

L'Égypte et Israël ont tous deux rejeté mercredi un accord de délimitation maritime en Méditerranée entre Tripoli et Ankara validé mardi par le Parlement libyen, basé dans l'est du pays divisé.

Cet accord "constitue une violation manifeste des droits souverains de l'Égypte au sein de sa zone économique exclusive et de son plateau continental", a déclaré le ministère égyptien des Affaires étrangères.

Selon Le Caire, le texte, signé il y a près de sept ans mais jusque-là non ratifié, enfreint la Convention sur le droit de la mer et est par conséquent "nul et non avenu et dénué de tout effet juridique".

Sa ratification par le Parlement libyen - avec le soutien de l'exécutif de l'est, rival du gouvernement internationalement reconnu de Tripoli, à l'ouest - "ne produit aucune conséquence juridique pour l'Égypte", a ajouté le ministère.

L'Union européenne avait dit mardi "profondément regretter" la ratification de l'accord, qui "porte atteinte aux droits souverains d'États tiers", et réaffirmé sa "solidarité avec la Grèce - qui a rejeté le vote du Parlement libyen - et Chypre.

Israël, pays proche d'Athènes comme de Nicosie, et dont les relations avec la Turquie sont exécrables depuis le début en 2023 de la guerre à Gaza, a "fermement" condamné le vote du Parlement libyen.

"Malheureusement, nous assistons une fois de plus aux efforts de la Turquie pour déstabiliser la zone de la Méditerranée orientale", a réagi le ministère israélien des Affaires étrangères dans un message publié sur X.

Le Parlement libyen avait dans un premier temps rejeté l'accord. Sa ratification signale un réchauffement des relations entre le maréchal Khalifa Haftar, qui contrôle l'est libyen, et la Turquie.

La Turquie et l'Égypte sont des alliés sécuritaires proches et coopèrent étroitement sur de nombreuses questions régionales, bien qu'ils aient longtemps été dans des camps opposés en Libye. (AFP, 21 oct 2026)

L'Azerbaïdjan inculpe un journaliste turc pour des appels à un "coup d'État"

La justice de l'Azerbaïdjan a annoncé vendredi l'inculpation d'un journaliste turc, accusé d'avoir appelé au renversement du pouvoir azerbaïdjanais "par la force", alors que les relations entre les deux pays alliés se sont tendues au sujet du port du voile islamique à l'école.

Le parquet général azerbaïdjanais a indiqué dans un communiqué qu'un "mandat d'arrêt international" avait été émis à l'encontre de Celal Ciftci, chroniqueur au quotidien turc Sanliurfa Olay. Les autorités judiciaires de ce pays du Caucase demandent également l'"entraide" de leurs homologues turcs.

Le journaliste est poursuivi pour avoir appelé à "la prise du pouvoir en République d'Azerbaïdjan par un coup d'État et par la force" et pour avoir fait la promotion de "l'extrémisme religieux", a précisé le parquet.

L'enquête concerne des écrits diffusés sur les réseaux sociaux après un décret gouvernemental du 21 septembre sur les uniformes scolaires en Azerbaïdjan.

La justice azerbaïdjanaise affirme que ces contenus, y compris des éléments générés par l'intelligence artificielle, appelaient à un coup d'État et à la violence religieuse, sans toutefois reproduire ces propos.

Aucun détail n'est donné sur l'endroit où se trouve Celal Ciftci.

Le décret du 21 septembre interdit les ajouts aux uniformes scolaires jugés incompatibles avec l'enseignement laïque. Bien que le texte ne mentionne pas explicitement le hijab, certaines écolières qui le portent auraient été refoulées d'établissements scolaires, provoquant des manifestations.

Oktay Saral, conseiller du président turc Recep Tayyip Erdogan, a critiqué lundi l'exclusion des élèves portant le voile et exhorté l'Azerbaïdjan à revoir sa position.

Le parti du président Ilham Aliev, le Nouvel Azerbaïdjan, a répliqué mardi en accusant M. Saral et des députés du parti turc au pouvoir, l'AKP, d'ingérence dans les affaires intérieures du pays.

La Turquie et l'Azerbaïdjan, pays turcophone, entretiennent des liens politiques, militaires et culturels étroits, et décrivent leur relation comme "une nation, deux États".

