Droits
de l'Homme / Human Rights
Attaque contre les livres dans la capitale de l’OTAN

Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 10 juillet 2026
Alors que je tentais de suivre sur les réseaux sociaux la
réunion de
l’OTAN à Ankara et les attaques et arrestations menées par le
gouvernement turc, se présentant comme « une Turquie sans terreur »,
contre les manifestations anti-OTAN, j’ai été profondément bouleversé,
pour la première fois en 74 ans de carrière dans l’édition, par deux
atteintes consécutives à notre liberté de pensée et d’expression en
plein cœur de Bruxelles, capitale de l’OTAN et de l’Union européenne.
Les quatre derniers volumes d’Écrits d’exil, reprenant mes articles
publiés dans la presse turque et européenne depuis 55 ans ainsi que des
interviews réalisées avec nous, ont été imprimés en Turquie, puis
expédiés par les éditions Belge à notre adresse en Belgique par le
biais du transporteur international UPS, le 30 janvier 2026.
Près de six mois se sont écoulés… Et non seulement les livres ne sont
pas arrivés, mais nous avons appris qu’ils avaient été réexpédiés en
Turquie le jour même où le sommet de l’OTAN à Ankara s’ouvrait en
grande pompe et en démonstration de force.
Lorsque le colis est parvenu à Bruxelles début février, on m’a informé
que, pour le recevoir, je devais payer des droits de douane en
fournissant mon numéro de TVA. Ces dernières années, une taxe a été
instaurée sur tous les produits venant hors de Belgique. J’étais donc
prêt à payer le montant demandé. Malgré cela, ils ont insisté pour que
je leur fournisse d’abord mon numéro de TVA.
Le 4 février, j’ai donc envoyé à UPS le message suivant :
« L’envoi de ce colis n’est pas une transaction commerciale. Ce colis
contient des livres en turc que j’ai écrits et qui ont été publiés par
une maison d’édition en Turquie. Je ne suis pas un commerçant et je ne
possède pas de numéro de TVA. Je suis un journaliste retraité de 90
ans, membre de l’Association des journalistes professionnels.
« En tant que journaliste, j’ai un besoin urgent de recevoir ces
livres, que je dédicacerai pour mes amis et critiques en Europe. Ce
retard de livraison constitue une atteinte à la liberté d’expression. »
La réponse d’UPS à cette réclamation a été de présenter ses excuses,
tout en insistant sur la nécessité de fournir un numéro de TVA :
« Merci pour votre courriel. D’après notre système, votre envoi est
actuellement bloqué en douane dans le pays d’importation faute de
numéro de TVA. Nous vous prions de bien vouloir accepter nos excuses
pour ce blocage et les désagréments occasionnés. Afin de résoudre cette
situation et d'assurer la livraison de votre colis, veuillez nous
communiquer votre numéro de TVA à l’adresse beimport@ups.com .
Suite à cela, Sinan Zarakolu, le directeur des éditions Belge, qui ont
publié les livres, est intervenu auprès du bureau de représentation
d’UPS en Turquie, mais a reçu la réponse suivante :
« Nous n’avons pas pu joindre votre destinataire concernant le
dédouanement. Son numéro d’identification fiscale est requis. Nous vous
prions de bien vouloir nous communiquer ses informations
d’identification, ses numéros de téléphone fixe et mobile valides,
ainsi que son adresse électronique au plus tard le 16 juin 2026.
« Si nous ne recevons pas de réponse de votre part dans les délais
impartis, ou si votre destinataire refuse les frais d’expédition, UPS
se réserve le droit de conserver votre colis dans le pays de
destination. En cas de retour ou de destruction de votre colis, tous
les frais, en ce compris les droits de douane et les frais de retour,
vous seront facturés. »
À la suite de cela, j’ai envoyé le 25 juin à UPS la notification
suivante, en précisant mes informations d’identification, mes numéros
de téléphone fixe et portable valides, ainsi que mon adresse courriel :
« Ce colis contient des livres que j’ai écrits et qui ont été publiés
par une maison d’édition d’Istanbul. Il ne s’agit donc pas d’une
activité commerciale à but lucratif. Je vais envoyer ces livres à des
critiques. Les vacances d’été approchant, ce colis doit impérativement
nous parvenir avant la fin du mois. »
Malgré cette réponse, UPS a renvoyé les livres en Turquie au lieu de me
les livrer à Bruxelles et m’a adressé la réponse suivante, signée par
un représentant du service clientèle :
« Merci pour votre courriel. Je comprends votre inquiétude relative à
ce colis, d’autant plus qu’il contient des exemplaires de votre livre
destinés à des critiques… Je suis désolé pour la gêne occasionnée.
« Cependant, la procédure de renvoi étant déjà engagée, je ne peux
malheureusement pas réexpédier le colis à l’adresse du destinataire à
Bruxelles. Par conséquent, je vous prie de bien vouloir contacter
directement l’expéditeur des livres afin de déterminer la solution la
plus appropriée pour un éventuel nouvel envoi ou pour obtenir une aide
supplémentaire. »
En conclusion, je n’ai toujours pas pu me procurer les derniers volumes
d’Écrits d’Exil publiés en Turquie et les envoyer à nos amis en Europe.
Alors que nous étions sous le coup de cette déception, nous avons dû
faire face à une surprise analogue, cette fois de la part de la poste
belge, bpost.
Notre ami Demir Sönmez, journaliste et exilé politique en Suisse, a
écrit un livre intitulé « Aigle blessé », qui documente par des
photographies les évènements survenus au Haut-Karabakh (Artsakh) entre
2020 et 2023 et l’occupation de cette région sous administration
arménienne par l’Azerbaïdjan avec le soutien de l’armée turque durant
la guerre de 44 jours, en plongeant le lecteur au cœur du conflit, sur
les lignes de front et dans les rues de Stepanakert, Chouchi, Martouni
et Martakert.
Le livre dédicacé que Demir m’a envoyé de Suisse le 10 mai est resté
introuvable pendant plus d’un mois sur le système de suivi postal.
Demir, qui avait eu deux infarctus et était en traitement, avait alors
contacté les services postaux suisses pour se renseigner au sujet de
l’acheminement du livre. Le 23 juin, il recevait la réponse suivante :
« Monsieur Sönmez, votre envoi, numéro de suivi LT113410293CH, à
destination de la Belgique, se trouve actuellement en douane et sera
expédié dès que le destinataire aura accompli les formalités
douanières. Le destinataire a été informé par écrit par les services
postaux belges qu’il devait s’acquitter des frais de douane. Le
dédouanement est effectué conformément à la législation belge en
vigueur. »
Suite à cela, j’ai communiqué notre adresse de livraison aux services
postaux belges et leur ai fourni un extrait d’un article concernant le
livre, paru dans la Tribune de Genève, en précisant que j’étais prêt à
régler immédiatement les frais de douane.
En réponse à mon message, bpost m’a informé le 29 juin : « Nous avons
besoin d’un numéro EORI [Enregistrement et identification des
opérateurs économiques] valide pour le dédouanement de votre envoi. Dès
réception de votre numéro EORI, une demande de paiement vous sera
adressée. »
Précédemment, UPS m’avait demandé mon numéro de TVA pour la réception
de livres expédiés de Turquie, mais cette fois-ci, il était exigé un
numéro EORI pour la réception d’un livre en provenance de Suisse. Or,
ce numéro étant obligatoire pour les particuliers et les entreprises
important des marchandises à des fins commerciales, j’ai renvoyé la
même réponse à bposte le 30 juin : « Je ne suis pas un commerçant, je
suis un journaliste retraité de 90 ans et je ne suis pas dans
l’obligation d’obtenir un numéro EORI. »
Cette fois-ci, le 8 juillet, on m’a demandé de payer 31,22 € de frais
de douane pour que le livre puisse m’être livré.
J’ai répondu à ce message le jour même en disant : « Étant une personne
âgée, je suis exaspéré par toutes ces formalités pour un colis qui
attend à la poste depuis près de deux mois. Je vais régler la somme
demandée immédiatement et vous prie d’envoyer le colis à mon adresse ».
J’ai donc versé les frais de douane sur leur compte.
Cependant, cette pratique, portant atteinte à la liberté de pensée et
d’expression, a persisté.
Le 8 juillet, jour où la réunion de l’OTAN à Ankara s’est soldée par
une grande victoire pour Trump, Erdoğan et leurs alliés, j’ai reçu le
message suivant des services postaux belges :
« Votre paiement a réussi et celui-ci sera présenté à la douane au plus
tard le 10-07-2026, où le contenu peut être contrôlé pour vérifier s'il
est autorisé à l'importation. Tous les envois en provenance de
l’extérieur de l’UE doivent passer par une procédure d'importation. À
l'arrivée en Belgique, la plupart des envois sont libérés
immédiatement, mais dans certains cas, la douane belge peut contrôler
le contenu de l'envoi. Si l'envoi est soumis à inspection, vous pouvez
vous attendre à un délai de 3 à 7 jours. Une amende doit être
payée ou
des documents supplémentaires peuvent devoir être fournis. Les
marchandises peuvent être soumises à des restrictions à l'importation
et leur importation peut être interdite. Vous en serez informé(e) par
lettre ou par e-mail avec des instructions plus détaillées. Remarque
importante : si vous avez payé les frais d’importation et que l’envoi
est retenu, vous ne serez pas remboursé(e). »
Oui, dans la capitale de l’OTAN dont, malgré les violences policières
et les arrestations survenues avant et pendant la réunion d’Ankara, les
dirigeants ont été récompensés par Tayyip Erdoğan de pistolets et de
balles – symboles de « guerre » plutôt que de « paix » - pour la
confiance et le respect qu’ils lui ont témoignés, un livre documentant
ce qui s’est passé au Haut-Karabakh (Artsakh) il y a trois ans avec le
soutien militaire de ce même Tayyip Erdoğan était examiné, risquant
même une interdiction d’entrée.
Une fois de plus, un journaliste qui, tout au long de ses 74 ans de
carrière depuis l’implantation de l’OTAN en Turquie en 1952, a combattu
l’impérialisme états-unien et toutes les alliances qu’il dirige, voit
ses livres, publiés en Turquie, empêchés de lui parvenir à Bruxelles,
capitale de l’OTAN, et renvoyés en Turquie.
Vraisemblablement, cela se fait au nom de la garantie de la liberté de
pensée et d’expression, non seulement dans notre pays, sous le
gouvernement d’une « Turquie sans terreur » coupable de nombreuses
violations des droits humains, mais aussi dans un pays européen membre
de l’OTAN qui ne ménage aucun effort pour le soutenir !
Traduction: Mazyar KHOOJINIAN
Tout
juste 59 ans après, le même jeu sordide !

Doğan Özgüden, Artı Gerçek, 5 juillet 2026
Bien que j’aie dû m’interrompre depuis un certain temps pour des
raisons de santé, j’ai jugé nécessaire d’écrire cet article face à ce
que l’on fait subir à notre jeune artiste Deniz Göktaş… En effet, le
traitement qui lui a été infligé à son entrée dans la « Turquie sans
terreur » d’aujourd’hui fut également infligé à notre grand écrivain
Aziz Nesin, il y a exactement 59 ans, au début du mois de juillet 1967.
