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INFO-TURK

A non-government information center on Turkey

Un centre d'information non-gouvernemental sur la Turquie

52th Year / 52e Année
Octobre
 
2026 October
N° 578
53 rue de Pavie - 1000 Bruxelles
Tél: (32-2) 215 35 76
Chief Editor /Rédacteur en chef: 
Dogan Ozgüden

Responsible editor/Editrice responsable:

Inci Tugsavul
Human Rights
Pressures on  media
Kurdish Question
Minorities
Interior politics
Armed Forces
Religious affairs
Socio-economics
Turkey-Europe
Turkey-USA
Regional Relations
Cyprus and Greece
Migration

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L'UE rappelle à la Turquie que la répression l'éloigne de l'intégration

Titres des évènements du mois
Titles of this month's events


Droits de l'Homme / Human Rights

Manifestations à Izmir, un bastion de l'opposition dont le maire fait défection
Men killed 27 women in September
Explained: Turkey's 'My Family Is Safe' operations
Foot: le patron des arbitres en Turquie arrêté

Pression sur les médias / Pressure on the Media

Scandale boursier en Turquie: deux journalistes arrêtés pour "informations trompeuses"
Court orders access ban on bianet’s X account
Journalist Derya Okatan jailed over classified files found on drive seized separate probe
Le compte X d'une journaliste britannique de Sky News bloqué en Turquie
Turkey bans online censorship monitor’s X account
La Turquie ferme le site d'information en ligne T24 pour "propagande LGBT"
Turkey arrests 2 more journalists as authorities ramp up use of disinformation law to silence the press
Condamné mais libéré jusqu'en appel, un humoriste tient tête à Erdogan

Kurdish Question / Question kurde

Le PKK reproche à Ankara son inaction et dit avoir retiré ses combattants de Turquie
Dans les régions kurdes de Syrie, les femmes redoutent un retour au "point zéro"…
Message d'Özgüden à la conférence sur la représentation de la nation kurde à l'ONU
Au Kurdistan irakien, le traumatisme de la guerre avec l'Iran refait surface

Minorités / Minorities


Politique intérieure/Interior Politics

Scandale financier en Turquie : l'opposition accuse deux ministres

Scandale financier en Turquie: les avoirs d'une ex-ministre gelés

Forces armées/Armed Forces

France et Turquie signent un programme de coopération militaire
Un "travail" en cours sur le transfert à un pays tiers des systèmes antiaériens russes de la Turquie

Affaires religieuses / Religious Affairs
 

Plus de 2.000 proches de jihadistes toujours aux mains des Kurdes en Syrie

Socio-économique / Socio-economic

Cinq morts, dont trois enfants, dans l'effondrement d'un immeuble à Istanbul

Monthly work-related deaths in Turkey exceed 200 for fifth straight month

Foot: le patron des arbitres turcs placé en détention
L'ex-directeur de l'autorité de régulation dans le viseur de la justice
Une mine s'effondre dans l'ouest de la Turquie, cinq morts
Turbulences majeures sur le marché boursier - Ragip Duran
La Turquie saisit un avion iranien criblé de dettes

Relations turco-européennes / Turkey-Europe Relations

L'UE rappelle à la Turquie que la répression l'éloigne de l'intégration

Turquie-USA-OTAN / Turkey-USA-NATO



Relations régionales / Regional Relations

La Turquie et le Pakistan vont envoyer des forces militaires en Arabie saoudite
Arrestation d'un suspect majeur d'un attentat en 2013 près de la Syrie
Ryad accuse les Houthis d'avoir mené une attaque à Médine en Arabie saoudite
Somalie : la Turquie, partenaire majeur, happée dans les rivalités internes



Chypre et la Grèce / Cyprus and Greece



Immigration / Migration



Droits de l'Homme / Human Rights

Manifestations à Izmir, un bastion de l'opposition dont le maire fait défection

Plus de mille manifestants se sont rassemblés mercredi soir à Izmir, la troisième ville de Turquie, pour dénoncer la défection du maire de ce bastion de l'opposition au profit du parti du président turc Recep Tayyip Erdogan.

La prise de contrôle de la mairie d'Izmir, une place forte de la laïcité située sur la côte égéenne de la Turquie et que les sociaux-démocrates gouvernent depuis 27 ans, par le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur), constitue un coup politique majeur pour cette formation, même si elle ne dispose pas de la majorité au conseil municipal.

La décision de Cemil Tugay de rejoindre l'AKP a été annoncée par M. Erdogan lui-même au cours d'une réunion de son groupe parlementaire à Ankara. "Nous nous mettons en route pour remettre Izmir sur pied, résoudre ses problèmes et la reconstruire presque entièrement", a affirmé le maire après que le chef de l'Etat lui a remis un insigne du parti.

Ce revirement a provoqué la colère à Izmir, où la police avait barricadé les principales places de la ville, selon un correspondant de l'AFP.

À la tombée de la nuit, une foule brandissant des drapeaux turcs s'est rassemblée derrière les barrières autour de la place Cumhuriyet, scandant "Tugay, démission !", "Tugay traître !", ou encore "Izmir est libre et restera libre !".

Certains transportaient un cercueil de fortune sur lequel était inscrit : "Mort politique". Des policiers antiémeutes et au moins quatre camions équipés de canons à eau ont été déployés.

S'adressant à la foule, Cagatay Guc, le chef de l'opposition à Izmir, a demandé la démission du maire. "Vous avez été révoqué, Cemil Tugay, vous n'êtes pas le maire. Vous êtes assis là grâce aux voix de la nation mais, aujourd'hui, cette nation vous a retiré ces fonctions".

 - "Changer de visage" -

 Certains proféraient même des paroles qui frisaient la menace. "Il ferait mieux de changer de visage car il ne pourra plus se promener dans les rues d'Izmir", a ainsi déclaré Ali Mahir Basarir, un député du principal parti d'opposition, Yeni Parti.

Les manifestants ont fini par se disperser sans qu'aucune interpellation n'ait été signalée.

Une douzaine de personnalités culturelles de la ville ont démissionné, parmi lesquelles le directeur artistique des théâtres d'Izmir, neuf membres du conseil consultatif du théâtre municipal et un poète qui dirige le Festival de littérature, selon le site internet Birgun.

Cette défection intervient à un moment où l'opposition turque fait face à une intense répression, avec nombre d'arrestations et de procès visant ses maires et ses élus, dans des affaires que les observateurs considèrent comme ayant un caractère politique.

Le bras de fer a commencé après l'éclatante victoire du CHP (Parti républicain du peuple, opposition) aux élections municipales de mars 2024, une lourde défaite pour l'AKP et le président turc.

 -Défection par "peur"-

 Six responsables de province ont été arrêtés, dont le maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, considéré comme un des adversaires les plus sérieux de M. Erdogan devant les urnes, ainsi que 29 maires d'arrondissements, dont 13 à Istanbul.

Parallèlement, au moins 17 édiles avaient fait défection avant celle de Cemil Tugay.

Celui-ci avait été élu avec 48,97 % des voix. En juin, il avait démissionné du CHP à la suite d'une décision de justice controversée qui avait plongé ce parti dans la crise et entraîné l'éviction de son chef, Özgür Özel.

Ce dernier a depuis fondé le Yeni Parti (Nouveau Parti), devenu la principale formation de l'opposition. Mais M. Tugay n'y a pas adhéré, affirmant vouloir rester indépendant tout en dénonçant les rumeurs sur son intention de passer dans le camp adverse.

Selon l'analyste politique Berk Esen, cette défection tonitruante sert "la stratégie de l'AKP visant à surmonter sa lourde défaite aux élections (...) par la force et la répression". Les maires de l'opposition ne changent pas de camp par conviction mais, pour beaucoup, "par peur", a-t-il déclaré à l'AFP.

Mardi, Özgür Özel a dénoncé la campagne de menaces et de chantage dont sont victimes selon lui les élus d'Izmir.

"Ceux qui n'ont pas cédé à ces pressions quitte à être en prison et qui n'ont pas trahi leurs amis et leur parti sont nos frères jusqu'à la mort. Ceux qui nous ont vendus et sont partis sont des traîtres. Et ceux qui les ont achetés sont des voleurs de la volonté nationale", a-t-il déclaré. (AFP, 7 oct 2026)

Men killed 27 women in September

According to news reports compiled by bianet from local and national newspapers, news websites, and news agencies, men killed at least 27 women in September. Men also killed at least four men who were with the women.

In September, men injured at least 52 women, abused 19 girls and boys, and harassed 28 women. Men forced 26 women into sex work.

Men killed 222 women in the first eight months of 2026.

In August, the deaths of at least 31 women and 14 children were classified as “suspicious” cases where it could not be definitively determined whether they were gender-based.

Suspicious deaths of women reported in the media in September

Adıyaman (2), Aksaray (1), Amasya (1), Antep (2), Aydın (2), Bolu (1), Bursa (1), Çorum (1), Edirne (1), Eskişehir (1), İstanbul (1), Karaman (2), Kastamonu (1), Kayseri (1), Kırşehir (1), Kütahya (1), Malatya (1), Manisa (3), Mersin (1), Muğla (3), Ordu (1), Urfa (2).

Suspicious deaths of children reported in the media in September

Adıyaman (1), Aydın (1), Hakkari (1), İzmir (1), Konya (1), Mardin (1), Muğla (2), Samsun (1), Urfa (4), Van (1).

2026–2024 male violence

In the first nine months of 2026, men killed 222 women, harassed 160 women, abused 175 children, committed acts of violence against 447 women, and raped 94 women. Men forced at least 871 women into sex work. While the deaths of 372 women were reported in the media as “suspicious,” men killed at least 17 children.

In the first nine months of 2025, men killed 224 women, harassed 164 women, abused 169 children, committed acts of violence against 561 women, and raped eight women. Men forced at least 805 women into sex work. While the deaths of 347 women were reported in the media as “suspicious,” men killed at least 51 children.

In the first nine months of 2024, men killed 278 women, harassed 60 women, abused 117 children, committed acts of violence against 443 women, and raped 11 women. Men forced at least 327 women into sex work. While the deaths of 211 women were reported in the press as “suspicious,” men killed at least 32 children. (BIA, 6 oct 2026)

Explained: Turkey's 'My Family Is Safe' operations

Authorities launched a sweeping crackdown on LGBTI+ communities on Sep 12, dubbed as the "My Family Is Safe" operations. Eighty-two people including LGBTI+ rights advocates have been placed in pretrial detention and hundreds of websites and social media accounts have been blocked as part of the operations.

While authorities link the investigations to government policies on family, rights groups say the they  criminalize lawful advocacy, LGBTI+ visibility and private relationships.

The operations and their scope

The campaign began with online restrictions on Sep 12, followed by overnight and early-morning raids on Sep 13 spanning 15 provinces.

Police targeted homes, association offices and venues frequented by queer people. İstanbul, Ankara, İzmir and Mersin were among the provinces prominently affected.

Proceedings were launched against 162 people nationwide, as well as nine associations and 13 businesses. By Sep 17, at least 116 people had been taken into custody. Among them, 82 were placed in pretrial detention, with over 40 of them rights defenders and activists.

The affected organizations inclued the Kaos GL Association, Hevi LGBTI+, Pozitif-iz, SPoD, Lambdaistanbul, Muamma and Mersin 7 Colors. All members of Kaos GL's board of directors and supervisory board are currently in pretrial detention.

Kaos GL is Turkey's longest-standing queer rights organization and also runs a news outlet, whose website and social media accounts were already banned when the operations began.

What authorities allege

The investigations involve allegations of obscenity, prostitution-related offenses, forming an organization to commit crimes, drug offenses and violations of the Associations Law.

Justice Minister Akın Gürlek linked the operations to the government’s 2026–2035 Decade of Family and Population and Presidential Circular No. 2026/4.

Authorities have presented the campaign as an effort to protect children, families and public order. Claims that organizations were influencing children’s sexual orientation or gender identity also appeared in the investigations, along with scrutiny of international funding.

The campaign later gained a nationwide administrative framework. A Justice Ministry circular sent to prosecutors in all 81 provinces instructed them to take action against suspected activities encouraging children and young people toward "genderlessness."

The circular instructed prosecutors to secure digital evidence, seek online restrictions where deemed necessary and use organized-crime methods and financial investigations under certain circumstances.

It also called for coordination with ministries, cybersecurity authorities and law enforcement.

Use of ‘obscenity’

Provisions banning "obscenity" in the Turkish Penal Code was at the center of the investigation against LGBTI+ rights advocates, with many of the detainees facing this allegation. While the offense historically applied to pronographic content, it is now used to characterize LGBTI+ advocacy.

Prosecutors alleged that material published on the Kaos GL website and social media accounts was "obscene." Evidence cited by the court included news articles and images, among them scenes showing two female characters kissing in the “Agatha All Along” series and two male football players kissing.