Ancienne république soviétique, l'Azerbaïdjan est un pays majoritairement musulman chiite, mais après des décennies au sein de l'URSS, il est devenu l'un des États les plus laïcs du monde musulman. (AFP, 16 oct 2026)

La Turquie et le Pakistan vont envoyer des forces militaires en Arabie saoudite

La Turquie et le Pakistan, liés par un pacte de défense mutuelle avec l'Arabie Saoudite, ont annoncé lundi envoyer des forces militaires dans le royaume, cible d'attaques régulières de la part des combattants houthis du Yémen.

Après une réunion à Ryad, les trois pays se sont mis d'accord pour passer "immédiatement à la mise en pratique de l'accord de défense mutuelle", signé en août à La Mecque, et "de prendre les mesures nécessaires pour fournir les forces et moyens militaires convenus, et les déployer rapidement dans le royaume", est-il écrit dans un communiqué commun des trois pays.

Le texte ne nomme pas directement les Houthis pro-iraniens, mais "condamne dans les termes les plus forts" les frappes ayant visé les villes saintes de Médine et La Mecque - imputées aux Houthis par l'Arabie saoudite - ainsi que "les attaques continues sur les villes et installations civiles et économiques" du pays.

C'est la première fois que cet accord associant la deuxième armée de l'Otan (la Turquie), la principale puissance du Golfe (Arabie Saoudite) et la seule puissance nucléaire du monde musulman (le Pakistan) est mis en action.

Les hostilités entre les forces gouvernementales yéménites, soutenues par l'Arabie saoudite, et les combattants houthis, au pouvoir dans une grande partie du Yémen depuis une décennie, ont repris en juillet après des années d'accalmie, ouvrant un nouveau front dans la guerre au Moyen-Orient.

A l'issue d'une offensive éclair en septembre, les Houthis ont pris le contrôle de tout le littoral ouest du Yémen, bordant la mer Rouge. Et ils ciblent depuis régulièrement les installations pétrolières et militaires du royaume voisin.

L'Arabie saoudite et les forces gouvernementales yéménites, peinant à repousser les attaques des Houthis, ont plusieurs fois demandé du soutien international, notamment des Etats-Unis, sans succès jusqu'ici.

 - Espace aérien "pas sûr" -

 Soutenues par les avions de combat saoudiens, les forces gouvernementales du Yémen ont annoncé dimanche une vaste contre-offensive pour reprendre aux Houthis les territoires récemment conquis, voire les déloger de l'ensemble du pays.

Elles ont affirmé avoir mené plus de 1.000 frappes, et lancé une offensive sur la capitale Sanaa, aux mains des Houthis depuis 2015.

La coalition dirigée par l'Arabie saoudite, alliée militaire depuis 2015 du gouvernement yéménite réfugié à Aden, a reconnu un "soutien aérien 24H/24 aux forces armées yéménites au sol", indiquant que "100 avions de combat ont participé" à l'offensive et que "324 cibles de grande valeur" ont été détruites.

Selon les Houthis, une femme et une fillette ont péri dans des bombardements dans la province de Sanaa.

  Ces combattants ont de leur côté averti les compagnies aériennes que le ciel au-dessus de l'Arabie saoudite n'était "pas sûr" - à l'exception des villes saintes de Médine et La Mecque, qu'ils soutiennent ne jamais avoir visées.

Dans la soirée, des fortes explosions ont été entendues à Ryad par un journaliste de l'AFP et des habitants.

"J'ai vu mes fenêtres trembler", a décrit l'un d'eux, résidant non loin de l'aéroport international de la capitale saoudienne.

 - Oléoduc à l'arrêt -

 Dimanche, le très stratégique oléoduc Est-Ouest, qui permet à l'Arabie saoudite de transférer son pétrole bloqué à l'est à cause du verrouillage du détroit d'Ormuz vers l'ouest du royaume, avait également été pris pour cible, et a été mis à l'arrêt - il avait déjà dû l'être le mois dernier.

"Une station de pompage située à Khurais, à l'est de Ryad, a été touchée. Elle n'avait jamais été visée auparavant. Les dégâts sont importants et les pompages ont de nouveau été interrompus", a indiqué à l'AFP une source du secteur énergétique.