L’arrestation d’Aziz Nesin cette année-là, à son retour d’un voyage en
Union soviétique, fut l’un des plus grands scandales de l’ère Demirel.
Après la confiscation de ses valises à la douane, il fut soumis à un
interrogatoire sous prétexte « d’avoir importé en Turquie des
enregistrements audio contenant le testament de Nazım Hikmet et de
s’être entretenu avec les dirigeants du Parti communiste de Turquie à
l’étranger ».
Et ce n’était pas une première… Aziz Nesin avait déjà été arrêté en
1955 à la suite du pogrom des 6-7 septembre.
Pris de panique à la suite de la perte de contrôle des événements
survenus à Istanbul et à Izmir qu’il avait provoqués, le gouvernement
décréta immédiatement la loi martiale et les arrestations commencèrent.
Cependant, les personnes arrêtées n’étaient ni les instigateurs des
événements, ni les pillards.
Le journal d’opposition Sabah Postası pour lequel je travaillais à
Izmir, fut fermé par les autorités de l’état de siège, et son rédacteur
en chef, Orhan Rahmi Gökçe, arrêté.
À Istanbul, 48 personnes, dont d’éminents intellectuels de gauche comme
Aziz Nesin, Kemal Tahir, Ratip Tahir, İsmet Selimoğlu, Emin Sekun, Ziya
Tüzmen, Muzaffer Kolçak, Hadi Malkoç, Recep Yelkendağ, Tahsin Güzel,
Fehmi Kurucu, Hasan Kaşarcı, Dr. Hulusi Dosdoğru, Dr. Müeyyet Boratav,
Dr. Can Boratav, İsmet Selimoğlu, Faik Muzaffer Amaç, Aslan Kaynardağ,
Asım Bezirci, Ali Ertekin, Hasan İzettin Dinamo, Mustafa Börklüce,
İlhan Berktay, Suni Büyük et Ali Akça, qualifiés de « communistes »,
furent arrêtés sous les accusations de provocation et de complot.
Injustement incarcéré pendant neuf mois durant cette période, Aziz
Nesin fut de nouveau arrêté, six ans plus tard, le 18 mai 1961, à une
époque où le Comité d’union nationale, auteur du coup d’État du 27 mai
1960, faisait souffler des vents de « liberté de la presse », sous
l’accusation de « propagande communiste » pour un article paru dans le
journal Tanin, propriété de l’ancien secrétaire général du CHP [Parti
républicain du Peuple], Kasım Gülek. Ce même Aziz Nesin qui, persuadé
qu’une ère de liberté allait commencer après le 27 mai, avait fait don
à l’État de la Palme d’or qu’il avait remportée au concours
international d’humour de Bordighera…
J’eus le plaisir de suivre le procès d’Aziz Nesin durant l’été 1961, à
la fois en qualité de journaliste et de syndicaliste, et à cette
occasion, de le rencontrer en personne.
En 1963, alors que j’étais à la fois journaliste et syndicaliste à
Bâbıâli [quartier de la presse à Istanbul] et militant dans les rangs
du Parti ouvrier de Turquie, nous étions souvent ensemble ; il nous
soutenait et nous encourageait, nous les jeunes.
Aziz Nesin a aussi grandement contribué, par ses écrits, à faire du
journal Akşam, dont je pris la direction en 1964, la voix de la gauche.
Nous avons également vécu, à vingt ans d’intervalle, les difficultés
rencontrées par Aziz Nesin en 1946 lors de la publication de Marko
Paşa, lorsque nous publiâmes, avec İnci, la revue
Ant.
Malgré toutes les pressions, menaces et procès, Ant, que nous avons
maintenu en vie jusqu’au coup d’État de 1971, publia l’une de ses
premières grandes séries en 1967 avec les impressions d’Aziz Nesin sur
sa visite de la République arabe unie.
Un autre article important d’Aziz Nesin, que nous avons publié dans
Ant, était son appel à la création d’un Comité Nazım Hikmet en Turquie.
Nous avons annoncé son arrestation à son retour de voyage d’Union
soviétique en 1967, en couverture de la revue Ant du 11 juillet 1967,
sous le titre « Jeu sordide », et dans le même numéro, dans mon
éditorial intitulé « C’est un mauvais chemin ! » , je formulais la
critique suivante :
« Les masques sont finalement tombés. Après avoir tenté de faire
adopter la loi antiterroriste et de lever l’immunité parlementaire de
Çetin Altan, le vrai visage du pouvoir, sollicitant du parlement
l’autorisation de gouverner par des décrets dignes de Mussolini ou
d’Hitler, s’est révélé dans toute son ignominie en orchestrant des
manœuvres policières douteuses à l’encontre d’Aziz Nesin.
« L’AP [Parti de la Justice], arrivé au pouvoir en trompant les masses
grâce aux promesses de la Constitution du 27 mai et au soutien des
milieux capitalistes, loin d’appliquer la Constitution et de servir les
citoyens qui l’ont élu, tout au contraire, instaure désormais le
fascisme en Turquie et livre le pays aux intérêts d’une poignée de
privilégiés et de leurs parrains de Wall Street. Un engagement à
développer le secteur privé, et non la Turquie, sous couvert d’un Plan,
a été adopté par le Parlement, et non-content de cela, un stratagème a
été mis sur pied pour distribuer les ressources de l’État, sans le
moindre contrôle si ce n’est la seule volonté de Demirel, à une poignée
de privilégiés.
« Afin d’éliminer les forces de gauche qui s’opposent à ce pillage, ils
tentent d’instaurer un régime tyrannique en levant l’immunité
parlementaire, en arrêtant des écrivains sans preuves et en recourant à
la force brute des pauvres dupes poussés à descendre dans la rue. »
Dans sa « Lettre ouverte au Premier ministre », que nous avons publiée
dans la revue Ant du 18 juillet 1967 après sa libération, Aziz Nesin
déclarait :
« Tout comme il existe des représentants de l’État et du gouvernement,
je représente avec mes amis la littérature turque contemporaine. Et
personne n’a le droit de me déposséder de cette autorité. Personne ne
peut me considérer comme moins patriote qu’elle-même. Je me rends où je
le souhaite et rencontre qui je veux. En tant qu’écrivain, je n’ai pas
de leçon à recevoir de mes interrogateurs sur les personnes avec
lesquelles je devrais m’entretenir, les sujets que je devrais aborder
ou encore les intérêts de mon pays.
« Des heures durant, j’ai subi un interrogatoire intimidateur selon
lequel j’aurais remis un colis et des messages de Yakup Demir,
représentant du Parti communiste de Turquie à l’étranger, à mon ami
Mehmet Ali Aybar, président du Parti ouvrier de Turquie. Je ne connais
pas Yakup Demir, je ne l’ai jamais vu ni en Turquie ni à l’étranger.
Mais si je l’avais vu, je lui aurais parlé, et j’aurais souhaité lui
parler. De même que, par exemple, je ne vous soupçonne absolument pas
lorsque vous parlez à Brejnev ou à Kossyguine, personne n’a le droit,
qui que soient mes interlocuteurs, et sans la moindre preuve ou le
moindre document à ma charge, de remettre en cause mon patriotisme ou
de me contraindre à répondre comme bon leur semble.
« Votre police politique, qui m’a interrogé, m’a menacé en déclarant :
"Si Dieu le veut, nous vous attraperons un jour, très bientôt, et
écraserons votre cervelle". Après cet écrit, ils risquent de s’énerver
totalement et de me traiter plus mal encore. Mais je n’ai pas peur. Car
j’ai confiance en moi et n’ai rien fait qui justifie d’avoir peur. Ils
peuvent m’insulter encore plus durement, mais je n’ai pas peur, car par
leurs insultes, ils auront bafoué leur propre dignité. Ils peuvent me
battre, me torturer ; je n’aurai toujours pas peur, car ma dignité est
intacte, mais perdra la leur. Je pourrais même me retrouver en prison à
la suite d’un complot, je n’aurai toujours pas peur. Je sais comment
vivre et travailler en prison, et la vérité éclatera de toute façon un
jour. La mort serait-elle la chose la plus terrible ? Je n’en ai pas
peur non plus. Bien sûr, je veux vivre, faire de bonnes choses pour ma
patrie, et écrire davantage. Mais j’ai cinquante-deux ans et je ne
vivrai plus aussi longtemps.
« Dans vos discours et vos déclarations, vous évoquez fréquemment le
respect pour la Constitution et l’ordre démocratique. Ce que votre
police politique m’a infligé est contraire à ces principes. C’est
contraire à la Constitution et à l’ordre démocratique. Ils sont sur la
mauvaise pente. Je vous en informe en supposant que vous l’ignoriez et
en pensant que cela vous sera utile ».
À partir du 3 août 1967, nous avons publié pendant cinq semaines dans
la revue Ant une série d’articles d’Aziz Nesin intitulés « Trente-six
heures de garde à vue et d’interrogatoire policier » dans laquelle il
décrivait dans le détail sa détention.
Nos informations et commentaires à ce sujet, ainsi que la série
d’articles d’Aziz Nesin, sont accessibles sur le lien ci-dessous de la
TÜSTAV :
https://www.tustav.org/sureli-yayinlar-arsivi/ant-dergisi/
Dans un article paru dans Ant au début de 1970, consacré à un livre
d’Emin Türk Eliçin, Aziz Nesin mettait en garde ceux qui pensaient que
le kémalisme était anticapitaliste, soulignant que l’étatisme kémaliste
avait en réalité servi à développer le capitalisme national…
Après le coup d’État du 12 mars, qui nous a contraints à l’exil, il
n’avait pas ménagé son soutien à nos camarades qui s’efforçaient de
maintenir les éditions Ant en activité avec des livres pour enfants
durant cette période de répression… Le premier livre pour enfants
publié en 1971 était « Dors mon petit » d’Aziz Nesin…
Dans les années 1970, alors qu’Aziz Nesin jetait les bases de la
Fondation Nesin pour venir en aide aux enfants en Turquie, nous
fondions à Bruxelles les Ateliers du Soleil pour servir les migrants et
les exilés de différentes origines…
Son dévouement et sa détermination dans le domaine socioculturel ont
été pour nous une source d’inspiration au moins aussi importante que
son esprit combatif dans le journalisme.
En 1978, lors d’un bref séjour en Turquie pour préparer notre retour
définitif, l’une des personnalités que je tenais absolument à revoir
était Aziz Nesin… C’était notre première rencontre après huit ans… Il
était furieux de la campagne lancée contre lui par des membres du TKP
[Parti communiste de Turquie]…
« Écoute Doğan, j’avais appris ton retour en Turquie, je t’attendais.