The law prohibits distribution of and exposing children to "obscene" content but lacks a clear definition of obscenity.

Private communications used as evidence

The operations in İzmir also raised concerns about privacy and the collection of evidence.

Lawyers said police obtained detainees’ phone passwords without a court order, searched their devices and added private messages and photographs to case files as evidence of obscenity.

Sixteen people were jailed in İzmir on Sep 14 on obscenity- and prostitution-related allegations.

Lawyers also noted that the investigation began with social media monitoring through “online patrols,” a practice that had previously been found unlawful by the Constitutional Court.

Online censorship and the extension to journalism

The initial access-blocking order targeted platforms belonging to numerous organizations and activists.

A later İstanbul Bar Association tally listed 11 association websites, 32 X accounts and 419 social media accounts as blocked. Requests had also been submitted concerning another 107 accounts.

Journalist Tuğba Tekerek was detained and was subsequently remanded in custody over a 2024 article published by Kaos GL. She was accused of being a responsible for managing Kaos GL's social media accounts questioned over an obscenity allegation.

The campaign extended to independent news outlet T24 on Sep 30.

An İstanbul court ordered the outlet’s website and social media accounts blocked. It also ordered the removal of 118 columns, describing them as “LGBTI+ propaganda.”

The website became inaccessible within hours. T24’s X account remained accessible when the decision was reported. The outlet urged readers to use its mobile application to evade censorship. (BIA, Oct 1, 2026)

Foot: le patron des arbitres en Turquie arrêté

Le patron de l'arbitrage en Turquie et six autres personnes ont été interpellés, a indiqué mardi le ministre de la Justice, promettant d'oeuvrer pour un "football propre" dans un pays déjà secoué par des malversations.

Le président du Comité central des arbitres de la Fédération turque de football (MHK), Ferhat Gündogdu, son vice-président et cinq autres suspects ont été arrêtés et placés en garde à vue au terme d'un coup de filet organisé dans quatre provinces du pays, selon l'agence de presse Anadolu.

"Des perquisitions judiciaires ont été menées à leurs domiciles, lieux de travail et bureaux", a précisé le ministre de la Justice Akin Gürlek sur X.

Il a évoqué des "allégations d'ingérence dans l'établissement des classements des arbitres, dans les désignations (pour les matches, ndlr), les processus de notation et de nomination, ainsi que les examens de règles".

Dans un communiqué sur son site, la Fédération turque de football (TFF) a assuré coopérer avec les ministères de la Justice, de l'Intérieur et des Sports, sans toutefois évoquer directement les arrestations.

"L'enquête et la coopération avec ces institutions sont toujours en cours", affirme la TFF, qui souligne avoir "déposé plusieurs plaintes pénales auprès du parquet d'Istanbul depuis avril 2025, afin de garantir que justice soit faite".

Tous les documents réclamés par les enquêteurs "détenus au sein de la TFF ont été transmis au parquet d'Istanbul sous pli scellé, avec une demande de remise à l'Institut de médecine légale pour analyse d'empreintes digitales et d'ADN, ainsi que pour tout autre examen nécessaire", a poursuivi la fédération.

 - Arbitres parieurs -

 Selon le quotidien Hurriyet, le parquet général d'Istanbul s'appuie sur des audits financiers du Bureau d'enquête sur les crimes financiers (Masak), des relevés de télécommunications, des témoignages et des rapports d'experts.

Les personnes arrêtées sont aussi soupçonnées de production de documents frauduleux et d'intimidations systématiques, ajoute la même source.

Il y a un an, le Conseil de discipline de la TFF avait suspendu 149 arbitres accusés d'avoir parié sur des matches au mépris de l'interdiction qui leur en est faite. Les suspensions allaient de huit à douze mois.

Une enquête de la fédération portant sur 571 arbitres des ligues professionnelles turques avait révélé que 371 d'entre eux possédaient des comptes de paris sportifs et 152 pariaient activement.

Vingt-deux des arbitres incriminés (7 arbitres centraux et 15 arbitres assistants) officiaient en première division, selon la fédération.

Ni le ministre, ni les médias turcs, ni la fédération n'évoquaient mardi cette première affaire ou d'éventuels liens entre les deux.

"Nous poursuivrons résolument la lutte pour un football propre, afin que les allégations sapant la confiance envers le football turc soient éclaircies (et) que les responsables soient traduits en justice", a en revanche promis le ministre de la Justice, Akin Gürlek. (AFP, 29 sept 2026)

Pression sur les médias / Pressure on the Media

Scandale boursier en Turquie: deux journalistes arrêtés pour "informations trompeuses"

Deux journalistes ont été placés vendredi en détention provisoire pour avoir prétendument diffusé de fausses informations sur un scandale de fonds d'investissement, tandis que deux autres ont été libérés sous conditions, selon les médias.

Les quatre journalistes ont tous été interpellés vendredi en raison de contenus qui soulevaient également des questions sur l'implication de hauts responsables de l'AKP, le parti au pouvoir.

Le tribunal a ordonné l'incarcération, dans l'attente de leur procès, de Mustafa Balci du quotidien d'opposition Sozcu et de Saban Sevinc de la chaîne d'information en ligne Bizim TV, pour avoir publié sur X une image suggérant un lien entre le porte-parole de l'AKP, Omer Celik, et l'un des principaux suspects liés au fonds d'investissement.

Mais le tribunal a accordé une libération conditionnelle à deux autres journalistes - Ismail Saymaz et Murat Agirel de Sozcu TV - qui étaient visés dans une plainte déposée par le ministre du commerce à la suite d'un reportage mettant en cause ses liens avec le scandale.

L'échiquier politique turc est bouleversé depuis quelques semaines par cette affaire, dans laquelle le gendarme de la bourse (SPK) a liquidé sept sociétés qui géraient 131 fonds d'investissement.

Leurs actifs toxiques ont été évalués à environ 17 milliards de dollars par la presse locale, pour quelque 455.000 petits épargnants lésés.

L'opposition et certains médias accusent des personnalités au pouvoir de s'être illégalement enrichies. Une responsable de haut rang de l'AKP a même déjà dû démissionner.

Le principal parti de l'opposition, Yeni (Nouveau), a accusé jeudi nommément deux ministres de malversation, accentuant ainsi la pression sur le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Le ministre du Commerce Ömer Bolat et la ministre de la Famille Mahinur Özdemir Göktas ont tous les deux nié les accusations.

"Nous sommes confrontés à un tissu de mensonges, à une campagne de diffamation qui s'attaque à notre gouvernement", a dénoncé vendredi le secrétaire général de l'AKP, Eyyup Kadir Inan, sur la chaîne privée turque NTV.

 - Mensonges et calomnies -

 "Nous ne laisserons pas notre parti et notre gouvernement être pris pour cible, que ce soit de la part du Parti Yeni, ou bien de ces journalistes qu'ils payent pour qu'ils leur servent de porte-parole", a-t-il affirmé, promettant qu'Özgür Özel, le chef du parti Yeni, et ses alliés "(paieraient) pour ces mensonges et calomnies".

La ministre de la Famille a de son côté annoncé sur X qu'elle portait plainte pour accusations mensongères.

Elle a aussi menacé les médias qui ont "diffusé ces calomnies", clamant que "la liberté de la presse ne (pouvait) servir de bouclier à une entreprise de diffamation".

Dans un entretien au journal Sabah, le ministre de la Justice a pour sa part affirmé que 141 individus et 73 entités légales avaient enregistré des profits records dans cette affaire.

Selon Akin Gürlek, "les procureurs demanderont que ces sommes soient versées sur un compte de restitution volontaire" avant d'être redistribuées aux victimes.

Un projet de loi prévoyant cette procédure de remboursement doit être présenté par le parti au pouvoir.

Le ministre avait déjà assuré qu'un remboursement ne permettrait pas aux personnes concernées d'échapper à des poursuites, un sujet qui obnubile les médias et responsables politiques de l'opposition.

Dans la même affaire, le ministre du Commerce a porté plainte jeudi contre deux autres journalistes de la chaîne Sozcu TV et du journal Cumhuriyet.

Ils sont également poursuivis pour diffusion d'informations trompeuses. (AFP, 9 oct 2026)

Court orders access ban on bianet’s X account

An İstanbul court has ordered an access ban on the X account of bianet and several journalists, citing "the protection of national security and public order."

The Bakırköy 7th Penal Judgeship of Peace issued the decision on Sep 30, 2026. The ruling also targeted the accounts of several journalists, including İrfan Değirmenci, Şirin Payzın, Burak Acerakis, Erdal Sağlam, Dinçer Gökçe, Sarya Toprak, Esra Tokat and Furkan Karabay, according to the Freedom of Expression Association (İFÖD), a group monitoring online censorship.

While X made some of the accounts unavailable in Turkey following the decision, bianet’s account remained accessible at the time of publication.

The same X accounts belonging to Değirmenci and Payzın were also blocked under a Sep 16 decision.

bianet’s X account had previously been targeted by an access-ban order during the countrywide protests in March last year, which began after then-İstanbul Mayor Ekrem İmamoğlu's detention. X did not enforce that decision.

X typically implements most of access-ban orders it receives from Turkish authorities.

The latest ruling comes amid a wave of online censorship in Turkey since last month. Hundreds of X accounts, including those of rights groups and activists, were blocked as part of the “My Family Is Safe” operations targeting the LGBTI+ community.

The blocked accounts included those of the İFÖD.

The website and social media accounts of independent news outlet T24 were also blocked over articles about the LGBTI+ community. (BIA,7 oct 2026)

Journalist Derya Okatan jailed over classified files found on drive seized separate probe

Journalist and DİSK Basın-İş union's disciplinary board member Derya Okatan sent a message from prison following her arrest on Oct 2.

Okatan, who was transferred to Bakırköy Women’s Closed Prison, said in her message that she was in good health and good spirits:

“Unfortunately, in the 20th year of my career, I too have now seen the prisons that almost every journalist in Turkey passes through at least once... But I’m in good health and good spirits. I hope the mistake that led to my arrest will be resolved as soon as possible and that I will return to you. Thank you very much to everyone who has shown solidarity. My greetings and love to all my friends....”

Jailed over a drive seized in 2019

Okatan was arrested over an external hard drive that had been seized in 2019 as part of a separate investigation.

The İstanbul Provincial Gendarmerie Command said it found PowerPoint, Word, Excel and PDF files in a folder on the drive.

The İstanbul 1st Penal Judgeship of Peace ordered Okatan’s arrest after concluding that the files included “classified documents concerning Çorum and Tokat that should only be in the possession of security forces.”

During questioning by the judgeship, Okatan said the drive had previously been seized as part of another investigation. She said she used it to store her movie archive and had nothing to do with the documents:

“The hard drive, said to be a WD drive, contains data believed to have been produced by the state. Most of it is intelligence information. I saw these for the first time at the gendarmerie. I’ve had this external drive for quite a long time. I don’t know whether someone else put them on it or what happened, but there has clearly been a mistake.” (BIA, 5 oct 2026)

Le compte X d'une journaliste britannique de Sky News bloqué en Turquie

Le compte X de la correspondante britannique de Sky News en Turquie a été bloqué lundi, a-t-elle confirmé à l'AFP, dans le cadre d'une campagne qu'une organisation de défense des droits qualifie de "vague de censure devenue un tsunami".

Alex Crawford a expliqué avoir reçu deux notifications, dont une lundi, avant que son compte devienne inaccessible. La chaîne "va contester (la décision), par principe", a-t-elle précisé.

Ce compte faisait partie de ceux visés en septembre par la justice turque dans une enquête pour "obscénité", selon l'organisation IFÖD (Association pour la liberté d'expression).

Le gouvernement islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan mène depuis la mi-septembre une vaste campagne contre les clubs, groupes et associations LGBT+, appelée "Ma famille est en sécurité".

Mais la campagne dépasse le seul milieu LGBT+.

"Le blocage s'est étendu à un très large éventail d'acteurs" - journalistes et médias divers, défenseurs des droits, organisations de femmes, universitaires, économistes, milieux politiques et religieux - déplore IFÖD. "La vague de censure est devenue un tsunami".

Selon IFÖD, au moins 1.275 comptes sur la plateforme X ont été rendus inaccessibles en septembre. "Le nombre de comptes bloqués en un seul mois a dépassé le total de l'année dernière", expliquait-elle en fin de semaine dernière, dénonçant un "confinement numérique".

Un total de 995 comptes avaient déjà été bloqués en 2025, année marquée par l'arrestation du maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, qui avait déclenché les pires manifestations de rue qu'ait connues la Turquie depuis plus de dix ans.

De nombreux autres maires de l'opposition ont été arrêtés depuis 2024, dont celui de Mersin, une grande ville du sud du pays, pour corruption présumée la semaine dernière. (AFP, 5 oct 2026)

Turkey bans online censorship monitor’s X account

A court has issued an access-blocking order for the X account of EngelliWeb, a project that monitors and documents online censorship decisions in Turkey.