Le patron du géant pétrolier saoudien Aramco a mis en garde contre le niveau "dangereusement faible" des stocks mondiaux de pétrole, quelques jours après que les pays du G7 ont annoncé une libération des stocks pour atténuer les inquiétudes concernant l'approvisionnement.

La coalition a elle également déclaré "assurer la protection aérienne du détroit de Bab el-Mandeb", essentiel pour le transport des hydrocarbures.

Les Houthis avaient renforcé en septembre leur contrôle sur ce détroit, dont l'importance stratégique s'est accrue avec le verrouillage par l'Iran de celui d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule arabique, après le début de la guerre au Moyen-Orient en février.

Les combats entre les forces gouvernementales et les Houthis se poursuivent aussi sur le littoral du Yémen, où des sources militaires ont affirmé lundi que les forces progouvernementales avaient coupé la seule voie d'approvisionnement vers la ville de Mokha, prise par les Houthis en septembre - s'abstenant toutefois de confirmer officiellement la reprise de ce port stratégique. (AFP, 5 oct 2026)

Ryad accuse les Houthis d'avoir mené une attaque à Médine en Arabie saoudite

Les Houthis pro-iraniens du Yémen ont attaqué un transformateur électrique dans la ville sainte de Médine en Arabie saoudite, selon la coalition militaire dirigée par Ryad, un acte fermement condamné jeudi par plusieurs pays musulmans.

"Ce lâche attentat, visant une infrastructure civile alimentant en électricité la mosquée du prophète à Médine, s'inscrit dans les tentatives de cette milice extrémiste de cibler les deux mosquées saintes et la provocation délibérée de millions de musulmans en s'en prenant à La Mecque et Médine", souligne le communiqué de la coalition publié sur X, précisant que l'attaque s'était produite mardi.

Ryad, allié du gouvernement yéménite, avait déjà accusé à la mi-septembre les Houthis d'avoir mené une attaque de drone contre La Mecque, ce qu'avaient démenti ces combattants pro-iraniens.

Les Houthis ont rejeté jeudi toute responsabilité dans d'éventuelles attaques contre ces lieux saints, par la voix de Mehdi al-Machat, chef du conseil politique suprême cité par la chaîne Almasirah.

La Mecque et Médine, dans l'ouest de l'Arabie saoudite, sont les deux villes les plus sacrées de l'islam. Médine abrite le tombeau du prophète Mahomet.

 - Vague de condamnations -

 Le gouvernement yéménite, soutenu par Ryad et reconnu par la communauté internationale, a dénoncé "une violation flagrante de la souveraineté du Royaume d'Arabie saoudite et du caractère sacré de Médine, ainsi qu'une provocation délibérée à l'égard des musulmans du monde entier".

Le Yémen "considère la milice terroriste houthie et le régime iranien qui la soutient entièrement responsables de cette attaque", a écrit le ministère yéménite des Affaires étrangères sur X.

L'attaque a soulevé une vague de condamnations dans la région.

"Le Qatar considère cet acte comme une grave atteinte au caractère sacré des lieux saints de l'islam, une provocation manifeste des sentiments des musulmans, un mépris inacceptable pour les vies civiles, une violation flagrante de la souveraineté de l'Arabie saoudite et une transgression évidente du droit international", a dénoncé le ministère des Affaires étrangères de l'émirat.

Pour la Ligue arabe, "cette attaque suscite la colère des musulmans du monde entier et traduit une dangereuse escalade de la part de la milice houthie", a indiqué l'organisation dans un communiqué.

La mosquée Al-Azhar du Caire, siège de la plus haute autorité de l'islam sunnite, a également exprimé son "rejet catégorique" de cette attaque "qui menace la sécurité de la Cité du Messager d'Allah (paix soit sur lui) et la met en danger".

Le Soudan a dénoncé un "acte haineux".

"Nous condamnons fermement l'attaque des Houthis contre les infrastructures civiles" à Médine, a réagi pour sa part le ministère turc des affaires étrangères dans un communiqué jeudi, réaffirmant son soutien à son allié saoudien.