Ce fait des années que nous ne nous sommes pas vus, bienvenue » me
dit-il, avant d’ajouter sans me laisser le temps de répliquer : « Si tu
es devenu le membre du TKP, là-bas, sache ceci : je ne les laisserai
pas s’en tirer à si bon compte. Tu dois leur transmettre ce message ! »
« Je ne peux pas le leur transmettre » répondis-je, « car je suis
membre du Parti ouvrier de Turquie… »
Je comprenais sa colère. Depuis quelque temps, le TKP menait une
campagne intitulée « Qui es-tu Aziz Nesin ? » en raison de certaines de
ses critiques à l’égard du Syndicat des Mineurs. C’est une campagne
odieuse.
Tant comme écrivain que comme président de l’Union des écrivains de
Turquie, Aziz Nesin a toujours fait preuve de solidarité envers tous
ceux qui, comme nous, avaient été déchus de leur nationalité après le
coup d’État de 1980.
En 1984, lorsqu’ils furent poursuivis pour leur participation à la
campagne de la Pétition des Intellectuels, nous avions renforcé nos
liens avec Aziz Nesin afin d’obtenir un soutien de l’étranger. Il
m’avait également envoyé le texte de sa défense devant le tribunal,
dont la publication avait été interdite en Turquie. Nous l’avons
publiée à Bruxelles, la portant ainsi à l’attention de l’opinion
publique européenne.
Parmi les intellectuels pris pour cible des décennies avant l’arrivée
au pouvoir de ceux qui ont plongé la Turquie dans l’emprise d’un régime
islamofasciste, Aziz Nesin figurait en première ligne.
Alors que nous espérions pouvoir un jour accueillir notre cher Aziz
Nesin en Europe, lui qui avait survécu à l’incendie criminel de Sivas
en 1993, la triste nouvelle tomba le 6 juillet 1995. Aziz Nesin nous
avait quittés.
Pourtant, une semaine plus tôt, le 30 juin 1995, il avait tenu une
conférence de presse à Istanbul, appelant à la lutte contre la réaction
islamiste qui commençait à menacer le monde entier, à commencer par les
pays musulmans. Nous avions tenté de diffuser son appel dans
différentes langues à travers le monde.
Le monde occidental allait prendre conscience de la justesse de cet
appel, vingt ans plus tard, le 7 janvier 2015, lorsque des
réactionnaires islamistes attaquèrent le célèbre journal satirique
français Charlie Hebdo, tuant onze caricaturistes. L’ampleur du danger
serait encore mieux comprise lors des massacres perpétrés par des
terroristes islamistes à Paris la même année, et à Bruxelles l’année
suivante.
Est-ce tout ?
Trente ans après la mort d’Aziz Nesin, la Turquie est toujours sous la
dictature d’un régime islamofasciste… Tandis que le spectacle de la «
Turquie sans terreur » se poursuit, les dirigeants du parti kurde HDP,
les résistants de Gezi et le maire de l’une des plus grandes
municipalités d’Europe sont toujours incarcérés… Le principal parti
d’opposition, le CHP, essaie d’être réduit en morceaux et privé de
toute chance de gagner les élections par l’entremise des « curateurs »
complices des crimes des initiateurs de la « Turquie sans terreur »…
Et tout comme Aziz Nesin fut placé en garde à vue et sous
l'interrogatoire à son retour de l’étranger il y a 59 ans, un jeune
artiste de 32 ans, Deniz Göktaş, est lui aussi arrêté et jeté en
prison, les mains menottées dans le dos, dès qu’il a posé le pied dans
cette « Turquie sans terreur » à son retour de l’étranger.
Tout en essayant de soutenir la campagne de solidarité lancée à
l’étranger pour Deniz Göktaş, la merveilleuse mélodie de Bob Dylan, «
Blowin’ in the Wind », traduite par Can Yücel, me trotte sans cesse
dans la tête :
Combien de routes un homme doit-il parcourir
Avant que vous ne l’appeliez un homme
Combien de mers la blanche colombe doit-elle traverser
Avant de s’endormir sur le sable
Combien de fois doivent tonner les canons
Avant d’être interdits pour toujours
La réponse, mon ami, est soufflée dans le vent/La réponse est soufflée
dans le vent
Combien d’années faut-il aux arbres pour s’enraciner
Avant l’avènement du printemps
Combien d’années faut-il que les hommes attendent
Avant que la justice triomphe
Combien de lumières du jour faut-il voir
Avant qu’elles passent inaperçues
Combien faut-il de morts pour qu’il comprenne
Que beaucoup trop de gens sont morts
Combien de mains vides doivent se lever au ciel
Avant que le cœur s’éveille
Combien de cordes doivent se briser des instruments
Jusqu’à ce que ce son résonne
Traduction: Mazyar KHOOJINIAN
75-year-old retired teacher among arrested in crackdown
ahead of Ankara NATO summit
An Ankara court last week formally arrested 178 other individuals
including academics, journalists, environmental activists, and students
in a mass crackdown conducted ahead of the upcoming NATO summit in the
capital city.
Ayten Yakut, 75, a long-time teacher and volunteer for the Turkish
Foundation for Combating Soil Erosion (TEMA), was among the 41 members
of the foundation targeted in the crackdown. She was remanded in
custody on Jun 25 for on allegations of "being a member of a terrorist
organization" and sent to Sincan Women's Closed Prison along with other
women volunteers of TEMA.
She was released today following an appeal by her lawyer.
Lawyers link the targeting of TEMA in the investigation to a
coincidental ID check on Jun 3, when the group organized a visit to the
Nallıhan Bird Sanctuary on the outskirts of Ankara. The group's bus was
stopped by police who had set up checkpoints at the entrances to Ankara
to prevent the entry of Eskişehir-based miners who were protesting over
their unpaid wages and attempting to bring their protest to the capital
city.
"When we evaluate the events from the perspective of legal technique,
it is clear that we are facing a complete legal absurdity," Gürbüz
Özdemir, Yakut's lawyer, told bianet, describing the proceedings as
"the implementation of a purely political scenario."
"My client is a 75-year-old woman with health issues," said Özdemir.
"She is a retired teacher who has spent years educating people in this
community and has never set foot in a courthouse or police station."
"Under these circumstances, her arrest and subsequent detention—cruelly
linked to an armed terrorist organization—is unacceptable both legally
and morally," added the lawyer.
'There is no single piece of evidence'
Police raided the home of Yakut, who lives alone, at around 4 in the
morning on Jun 23. Along with several other detainees, she is accused
of being a member of the Communist Party of Turkey/Marxist-Leninist
(TKP/ML), an outlawed armed group that has been barely active over the
past two decades.
"Not a single piece of evidence or allegation was included during the
interrogation to substantiate my client's connection with the TKP/ML,"
Özdemir said. "The questions asked were limited to whether she was
familiar with this organization. During the interrogation, no evidence
or allegations were presented to substantiate the client’s connection
to the group."
Despite this, the prosecutor's office alleged in its formal request for
arrest following interrogations that the suspects could "carry out
terrorist acts in an effort to portray the Republic of Turkey as a
country associated with terrorism."
Özdemir asserted this request alone showed that the process was
politically motivated.
An appeal has been filed against Yakut's detention. (BIA, 29 June 2026)
13 écologistes
détenus risquent de rester en prison jusqu'à la fin du sommet de l'Otan
Treize écologistes placés en détention provisoire par les autorités
turques pour des accusations de "terrorisme" avant le sommet de l'Otan
risquent de demeurer en prison jusqu'à la fin du sommet, a dénoncé
lundi leur avocat à l'AFP.
"Treize de nos bénévoles, âgés de 65 à 73 ans, sont actuellement en
détention suite à une grave erreur judiciaire. (...) Des recours ont
été déposés, mais selon nos informations, leur libération
n'interviendrait qu'après le sommet de l'Otan, bien qu'ils soient âgés
et sous traitement médical", a affirmé à l'AFP l'avocat des écologistes
Suleyman Cetin.
225 personnes avaient été interpellées lors des opérations menées le 23
juin et 178 personnes ont été placées en détention provisoire pour des
accusations de "terrorisme" avant le sommet de l'Otan qui se tiendra le
7 et 8 juillet à Ankara, dont des bénévoles de la fondation turque de
protection de l'environnement Tema.
Le parquet a fait valoir que les suspects "pourraient commettre des
actes terroristes".
"En droit, la détention préventive n'existe pas. Il n'est pas possible
d'arrêter quelqu'un sur une simple possibilité", regrette Me Cetin.
Les procureurs reprochent aux bénévoles, qui étaient de retour d'un
sanctuaire d'oiseaux le 3 juin, d'avoir croisé et salué une
manifestation de mineurs, selon l'ONG turque MLSA.
"Parmi les détenus, il y a un professeur spécialiste de la biodiversité
ainsi que des experts (de) l'érosion. Ce sont des gens épris de leur
terre et de leur pays. Il est absolument inconcevable qu'ils soient
associés à une organisation terroriste", ajoute Me Cetin.
La Fondation Tema est l'une des principales organisations
environnementales de Turquie.
Le rédacteur en chef d'un magazine LGBT+, une syndicaliste et une
universitaire font aussi partie des personnes placées en détention
après la même vague d'arrestation.
"Le détournement des lois antiterroristes pour procéder à des
arrestations massives et réduire au silence des personnes à l'approche
d'un sommet de l'Otan va à l'encontre des valeurs fondatrices de
l'alliance", avait dénoncé jeudi l'ONG Human Rights Watch. (AFP, 29
juin 2026)
Une
cinquantaine d'arrestations à la Gay
Pride d'Istanbul
La police turque a interpellé dimanche au moins 50 personnes dont un
journaliste, au cours de la Gay Pride à Istanbul, où les manifestations
ont été interdites par les autorités locales, le principal lieu de
rassemblement ayant été bouclé par les forces de l'ordre ont indiqué
les organisateurs.
La police a renforcé la sécurité autour de l'emblématique place Taksim
à Istanbul, en installant des barrières métalliques, tandis que les
autorités locales ont interdit les manifestations dans les principaux
lieux de rassemblements, dont le quartier de Kadikoy, situé sur la rive
asiatique. La circulation du métro a également été restreinte dans
plusieurs endroits du centre-ville.
Selon l'Union turque des journalistes, l'une des personnes interpellées
est la journaliste Muberra Unsal.
"Les journalistes couvrant la Marche des Fiertés à Istanbul sont
confrontés de nouveau cette année à des entraves illégales. Bien
qu'elle se soit identifiée d'une manière répétée comme journaliste,
Unsal a été placée en détention", a indiqué l'Union turque des
journalistes sur X.
Les manifestants défendant la cause LGBT, qui se sont rassemblés dans
plusieurs quartiers de la ville, ont proclamé leur intention de
poursuivre leurs manifestations.
"La journée n'est pas terminée. En fait nous ne faisons que commencer.
Nous ne renonçons pas. Nous continuerons à descendre dans la rue, où
que nous soyons", scandaient les manifestants.
L'association du Barreau d'Istanbul a déployé une grande banderole sur
son bâtiment avec l'inscription: "les droits LGBT sont des droits
humains".