The Freedom of Expression Association (İFÖD), which runs EngelliWeb, announced the decision. At the time of publication, X had not yet made the account inaccessible from Turkey.

The court that issued the order and its legal basis were not immediately known.

The decision follows a recent access ban on the X account of Yaman Akdeniz, one of İFÖD’s founders. X subsequently withheld Akdeniz’s account in Turkey.

The blocking orders come amid a broader wave of online censorship in Turkey, with hundreds of social media accounts restricted in recent weeks. The wave began with anti-LGBTI+ operations on Sep 12 and continued with bans targeting accounts posting about an investment fund crisis that led to the liquidation of billions of liras. Journalists, academics and rights groups were among those affected.

What is EngelliWeb?

EngelliWeb tracks access-blocking and content-removal decisions involving websites, news reports, social media accounts and other online content in Turkey. Its website archives the measures according to their legal basis and the authorities that issued them.

According to İFÖD’s EngelliWeb 2025 report, published in June, over 1.5 URLs had been blocked in Turkey by the end of last year.

The report said the restrictions were imposed through nearly 1.3 million decisions issued by 875 different institutions and judgeships.

Some notices published on EngelliWeb’s own website have also previously been blocked by court orders. (BIA, Oct 1, 2026)

La Turquie ferme le site d'information en ligne T24 pour "propagande LGBT"

Les autorités turques ont annoncé mercredi la fermeture du site d'information indépendant T24, l'un des plus importants du pays, lui reprochant sa "propagande LGBT" dans le cadre d'une campagne de répression entamée mi-septembre.

Le site s'est vu notifier officiellement cette décision du ministère de la Justice en milieu d'après-midi. Il n'est plus accessible depuis la Turquie sans VPN.

Selon le communiqué du ministère, "les comptes internet et réseaux sociaux de T24, un portail d'information en ligne ayant publié 118 contenus de propagande LGBT l'année dernière, ont été fermés par le tribunal de première instance d'Istanbul. La décision a été transmise à la Direction de la cybersécurité pour exécution".

Le site et son compte X ont été fermés par une ordonnance d'un tribunal stambouliote datée du mardi 29 septembre, selon EngelliWeb, qui surveille la censure d'internet en Turquie.

Dans le cadre d'une campagne appelée "Ma famille est en sécurité", un vaste coup de filet s'est abattu sur le milieu LGBT+ en Turquie le 12 septembre, avant la fermeture de nombreux comptes de réseaux sociaux.

Les autorités ont par la suite procédé à des dizaines d'arrestations suite à des manifestations dans les trois plus grandes villes du pays, Ankara, Istanbul et Izmir (ouest).

Le gouvernement a promis de poursuivre cette campagne malgré notamment les protestations de l'Union européenne et de quelques ONG internationales.

"Un État ne peut pas être gouverné de cette manière", a protesté sur X le chef de l'opposition, Özgür Özel. "Nous ne nous sommes jamais soumis à cette répression, à cet état d'esprit autoritaire, et nous ne le ferons jamais".

 - Les LGBT, "des pervers" -

 Dans la rédaction de T24, on décrivait cette mesure comme le point culminant d'une pression croissante.

"Nous sommes l'un des médias numériques indépendants les plus importants de Turquie. Nous faisons l'objet d'une campagne de harcèlement sur les réseaux sociaux depuis quelques jours", a expliqué à l'AFP Buse Sögütlü, rédactrice au service international de T24.

"Certains comptes sur les réseaux sociaux affirment que T24 reçoit des fonds de l'étranger pour protéger le mouvement LGBTQ", a-t-elle affirmé. Mais "c'est bien plus large que cette campagne. C'est une attaque contre l'activité journalistique elle-même".

T24 dispose d'un siège à Istanbul et d'un bureau dans la capitale, Ankara. Au total, le site emploie environ 40 employés, y compris pour sa chaîne YouTube et ses comptes sur les réseaux, selon la journaliste.

L'homosexualité n'est pas réprimée pénalement en Turquie, mais elle est largement réprouvée et l'homophobie y est répandue jusqu'au sommet de l'État. Le président Recep Tayyip Erdogan qualifie régulièrement les LGBT+ de "pervers", auxquels il impute la chute drastique de la natalité.

Dans un communiqué commun, une dizaine d'organisations représentatives des journalistes en Turquie ont condamné cette mesure.

Nous considérons la décision de fermer T24, l'un des portails d'information les plus lus du pays (...) et l'un des sites d'actualité les plus établis (...), comme une attaque grave contre notre profession" et une "une entrave directe au droit des citoyennes et citoyens à l'information".

Les signataires ont exigé son annulation "sans délai", promettant de "continuer à défendre" la profession.

La journaliste Tugba Tekerek, une des personnes arrêtées et toujours incarcérée, a écrit dans une lettre publiée par le groupe de défense des droits MLSA au quinzième jour de sa détention que sa "détermination" à "se battre  pour le journalisme, dans la quête d'un monde meilleur et d'un pays démocratique et libre, n'a pas vacillé le moins du monde.

Elle a été arrêtée en lien avec un article qu'elle avait écrit sur la communauté LGBTQ de Géorgie, avant les élections de 2024 dans le pays, et qui avait été publié sur le site internet du principal groupe turc de défense des droits LGBTQ, Kaos GL. (AFP, 30 sept 2026)

Turkey arrests 2 more journalists as authorities ramp up use of disinformation law to silence the press

Turkey is blatantly using its disinformation law to detain and arrest journalists, with two more reporters arrested in recent days. The Committee to Protect Journalists calls urgently on authorities to repeal this poorly conceived legislation and release all those unjustly held.

Ali Tarakçı, a journalist who broadcasts on YouTube, was arrested on September 26 and Fatih Ergin, news coordinator for the left-wing nationalist daily Nefes, was arrested on September 28, both on suspicion of spreading disinformation.

“When the disinformation law came into force in 2022, Turkish authorities promised it would not target journalists, but today we see it being used with alarming regularity to silence journalists and prevent them from doing their jobs,” said Özgür Öğret, CPJ’s Turkey representative.

“Since the beginning of 2026 alone, more than a dozen journalists have been detained or arrested under this legislation. This must stop. Ali Tarakçı, Fatih Ergin and all journalists harassed, detained and arrested under this law must be freed and the law itself should be abolished at once.”

Tarakçı was taken into custody at his house around midnight on September 25 and arrested pending trial by Ankara’s 8th Criminal Court the next day on suspicion of “publicly spreading disinformation.”

His detention came after he posted on X on September 23 that “a very important minister will resign on Friday”; local media linked his arrest to this post. Tarakçı’s X account has since been blocked in Turkey.

Ergin was taken into police custody in Istanbul on September 27, his lawyer posted on X.  Local media said his arrest was related to a post on X referring to the death of Turgay Tamer, a doctor who  was briefly detained this month as part of a reopened investigation into the 2011 death in custody of former Turkish intelligence operative Kaşif Kozinoğlu.

Ergin identified Tamer as a forensic expert in his post on X but later corrected himself, and said he was a prison campus doctor.

This is the second arrest in recent weeks of a journalist in relation to the reopened Kozinoğlu investigation. On September 12, Selahattin Günday, a former broadcast reporter for the now closed Doğan News Agency (DHA), was arrested on suspicion of exposing an intelligence operative and illegally obtaining personal data while reporting on Kozinoğlu in 2011.

CPJ emailed Turkey’s Justice Ministry for comment but did not receive a reply. (CPJ, 29 sept 2026)

Condamné mais libéré jusqu'en appel, un humoriste tient tête à Erdogan

Un spectacle satirique et une vidéo sur YouTube lui ont valu des poursuites, il a amené sa verve jusque dans le tribunal. Un humoriste turc a été condamné lundi à plus de 19 mois de prison mais libéré, contre toute attente, jusqu'à la décision en appel.

Deniz Göktas, 32 ans, connu pour son humour pince-sans-rire et sa satire politique grinçante, avait été interpellé le 2 juillet, puis placé en détention provisoire le lendemain, une semaine après la mise en ligne sur YouTube d'une vidéo de son spectacle, vue près de neuf millions de fois.

Détenu dans la prison de haute sécurité de Karatepe, à 120 kilomètres d'Istanbul, il était poursuivi pour insultes envers le président Erdogan, insulte envers la religion et apologie du crime et des criminels.

Après un procès de quelques heures, il a été déclaré coupable des deux premiers chefs et relaxé du dernier. Contre toute attente, le tribunal a toutefois ordonné sa remise en liberté dans l'attente de la décision en appel.

Le comédien devait être ramené lundi dans sa prison puis libéré.

Devant une salle d'audience remplie de journalistes, de soutiens du comédien et de dizaines de policiers, le vibrionnant trentenaire a conquis la salle par son aisance et son absence délibérée de remords.

  Il lui était notamment reproché d'avoir utilisé le terme de "dictateur". Mais "il n'y a aucun élément criminel dans cette blague sur les dictateurs", s'est-il défendu. "Dictateur n'est pas une insulte, c'est une qualification politique".

"Il est président et chef du parti au pouvoir, qui dirige le pays depuis 25 ans. Une émission de comédie politique dans laquelle le nom de Recep Tayyip Erdogan n'est jamais mentionné n'aurait ni sincérité, ni aucun lien avec le réel".

 - Göktas "n'est pas seul !" -

 Plusieurs milliers de personnes ont été poursuivies ces dernières années en Turquie, en particulier pour "insulte au président", parfois en raison de publications sur les réseaux sociaux vieilles de plusieurs années.

Une campagne orchestrée par le gouvernement islamo-conservateur en place, qui a visé responsables politiques, artistes, musiciens, journalistes et militants LGBTQ+, entre autres.

Sous une pluie battante, une cinquantaine de manifestants abrités sous des parapluies s'étaient rassemblés devant le palais de justice de Çaglayan, à Istanbul, sous l'oeil de plusieurs dizaines de policiers, en scandant : "Deniz Göktas n'est pas seul !", selon des journalistes de l'AFP.

"L'inculpation repose sur l'idée de protéger nos fondements moraux et nos valeurs. Mais l'humour aussi est une composante séculaire de la culture de cette région", a déclaré le comédien à ses juges. "Il ne devrait y avoir aucune place pour la censure, les interdictions ou la détention pour des artistes qui montent sur scène".

Souriant, combatif, tribun, il a arraché des éclats de rire à la salle en présentant sa défense. Tout en maintenant mordicus son positionnement.

"Les lois protégeant la liberté d'expression n'ont pas changé (...). Mais aujourd'hui, un humoriste est assis dans une cellule", a-t-il relevé. "Ce qui a changé, c'est un pouvoir de plus en plus fragile, qui ne supporte plus la plaisanterie".

Ce comédien, né à Ankara, a débuté sa carrière de stand-up au club de comédie TuzBiber d'Istanbul en 2019. Il s'est depuis produit dans des salles à travers l'Europe et les États-Unis.

Certains comédiens, qui se produisent actuellement dans cette salle, étaient présents pour le soutenir ainsi que des diplomates néerlandais et américains.

"On m'a enlevé trois mois de ma vie (en détention provisoire). J'ai arrêté de fumer, donc je rajouterai de toute façon trois mois à la fin de ma vie", a-t-il plaisanté, sous les applaudissements nourris de la salle.

Devant le tribunal, Fatih Yilmaz, un stand-upper de 22 ans qui a débuté il y a un an à Alanya (sud), revendiquait une filiation symbolique avec Deniz Göktas : "Je n'ai pas peur de faire du stand-up après son arrestation (...) (qui) m'a rendu fier. Sa fermeté et sa façon de continuer à faire des plaisanteries depuis sa cellule me donnent de la force".(AFP, 28 sept 2026)


Kurdish Question / Question kurde

Le PKK reproche à Ankara son inaction et dit avoir retiré ses combattants de Turquie

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a dénoncé jeudi l'inaction d'Ankara dans le processus de paix entamé en 2024, affirmant via l'agence de presse kurde avoir retiré "il y a quelques jours" tous ses combattants du territoire turc.

Le Parlement turc avait adopté début août une loi historique ouvrant la voie à la réintégration des combattants du PKK, étape majeure du processus de paix visant à mettre fin à plus de quatre décennies d'une guérilla qui a fait quelque 50.000 morts, selon Ankara.

Le mouvement accuse le gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan de ne pas poursuivre le processus suffisamment sincèrement et rapidement.

La rébellion kurde, "afin d'empêcher le gouvernement de l'AKP (parti au pouvoir, ndlr) de se chercher des excuses ou de justifier son approche insuffisante du processus, a complètement retiré il y a quelques jours (ses) forces se trouvant en Turquie, lesquelles ne représentaient aucun risque de conflit", a déclaré le mouvement à l'agence kurde Firat (ANF).