"Ces attaques provocatrices, qui menacent la souveraineté et la sécurité de l'Arabie saoudite et visent les valeurs sacrées du monde islamique, doivent cesser immédiatement et sans condition".

La Turquie, le Pakistan et l'Arabie Saoudite sont liés par un pacte de défense mutuelle, signé en août à la Mecque. Malgré cet accord, Islamabad et Ankara n'ont jusqu'à présent pas riposté aux frappes des Houthis yéménites contre l'Arabie saoudite. (AFP, 2 oct 2026)

Arrestation d'un suspect majeur d'un attentat en 2013 près de la Syrie

Les services secrets turcs ont arrêté un suspect clé dans la double attaque meurtrière, survenue en 2013 près de la frontière syrienne, qui avait fait 53 morts en marge de la guerre civile en Syrie, ont annoncé jeudi les médias turcs.

Omar al-Khatib, objet d'une notice rouge d'Interpol et de nationalité syrienne selon l'agence Anadolu, serait le coordinateur de l'opération entre les auteurs de l'attaque et des responsables des services de renseignement fidèles au président syrien de l'époque, Bachar al-Assad.

Il a été arrêté par les services de renseignement intérieurs turcs (MIT), alors qu'il tentait de fuir vers l'Europe par la mer, ont ajouté ces médias en citant des sources sécuritaires.

La date et le lieu précis de l'arrestation n'ont pas été précisés.

Le double attentat aux voitures piégées, dans le district de Reyhanli (sud-est), avait constitué l'attaque la plus meurtrière en Turquie liée aux répercussions de la guerre civile en Syrie, démarrée en 2011.

A l'époque, Ankara avait accusé des groupes extrémistes turcs soutenus par le gouvernement syrien, des accusations que Damas avait rejetées.

Avant l'attentat, le suspect était entré en Turquie par Hatay (sud-est) pour identifier les lieux où l'attaque devait être menée, selon le quotidien Hürriyet. Il aurait également remis aux auteurs le mécanisme utilisé pour l'attentat.

Les participants auraient été récompensés financièrement par le régime syrien de l'époque, affirme Hürriyet.

Le quotidien rappelle que quatre autres auteurs de l'attentat arrêtés ces dernières années ont été condamnés à des peines de prison à vie.

Kifah Melhem, présenté comme le commanditaire, est devenu le chef du Bureau de la sécurité nationale syrienne en février 2024 et aurait fui le territoire après la chute d'Assad en décembre de la même année, toujours selon Hürriyet.

Il figure dans une liste des personnalités syriennes sous sanction du département d'État américain, selon un document daté d'août 2020 sur son site.

La Turquie a été un fervent soutien des rebelles syriens cherchant à renverser Assad et a accueilli des millions de Syriens ayant fui le conflit.

Depuis la destitution d'Assad, Ankara a noué des liens très étroits avec les nouvelles autorités syriennes, dirigées par le président Ahmed al-Chareh. (AFP, 1 oct 2026)

Somalie : la Turquie, partenaire majeur, happée dans les rivalités internes

La Turquie a lourdement investi politiquement et économiquement en Somalie, mais où elle se retrouve entraînée dans les rivalités intérieures violentes qui agitent ce pays miné par des années sans véritable Etat central, par les luttes claniques et par une insurrection islamiste.

Lundi, autour de la localité de Baidoa, des avions de combat turcs ont tiré des missiles pour soutenir les troupes fédérales somaliennes lors d'une nouvelle offensive menée sur cette ville de centaines de milliers d'habitants par les forces loyales au gouverneur déchu de l'Etat somalien du Sud-Ouest, Abdiaziz Laftagareen.

La Turquie est également accusée d'avoir mené la frappe aérienne qui a blessé le 3 septembre, dans sa demeure de Dolow, ville du sud-ouest somalien, le général Mahad Abdirahman, un proche d'Abdiaziz Laftagareen, même si le gouvernement fédéral somalien nie toute responsabilité.

Cet incident a provoqué de rares manifestations antiturques dans la zone, au cours desquelles le drapeau de la Turquie a été brûlé et des portraits de son président Recep Tayyip Erdogan saccagés.