L'homosexualité n'est pas illégale en Turquie, mais la communauté LGBT+
est souvent prise pour cible par le président Recep Tayyip Erdogan, qui
l'accuse de la baisse de la natalité dans le pays.
Depuis 2015, la Marche annuelle des Fiertés est presque
systématiquement interdite.
Par ailleurs, les autorités turques ont ordonné samedi la fermeture
d'un bar gay, l'accusant d'infractions, après des protestations contre
son propriétaire émanant de groupes islamistes.
Les groupes islamistes ont lancé sur les réseaux sociaux une campagne
contre une croisière destinée aux voyageurs LGBT+. Ils ont affirmé que
l'étape en Turquie de la croisière avait été organisée par le
propriétaire du bar, Mustafa Dogan Yilmaz.
L'escale à Istanbul était prévue le 8 juillet.
Le quotidien pro-gouvernemental Yeni Safak a indiqué que l'organisateur
de la croisière avait décidé de supprimer l'escale à Istanbul. (AFP, 28
juin 2026)
178 personnes en détention provisoire avant le sommet
de l'OTAN
Cent soixante-dix-huit personnes ont été placées en détention
provisoire en Turquie pour des accusations de "terrorisme" avant le
sommet de l'OTAN, a rapporté samedi l'agence publique Anadolu, en
citant un communiqué du parquet d'Ankara.
Ces détentions font suite à une série d'opérations menées cette
semaine, en amont du sommet des 7 et 8 juillet auquel doivent
participer 32 dirigeants, dont le président américain Donald Trump.
Selon Anadolu citant le parquet, à ce stade 178 des 225 personnes
placées en garde à vue ont été formellement arrêtées, 34 ont été
remises en liberté sous contrôle judiciaire.
Vendredi, l'ONG turque MLSA (Media and Law Studies Association) avait
indiqué que parmi les personnes arrêtées figurent des journalistes, des
universitaires, des avocats, des syndicalistes, des enseignants, des
étudiants et d'autres représentants de la société civile.
Parmi les personnes placées en détention provisoire figure Yildiz Tar,
rédacteur en chef du magazine LGBT+ Kaos GL, Emel Memis, professeure
d'économie à l'université d'Ankara, ou encore Nevzat Ozer de la
fondation Tema, et plusieurs bénévoles de cette importante ONG
environnementale.
La MLSA a rapporté que, lors des interrogatoires de police, il a été
demandé à ces bénévoles s'ils étaient membres du Parti communiste de
Turquie/marxiste-léniniste (TKP/ML) - une organisation interdite -,
s'ils utilisaient des noms de code et s'ils avaient reçu un
entraînement au maniement des armes. (AFP, 27 juin 2026)
Pression
sur les médias / Pressure on the Media
CPJ, partners condemn multiple journalist arrests in
Turkey
The Committee to Protect Journalists joined 26 other press freedom and
human rights organizations Wednesday in condemning the detentions and
arrests of at least 11 journalists in the past two weeks leading up to
the NATO summit in Ankara on July 7-8.
“The targeting of critical journalists also cannot be viewed in
isolation,” the statement said, asking for their immediate release. The
organizations also urged Turkish authorities to drop all charges
against the journalists and to end the misuse of the country’s laws
against journalism.
Full statement.
The undersigned media freedom, freedom of expression, journalists’ and
human rightsorganisations express profound alarm at the recent wave of
detentions and arrests of journalistsand civil society representatives
in Türkiye in the immediate lead-up to the NATO Summit inAnkara on 7-8
July.
In the last two weeks, Turkish authorities have launched a coordinated
crackdown on criticalvoices in the country, including independent
media. In this period, the Media Freedom RapidResponse (MFRR)
monitoring platform Mapping Media Freedom documented 11 journalists
andmedia workers detained under vague or unjustified pretexts, many
with no connection to theNATO event in Ankara.
Turkish Media regulator RTÜK also issued a written warning ahead of the
NATO Summit, urgingbroadcasters to keep “public interest and the
national security perspective” in mind whencovering the event in news
and discussion programs. The statement called for broadcasting tobe
based on verified information, to remain measured, and sensitive to
“societal sensitivities,”noting that RTÜK’s monitoring experts would be
watching all broadcast content.Developments since the last week of June
2026 represent a coordinated strategy to silencecritical voices in
Türkiye. The targeting of critical journalists also cannot be viewed in
isolation.
The detentions and arrests are linked to the denial of accreditation
for independent mediaoutlets operating in the country, which previously
prompted a joint letter to NATO SecretaryGeneral Mark Rutte, urging the
organisation to reconsider the requests of these media to coverthe
summit in Ankara. The targeting of journalists also coincides with the
pre-emptive detentionand arrest of hundreds of activists, lawyers,
academics and rights defenders from diversebackgrounds. (BIA, 9 July
2026)
Turkey
detains dozens, including journalists, in new
wave of raids ahead of NATO summit
Police detained dozens of people this morning in simultaneous raids
across multiple provinces ahead of a NATO summit scheduled for Jul 7–8
in Ankara, the capital.
The operations took place in İstanbul, Ankara, İzmir, Kocaeli, Antalya,
Dersim, Urfa, Çanakkale, and Bursa. Those detained include academics,
lawyers, law students, association members, political party
representatives, and trade unionists.
Journalists are among the detained. Police detained bianet contributor
Abbas Vural, T24 editor Buse Söğütlü, and OdaTV editor Ceren Erdoğdu
during morning raids on their homes.
Erdoğdu recently reported on a petition launched by the "No to NATO
Initiative," formed by Muslims against the bloc.
Lawyers detained
The Progressive Lawyers Association (ÇHD) announced that its İstanbul
branch head, lawyer Ezgi Önalan, and member Yunusemre Işık were
detained. The group said many clients of its lawyers were also detained
in simultaneous operations.
"End the political operations that promise a rose garden without thorns
to NATO," the association stated.
Law students Boran Işıldak and Burhan Can were detained in Ankara. The
ÇHD stated the detentions were based on work conducted prior to the
NATO summit and demanded their release.
Socialist groups targeted
In Antalya, police raided homes and detained at least 35 people. The
detainees include 11 members of the People's Houses (Halkevleri) group,
among them central executive board member Gürkan Gülseven, Antalya
branch head Gülcan Şahin, and the entire local branch management.
Members of the Workers' Party of Turkey (TİP) Antalya provincial
organization, Labor Youth, and the Kaldıraç Movement were also taken
into custody. Additionally, Private Sector Teachers' Union central
executive board member Yiğit Pertev, Antalya provincial spokesperson
Diğde Simay Pertev, and provincial representative Mehmet Akif Karaca
were detained in the province.
In Ankara's Tuzluçayır neighborhood, police raided a branch office of
the Anatolia Culture and Researc Association (AKA-DER) on the evening
prior to the morning operations, detaining at least nine people.
Police also detained at least six people from Antakya and three from
Adana from the Kaldıraç movement, alongside at least five people
traveling from İzmir to Ankara.
Raids in Kocaeli resulted in the detention of at least six people,
including members and executives of the Labor Party (EMEP) and members
of Kaldıraç.
In Urfa, members of EMEP, TİP, and the Socialist Laborers Party (SEP)
were taken into custody. Detentions in Çanakkale and Bursa involved
members of Revolutionary Youth Associations and employees and readers
of the Devrimci Hareket magazine.
In İstanbul, raids targeted Revolutionary Youth Associations and the
Revolutionary Movement, while the Friendship and Culture Association
reported multiple detentions of its members in both İstanbul and İzmir.
Members of Partizan, BDSP, SMİ, and SODAP were also detained in İzmir,
while readers of Partizan were targeted in Dersim.
Academic and writer taken into custody
Separately, academic Sibel Özbudun and writer Temel Demirer were
detained in İstanbul as part of an investigation conducted by the Muğla
Chief Public Prosecutor's Office regarding social media posts. Both
individuals are expected to be transferred to Muğla.
Crackdown ahead of NATO summit
Official authorities have not yet released a statement regarding the
detentions. In a previous crackdown on Jun 23-24, authorities detained
over 220 people, including journalists, academics, environmental
activists, and students, on terrorism charges. Courts later formally
arrested 103 of those individuals.
Authorities have not explicitly linked either wave of crackdowns to the
upcoming alliance meeting.
The upcoming NATO summit will take place at the Presidential Complex in
Ankara, bringing together officials from 32 countries. Around 40,000
security personnel will be deployed during the event, and strict
traffic restrictions will be implemented, completely prohibiting access
to the summit venue and areas hosting foreign leaders.
Road preparation along convoy routes has included painting house
facades and erecting billboards focused on NATO and the Turkish defense
industry, drawing public criticism for restricting movement and
presenting a superficial display for visiting dignitaries. (BIA, 7 July
2026)
Authors, Journalists and Cultural Figures from
Europe Call for the Release of Deniz Göktaş
A broad group of writers, illustrators, journalists, publishers and
artists living in Europe has issued a joint appeal calling for the
release of Turkish stand-up satirist Deniz Göktaş.
The statement was signed more than 185 names from Germany, Belgium, the
Netherlands, Austria, Sweden, France, the United Kingdom, Switzerland
and Ireland. Among the signatories are one of Germany’s first
Turkish-origin cabaret artists, Şinasi Dikmen; theatre figures Atilla
Cansever, İbrahim Yarar, Şaban Ol and Hilal Nesin; folk poets Âşık
Şahturna and Ozan Emekçi; artist Ferhat Tunç; rapper Ezhel; journalists
and writers Doğan Özgüden, İnci Tuğsavul, Osman Okkan, Gürsel Köksal,
Atilla Keskin, Can Dündar, Nihat Kemal Ateş, Haydar Eroğlu and Murat
Tuncel; cartoonists İsmail Doğan, Hayati Boyacıoğlu and Erdoğan
Karayel; and humour writer Erdinç Utku.
In the joint statement, the signatories emphasized that freedom of
thought and expression, art and humour are inseparable parts of
democratic life.
They underlined that artists and satirists have, throughout history,
produced works that critically examine those in power, social
contradictions and everyday life. Such creative expression, they said,
is one of the most vital domains of freedom of expression.
The statement stressed that criticism, humour and art are not areas to
be punished in democratic societies, but values that must be protected.
According to the signatories, disagreeing with an opinion can never
justify silencing it through criminal sanctions. They also recalled the
fundamental principles of the rule of law, including the presumption of
innocence, the right to a fair trial and the principle of
proportionality.
Reference to Article 10 of the European Convention on Human Rights
The signatories drew attention to Article 10 of the European Convention
on Human Rights, to which Türkiye is a party. They noted that freedom
of expression protects not only ideas that are welcomed or considered
harmless, but also those that are disturbing, critical or humorous.
The statement also referred to the European Court of Human Rights’
ruling in Eon v. France, in which the Court emphasized that satire is a
legitimate form of expression which, by its nature, may involve
exaggeration and provocation, and that punishing such expression can
have a chilling effect on democratic public debate.
“Humour that refuses to remain silent is thought that cannot be
silenced”
One of the central sentences of the appeal reads:
“Humour that refuses to remain silent is thought that cannot be
silenced.”