"Nous avons également évacué, à peu près au même moment, les quatre tunnels de guerre et positions à Metina, à l'ouest de Zap (en Irak, ndlr) afin que l'État turc ne les perçoive pas comme une menace", a ajouté le mouvement.

L'armée turque avait, à plusieurs reprises, frappé cette région notamment lors d'une vaste opération en avril 2022.

"Nous avons retiré toutes nos forces armées se trouvant à l'intérieur et à l'extérieur de la Turquie, susceptibles d'être considérées comme proches de la frontière", a insisté le PKK en précisant que "les exigences de notre stratégie visant à mettre fin à la lutte armée contre la Turquie et à entrer dans une lutte politique démocratique ont été pleinement remplies".

En revanche selon lui, depuis le vote de la loi en août, "le gouvernement de l'AKP n'a pris aucune mesure supplémentaire".

Dans le cadre de ce processus de paix historique, quatre sous-commissions ont été récemment créées par Ankara afin de superviser la dissolution du PKK, annoncée l'an passé en réponse à un appel en ce sens de son chef historique, Abdullah Öcalan.

L'une d'elles, consacrée au dépôt des armes du PKK, accueillera M. Öcalan lui même, sans que celui-ci ne soit toutefois autorisé à quitter sa prison.

Il s'agissait d'une demande, entre autres, du parti prokurde DEM, partie prenante du processus de paix.

La loi adoptée début août ne précisait pas quel sort serait réservé à Öcalan. Âgé de 77 ans et emprisonné depuis 1999 à l'isolement sur l'île-prison d'Imrali, au sud d'Istanbul, il purge une peine de prison à perpétuité. (AFP, 8 oct 2026)

Dans les régions kurdes de Syrie, les femmes redoutent un retour au "point zéro"…

Il y a cinq ans, Rohêyu Delil vivait encore chez ses parents, dans un village perdu du nord-est de la Syrie. Cette jeune Kurde aux yeux d'un bleu translucide venait d'achever le collège, sans désir de poursuivre ses études ni savoir ce qu'elle ferait de sa vie. De cette adolescence sage mais sans horizon, elle retient surtout : "n'avoir jamais vraiment eu conscience de qui [elle] était".

Elle a depuis rejoint les quelque 1 500 membres des Unités de protection de la femme (YPJ). Créée en 2013, cette unité de femmes combattantes s'est fait connaître à Kobané contre l'organisation État islamique (EI), avant de se battre au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS) jusqu'à la chute de Baghouz, en 2019.

Pour Rohêyu Delil, ce choix a été "existentiel". La formation militaire et idéologique qu'elle y a suivie a, dit-elle, bouleversé son rapport à elle-même : "Je me suis construite ici." Elle évoque la hevaltiya jin, la camaraderie entre femmes, comme une voie de transformation personnelle qui l'a conduite à renoncer au mariage et à la maternité, sans le ressentir comme un sacrifice.

Au Rojava, le rôle de ces femmes soldats dépasse le champ militaire. "Notre combat est éminemment politique. Nous avons démontré qu'une femme peut défendre ses droits sans qu'un père, un frère ou un mari la représente", affirme leur porte-parole, Roxana Mohammed. Les YPJ sont ainsi devenues le symbole d'une transformation profonde de la société kurde avec, entre autres, l'accès des femmes aux responsabilités, la coprésidence des institutions et la réforme du droit familial.

Ce modèle s'inspire du "confédéralisme démocratique "d'Abdullah Öcalan, fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), emprisonné depuis 1999. Mêlant féminisme, démocratie locale et héritage marxiste, sa mise en œuvre s'est toutefois traduite par une organisation verticale et fortement idéologisée.

Ses détracteurs accusent le Parti de l'union démocratique (PYD), qui domine l'Administration autonome du Nord et de l'Est de la Syrie (AANES), de marginaliser ses opposants, restreindre la liberté d'opinion et imposer sa doctrine.

Aujourd'hui, l'intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS) à l'État syrien et la disparition programmée des institutions de l'AANES menacent ces acquis. Dissoutes le 26 août en application de l'accord conclu avec Damas après l'offensive éclair de janvier, les FDS doivent rejoindre les structures nationales. Le processus est engagé pour les hommes, mais le ministère de la Défense, qui ne compte aucune femme dans ses rangs, refuse d'incorporer les YPJ dans ses effectifs.

"La pensée patriarcale domine sa hiérarchie. Certaines des factions qui y ont été incorporées après la victoire [contre la dictature, NdlR] ne sont pas prêtes à admettre notre présence", déplore Roxana Mohammed. Ces combattantes sont en cours de rattachement au ministère de l'Intérieur, mais au risque de perdre leur statut militaire et leur autonomie. "Nous souhaitons a minima rester un bloc cohérent et être déployées, pour l'heure, dans notre seule région : la confiance reste à construire", souligne encore leur porte-parole.

Cette inquiétude traverse de même les structures de l'ancienne AANES. En quatorze ans d'autonomie, la place des femmes s'est largement améliorée. "Nous avons interdit la polygamie et le mariage des mineures, instauré l'égalité entre filles et garçons en matière d'héritage et permis aux femmes de témoigner sans être accompagnées d'un tuteur garant de leur moralité. Nous luttons aussi contre les violences domestiques", énumère Siham Mulla Ali, coordinatrice de Kongra Star, principale organisation féminine de la région.

Au Rojava, ces dispositions ont même été consacrées par une "loi des femmes" adoptée en 2014, puis complétée en 2022 par des mesures relatives à la famille et aux enfants. Mais avec la réintégration, la justice est appelée à appliquer de nouveau le droit syrien. Or celui-ci autorise la polygamie, admet des dérogations au mariage des mineures et maintient les inégalités successorales entre les sexes.

"Nous refusons que les femmes soient effacées, de nouveau marginalisées", prévient Siham Mulla Ali. Dans les régions à dominante arabe de Raqqa et Deir ez-Zor, passées depuis janvier sous la tutelle de Damas, certaines lui ont déjà confié se sentir "revenues au point zéro, à la situation d'avant 2011".

Kongra Star, qui rassemble des femmes arabes, kurdes, syriaques, ou arméniennes, cherche désormais à élargir son action au-delà de la seule région du nord-est pour "peser dans les futurs débats".

"Avant, même dans la société kurde, la femme n'existait pas en tant que personne", témoigne Khouloud Abdo, coprésidente du Congrès de l'islam démocratique d'Hassaké. Elle-même a dû affronter ses frères pour étudier. "Les premières fois que je suis intervenue en public, je tremblais, je bégayais. Je n'avais jamais eu d'espace pour m'exprimer." Les larmes aux yeux, elle poursuit : "Nous avons tellement lutté pour simplement exister, comme Kurdes et comme femmes. Imaginer que l'on puisse nous arracher ces droits…"

Depuis 2014, chaque institution de l'AANES était en principe dirigée par un homme et une femme aux pouvoirs équivalents. Contestée jusque dans la société kurde, où certains y voyaient une parité plus formelle que réelle, cette coprésidence garantissait néanmoins aux femmes une place dans les instances de décision.

De prochains mois cruciaux pour le combat des femmes

Damas lui substitue désormais une direction unique. Selon Siham Mulla Ali, de nombreuses femmes proposées à des fonctions élevées ont déjà été écartées, tandis que les postes les plus prestigieux, comme celui de gouverneur de Hassaké, sont revenus à des hommes. "On nous parle de privilégier les compétences, mais les candidatures de femmes très compétentes ont été balayées d'un revers", insiste-t-elle.

La bataille se joue désormais autour de la future Constitution syrienne. Pour la militante de Kongra Star, une proclamation générale d'égalité ne suffira pas : elle réclame des garanties contraignantes sur les droits familiaux, la représentation politique et l'accès aux responsabilités, ainsi que des mécanismes empêchant qu'une loi ordinaire ou une décision administrative puisse les abolir.

Dans le camp des YPJ, sur les hauteurs du Jabal Kawkab, pas très loin d'hassaké, le soleil couchant donne une teinte pâle au paysage désertique. Engagée depuis six ans, Sosin Birhat veut croire irréversible le mouvement auquel elle a consacré une large partie de sa vie : "Les femmes ont trouvé leur chemin ; on ne peut plus revenir en arrière. Les institutions peuvent disparaître, mais l'idée qu'elles ont semée germera." (La Libre Belgique, Muriel Rozelier, 5 octobre 2026)

Message d'Özgüden à la conférence sur la représentation de la nation kurde à l'ONU



Malgré les incertitudes persistantes quant à la mise en œuvre de la loi visant à « mettre fin à l'existence de facto de l'organisation terroriste PKK/KCK et de toutes les formations qui lui sont liées », née de l'appel de Devlet Bahçeli pour une « Turquie sans terrorisme » et adoptée à une large majorité par la Grande Assemblée nationale turque, y compris par le parti DEM, le Congrès national du Kurdistan (KNK) a franchi une étape importante pour garantir la représentation de tous les Kurdes de Turquie, d'Irak, d'Iran, de Syrie et de la diaspora aux Nations Unies.
 
Dans son appel pour la tenue d'une conférence internationale à Bruxelles, le 3 octobre 2026, le KNK formule la juste demande suivante :
 
« Le Kurdistan compte environ 60 millions d'habitants. Malgré cette population importante, les Kurdes ne sont pas représentés au sein des organisations internationales. Notamment aux Nations Unies, où presque toutes les nations sont représentées, la nation kurde est totalement absente et son nom n'est même pas mentionné. De nombreuses réunions ont été organisées avec des experts sur cette question, et leurs avis ont été sollicités. De plus, une lettre à ce sujet a été adressée au Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, au nom du KNK. Cependant, il s'agit d'un problème majeur et important; il ne saurait être résolu par quelques réunions et quelques lettres. Le KNK ne peut relever ce défi seul. Une coopération aux niveaux national et international est indispensable. »

Doğan Özgüden, rédacteur en chef d'Info-Türk, a envoyé le message suivant à cette conférence internationale:

Chers amis,

"Comme je l’ai souligné à maintes reprises dans mes articles, alors que Saint-Kitts-et-Nevis, le Liechtenstein, Monaco, Saint-Marin, les Palaos et Tuvalu, dont la population ne compte que quelques milliers d’habitants, sont représentés aux Nations unies en tant qu’États membres jouissant de droits égaux, l’exclusion de la nation kurde, qui compte 60 millions d’habitants, de cette organisation internationale est une honte pour l’humanité.

"En tant que journaliste qui a l’honneur d’être, depuis 74 ans, aux côtés de mes amis kurdes, tant dans les médias que dans la lutte politique, je soutiens de tout cœur cette initiative historique lancée par le KNK pour assurer la représentation de la nation kurde aux Nations unies, et je vous souhaite plein succès."

L'article d'Özgüden sur la répresentation de la nation kurde à l'ONU publié à Artı Gerçek du 17 septembre 2026:

https://www.info-turk.be/577.htm#assurer

Au Kurdistan irakien, le traumatisme de la guerre avec l'Iran refait surface

Dans les montagnes verdoyantes du Kurdistan irakien, le conflit au Moyen-Orient a réveillé de douloureux souvenirs chez ceux qui, tout jeunes, ont vécu la guerre avec l'Iran voisin et craignent désormais une nouvelle bascule dans la violence.

A l'époque, la ville frontalière de Penjwen se trouvait en première ligne. Cette fois encore, elle a été fréquemment survolée par des drones et missiles, depuis le début du conflit déclenché par des frappes israélo-américaines contre l'Iran le 28 février.

"Chaque fois qu'un avion ou un missile passent au-dessus de nos têtes, les souvenirs refont surface", confie à l'AFP Omid Hassan, un ouvrier de 57 ans. "Repenser à tout cela m'inquiète et m'attriste".

Le 22 septembre 1980, l'Irak de Saddam Hussein attaquait son voisin iranien, déclenchant une guerre qui allait durer huit ans, tuer des centaines de milliers de personnes et plonger le pays dans une très longue période d'instabilité.

Installé sur l'un des marchés de la ville pour boire son thé, Ahmed Faraj, du même âge, se souvient "très clairement du 6 juin 1981, quand l'Iran a lourdement bombardé le centre-ville, faisant des dizaines de victimes".

 - "Les frontières n'existent plus" -

 Penjwen avait alors été en grande partie évacué et plus tard, Téhéran s'est emparé des collines environnantes, relate-t-il. "Finalement le régime irakien a rasé la ville, démolissant ses maisons à coups de TNT et de bulldozers, afin que les forces iraniennes ne puissent pas y pénétrer et établir une base".

Et en 1987-88, le gouvernement de Saddam Hussein a mené l'impitoyable "opération Anfal", au cours de laquelle environ 180.000 Kurdes auraient été tués.