"La Turquie est une nouvelle puissance coloniale qui occupe la Somalie et tuent les Somaliens", a accusé un responsable local, Omar Abdullahi, haranguant des manifestants dans la localité voisine d'Afmadow.

- Hostilité croissante -

 Plusieurs partenaires occidentaux de la Somalie, dont les Etats-Unis ou l'Union européenne, ont fini ces dernières années par se lasser d'injecter des fonds depuis deux décennies sans voir de progrès politiques ou sécuritaires en Somalie, entravés par le clientélisme, la corruption et les luttes intestines de sa classe politique somalienne, et ont commencé à fermer le robinet.

La Turquie, elle, a établi en Somalie sa plus vaste base militaire hors de ses frontières. Elle achève une base de lancement spatial sur la côte somalienne et fore au large à la recherche de pétrole.

Elle entraîne les forces fédérales somaliennes, fournit de l'aide en périodes de sécheresse, d'inondations ou de famine, a participé à la modernisation de la capitale, désormais dotée de routes neuves et de lampadaires, et dont le port et l'aéroport sont gérés par des entreprises turques.
(AFP, 29 sept 2026)


Chypre et la Grèce / Cyprus and Greece


Immigration / Migration

Mihrac Ural arrêté par Damas: un responsable libanais affirme qu'il a été "enlevé"

Un responsable libanais a affirmé vendredi qu'un chef paramilitaire turco-syrien allié de Bachar al-Assad, dont Damas avait annoncé l'arrestation, avait en fait été "enlevé" au Liban par les services de renseignement syriens et turcs, assurant que Beyrouth n'avait pas été informé.

L'agence officielle syrienne Sana avait fait état jeudi de l'interpellation d'Ali Kayali, alias Mihrac Ural, principal suspect du massacre qui avait fait au moins 248 morts à Banias et Bayda en 2013, pendant la guerre civile en Syrie.

Selon une source sécuritaire syrienne à l'AFP, l'homme d'origine turque mais naturalisé syrien a été "appréhendé au Liban lors d'une opération sécuritaire coordonnée avec la partie libanaise".

Mais un responsable de sécurité libanais, qui a requis l'anonymat en raison du caractère sensible de l'information, a livré une autre version des faits, assurant à l'AFP que les autorités "n'étaient pas au courant" de l'opération.

"Des membres des services de renseignement syriens et turcs ont enlevé l'homme à Mansourieh", dans la montagne près de Beyrouth, et l'ont emmené "à l'ambassade de Syrie au Liban, puis transféré en Syrie", a précisé cette source.

Le responsable a ajouté qu'Ali Kayali résidait au Liban depuis la chute d'Assad en décembre 2024.

L'agence Sana a de son côté affirmé qu'il avait été appréhendé "alors qu'il tentait de fuir en franchissant la frontière".

Ali Kayali, surnommé le "boucher de Banias", dirigeait un groupe paramilitaire qui combattait aux côtés des troupes de l'ex-président syrien pendant la guerre civile.

L'ONG Human Rights Watch (HRW) avait qualifié les massacres dont il est accusé de "l'un des épisodes d'exécutions de masse les plus meurtriers" de la guerre civile.

La Syrie et le Liban tentent d'écrire une nouvelle page de leurs relations bilatérales depuis la chute d'Assad, et l'arrivée au pouvoir d'une coalition islamiste qui a arrêté des dizaines de responsables du régime déchu.

Le Liban, soupçonné d'avoir accueilli des responsables du pouvoir d'Assad, a ainsi arrêté en septembre un ancien officier des services de renseignement syriens, après avoir extradé en août vers Damas un ancien général accusé de crimes, en particulier de meurtre et de torture.

Selon l'agence officielle turque Anadolu, Mihrac Ural, marié à une proche de la famille Assad, est en outre soupçonné d'avoir planifié, avec l'aide des services de renseignement d'Assad, un double attentat à la voiture piégée qui a fait 53 morts le 11 mai 2013 à Reyhanli, dans le sud-est de la Turquie.

Les services turcs ont récemment arrêté un suspect clé dans ce double attentat qui avait constitué l'attaque la plus meurtrière en Turquie liée aux répercussions de la guerre civile en Syrie. (AFP, 16 oct 2026)


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