The signatories placed the case of Deniz Göktaş within a broader
discussion on artistic freedom, satire and democratic culture.
Anatolia’s tradition of humour and satire
The statement also referred to Anatolia’s long tradition of humour and
satire, mentioning Nasreddin Hodja, Bektashi anecdotes, Mevlana, and
Karagöz and Hacivat.
It also pointed to Diyojen, founded in 1870 during the Ottoman era, as
part of the institutionalization of modern written humour and satire.
Against this cultural background, the signatories argued, artists and
satirists must be able to express themselves freely without fear of
criminal sanctions.
Concern over pre-trial detention
The signatories described the pre-trial detention order against Deniz
Göktaş as deeply troubling from the perspective of freedom of
expression and condemned it.
They called for the decision to be reconsidered in light of Article 10
of the European Convention on Human Rights.
Call for immediate release
Göktaş was remanded in pre-trial detention over several humorous
remarks in his latest performance on allegations of “insulting the
President” and “publicly denigrating religious values.”
The signatories said they expect Deniz Göktaş to be released
immediately, with due regard for fundamental rights and freedoms.
A call to the democratic public
The statement concludes with a call for a future in which polarization
once again gives way to peace and tolerance, free thought prevails, and
joy also has its rightful place. (BIA, 7 July 2026)
Deux journalistes arrêtés puis remis en liberté du
sommet de l'Otan
Deux journalistes turcs ont été interpellés et placés en garde à vue
lundi soir avant d'être remis en liberté, pour l'un sous contrôle
judiciaire, avant l'ouverture du sommet de l'Otan à Ankara mardi soir,
selon l'association de défense des droits MLSA.
Le reporter Kayhan Ayhan, qui suit le procès du maire d'Istanbul Ekrem
Imamoglu et de l'équipe municipale pour "corruption", a été interpellé
lundi soir à son domicile pour "diffusion de fausses nouvelles" et
libéré mardi sous contrôle judiciaire, a indiqué sa publication, le
site d'opposition Bir Gün.
"Il est obligé de se présenter deux fois par semaine au contrôle
judiciaire et est interdit de quitter le pays", précise Bir GÜn.
"Je n'ai fait que du journalisme et je continuerai d'écrire", a déclaré
Kayhan Ayhan, selon le site.
"Bien que toutes les questions posées à M. Ayhan au commissariat aient
porté sur son travail et sur la procédure judiciaire (contre le maire
d'Istanbul, ndlr), l'enquête a été ouverte par le Bureau d'enquête sur
les crimes terroristes", a précisé Bir Gün.
M. Imamoglu, détenu depuis mars 2025, comparaît depuis le 9 mars.
Par ailleurs, le journaliste Hazar Dost qui avait été placé en garde à
vue, également à Istanbul, pour sa participation à une manifestation
remontant à 2018, a été lui aussi remis en liberté.
Selon l'association MLSA, Hazar Dost a été interpellé dans le cadre
d'une procédure "ayant conduit à son acquittement" dont le parquet a
fait appel.
"Dost a été interpellé alors qu'il faisait des courses chez un primeur
de son quartier (...) le procureur a demandé une garde à vue au lieu de
le convoquer pour une déposition" a expliqué l'association d'avocats.
Le journaliste a rapporté au site en anglais Bianet avoir été "malmené,
insulté et privé d'accès aux toilettes" et annoncé son intention de
porter plainte.
Les arrestations se sont multipliées par dizaines, ciblant tous les
milieux et voix critiques, alors que le président turc Recep Tayyip
Erdogan accueille mardi et mercredi les chefs d'Etat et de gouvernement
de l'Otan en sommet, dont il entend faire un succès pour son pays.
(AFP, 7 juil 2026)
Un
humoriste de stand-up a bousculé la société
turque !
Ragip Duran, TVXS.GR, 6 juillet 2026
Deniz Goktas (32), nouvelle étoile montante de la comédie stand-up,
représentant la génération de la Protestation de Gezi (Campagne de
soulèvement spontanée de la jeunesse en mai 2013 à Istanbul) est à la
une de l’ensemble des médias fin juin-début juillet.
Plus de 6 millions de citoyens en seulement une semaine ont vu ce
spectacle d’à peu près 90 minutes diffusé sur la Toile. Simple, calme,
intelligent et cultivé, Göktaş fait de la comédie politique et attaque
les responsables de l’ordre établi, y compris le président Erdoğan,
d’une façon très sophistiquée.
Le régime, fou de colère, a tout de suite contre-attaqué : les scènes
sur X ont été interdites et le parquet d’Istanbul a ouvert une enquête
contre ce jeune homme accusé de « dénigrer les valeurs religieuses et
spirituelles ». Le parquet estime qu’il y a « des éléments constitutifs
d'une infraction » dans le discours de Göktaş. « La sécurité nationale
et l’ordre public doivent être préservés », croit-il.
Deux députés de l’EMEP (le Parti du travail, gauche) ont déposé une
question parlementaire à laquelle doit théoriquement répondre le
ministre de la Justice pour savoir en détail la raison de l’ouverture
de l’enquête contre Goktas.
Selahattin Demirtaş, ancien président du parti kurde, en prison depuis
environ un an, a également réagi contre l’ouverture de l’enquête du
parquet.
Fils d’une famille alévie (secte minoritaire en général progressiste)
de l’Anatolie centrale, Göktaş a une licence en psychologie de la
prestigieuse Université technique du Moyen-Orient (ODTU) d’Ankara. Il
poursuit ses études de maîtrise en cinématographie.
Le stand-up est très à la mode dans plusieurs grandes villes du pays.
Les jeunes spectateurs, en particulier les étudiants et les jeunes
cadres, remplissent les salles des clubs de comédie pour assister aux
spectacles de ces troubadours modernes. Ces conteurs sont également
très populaires sur les médias sociaux. Mais la très grande majorité de
ces artistes n’ont pas osé, jusqu’à maintenant, ce que Goktas a réussi
: critiquer l’ordre établi, critiquer le régime et les politiciens
d’une façon habile et subtile. Sur scène, il ne se comporte pas
comme
un activiste de gauche qui fait de la propagande, mais comme un homme
de la rue qui raconte des histoires et des blagues. Il parle
ironiquement, sans le nommer, du Coran et du Prophète, ce qui énerve
les islamistes et les responsables du pouvoir. Alors qu’il s’agit
uniquement de blagues, même pas de blasphème, les nationalistes et
l’extrême droite sont également au menu.
Goktas, dont le prénom est une référence à Deniz Gezmiş (grand
révolutionnaire des années 70, exécuté le 6 mai 1972), ne se prive pas
de critiquer l'opposition, tout comme il critique le régime d’Erdoğan.
Alors que ses collègues sur scène racontent souvent des histoires de
fesses avec des insultes machos, Goktas respecte les valeurs des femmes
et des féministes. Tout au long de ses spectacles, il n’attaque jamais
les membres de son public (ce qui est rare chez les autres), mais il
dénonce et condamne minutieusement le régime et ses partisans avec rire
et loisir.
Goktas a un éventail assez large car il parle un peu de tout :
politique, psychologie, Grèce antique, commentateurs sportifs des TV,
etc.
Göktaş est, depuis le 28 juin, en vacances à l’étranger. Face à
l’initiative du parquet et aux attaques des cercles proches du
président, il a publié un message sur la Toile : « S’il le faut, je
peux rentrer urgemment. » Il est rentré et a tout de suite été arrêté
et écroué.
« Quand l’humour intervient sur la scène, le pouvoir est aveugle, sourd
et muet, alors il attaque », observe un universitaire en exil.
Le
stand-upper accusé d'insulte au
président placé en détention
Un célèbre humoriste turc, connu pour ses stand-up qui génèrent des
millions de vues en ligne, a été placé en détention provisoire par un
tribunal d'Istanbul pour "incitation à la haine" et "insulte au
président", a déclaré son avocat à l'AFP.
Le comédien Deniz Göktas "a été arrêté pour deux chefs d'accusation,
pour incitation à la haine et insulte au président", a affirmé à l'AFP
son avocat Metin Sinan Aslan.
"L'enquête avait commencé par une allégation d'insulte à la religion
mais, considérant qu'il n'était pas possible de le placer en détention
sur cette base, l'accusation a été modifiée, au prix d'une
interprétation pour le moins forcée, en incitation à la haine et
insulte au président", a estimé Me Aslan.
Lors de son interrogatoire, des policiers lui ont posé des questions
sur son utilisation du mot "dictateur" pour désigner le président turc
Recep Tayyip Erdogan et "ont laissé entendre qu'il avait tenu des
propos offensants concernant des préceptes de l'islam cités dans le
Coran", a ajouté Me Aslan.
Selon son avocat, le comédien de 32 ans a déclaré "Ils ne pourront pas
voler notre joie", tout en restant de bonne humeur malgré son transfert
à la prison de Metris à Istanbul.
L'arrestation de Deniz Goktas intervient dans ce que les opposants
dénoncent une vague de répression visant toute personne considérée
comme une voix critique envers le gouvernement islamo-conservateur et
ses valeurs.
Un nombre croissant d'enquêtes judiciaires visent musiciens, artistes,
journalistes et responsables politiques de l'opposition.
Son stand-up, produit à Istanbul le 1er juin, a été mis en ligne dans
une vidéo de 90 minutes sur YouTube le 24 juin et a depuis été visionné
près de neuf millions de fois.
Dans ce spectacle, le comédien porte un regard satirique sur
l'évolution politique du pays, mentionnant le président Recep Tayyip
Erdogan et son principal rival, le maire d'Istanbul emprisonné Ekrem
Imamoglu, dont l'arrestation en mars 2025 a déclenché des
manifestations de masse dans les rues.
Deniz Goktas - qui avait indiqué sur X se trouver à l'étranger en
vacances - a été interpellé à sa descente d'avion jeudi.
Le comédien, né à Ankara il y a 32 ans, a commencé sa carrière de
stand-up dans un club d'Istanbul en 2019. Il s'est depuis produit dans
des salles à travers l'Europe et les États-Unis. (AFP, 3 juil 2026)
Journalist
Gülnur Saydam detained after reporting on
criminal groups
Gülnur Saydam, a reporter for the daily Cumhuriyet, was detained late
yesterday following the publication of her article on rampant criminal
activities in İstanbul's Göktürk neighborhood.
Saydam was taken to the İstanbul Security Directorate, where she was
accused of "publicly disseminating misleading information" due to her
report.
Following her statement to the police and a routine health check, the
journalist was released from custody.
"If they had called, I would have gone myself, but I was unlawfully
taken from my home by prosecutorial order," Saydam said after her
release. "I was released after giving a statement for about four hours.
I stand behind my report. I will continue to practice journalism and
make the voice of the public heard."
The article, titled "Citizens struggle for survival amid attacks: Is
the new address of gangs Göktürk, İstanbul's favorite neighborhood?",
detailed allegations of threats and armed attacks alongside the safety
concerns of local residents.