"En temps de guerre, les frontières n'existent plus", souffle Ahmed Faraj.

Ancien élu au Parlement de cette région irakienne autonome, Abdul Rahman Ali Reda avait lui 10 ans quand les forces irakiennes ont incendié sa maison familiale à Penjwen.

"Cette image ne m'a jamais quitté", dit-il, aujourd'hui âgé de 53 ans.

"Les maisons, les écoles, les administrations et les lieux de culte ont tous été rasés, et même après toutes ces années, de nombreux bâtiments sont encore en ruines et n'ont jamais été reconstruits".

Il souligne que les habitants des zones frontalières sont ceux qui souffrent le plus, et doivent désormais se tenir prêts à affronter "toute catastrophe potentielle".

Ces derniers mois, le Kurdistan irakien a été régulièrement pris pour cible par Téhéran et les factions armées irakiennes qui lui sont alliées. Car la région abrite des troupes américaines et des groupes kurdes iraniens opposés à la République islamique, établis de longue date dans la zone.

 - "Pas notre guerre" -

 Au début du conflit, le président américain Donald Trump s'était prononcé en faveur d'une offensive de ces factions contre la République islamique, avant de revenir sur ses déclarations.

Des combattants de ces groupes - qualifiés de terroristes par Téhéran - ont eux écarté toute intervention en l'absence d'une insurrection populaire en Iran.

Si la violence des affrontements s'est atténuée en plus de six mois de guerre, le conflit, qui s'enlise et s'étend, provoque régulièrement des poussées de fièvre.

Parmi les groupes qui ont trouvé refuge au Kurdistan irakien, le parti Komala, fondé en 1969 par des étudiants et des intellectuels à Téhéran et dans les villes kurdes, a été visé dernièrement par des drones et missiles iraniens, à plusieurs reprises.

Téhéran "craint un soulèvement potentiel" et a envoyé des troupes au Kurdistan iranien, y compris le long de la frontière avec l'Irak, au cours des derniers mois, s'inquiète Idriss Kolahduzi, membre du Komala.

Selon lui, ce déploiement militaire supplémentaire ne peut "qu'accabler davantage les Kurdes, qui ne possèdent ni usines ni grandes installations industrielles, et dépendent essentiellement de l'agriculture dans les zones frontalières".

Dans un café de Pejwen, Hadi Abdullah, fonctionnaire de 56 ans en habits traditionnels kurdes, peste contre l'impact économique du conflit, qui a déjà engendré instabilité et hausse des prix.

"Ce n'est pas notre guerre et nous ne devrions pas y être entraînés", s'agace-t-il. (AFP, 26 sept 2026)

Minorités / Minorities



Politique intérieure/Interior Politics

Scandale financier en Turquie : l'opposition accuse deux ministres

L'opposition turque a accusé jeudi deux ministres de s'être enrichis dans un vaste scandale boursier lié à des fonds d'investissement, accentuant la pression sur le président Recep Tayyip Erdogan.

Le député d'Izmir du Parti Yeni (Nouveau), Ümit Özlale, a désigné publiquement le ministre du Commerce Ömer Bolat et la ministre de la Famille Mahinur Özdemir Göktas.

Selon un communiqué du parti, il a affirmé que les autorités disposaient de documents prouvant ses accusations et demandé aux deux ministres "de faire, devant l'opinion publique, des déclarations détaillées".

Dans cette affaire, l'Autorité des marchés de capitaux de Turquie (SPK) a été contrainte de liquider sept sociétés qui géraient 131 fonds d'investissements, dont les actifs sont évalués à environ 17 milliards de dollars par la presse turque.

Leurs actifs étaient essentiellement toxiques, avec notamment des valeurs d'actions sans lien avec la réalité des activités et des volumes d'échange hautement suspects.

Le gouvernement a promis de rembourser les 455.000 petits épargnants lésés. Au total, 85 personnes ont été placées en détention provisoire.

Une ex-ministre et personnalité de premier plan du Parti de la justice et du développement (AKP, au pouvoir) a été contrainte à la démission sans avoir été inquiétée par la justice.

Et les procureurs ont demandé au ministère des Finances l'autorisation d'enquêter sur Ibrahim Omer Gonul, ex-président de l'autorité des marchés, selon l'agence de presse Anka. Il est soupçonné d'avoir manqué à ses responsabilités pendant son mandat de quatre ans, achevé en avril.

Selon Ümit Özlale, "les allégations de transactions privilégiées et d'utilisation, à des fins de gain personnel, d'informations obtenues du fait de l'exercice d'une fonction publique ne peuvent pas rester sans réponse".

S'adressant au président Erdogan, l'élu a exigé qu'il publie avant lundi "la liste complète des personnalités de l'AKP" suspectés de malversations.

A défaut, il a promis de le faire.

Il a aussi affirmé avoir informé l'an passé le ministre des Finances Mehmet Simsek sur les responsables concernés. "Aucune de ces mises en garde n'a été prise en compte", selon lui. (AFP, 8 oct 2026)

Scandale financier en Turquie: les avoirs d'une ex-ministre gelés

La justice turque a gelé les avoirs d'une ex-ministre et poids-lourd du parti du président Recep Tayyip Erdogan, dans un scandale boursier qui secoue l'échiquier politique juste avant l'ouverture de la session parlementaire.

L'étau s'est resserré sur Fatma Betül Sayan Kaya, après l'annonce ce week-end de sa démission de toutes ses fonctions au sein du Parti de la Justice et du développement (AKP), dont elle était une des vice-présidents.

"Une lettre concernant le gel de l'ensemble des biens appartenant à Ilyas Kaya et à son épouse (...) a été envoyée aux institutions compétentes", a indiqué le parquet général d'Istanbul mardi soir, dans un communiqué publié par les médias turcs.

Le nom de l'ancienne ministre de la Famille (2016-18) avait émergé dans la presse ces derniers jours, en marge d'une immense affaire qui aurait lésé plus de 455.000 investisseurs particuliers.

Elle n'a reconnu aucune infraction, affirmant souhaiter simplement que "l'enquête puisse être menée de manière indépendante, impartiale, et sans la moindre suspicion ni influence indue".

 - Actifs toxiques et montages illégaux -

 La crise a débuté quand l'Autorité des marchés de capitaux de Turquie (SPK) a ordonné fin août aux fonds d'investissements de ne plus placer leurs actifs sur une seule action et de diversifier leurs placements.

Pour s'y conformer, ils ont commencé à vendre des actions et les investisseurs à se retirer. Certains fonds ont alors déclaré n'être pas en mesure de liquider leurs actifs assez rapidement.

La SPK a placé en liquidation sept sociétés qui géraient 131 fonds, dont les actifs toxiques seraient évalués à environ 15 milliards d'euros.

Le gouvernement et la majorité ont depuis promis de rembourser aux victimes les pertes accumulées et de punir les coupables, y compris dans leur propre camp si nécessaire.

Mais si les mesures prises pour calmer les marchés semblent fonctionner, la dimension politique du scandale ne faiblit pas.

Le Nouveau Parti (Yeni, opposition) a promis de publier la liste des personnalités de l'AKP qui auraient bénéficié de détournements de fonds.

Il accuse Mme Kaya d'avoir investi dans ces montages véreux pour 63 millions de livres turques (1,15 million euros) en avril, avant de les revendre en septembre avec un bénéfice d'environ 1,3 milliard (23,6 millions euros).

Avec les agissements distincts de son mari, les profits du couple atteindraient les 2,2 milliards (environ 40 millions euros), selon Gokhan Gunaydin, porte-parole du Nouveau Parti. Certains médias affirment que la responsable a depuis remboursé les sommes amassées, tout en relevant qu'elle n'était toujours pas poursuivie.

Le ministre de la Justice Akin Gürlek a déclaré pour sa part mercredi que 217 suspects étaient désormais visés. Parmi eux, 56 ont été placés en détention provisoire et 88 sont sous contrôle judiciaire.

 - "Sommet de l'iceberg" -

 L'enquête, a-t-il assuré sur X, continue de s'étendre. "Les mouvements sur 26 actions considérées comme susceptibles d'avoir fait l'objet d'opérations spéculatives et manipulatoires sont examinés en détail", a-t-il écrit.

"L'historique des transactions, les flux financiers et les (...) comptes ayant réalisé des gains à des taux extraordinairement élevés en peu de temps font également l'objet d'investigations".

Le président Erdogan a mis en place un comité ad hoc pour gérer la crise, en martelant mardi que l'AKP était un parti propre, comme son nom l'indique" (en turc, "ak" signifie "blanc" NDLR).

Désignant l'opposition, il a ajouté : "sans même regarder leurs propres dossiers, noirs comme du charbon, ils essaient de nous donner des leçons de morale et d'éthique politique. Je leur dis : +Fichez-moi le camp+".

Le sujet risque de parasiter l'ouverture de la session parlementaire jeudi, lors de laquelle le chef de l'Etat doit prononcer un discours.

Le chef de l'opposition turque Özgür Özel a décidé de ne pas y participer. Le cas de Mme Kaya n'est que "le sommet de l'iceberg", a-t-il affirmé, qualifiant ce scandale de "casse du siècle".

Mercredi, lors d'une réunion de parlementaires de son parti, il a annoncé la création de "groupes de travail" pour enquêter, souhaitant que sa formation participe à une commission parlementaire si elle était créé.

"D'une manière ou d'une autre, nous démasquerons nous-mêmes ceux qui ont volé l'argent", a-t-il promis. (AFP, 30 sept 2026)

Forces armées/Armed Forces

France et Turquie signent un programme de coopération militaire

Paris et Ankara ont signé une "feuille de route pour développer leurs relations en matière de défense et de sécurité", dans un contexte de conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, a-t-on appris jeudi de sources officielles.

Les deux membres de l'Otan divergent parfois, voire sont rivaux sur certains théâtres, selon les enjeux géopolitiques. Mais ils souhaitent institutionnaliser leurs relations militaires sur leurs intérêts communs.

La feuille de route prévoit notamment "la lutte contre les menaces hybrides, le partage de renseignements, un renforcement de la coopération en matière de défense aérienne et l'amélioration de l'interopérabilité des systèmes" d'armement, selon le ministère turc de la Défense.

Des formations sont aussi prévues, ainsi que des entraînements conjoints et "des échanges réciproques (...) entre les écoles de guerre".

Des réunions régulières se tiendront alternativement à Paris et à Ankara, la première "pour le dernier trimestre 2026", selon la même source.

Samedi, le directeur général des relations internationales et de la stratégie de l'armée française (DGRIS) avait salué sa rencontre à Paris avec son "homologue turc, le lieutenant-général Ilkay Altindag pour un dialogue stratégique" bilatéral.

"Dans un environnement géopolitique marqué par la guerre en Ukraine et les tensions persistantes au Moyen-Orient, cette rencontre nous a permis de partager nos analyses et d'identifier des convergences", avait ajouté Guillaume Ollagnier sur LinkedIn, évoquant déjà cette "feuille de route".

Les relations franco-turques sont contrastées. En 2020, un incident avait opposé leurs marines en Méditerranée.

La France participait pour l'Otan à une tentative de contrôle d'un cargo suspecté de transporter des armes en Libye. Les navires turcs assuraient la protection du cargo et ont illuminé le navire français "avec leur radar de conduite de tir", selon Paris. Une version contestée par Ankara.

Bien d'autres sujets restent clivants mais les points de convergence sont tout aussi nombreux.

Les deux pays sont membres de la Coalition des volontaires, prête à mettre en oeuvre des garanties de sécurité pour l'Ukraine après un hypothétique cessez-le-feu avec la Russie.

Le Royaume-Uni sera la nation-cadre pour le volet terrestre, la France pour le volet aérien et la Turquie pour la partie maritime, a indiqué à l'AFP une source informée du dossier en France.

D'un point de vue industriel, la Turquie est par ailleurs intéressée depuis des années par le système franco-italien de missiles sol-air mobile SAMP-T (ou Mamba). (AFP, 8 oct 2026)

Un "travail" en cours sur le transfert à un pays tiers des systèmes antiaériens russes de la Turquie

Le Kremlin a fait état mercredi d'un "travail" en cours entre Moscou et Ankara au sujet du transfert possible par Ankara de systèmes de défense antimissiles russes à un pays tiers, qui devrait être un pays allié de la Russie.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a déclaré samedi que Moscou pourrait éventuellement donner son accord à la revente des systèmes S-400 à un pays "responsable et lié par des relations amicales" avec la Russie, sans plus de détails.

"Ce sujet est à l'ordre du jour. Un travail approprié et des contacts appropriés sont en cours", a déclaré mercredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, en répondant à une question de l'AFP lors de son point presse quotidien.

La Turquie avait acheté ces systèmes de défense antiaérien en 2017, à une époque où les relations étaient tendues entre Washington et Ankara. Ils n'ont jamais été activés à d'autres fins que pour des tests.