The report also included an official statement from the police
department, which maintained that there is not a single unsolved crime
record in the upper-middle class neighrborhood. (BIA, 2 July 2026)
Renowned Actor Kadir İnanır
laid to rest in İstanbul
Renowned actor Kadir İnanır was laid to rest in İstanbul yesterday
following his death at age 77. İnanır passed away on Jun 26 at a
hospital where he was receiving treatment for respiratory distress
linked to pneumonia.
A memorial ceremony was held for the artist at 1.00 pm local time at
the Atatürk Cultural Center in Taksim. His funeral prayer was performed
at the Barbaros Hayrettin Paşa Mosque in Beşiktaş, followed by his
burial at the Ulus Cemetery.
İnanır was a leading figure of the Yeşilçam era of Turkish cinema,
appearing in nearly 200 films and television series. His screen persona
was characterized by rigid archetypes of honorable, tough, and fiercely
anti-injustice protagonists.
His partnership with actress Türkan Şoray produced several foundational
works of Turkish romantic drama, most notably Selvi Boylum Al Yazmalım
in 1977. His performances in Tatar Ramazan and Yılanların Öcü
reinforced his cinematic brand as a defiant defender of the
marginalized.
Political stance
Beyond his acting career, İnanır maintained a prominent left-wing
political profile. He frequently leveraged his cultural capital to
engage in systemic issues, emphasizing human rights, democratization,
and labor issues. In 2013, the government appointed him to the
Committee of Wise People, an advisory body established from public
figures and intellectuals to facilitate the Kurdish peace process.
İnanır frequently expressed his political views in writing. In a 2015
article titled "Long Live the Brotherhood of Peoples" for the 13th
issue of the monthly KAFA Magazine, he emphasized the social
responsibilities of cultural figures:
Artists’ attitudes toward eliminating their country’s fundamental
problems, which have lagged behind the times, or toward being sensitive
to these issues, are just as important as the works they produce. When
an artist combines their artistic power with their enlightening power,
humanity in that country grows and is elevated to the beauty of a work
of art. Throughout my 46-year career as an artist, I have always
championed and defended these ideas.
I travel to conflict zones around the world. I witness firsthand the
hardships and deaths endured along the paths toward peace. I work
tirelessly so that the climate of conflict in our country may be
eliminated and transformed into lasting peace. I am dedicating the most
beautiful years of my life to this cause. In defiance of those wretched
opponents, I will not give up this struggle until the very end.
This structure imposed upon us is, without a doubt, nothing more than a
deliberate method they employ to stand in the way of the world’s most
beautiful country. In light of these truths, we have no other choice
but to join hands, embrace one another, and shout “PEACE” at the top of
our lungs. This heavenly homeland is rich and vast enough to feed 500
million people. There is only one slogan for us to experience this
happiness together: Long live the Brotherhood of Peoples! Long live
PEACE! Long live a Fully Independent Turkey. (BIA, 29 June 2026)
Kurdish
Question / Question kurde
Six
combattants kurdes tués en Iran, selon un
groupe d'opposition kurde
Un groupe d'opposition kurde iranien a déclaré jeudi que six de
ses
combattants avaient été tués dans des affrontements avec les Gardiens
de la Révolution dans l'ouest de l'Iran, près de la frontière avec le
Kurdistan irakien.
"Six peshmergas sont tombés en martyrs" lors de heurts avec les
Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République
islamique, "dans la nuit de mercredi près du village de Qazqapan", à 3
km de la ville de Piranshahr, a indiqué le Parti démocratique du
Kurdistan iranien (PDKI) sur X.
Le PDKI est l'un des groupes rebelles kurdes qui disposent de camps et
bases dans la région du Kurdistan irakien, et maintiennent une présence
clandestine dans l'ouest de l'Iran à majorité kurde, y compris à
Piranshahr.
Pendant la guerre au Moyen-Orient, déclenchée en février par une
attaque israélo-américaine contre Téhéran, l'Iran a frappé à plusieurs
reprises ces groupes, dont le PDKI, dans la région autonome du
Kurdistan irakien.
Téhéran les désigne comme des organisations terroristes et les accuse
de servir les intérêts occidentaux ou israéliens.
Au début du conflit au Moyen-Orient, le président américain Donald
Trump s'était initialement prononcé en faveur d'une offensive des
factions kurdes, avant de revenir sur ses déclarations.
Téhéran avait de son côté menacé de viser des bases au Kurdistan
irakien si des combattants franchissaient la frontière.
Qubad Talabani, Premier ministre adjoint du Kurdistan autonome d'Irak,
avait affirmé fin mars à l'AFP qu'il n'y avait eu "aucune tentative des
Etats-Unis, d'une quelconque branche des Etats-Unis, d'armer les
groupes de l'opposition iranienne au Kurdistan". (AFP, 2 juil 2026)
Access to several Kurdish media outlets, social
accounts blocked
The Information Technologies and Communication Authority (BTK) blocked
access to several Kurdish media outlets and their social media accounts
in Turkey on Jul 1.
The affected outlets include Nûmedya24, a Kurdish-focused website
published in Turkish, along with Kurdish-language Azadiya Welat
newspaper and Ajansa Welat agency.
The BTK blocked the websites of all three outlets, as well as the
official X accounts of Nûmedya24 and Ajansa Welat.
Nûmedya24 reported that the access ban on its website was implemented
without any court order or justification. An inquiry on the BTK website
confirmed the administrative decision.
"The website numedya24.com has been blocked from access by the
Information Technologies and Communication Authority decision dated
01/07/2026 and numbered 490.05.01.2026.-748333," the BTK notice read.
Nûmedya24’s official X account, which has over 22,000 followers and was
opened about a year ago, was also restricted in Turkey on the same date.
In a notification sent to Nûmedya24, X stated that the restriction was
implemented pursuant to Article 8/A of the Internet Law No. 5651. The
account remains accessible in other countries. (BIA, 2 July 2026)
Minorités
/ Minorities
Armenian church cemetery vandalized in İstanbul
Six graves and a fountain inside the Surp Garabet Armenian Cemetery in
Üsküdar, İstanbul, were damaged in an attack on he nght of Jul 7, the
Armenian Patriarchate of Turkey announced.
An unidentified individual climbed over the cemetery wall to enter the
grounds and damaged six graves in "an incident that deeply saddened our
community," said the patriarchate. The incident was immediately
reported the situation to law enforcement.
"The Patriarchal Seat strongly condemns this heinous attack against the
sacred values and eternal resting places of our community, and thanks
the law enforcement units continuing their sensitive work to clear up
the incident," the statement said.
Rafi Kirkoryan, the president of the Üsküdar Surp Garabet Church
Foundation, told Agos newspaper that the basin section under the
fountain was broken during the attack. He added that cross motifs on
six separate gravestones were also destroyed. Police teams are
continuing their investigation to identify and apprehend the suspect.
(BIA, 10 July 2026)
La
Turquie dénonce la reconnaissance du
génocide arménien par Israël
La Turquie a dénoncé dimanche la reconnaissance par Israël du génocide
arménien de 1915 comme une "décision politique" visant à couvrir "les
crimes" commis par l'armée israélienne à l'encontre de la population
palestinienne à Gaza.
"Le gouvernement israélien, qui a systématiquement persécuté le peuple
palestinien sous les yeux du monde entier et qui est actuellement jugé
devant la Cour internationale de justice pour génocide à l'encontre de
la population de Gaza, cherche à dissimuler ses propres crimes avec la
décision politique qu'il a adoptée concernant les événements de 1915",
a déclaré le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué.
La Turquie, qui accuse régulièrement Israël de perpétrer un génocide
dans la bande de Gaza - ce qu'il réfute -, rejette catégoriquement ce
terme pour qualifier les massacres des Arméniens sous l'Empire ottoman
pendant la Première guerre mondiale.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan, fervent défenseur de la cause
palestinienne, a souvent dénoncé le "terrorisme" israélien à Gaza.
"La Turquie continuera à oeuvrer avec détermination pour mettre fin aux
politiques expansionnistes et déstabilisatrices d'Israël dans la
région", a ajouté la diplomatie turque dans son communiqué.
Le gouvernement israélien a approuvé dimanche à l'unanimité la
reconnaissance du génocide arménien, dans un contexte de vives tensions
avec la Turquie. La mesure doit encore être entérinée par le Parlement.
Les gouvernements israéliens successifs avaient jusqu'à présent évité
de reconnaître officiellement le génocide arménien, notamment afin de
préserver leurs relations avec la Turquie, autrefois l'un des plus
proches partenaires stratégiques du pays dans la région.
Ce génocide est reconnu par les gouvernements ou les parlements de
nombreux pays, dont les Etats-Unis, la France et l'Allemagne. Le nombre
des Arméniens ayant trouvé la mort dans ces massacres commis par
l'armée turque pendant la première guerre mondilae est évalué à entre
600.000 et 1,5 million. (AFP, 29 juin 2026)
Politique
intérieure/Interior Politics
Le
maire d'Istanbul de nouveau expulsé du tribunal
lors de son procès
Le maire emprisonné d'Istanbul et principale figure de l'opposition
turque, Ekrem Imamoglu, a de nouveau été expulsé du tribunal mercredi à
la reprise de son procès pour corruption, ont constaté les médias turcs
présents.
"Imamoglu est expulsé de la salle d'audience sans pouvoir se défendre
pour avoir perturbé l'ordre et la discipline", a indiqué la chaine T24
sur son compte X.
Son avocat, Tora Pekin, a dénoncé "une décision arbitraire" et
"contraire au droit".
Selon M. Pekin, M. Imamoglu avait été expulsé une première fois le 2
juillet, accusé de perturber l'audience parce qu'il contestait le
calendrier fixé par les juges pour les plaidoiries de la défense,
prévues pendant le sommet de l'Otan à Ankara qui s'est ouvert mercredi.
"Je ne suis pas venu pour être interrogé. Je suis venu exprimer mes
demandes", a déclaré mercredi le maire en détention depuis près de 16
mois, avant que le président du tribunal ne réclame à nouveau son
expulsion, a rapporté le journal proche de l'opposition Bir Gün.
Avant de quitter la salle, le maire a apostrophé ses juges: "Avec les
dirigeants du monde entier présents en Turquie, à Ankara, comment et à
qui expliquerez-vous qu'Ekrem Imamoglu soit réduit au silence ?",
a-t-il demandé, selon des propos rapporté par le journaliste
indépendant Furkan Karabay, qui suit les audiences en continu.
"L'idée que +la défense d'Ekrem Imamoglu doit absolument se terminer le
9 juillet+ est inexplicable", a encore accusé l'édile, selon la même
source. "Le ministère de la Justice est un ministère de l'Effondrement".
M. Imamoglu comparaît depuis le 9 mars avec 414 co-accusés, dont 59
également en détention provisoire, devant le tribunal installé dans
l'enceinte de la vaste prison de Silivri, dans l'ouest d'Istanbul, où
il est détenu depuis mars 2025.
Le président du tribunal avait prévenu qu'il "pourrait être de nouveau
écarté s'il perturbe le bon déroulement de l'audience".
Ekrem Imamoglu, 55 ans, a été investi le jour de son incarcération
comme candidat de son parti (CHP, social-démocrate), principale
formation de l'opposition, à la présidentielle de 2028.
Il apparaît à ce jour comme le mieux placé pour vaincre le chef de
l'État Recep Tayyip Erdogan, si celui-ci se représente.
Le président élu du CHP, Özgür Özel, qui assistait à l'audience, a
dénoncé "une mise en scène factice qui n'essaie même pas de singer un
tribunal".
"Rien n'est acceptable dans cette affaire; même les pires tribunaux
essaient au moins de faire semblant d'être des tribunaux mais ici, ils
n'ont même pas cette préoccupation", a-t-il lancé aux chaînes de
télévision présentes.
Dans une déclaration publiée sur un compte X intitulé "Bureau du
candidat à la présidence", Ekrem Imamoglu avait alerté avant l'audience
sur "une violation très grave de (ses) droits et le comble de
l'injustice".
"Le tribunal restreint et ignore les arguments présentés pour leur
défense par les personnes les plus lourdement visées par l'acte
d'accusation et ceux de leurs avocats", avait-il dit. "Ceci prouve que
toute l'affaire de la municipalité métropolitaine d'Istanbul s'est
effondrée et se transforme en une série de décisions extrajudiciaires."
M. Imamoglu, largement réélu en mars 2024 à la tête de la plus grande
ville de Turquie, est accusé d'avoir dirigé un vaste réseau criminel
qualifié de "pieuvre", ce qu'il réfute.
Visé par 142 chefs d'inculpation, il encourt 2.430 années de prison.
A l'approche du sommet de l'Otan qui réunit 36 chefs d'État et de
gouvernement à Ankara, la capitale, les autorités turques ont cherché à
étouffer toute voix critique en multipliant les arrestations dans tous
les milieux, sans susciter la moindre réprobation internationale. (AFP,
9 juil 2026)
Nouveau
renvoi du procès d'Imamoglu pour
"falsification de diplômes"
Le procès pour "falsification de diplômes" du maire emprisonné
d'Istanbul Ekrem Imamoglu a été renvoyé lundi pour la cinquième fois
consécutive depuis son ouverture en octobre, ont rapporté les médias
turcs.
La prochaine audience de l'édile, une figure de l'opposition détenu
depuis mars 2025 pour "corruption", qui croule sous les procédures, a
été renvoyée au 25 décembre.
L'annulation de son diplôme universitaire, prononcée par le recteur de
l'université d'Istanbul, l'empêcherait de facto de se porter candidat
au nom de l'opposition à la prochaine présidentielle prévue pour 2028.
Il risque en outre jusqu'à huit ans et neuf mois de prison dans le
cadre de cette affaire.
Prenant la parole devant le tribunal administratif, au sein même de
l'immense prison de Silivri, dans l'ouest d'Istanbul, où il est détenu,
M. Imamoglu a relevé que cette audience se déroulait à la veille de
l'ouverture du sommet de l'Otan à Ankara.
"Que dira le chef de ce pays ?" a-t-il demandé à propos du président
Recep Tayyip Erdogan : "Regardez, j'ai emprisonné mon adversaire, j'ai
intenté vingt procès contre lui ?!", rapporte le site internet
d'opposition Bir Gün.
"Chaque génération a payé le prix fort pour laisser à ce pays un peu
plus de justice, un peu plus de liberté. (...) Mais hélas !, à ce jour,
nous en sommes à zéro. Nous sommes au plus bas en termes de réputation
en Europe", a-t-il poursuivi.
Les autorités ont procédé à des dizaines d'arrestations dans tous les
milieux avant que ne s'ouvre, mardi, cette réunion internationale,
selon des propos retranscrits par le quotidien Cumhuriyet.
Parmi les soutiens du maire présents dans la salle d'audience, Nacho
Sánchez Amor, député européen et rapporteur sur la Turquie, a aussi
relevé qu'Ekrem Imamoglu était sommé de comparaître "le même jour dans
trois affaires différentes" - les deux autres audiences concernant les
accusations de "corruption" et d'"espionnage".
"Nous ne voulions pas penser que la situation pourrait empirer.
Cependant, l'imagination du pouvoir parvient à chaque fois à dépasser
les limites" a-t-il jugé sur X.
Le maire déchu de la plus grande et plus riche ville de Turquie avait
été désigné candidat à la présidence par le principal parti
d'opposition, le CHP, et apparaît comme étant le plus sérieux rival du
président Erdogan. (AFP, 6 juil 2026)
Le
sommet de l'OTAN: pour Erdogan, une plateforme
pour l'influence turque
Le président turc Recep Tayyip Erdogan mise sur le sommet de l'OTAN
pour renforcer sa stature internationale au mépris de ses opposants en
but à une répression croissante, estiment des analystes.
En accueillant le sommet de l'Alliance atlantique les 7 et 8 juillet,
le chef de l'Etat espère conforter le rôle de puissance régionale de la
Turquie et sa place d'intermédiaire entre les États-Unis et l'Europe,
dans un contexte géopolitique tendu.
Le président Erdogan veut poser la Turquie comme "un acteur
incontournable en Europe et au-delà", indique à l'AFP l'expert en
relations internationales Serkan Demirtas.
L'unité de l'Otan a été récemment éprouvée par l'offensive américaine
et israélienne contre l'Iran, que les gouvernements européens ont
refusé de suivre et à laquelle la Turquie s'est également opposée,
malgré la colère du président Donald Trump.
Ce dernier a néanmoins promis de rejoindre le sommet d'Ankara.
Deuxième armée de l'Otan sur son flanc oriental, la Turquie occupe une
position géostratégique privilégiée entre l'Europe et le Moyen-Orient,
sur la rive sud de la Mer noire.
"L'organisation de ce sommet en Turquie rappellera le rôle important
qu'elle a joué depuis son entrée dans l'OTAN en 1952, au sein de
l'Alliance et à l'échelle régionale", estime Luke Coffey, chercheur au
Hudson Institute.
-"Dans la bonne direction"-
Serkan Demirtas insiste aussi sur le rôle actif de la Turquie au sein
des missions de l'OTAN dans la région de la Baltique où elle contribue
à la surveillance de l'espace aérien et participe aux exercices
conjoints.
Pour autant, les relations sont loin d'être exemptes de frictions,
selon Luke Coffrey. "Les nombreuses turbulences entre Washington et
Ankara ont parfois débordé sur le fonctionnement interne de
l'Alliance", dit-il.
Après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, la Turquie a
traîné des pieds pour valider l'adhésion de la Suède et de la Finlande
à l'OTAN.
Elle a aussi provoqué la colère des alliés, États-Unis en tête, en
acquérant le système de défense antiaérienne russe S-400, ce qui lui a
valu d'être écartée du programme des chasseurs F-35.
Mais les bonnes relations entre Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan,
après une période de glaciation sous Joe Biden, ont permis de préserver
le dialogue.
"C'est dans l'intérêt de tous que ce sommet se déroule sans accroc",
fait valoir M. Coffey.
- Des inquiétudes en sourdine -
Pour Aaron Stein, directeur du Foreign Policy Research Institute, son
adhésion à l'OTAN reste "l'ultime garantie de sécurité de la Turquie",
donnant à Ankara la possibilité de gérer séparément sa relation
complexe avec Moscou.
Les analystes soulignent l'importance de maintenir la Turquie alignée
avec l'OTAN compte tenu de sa capacité à intervenir sur plusieurs
fronts, de l'Ukraine au Moyen-Orient et sur de nombreuses crises
régionales.
Depuis l'invasion russe de l'Ukraine, Ankara avance sur une ligne de
crête, ayant soutenu l'Ukraine par ses drones et munitions tout en
conservant le lien avec Moscou, au point d'avoir accueilli plusieurs
cycles de négociations entre les deux parties.
-Pragmatisme-
Le sommet d'Ankara survient néanmoins en pleine dérive autoritaire et
alors que la Turquie traverse une nouvelle période de turbulences
politiques, après une décision de justice d'évincer le principal leader
de l'opposition.
Cette mesure, après l'arrestation en mars 2025 du populaire maire
d'Istanbul Ekrem Imamoglu est considérée comme une manoeuvre pour
écarter les rivaux de M. Erdogan avant l'élection présidentielle prévue
en 2028.
Mais comme le relève M. Demirtas, les capitales européennes gardent
leurs inquiétudes et leurs critiques pour elles et veillent à ne pas
fragiliser leurs liens avec Ankara.
"L'OTAN n'est pas un club réservé aux démocraties", balaie encore Aaron
Stein.
M. Erdogan voit quant à lui le sommet comme l'occasion de conforter son
image de "dirigeant qui défend le mieux les intérêts de la Turquie sur
la scène internationale", avance M.Demirtas.
Enfin, même si les négociations d'entrée de la Turquie dans l'Union
européenne sont au point mort, la coopération s'est réorientée vers des
domaines plus pragmatiques, dont l'industrie de défense, via plusieurs
accords de partenariat avec l'Espagne, la Pologne, l'Italie ou la
Roumanie.
Selon une source sécuritaire turque, Ankara espère d'ailleurs un
assouplissement des restrictions pesant sur ce secteur. (AFP, 30 juin
2026)
Forces
armées/Armed Forces
Un
revolver, six balles: l'étrange cadeau du
président turc aux dirigeants de l'OTAN
Fallait-il laisser l'arme à Ankara? L'emporter avec soi? Ou l'offrir à
un musée? Les dirigeants des pays de l'Otan se sont retrouvés dans
l'embarras après le cadeau remis par le président turc à l'issue de
leur sommet annuel: un revolver, avec six munitions.
Plusieurs leaders ont déclaré avoir découvert sur le tard le contenu du
paquet cadeau, ou ne même pas l'avoir vu avant qu'il soit saisi par
leurs services de sécurité. La surprise a en tout cas été quasi
générale.
"Mon cadeau du type sirop d'érable était un peu en décalage", a ironisé
jeudi le Premier ministre canadien Mark Carney devant des journalistes
en Arabie saoudite.
La veille au soir, son homologue britannique Keir Starmer avait été le
premier à évoquer ce cadeau pour le moins insolite, offert par Recep
Tayyip Erdogan à ses convives.
Dans son avion de retour d'Ankara, où les chefs d'Etat et de
gouvernement de l'Alliance atlantique s'étaient réunis durant deux
jours, M. Starmer a expliqué que le président turc avait offert à
chaque leader un revolver gravé à son nom.
Egalement présentes dans cette boîte rouge, tapissée de noir: six
balles réelles, et une note dispensant les armes des contrôles à
l'exportation.
Un présent qui a donné lieu à des scènes "lunaires" au sein des
différentes délégations.
Ainsi, ce n'est qu'à leur arrivée en Belgique que les équipes du
Premier ministre belge Bart De Wever ont "pris connaissance de la
nature exacte du cadeau".