Cet achat avait valu à la Turquie d'être exclue du programme américain de chasseurs F-35 en 2019, la privant d'appareils déjà payés, et d'être soumise l'année suivante à des sanctions américaines.

La livraison de moteurs F110 pour le chasseur turc KAAN a été également entravée.

Ankara cherche depuis longtemps à résoudre le contentieux sur les F-35 et les systèmes S-400. Mais le consentement de la Russie est nécessaire pour leur revente, la Turquie ne disposant pas de licence de ré-exportation. (AFP, 30 sept 2026)

Affaires religieuses / Religious Affairs

Plus de 2.000 proches de jihadistes toujours aux mains des Kurdes en Syrie

Quelque 2.200 proches de jihadistes présumés d'une cinquantaine de nationalités se trouvent toujours dans un camp du nord-est de la Syrie sous le contrôle des Kurdes malgré un accord d'intégration des institutions kurdes au sein de l'Etat syrien.

Une équipe de l'AFP qui s'est rendue lundi dans le camp de Roj, où se trouvent notamment des Russes, des Français et des Britanniques, a pu voir des femmes en niqab, des enfants et des adolescents circuler parmi les tentes de toile. Certains ont refusé d'être filmés.

Deux sources officielles syriennes ont indiqué à l'AFP que le transfert de la gestion du camp au pouvoir central allait encore prendre du temps.

"Le camp de Roj abrite 729 familles de Daech (acronyme arabe du groupe Etat islamique, NDLR), soit plus de 2.200 personnes", a déclaré à l'AFP la responsable du camp, Hakmieh Ibrahim.

"Il n'y a pas eu de changement dans l'administration jusqu'à présent", a-t-elle ajouté.

Le camp, gardé par des forces de sécurité kurdes, abrite selon elle des familles d'une cinquantaine de nationalités, les Russes formant le groupe le plus important.

Les Français sont évalués à une quarantaine de familles, et le camp compte également des proches de jihadistes originaires d'Allemagne, de Turquie, et de pays arabes dont la Tunisie et le Maroc.

L'une des habitantes les plus connues du camp est Shamima Begum, déchue de sa nationalité britannique après avoir quitté le Royaume-Uni en 2015 à l'âge de 15 ans avec deux amies pour épouser un combattant de l'EI.

Les Kurdes, qui contrôlaient pendant la guerre de vastes parties du nord et du nord-est de la Syrie, avaient conclu en janvier un accord avec Damas pour intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l'Etat.

L'accord était intervenu sous la pression d'une offensive lancée par les forces du président islamiste Ahmad al-Chareh, qui veut réunifier la Syrie après avoir renversé Bachar al-Assad en décembre 2024.

En août, le chef des puissantes Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) Mazloum Abdi avait annoncé leur dissolution.

Roj est le dernier camp resté sous contrôle kurde, après le retrait des forces kurdes de celui, plus grand, d'al-Hol lors de l'offensive du gouvernement.

Al-Hol accueillait plus de 23.000 personnes dont des Syriens mais aussi plus de 6.000 étrangers d'une quarantaine de pays. La plupart ont quitté le camp pour des destinations inconnues pendant et après les violences.

Mardi, un responsable du gouvernement syrien qui suit la question des combattants de l'EI et de leurs familles a déclaré à l'AFP que "l'intégration du camp de Roj, comme d'autres institutions, est en cours".

"Le transfert de son administration prendra du temps", a-t-il ajouté, en soulignant ses dimensions "humanitaires et politiques complexes" ainsi que le fait que "des parties étrangères" sont impliquées, en référence aux pays refusant de rapatrier leurs ressortissants.

Un responsable du ministère de l'Intérieur syrien, qui a également demandé à rester anonyme, a déclaré à l'AFP que le camp de Roj "fait partie d'un problème général sur lequel on travaille".

En février, plus de 5.700 personnes soupçonnées d'être membres de l'EI ont été transférées en Irak par les États-Unis, après des années passées dans des prisons supervisées par les FDS.

Les FDS avaient défait, avec l'appui d'une coalition multinationale dirigée par les Etats-Unis, l'EI en Syrie en 2019 et capturé des milliers de combattants présumés du groupe jihadiste ainsi que des membres de leurs familles. (AFP, 6 oct 2026)

Socio-économique / Socio-economic

Cinq morts, dont trois enfants, dans l'effondrement d'un immeuble à Istanbul

Cinq personnes, dont trois enfants, ont été tuées à Istanbul dans l'effondrement jeudi matin des trois premiers étages d'un immeuble qui en comptait sept, a annoncé vendredi le bureau du gouverneur de la ville.

"Les opérations de recherche et de sauvetage dans la zone ensevelie sous les décombres (...) ont pris fin après la découverte du corps de la dernière victime à 6H15 (03H15 GMT)", a-t-il précisé.

Deux fillettes âgées de 5 et 10 ans, ainsi qu'un garçon de 12 ans se trouvent parmi les morts. Neuf autres personnes ont été retirées saines et sauves des décombres depuis l'incident.

Situé sur la rive asiatique d'Istanbul, l'immeuble est resté debout, avec ses quatre étages supérieurs posés sur les décombres des trois premiers.

"Le bâtiment a été construit en 1987. Le sous-sol, le rez-de-chaussée et les deux étages supérieurs ont été construits conformément aux normes de l'époque, mais des étages supplémentaires ont été ajoutés ultérieurement", a expliqué aux journalistes le vice-maire d'Istanbul Nuri Aslan.

Cinquante-cinq personnes, qui habitaient dans des immeubles aux alentours, ont été évacuées par mesure de sécurité, selon le bureau du gouverneur.

Citée par les médias turcs, la gérante d'un magasin de textile situé à l'entrée de l'immeuble a indiqué avoir remarqué, depuis avril dernier, des fissures de plus en plus importantes sur les murs.

Plus de 1.200 bâtiments à Istanbul risqueraient ainsi de s'effondrer à tout moment en raison de constructions hors norme et de l'utilisation de matériaux défectueux, selon les médias locaux.

Un bâtiment vide s'était déjà effondré en août à Istanbul, mais sans faire de victimes. (AFP, 9 oct 2026)

Monthly work-related deaths in Turkey exceed 200 for fifth straight month

At least 226 workers died across Turkey while working in September, bringing the death toll for the first nine months of 2026 to at least 1,736, according to a report by the Health and Safety Labor Watch (İSİG).

The monthly toll has now exceeded 200 for five consecutive months, the first time that has happened since İSİG began keeping records in 2013.

İSİG recorded 155 work-related deaths in January, 129 in February, 151 in March, 190 in April, 214 in May, 228 in June, 216 in July and 227 in August.

Of the 226 deaths in September, 79 occurred in industry, 54 in construction, 48 in the service sector and 45 in agriculture.

Women and migrant workers

Twenty-one of those killed were women and 14 were migrant workers from Syria, Azerbaijan, Turkmenistan, Bulgaria, Iraq, Russia and Ukraine.

At least seven of the workers who died in September were union members, while 219 were not. Nonunion workers accounted for 97 percent of the deaths.

Three of the child deaths occurred in agriculture, with the others recorded in food production, textiles, metalworking, construction and accommodation services.

Eleven of the workers who died in September were 65 or older.

Sixty-six child worker deaths in nine months

The report also recorded the deaths of eight child workers in September. Five were 14 or younger, while three were between 15 and 17. At least 66 child workers have died since the start of the year.

The group said Vocational Education Centers (MESEM), had become one of the most visible areas of child labor over the past two years:

“An institutional and legal mechanism has been created to bring child labor into production as a low-cost, even free, insecure and unregulated workforce.

“At this point, the issue that needs to be discussed regarding MESEMs is not only the lack of inspections or occupational safety measures, but the model itself, which makes child labor an ordinary and acceptable element of the labor market.”

Child labor outside the MESEM system continued informally, particularly in agriculture, small businesses, industrial sites and seasonal work, the goup noted.

Sectors

Construction and road work recorded the highest number of deaths by sector, with 50 workers killed. Agriculture and forestry followed with 45 deaths, transportation with 28, municipal and general services with 16, and shipbuilding, shipyards, maritime and port work with 15.

Commerce, office work, education and cinema recorded 10 deaths, accommodation and entertainment nine, and mining seven.

Traffic and shuttle accidents were the leading cause of work-related deaths in September, killing 49 workers.

Another 41 workers died after falling from heights, 40 in crushing incidents or collapses, and 30 from heart attacks or brain hemorrhages.

Electrocution caused 15 deaths, poisoning and suffocation 14, and violence 13.

Work-related deaths were recorded in 62 cities across Turkey and in six countries abroad during September.

İstanbul had the highest number, with 39 deaths. It was followed by Antep with nine, Ankara and Urfa with eight each, Düzce and Manisa with seven each, and Samsun and Trabzon with six each. (BIA,7 oct 2026)

Foot: le patron des arbitres turcs placé en détention

Le patron des arbitres de football en Turquie et quatre autres personnes ont été placés en détention provisoire, dans le cadre d'une affaire qui fait trembler la Fédération turque de football (TFF), a rapporté samedi l'agence de presse Anadolu.

En réponse à cette affaire, la TFF a communiqué pour la première fois samedi en annonçant sur son site internet qu'elle allait, "à la lumière de ces développements", mettre en oeuvre une réorganisation de son comité central des arbitres (MHK).

Ferhat Gündogdu, l'actuel président de cette instance, et six autres personnes ont comparu vendredi devant un juge, au tribunal de Caglayan à Istanbul, pour répondre d'accusations de manipulation du processus de gestion des arbitres.

Ils sont accusés notamment de "falsification de documents officiels", d'"abus de confiance" et d'"acquisition illégale de données personnelles".

Le juge a ordonné le placement en détention de cinq d'entre eux et accordé une libération conditionnelle aux deux autres, a précisé Anadolu.

Il s'agit du dernier scandale en date à secouer le football turc, un an après que la TFF a suspendu 149 arbitres pour des faits de paris illégaux.

Jeudi soir, la police spécialisée dans la lutte contre les paris illégaux et la criminalité liée au sport avait aussi interpellé Yasin Kol, arbitre de Süper Lig, la première division turque, et un arbitre assistant, selon des médias.

Le ministre de la Justice, Akin Gurlek, a déclaré que les procureurs examinaient des "allégations d'ingérence dans l'établissement des classements des arbitres, dans les désignations (pour les matches, ndlr), les processus de notation et de nomination, ainsi que les examens" de contrôle de connaissances des règles.

Lors des perquisitions, la police a notamment fouillé la salle de l'arbitrage vidéo (VAR) au siège de la TFF à Istanbul. Selon des observateurs, l'enquête serait liée au scandale des paris de l'an dernier et pourrait toucher la fédération.

Ces nouvelles étapes judiciaires "semblent bien être la suite de 2025, et il est probable que cela se poursuive", a déclaré à l'AFP le journaliste sportif Ayhan Sensoy.

Auteur en 2024 d'un livre sur le sujet ("Bahis Cukuru", soit "La Fosse au jeu"), M. Sensoy doute que les actuels dirigeants du football turc "aient la moindre chance de rester en fonction".

Sur le terrain, la Turquie s'est à nouveau inclinée vendredi soir en Ligue des nations à Liège, face à la Belgique (3-0). (AFP, 3 oct 2026)


L'ex-directeur de l'autorité de régulation dans le viseur de la justice

Les procureurs turcs chargés d'enquêter sur un vaste scandale lié à des fonds d'investissement veulent ouvrir une enquête contre l'ancien président de l'autorité de régulation des marchés financiers, soupçonné d'abus de pouvoir, rapportent dimanche des médias.

Dans une lettre adressée au ministère des Finances et datée du 30 septembre, les procureurs ont demandé l'autorisation d'ouvrir une enquête sur Ibrahim Omer Gonul, ancien président de l'Autorité des marchés de capitaux de Turquie (SPK), a rapporté l'agence de presse ANKA.

Selon cette lettre, il existerait des "indices clairs et suffisants" montrant qu'il aurait manqué à ses responsabilités au cours de son mandat de quatre ans, achevé en avril.

En tant que principale autorité de régulation, le SPK a pour mission principale de protéger les investisseurs et de veiller à ce que les marchés financiers fonctionnent de manière équitable, transparente et efficace.

L'impact du scandale ne cesse de croître, en dépit de mesures fortes prises par le gouvernement pour calmer les marchés.

Samedi, 20 personnes ont été placées en détention provisoire par un tribunal d'Istanbul, ce qui porte à 85 le nombre de personnes incarcérées dans l'attente de leur procès dans cette affaire.

Le scandale a déjà éclaboussé une personnalité de premier plan du parti au pouvoir et une ancienne ministre, contrainte à la démission le week-end dernier après des allégations selon lesquelles elle aurait tiré profit de la crise.

La crise a débuté quand la SPK a publié, le 28 août, des directives ordonnant aux fonds d'investissements de ne plus placer leurs actifs sur une seule action et de diversifier leurs placements.

Pour se conformer aux nouvelles règles, les fonds ont commencé à vendre des actions et les investisseurs à se retirer. Certains fonds ont alors déclaré n'être pas en mesure de liquider leurs actifs assez rapidement.

La SPK a placé en liquidation sept sociétés qui géraient 131 fonds, dont les actifs seraient évalués à environ 17 milliards de dollars (15 milliards d'euros).

Le gouvernement a promis de retrouver les fonds et de rembourser les 455.000 petits épargnants lésés dans l'affaire.

"Notre priorité absolue est d'éviter tout préjudice à l'économie turque", a déclaré samedi le président turc Recep Tayyip Erdogan.

"Notre deuxième priorité est de veiller à ce que toute personne ayant tiré des gains indus soit traduite en justice. Nous nous employons à résoudre cette question rapidement, dans le respect de la justice et de l'équité, sans que les droits de quiconque ne soient compromis", a-t-il ajouté. (AFP, 4 oct 2026)


Une mine s'effondre dans l'ouest de la Turquie, cinq morts

Cinq personnes sont mortes dans l'effondrement d'une mine dans l'ouest de la Turquie, ont annoncé vendredi les autorités locales après la découverte de trois nouveaux corps.

"Les opérations de recherche et de sauvetage menées après l'effondrement de la mine dans le district de Soma sont terminées et les corps des trois mineurs qui étaient piégés ont été retrouvés", a indiqué le bureau du gouverneur local sur X.

L'accident s'est produit jeudi à l'heure du déjeuner dans une mine de la province de Manisa, à une centaine de kilomètres de la station balnéaire d'Izmir.

Sept mineurs étaient piégés par l'effondrement de la mine. Les équipes de secours avaient d'abord récupéré les corps de deux d'entre eux, avant d'en extraire deux autres vivants, qui ont été hospitalisés.

Le bilan total est de cinq morts, a confirmé le ministre de la Justice, qui a demandé l'ouverture d'une enquête.

Soma a été le théâtre de la catastrophe minière la plus meurtrière de l'histoire de la Turquie en 2014, lorsque 301 mineurs sont morts d'un empoisonnement au monoxyde de carbone à la suite d'un incendie souterrain déclenché par une explosion.

Les témoignages de nombreux mineurs et plusieurs rapports techniques avaient mis en évidence une série de manquements élémentaires aux règles de sécurité, notamment un manque de détecteurs de monoxyde de carbone. (AFP, 2 oct 2026)

Turbulences majeures sur le marché boursier

Ragip Duran, TVXS.GR, 28 septembre 2026

Bourse Istanbul, l'ancienne Bourse des valeurs mobilières d'Istanbul (IMKB) depuis 2013, est en pleine turbulence depuis une semaine. Les spécialistes parlent d'une « crise de 891 milliards de livres turques » (environ 16 milliards d'euros) où plus de 450 000 petits investisseurs risquent de perdre leur capital investi et les intérêts anticipés.

Le parquet a arrêté et emprisonné 26 personnes, cadres supérieurs de ces sociétés de fonds d'investissement, et 51 autres directeurs ont été interdits de quitter le pays.

Des professeurs d'université, des PDG, d'anciens hauts bureaucrates, des spécialistes de la finance, tous membres des conseils d'administration de ces sociétés de fonds d'investissement, attendent en prison le jour où ils comparaîtront devant un juge.

Tout a commencé le 16 septembre dernier lorsque deux sociétés de fonds d'investissement (Pusula et Tera) ont annoncé qu'elles ne pouvaient plus payer leurs investisseurs. Bourse Istanbul a perdu 5,4 % de sa valeur et le très officiel Conseil des marchés de capitaux (SPK) est immédiatement intervenu pour calmer la tempête. Il a décidé la liquidation pure et simple de 7 sociétés qui gèrent 131 fonds.

La raison de ces turbulences serait, selon les experts, de gonfler artificiellement la valeur de certains fonds grâce à des manipulations dont seuls les tenants et aboutissants de la profession connaissent les subtilités. Les achats et les ventes truqués des titres avaient atteint un niveau si élevé que les sociétés ont subi une impasse de carence de liquidités.

« Les personnes impliquées dans la fraude aux fonds savent quelles personnalités politiques en sont les instigatrices. Les bureaucrates subissent des pressions et font l'objet de chantage », a déclaré M. Deniz Yavuzyilmaz, député de Zonguldak (mer Noire) du Nouveau Parti, principale formation de l'opposition.

L'état de l'économie et des finances en Turquie va de mal en pis, comme le constate l'ensemble des observateurs en Turquie et à l'étranger.

Le parquet d'Istanbul, « pour des raisons de sécurité nationale et de protection de l'ordre public », a décidé jeudi soir d'interdire plusieurs articles publiés dans les médias turcs sur « la crise des fonds ».

Mahfi Egilmez, ancien haut responsable du ministère des Finances et de la Banque mondiale, pose la question suivante dans son article publié sur T24.com.tr, site d'information générale : « Qui va donc rembourser les petits investisseurs ? Ce sont les gens qui ont créé ce système et ceux qui n'ont pas contrôlé le déroulement des opérations. »

Ali Bilge, spécialiste de l'économie et des finances, rappelle sur Radio Apacik, la seule station de radio coopérative d'Istanbul, que « depuis qu'Erdogan est arrivé au pouvoir en 2002, il y a eu 29 grands scandales financiers, surtout dans le secteur bancaire et les finances ». Il estime que « dans le système du gouvernement de la présidence, tout est concentré entre les mains du président. Il n'y a pas de contrôle proprement dit dans ce régime. Ou bien le contrôle est arbitraire. On contrôle seulement les institutions qui ne sont pas proches du Palais. »

La Turquie saisit un avion iranien criblé de dettes

La justice turque a saisi un avion de la compagnie iranienne Caspian Airlines, ont indiqué mardi les autorités turques, des médias des deux pays évoquant une dette de 3 millions d'euros sans lien apparent avec les sanctions américaines.

Le Boeing 737 avait terminé l'embarquement sur le tarmac et s'apprêtait à décoller lundi, lorsque les autorités aéroportuaires sont intervenues pour l'en empêcher.

Sollicité par l'AFP, un haut-responsable turc a confirmé l'information sous couvert de l'anonymat, en indiquant que l'incident était lié à "un différend commercial", sans autre détail.

"Nous pouvons confirmer qu'un appareil de la compagnie Caspian Airlines, à l'aéroport d'Istanbul, a fait l'objet d'une mesure d'exécution en vertu d'une décision des autorités compétentes", a-t-il précisé dans une réponse écrite.

"Nous ne sommes pas en mesure de confirmer le montant réclamé tel qu'il a été rapporté, ni de commenter davantage la procédure judiciaire en cours".

Dans un communiqué repris par la télévision d'État iranienne, Caspian Airlines avait auparavant annoncé qu'un de ses appareils avait été "confronté à des restrictions opérationnelles temporaires (...) en raison d'un problème administratif en Turquie".

La télévision a expliqué que les passagers avaient été contraints de descendre de l'avion, faisant état d'une "dette de 3 millions d'euros pour des services de l'aéroport d'Istanbul".

Selon l'agence turque Anadolu, qui donne le même montant, les avocats représentant la société créancière et les huissiers se sont présentés à l'aéroport pour exécuter la saisie ordonnée par le tribunal.

Aucun lien direct n'a été fait par les médias et les autorités turques entre cette saisie et les sanctions américaines visant les compagnies aériennes iraniennes.

Les États-Unis ont placé sous sanctions début septembre l'ensemble du secteur aérien de l'Iran et juré d'être intraitables à l'égard des entreprises étrangères qui lui prêteraient assistance, sous peine d'être à leur tour placées sur liste noire.

Pour l'heure, Ankara n'a pas cédé à ces injonctions. Plusieurs compagnies, notamment Iran Air, continuent de proposer des vols commerciaux réguliers entre les deux pays.

En revanche, Mahan Air, un poids lourd du transport aérien iranien, a annoncé la semaine dernière la suspension de tous ses vols vers la Turquie voisine à la demande d'Ankara. (AFP, 29 sept 2026)

Relations turco-européennes / Turkey-Europe Relations

L'UE rappelle à la Turquie que la répression l'éloigne de l'intégration

La répression contre les milieux LGBT, l'opposition politique et les médias en Turquie l'éloigne de l'intégration à l'Union européenne, a jugé vendredi la commissaire à l'élargissement Marta Kos, relançant malgré tout l'idée d'un étroit partenariat rendu nécessaire par les tensions internationales.

Le dossier de l'adhésion turque est au point mort depuis des années, notamment autour des questions d'indépendance de la justice, de respect des droits de l'homme et des minorités sexuelles et de liberté de la presse, des sujets devenus brûlants en Turquie.

"Les derniers évènements touchant la liberté des médias, les droits des personnes LGBTIQ+ et la démocratie locale creusent encore l'écart avec l'objectif de la Turquie de rejoindre l'UE", a déclaré la commissaire à Edirne (nord-ouest), près de la frontière avec la Bulgarie, au cours d'une visite officielle.

"Notre prochain rapport sur l'élargissement, qui sera publié le 28 octobre, reflètera nos graves préoccupations dans ces domaines. Et je ne me déroberai pas non plus à l'obligation d'énoncer les faits publiquement et clairement".

Dans le cadre d'une campagne baptisée "Ma famille est en sécurité", une répression s'est abattue mi-septembre sur le milieu LGBT+ en Turquie, avec de nombreuses arrestations et fermetures de comptes de réseaux sociaux de militants.

Des journalistes ont aussi été arrêtés, ainsi que des maires de l'opposition dans différentes affaires. Le gouvernement a promis de poursuivre cette campagne contre la communauté LGBT+ malgré les protestations de l'UE et de quelques ONG internationales.

De fait, les relations entre Ankara et Bruxelles sont assez fraîches, alors que la Turquie a déposé sa candidature dès 1987 à l'entrée dans la Communauté économique européenne et en 1999 à l'adhésion à l'Union européenne. Les négociationsà ce sujet, entamées en 2005, sont complètement à l'arrêt depuis des années.

Les tensions s'étaient accrues après la tentative de putsch de juillet 2016 et les purges massives à l'encontre des opposants et des journalistes qui avaient suivi. Le gouvernement turc est depuis accusé de céder à la tentation de l'autoritarisme.

"Nouvelles réalités en Europe" -

 L'UE dénonce aussi les positions turques sur l'île divisée de Chypre, où elle a instauré en 1983 une République turque de Chypre nord (RTCN), reconnue par elle seule, à côté de la République de Chypre, membre à part entière de l'Union européenne.

Bruxelles souhaite qu'Ankara autorise de nouveaux pourparlers sous l'égide de l'ONU, une solution rejetée en 2024 par le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui revendique la reconnaissance par la communauté internationale d'une solution à deux Etats.

De fait, le chef de l'Etat a estimé en août dernier qu'une adhésion à l'Union européenne n'était plus une priorité, même si la candidature n'est pas officiellement retirée.

L'UE entend toutefois développer des relations mutuellement bénéfiques avec la Turquie, dont l'importance stratégique s'est accrue ces dernières années, avec, entre autres, la guerre en mer Noire entre Russie et Ukraine et les multiples conflits au Moyen-Orient.

Marta Kos a ainsi appelé à une "coopération mutuellement bénéfique qui reflète les nouvelles réalités en Europe (...) ou dans le monde".

La commissaire a en particulier cité les attaques en mer Noire contre les navires de commerce, dont beaucoup appartiennent à la Turquie ou sont exploités par des sociétés turques.

"La réalité de l'Europe autour de la mer Noire a profondément changé. Nous pouvons le voir ces derniers jours, avec les attaques de drones visant les navires en mer Noire, ce qui montre l'importance de notre coopération", a-t-elle relevé.

A l'occasion d'une visite à Ankara en février, Mme Kos avait jugé que l'UE devait réexaminer ses relations avec la Turquie "d'un oeil neuf, précisément en raison de ces nouvelles réalités". Mais un rapprochement dépendra aussi des rapports qu'entretient ce pays avec ses voisins de l'Union, avait-elle souligné, dans une allusion directe aux relations gréco-turques, souvent houleuses.

De "bonnes relations de voisinage contribueraient à instaurer la confiance entre l'UE et la Turquie", a-t-elle noté. "Cela déterminera largement jusqu'où nous pourrons aller". (AFP, 9 oct 2026)

Turquie-USA-OTAN / Turkey-USA-NATO


Relations régionales / Regional Relations

La Turquie et le Pakistan vont envoyer des forces militaires en Arabie saoudite

La Turquie et le Pakistan, liés par un pacte de défense mutuelle avec l'Arabie Saoudite, ont annoncé lundi envoyer des forces militaires dans le royaume, cible d'attaques régulières de la part des combattants houthis du Yémen.

Après une réunion à Ryad, les trois pays se sont mis d'accord pour passer "immédiatement à la mise en pratique de l'accord de défense mutuelle", signé en août à La Mecque, et "de prendre les mesures nécessaires pour fournir les forces et moyens militaires convenus, et les déployer rapidement dans le royaume", est-il écrit dans un communiqué commun des trois pays.

Le texte ne nomme pas directement les Houthis pro-iraniens, mais "condamne dans les termes les plus forts" les frappes ayant visé les villes saintes de Médine et La Mecque - imputées aux Houthis par l'Arabie saoudite - ainsi que "les attaques continues sur les villes et installations civiles et économiques" du pays.

C'est la première fois que cet accord associant la deuxième armée de l'Otan (la Turquie), la principale puissance du Golfe (Arabie Saoudite) et la seule puissance nucléaire du monde musulman (le Pakistan) est mis en action.

Les hostilités entre les forces gouvernementales yéménites, soutenues par l'Arabie saoudite, et les combattants houthis, au pouvoir dans une grande partie du Yémen depuis une décennie, ont repris en juillet après des années d'accalmie, ouvrant un nouveau front dans la guerre au Moyen-Orient.

A l'issue d'une offensive éclair en septembre, les Houthis ont pris le contrôle de tout le littoral ouest du Yémen, bordant la mer Rouge. Et ils ciblent depuis régulièrement les installations pétrolières et militaires du royaume voisin.

L'Arabie saoudite et les forces gouvernementales yéménites, peinant à repousser les attaques des Houthis, ont plusieurs fois demandé du soutien international, notamment des Etats-Unis, sans succès jusqu'ici.

 - Espace aérien "pas sûr" -

 Soutenues par les avions de combat saoudiens, les forces gouvernementales du Yémen ont annoncé dimanche une vaste contre-offensive pour reprendre aux Houthis les territoires récemment conquis, voire les déloger de l'ensemble du pays.

Elles ont affirmé avoir mené plus de 1.000 frappes, et lancé une offensive sur la capitale Sanaa, aux mains des Houthis depuis 2015.

La coalition dirigée par l'Arabie saoudite, alliée militaire depuis 2015 du gouvernement yéménite réfugié à Aden, a reconnu un "soutien aérien 24H/24 aux forces armées yéménites au sol", indiquant que "100 avions de combat ont participé" à l'offensive et que "324 cibles de grande valeur" ont été détruites.

Selon les Houthis, une femme et une fillette ont péri dans des bombardements dans la province de Sanaa.

  Ces combattants ont de leur côté averti les compagnies aériennes que le ciel au-dessus de l'Arabie saoudite n'était "pas sûr" - à l'exception des villes saintes de Médine et La Mecque, qu'ils soutiennent ne jamais avoir visées.

Dans la soirée, des fortes explosions ont été entendues à Ryad par un journaliste de l'AFP et des habitants.

"J'ai vu mes fenêtres trembler", a décrit l'un d'eux, résidant non loin de l'aéroport international de la capitale saoudienne.

 - Oléoduc à l'arrêt -

 Dimanche, le très stratégique oléoduc Est-Ouest, qui permet à l'Arabie saoudite de transférer son pétrole bloqué à l'est à cause du verrouillage du détroit d'Ormuz vers l'ouest du royaume, avait également été pris pour cible, et a été mis à l'arrêt - il avait déjà dû l'être le mois dernier.

"Une station de pompage située à Khurais, à l'est de Ryad, a été touchée. Elle n'avait jamais été visée auparavant. Les dégâts sont importants et les pompages ont de nouveau été interrompus", a indiqué à l'AFP une source du secteur énergétique.

Le patron du géant pétrolier saoudien Aramco a mis en garde contre le niveau "dangereusement faible" des stocks mondiaux de pétrole, quelques jours après que les pays du G7 ont annoncé une libération des stocks pour atténuer les inquiétudes concernant l'approvisionnement.

La coalition a elle également déclaré "assurer la protection aérienne du détroit de Bab el-Mandeb", essentiel pour le transport des hydrocarbures.

Les Houthis avaient renforcé en septembre leur contrôle sur ce détroit, dont l'importance stratégique s'est accrue avec le verrouillage par l'Iran de celui d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule arabique, après le début de la guerre au Moyen-Orient en février.

Les combats entre les forces gouvernementales et les Houthis se poursuivent aussi sur le littoral du Yémen, où des sources militaires ont affirmé lundi que les forces progouvernementales avaient coupé la seule voie d'approvisionnement vers la ville de Mokha, prise par les Houthis en septembre - s'abstenant toutefois de confirmer officiellement la reprise de ce port stratégique. (AFP, 5 oct 2026)

Ryad accuse les Houthis d'avoir mené une attaque à Médine en Arabie saoudite

Les Houthis pro-iraniens du Yémen ont attaqué un transformateur électrique dans la ville sainte de Médine en Arabie saoudite, selon la coalition militaire dirigée par Ryad, un acte fermement condamné jeudi par plusieurs pays musulmans.

"Ce lâche attentat, visant une infrastructure civile alimentant en électricité la mosquée du prophète à Médine, s'inscrit dans les tentatives de cette milice extrémiste de cibler les deux mosquées saintes et la provocation délibérée de millions de musulmans en s'en prenant à La Mecque et Médine", souligne le communiqué de la coalition publié sur X, précisant que l'attaque s'était produite mardi.

Ryad, allié du gouvernement yéménite, avait déjà accusé à la mi-septembre les Houthis d'avoir mené une attaque de drone contre La Mecque, ce qu'avaient démenti ces combattants pro-iraniens.

Les Houthis ont rejeté jeudi toute responsabilité dans d'éventuelles attaques contre ces lieux saints, par la voix de Mehdi al-Machat, chef du conseil politique suprême cité par la chaîne Almasirah.

La Mecque et Médine, dans l'ouest de l'Arabie saoudite, sont les deux villes les plus sacrées de l'islam. Médine abrite le tombeau du prophète Mahomet.

 - Vague de condamnations -

 Le gouvernement yéménite, soutenu par Ryad et reconnu par la communauté internationale, a dénoncé "une violation flagrante de la souveraineté du Royaume d'Arabie saoudite et du caractère sacré de Médine, ainsi qu'une provocation délibérée à l'égard des musulmans du monde entier".

Le Yémen "considère la milice terroriste houthie et le régime iranien qui la soutient entièrement responsables de cette attaque", a écrit le ministère yéménite des Affaires étrangères sur X.

L'attaque a soulevé une vague de condamnations dans la région.

"Le Qatar considère cet acte comme une grave atteinte au caractère sacré des lieux saints de l'islam, une provocation manifeste des sentiments des musulmans, un mépris inacceptable pour les vies civiles, une violation flagrante de la souveraineté de l'Arabie saoudite et une transgression évidente du droit international", a dénoncé le ministère des Affaires étrangères de l'émirat.

Pour la Ligue arabe, "cette attaque suscite la colère des musulmans du monde entier et traduit une dangereuse escalade de la part de la milice houthie", a indiqué l'organisation dans un communiqué.

La mosquée Al-Azhar du Caire, siège de la plus haute autorité de l'islam sunnite, a également exprimé son "rejet catégorique" de cette attaque "qui menace la sécurité de la Cité du Messager d'Allah (paix soit sur lui) et la met en danger".

Le Soudan a dénoncé un "acte haineux".

"Nous condamnons fermement l'attaque des Houthis contre les infrastructures civiles" à Médine, a réagi pour sa part le ministère turc des affaires étrangères dans un communiqué jeudi, réaffirmant son soutien à son allié saoudien.

"Ces attaques provocatrices, qui menacent la souveraineté et la sécurité de l'Arabie saoudite et visent les valeurs sacrées du monde islamique, doivent cesser immédiatement et sans condition".

La Turquie, le Pakistan et l'Arabie Saoudite sont liés par un pacte de défense mutuelle, signé en août à la Mecque. Malgré cet accord, Islamabad et Ankara n'ont jusqu'à présent pas riposté aux frappes des Houthis yéménites contre l'Arabie saoudite. (AFP, 2 oct 2026)

Arrestation d'un suspect majeur d'un attentat en 2013 près de la Syrie

Les services secrets turcs ont arrêté un suspect clé dans la double attaque meurtrière, survenue en 2013 près de la frontière syrienne, qui avait fait 53 morts en marge de la guerre civile en Syrie, ont annoncé jeudi les médias turcs.

Omar al-Khatib, objet d'une notice rouge d'Interpol et de nationalité syrienne selon l'agence Anadolu, serait le coordinateur de l'opération entre les auteurs de l'attaque et des responsables des services de renseignement fidèles au président syrien de l'époque, Bachar al-Assad.

Il a été arrêté par les services de renseignement intérieurs turcs (MIT), alors qu'il tentait de fuir vers l'Europe par la mer, ont ajouté ces médias en citant des sources sécuritaires.

La date et le lieu précis de l'arrestation n'ont pas été précisés.

Le double attentat aux voitures piégées, dans le district de Reyhanli (sud-est), avait constitué l'attaque la plus meurtrière en Turquie liée aux répercussions de la guerre civile en Syrie, démarrée en 2011.

A l'époque, Ankara avait accusé des groupes extrémistes turcs soutenus par le gouvernement syrien, des accusations que Damas avait rejetées.

Avant l'attentat, le suspect était entré en Turquie par Hatay (sud-est) pour identifier les lieux où l'attaque devait être menée, selon le quotidien Hürriyet. Il aurait également remis aux auteurs le mécanisme utilisé pour l'attentat.

Les participants auraient été récompensés financièrement par le régime syrien de l'époque, affirme Hürriyet.

Le quotidien rappelle que quatre autres auteurs de l'attentat arrêtés ces dernières années ont été condamnés à des peines de prison à vie.

Kifah Melhem, présenté comme le commanditaire, est devenu le chef du Bureau de la sécurité nationale syrienne en février 2024 et aurait fui le territoire après la chute d'Assad en décembre de la même année, toujours selon Hürriyet.

Il figure dans une liste des personnalités syriennes sous sanction du département d'État américain, selon un document daté d'août 2020 sur son site.

La Turquie a été un fervent soutien des rebelles syriens cherchant à renverser Assad et a accueilli des millions de Syriens ayant fui le conflit.

Depuis la destitution d'Assad, Ankara a noué des liens très étroits avec les nouvelles autorités syriennes, dirigées par le président Ahmed al-Chareh. (AFP, 1 oct 2026)

Somalie : la Turquie, partenaire majeur, happée dans les rivalités internes

La Turquie a lourdement investi politiquement et économiquement en Somalie, mais où elle se retrouve entraînée dans les rivalités intérieures violentes qui agitent ce pays miné par des années sans véritable Etat central, par les luttes claniques et par une insurrection islamiste.

Lundi, autour de la localité de Baidoa, des avions de combat turcs ont tiré des missiles pour soutenir les troupes fédérales somaliennes lors d'une nouvelle offensive menée sur cette ville de centaines de milliers d'habitants par les forces loyales au gouverneur déchu de l'Etat somalien du Sud-Ouest, Abdiaziz Laftagareen.

La Turquie est également accusée d'avoir mené la frappe aérienne qui a blessé le 3 septembre, dans sa demeure de Dolow, ville du sud-ouest somalien, le général Mahad Abdirahman, un proche d'Abdiaziz Laftagareen, même si le gouvernement fédéral somalien nie toute responsabilité.

Cet incident a provoqué de rares manifestations antiturques dans la zone, au cours desquelles le drapeau de la Turquie a été brûlé et des portraits de son président Recep Tayyip Erdogan saccagés.

"La Turquie est une nouvelle puissance coloniale qui occupe la Somalie et tuent les Somaliens", a accusé un responsable local, Omar Abdullahi, haranguant des manifestants dans la localité voisine d'Afmadow.

- Hostilité croissante -

 Plusieurs partenaires occidentaux de la Somalie, dont les Etats-Unis ou l'Union européenne, ont fini ces dernières années par se lasser d'injecter des fonds depuis deux décennies sans voir de progrès politiques ou sécuritaires en Somalie, entravés par le clientélisme, la corruption et les luttes intestines de sa classe politique somalienne, et ont commencé à fermer le robinet.

La Turquie, elle, a établi en Somalie sa plus vaste base militaire hors de ses frontières. Elle achève une base de lancement spatial sur la côte somalienne et fore au large à la recherche de pétrole.

Elle entraîne les forces fédérales somaliennes, fournit de l'aide en périodes de sécheresse, d'inondations ou de famine, a participé à la modernisation de la capitale, désormais dotée de routes neuves et de lampadaires, et dont le port et l'aéroport sont gérés par des entreprises turques.
(AFP, 29 sept 2026)


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