"Le Premier ministre a été surpris et l'a immédiatement remis à la
police aéroportuaire, afin qu'il soit placé dans un coffre sécurisé et
que la suite soit gérée dans le respect des procédures applicables", a
expliqué son entourage à l'AFP.
- L'arme neutralisée -
Les équipes de sécurité du Premier ministre belge se sont aussi vu
remettre les armes offertes à Ursula von der Leyen et Antonio Costa,
chefs des institutions européennes situées à Bruxelles --avec tout le
casse-tête en matière de sécurité et de protocole qu'une telle
opération peut représenter.
La présidente de la Commission européenne, tout aussi étonnée par le
cadeau que les autres dirigeants, "a remercié le président Erdogan pour
ce geste", d'après un de ses porte-parole. La dirigeante prévoit de
faire don de l'arme "à un musée militaire", une fois qu'elle sera mise
hors service, a-t-il précisé.
Le Premier ministre luxembourgeois Luc Frieden va conserver le revolver
au ministère d'Etat comme tous les autres "cadeaux diplomatiques". Mais
il a d'abord fait en sorte qu'il soit neutralisé et rendu
"irréversiblement inutilisable", selon ses services.
Ce revolver de type Magnum 357 est aussi arrivé à bon port à la
présidence polonaise, mais avec les précautions d'usage et un
antécédent spectaculaire dans tous les esprits à Varsovie.
En décembre 2022, le chef de la police polonaise avait ramené d'Ukraine
un lance-grenade anti-char qu'il venait de recevoir en cadeau. L'engin
a explosé dans son bureau, le blessant légèrement et provoquant
d'importants dégâts au siège du QG de la police.
Cette fois, "il est certain que personne ne va tirer avec", a affirmé à
une radio locale un collaborateur du président Nawrocki.
- Pourquoi un tel cadeau? -
Plusieurs armes, comme celles offertes à Keir Starmer, au Premier
ministre néerlandais Rob Jetten ou au chancelier allemand Friedrich
Merz, sont pour l'instant restées dans la capitale turque. Et pour
cause: en fonction des législations en vigueur, il n'est souvent pas si
simple de faire voyager des armes à feu, qui plus est lorsqu'elles sont
fonctionnelles.
L'arme offerte à Ulf Kristersson "devra être acheminée en Suède dans
les règles de l'art", assure ainsi son équipe dans un message à l'AFP.
Interrogé, l'Elysée n'a fait aucun commentaire.
Au-delà du défi logistique, ces revolvers ont aussi suscité
l'incompréhension de plusieurs délégations présentes à ce sommet,
consacré à l'Ukraine, l'Iran et les relations avec Trump. Avec une
question, répétée à l'envi: pourquoi un tel cadeau?
Il est certes extrêmement courant que les chefs d'Etat s'échangent
divers présents lors de leurs rencontres ou sommets. Mais sans qu'ils
nécessitent de telles précautions.
Sollicitées par l'AFP, les services du président turc n'avaient pas
répondu jeudi soir. (AFP, 9 juil 2026)
De l'argent, mais pas assez d'armes:
l'Otan pousse à produire plus
Les Alliés de l'Otan ont pris il y a un an, à La Haye, l'engagement de
dépenser des centaines de milliards d'euros pour leur défense. Cette
année, au sommet d'Ankara, ils sont confrontés à un autre défi: amener
l'industrie à produire suffisamment d'armes.
Les Pays européens de l'Otan et le Canada ont dépensé l'an dernier 90
milliards d'euros de plus que l'année précédente pour leur défense. Il
s'agit là d'"énormes quantités d'argent", a souligné récemment le
secrétaire général de l'Otan Mark Rutte.
"Mais vous ne pouvez pas arrêter un missile ou un char avec 1 dollar ou
1 euro, nous devons transformer cet argent en capacités de combat
opérationnelles, et vite", a-t-il ajouté.
Or, les guerres en Ukraine, et en Iran, ont révélé les difficultés des
industries de défense, des deux côtés de l'Atlantique, à produire vite
et en masse.
Et avec le risque d'un désengagement américain de leur continent, les
Européens veulent monter en puissance. Mais ils peinent à combler leur
retard face aux Etats-Unis dans certains secteurs stratégiques comme le
renseignement depuis l'espace, l'intelligence artificielle ou les
avions de ravitaillement en vol.
En Europe, l'industrie de défense reste encore une "industrie de temps
de paix", soulignait mi-juin le commissaire européen à la Défense
Andrius Kubilius, lors du salon mondial défense Eurosatory, près de
Paris.
"Beaucoup d'industriels investissent dans une capacité de production
qui est significativement supérieure", a toutefois assuré dans un
entretien avec l'AFP Camille Grand, secrétaire général de l'Association
européenne des industries de défense (ASD).
"Est-ce que ça veut dire qu'on est exactement où on devrait être ?
Probablement pas", a-t-il toutefois reconnu.
- Souveraineté nationale -
Et cela pour plusieurs raisons.
La première tient à la nature même de l'industrie de défense, très liée
à des enjeux de souveraineté nationale, qui en fait un secteur à part.
"Dans l'Union européenne, nous avons 27 marchés de la défense, régis
par 27 ensembles de règles", résume M. Kubilius. "Cette fragmentation
coûte de l'argent," et empêche les PME, pourtant clés dans
l'innovation, de prospérer, regrette-t-il.
Les grosses entreprises du secteur ne sont pas incitées à investir car
elles se savent privilégiées sur le plan national, explique à l'AFP
Guntram Wolff, expert de l'économie de défense auprès de l'Institut
Bruegel à Bruxelles. Avec pour résultat une fâcheuse tendance à monter
les prix.
La solution consiste à créer un "marché unique de la défense",
préconise le commissaire Kubilius.
Les industriels européens restent très réservés.
"Nous en avons discuté tous ensemble au sein de notre association,
l'ASD, et nous sommes parvenus à la conclusion commune que le marché de
la défense ne peut pas vraiment être qualifié de marché unique", a
ainsi reconnu le vice-président pour les Affaires européennes du groupe
français Dassault, Yves-Marie Gourlin.
- Simplifier les règles -
"Les achats allemands destinés aux entreprises nationales, sont
passés
d'environ 30% en 2020-2021 à 60% aujourd'hui, en 2025-2026", relève
ainsi Guntram Wolff. L'Allemagne vient d'ailleurs d'annuler un contrat
de frégates auprès d'une entreprise néerlandaise pour le confier, en
version plus modeste, à une entreprise allemande.
Les industriels préfèrent évoquer la nécessaire simplification des
règles. "Quand on veut aujourd'hui créer une usine d'armement, (...) ça
prend parfois deux ans pour passer de la décision au lancement effectif
des travaux", a ainsi déploré M. Grand.
L'autre grand problème c'est le manque de flexibilité, la difficulté
d'adapter des chaînes de production.
On fait de "la haute couture" quand il faut faire du "prêt-à-porter" de
masse, comme l'a fait l'Ukraine, résume Andrius Kubilius.
"Les Russes ont produit l'année dernière 2.000 missiles balistiques et
de croisière. Nous ne produisons que 250 missiles de croisière, aucun
missile balistique. Les Ukrainiens ont commencé à en produire l'année
dernière, et cette année ils en produiront 700, parce qu'ils les
fabriquent de manière suffisamment efficace", a expliqué le commissaire
européen.
De plus en plus d'entreprises européennes développent des partenariats
avec leurs homologues ukrainiennes pour profiter de cette expertise,
particulièrement dans le secteur des drones.
"C'est un modèle qui doit nous inspirer dans sa capacité à innover et à
produire rapidement à des coûts raisonnables", résume Camille Grand.
(AFP, 29 juin 2026)
Affaires
religieuses / Religious Affairs
Socio-économique
/ Socio-economic
Corruption: l'OCDE adresse un avertissement à la
Turquie
L'Organisation de coopération et de développement économiques a
identifié "de graves manquements" dans la mise en oeuvre par la Turquie
de la Convention anticorruption de l'OCDE, dans une évaluation publiée
jeudi, qui avertit d'une "vigilance renforcée" à l'égard du pays.
Cette évaluation émane du Groupe de travail de l'OCDE sur la corruption
dans le cadre de transactions commerciales internationales.
Le Groupe de travail pointe "l'absence d'effort significatif pour
enquêter et poursuivre les allégations crédibles de corruption d'agent
public étranger" et "l'absence de stratégie de lutte contre la
corruption d'agent public étranger", a indiqué l'OCDE dans un
communiqué.
Il signale aussi des "lacunes législatives en matière de responsabilité
des personnes morales", "l'impossibilité d'imposer des amendes à des
personnes physiques en cas de corruption d'agent public étranger" ou
"le défaut de protection des lanceurs d'alerte dans les secteurs privé
et public".
Le Groupe de travail précise que le non-respect par la Turquie de
"dispositions essentielles" de la Convention anticorruption "pourrait
rendre nécessaire une vigilance renforcée à l'égard d'entreprises
turques par leurs partenaires commerciaux, les banques multilatérales
de développement, les pays membres du Groupe de travail, et d'autres
juridictions".
L'appel à une vigilance renforcée est une des mesures pouvant être
prise par le Groupe de travail à l'égard d'un pays dans le cadre de ses
évaluations en cas de mise en oeuvre "inadéquate" de la Convention sur
la lutte contre la corruption d'agents publics étrangers dans les
transactions commerciales internationales.
Il s'agit d'une "déclaration publique" indiquant que "des mesures de
vigilance renforcée peuvent être décidées à l'égard des entreprises de
ce pays".
Cet avertissement peut être levé une fois que les problèmes qui ont été
soulevés ont été réglés. (AFP, 9 juil 2026)
La
Turquie et la FIFA 2026 : Une débâcle politique,
culturelle et sportive
Ragip Duran, TVXS.GR, 29 juin 2026
La disqualification de l’équipe nationale turque de la Coupe du monde
de la FIFA 2026 organisée aux États-Unis, après deux défaites et un
seul match gagné en affichant un jeu extrêmement médiocre, a révélé une
situation bien trop grave pour être expliquée uniquement par des
lacunes et des erreurs techniques, tactiques et stratégiques sur le
plan sportif.
L’équipe turque, lors du dernier match, a battu 3 à 2 les États-Unis
vendredi, tôt dans la matinée. Les dirigeants essaient de profiter de
ce résultat pour couvrir la grande défaite. La Turquie avait pu, 24 ans
après, gagner le droit de participer à la FIFA 2026. L’objectif
publiquement déclaré au départ était « au moins les quarts de finale ».
Les déclarations incohérentes du président de la Fédération turque de
football (TFF), les plans de jeu de l’entraîneur, la formation des onze
et, enfin, les échecs des joueurs font l’objet d’une analyse
approfondie et de critiques de la part des experts sur le plan
technique.
Cependant, rares sont les journalistes et experts qui abordent
actuellement la question la plus importante : que va-t-il se passer
maintenant ? Le président de la TFF et l’entraîneur, qui sont les
principaux responsables, vont-ils démissionner ?
Il ne faut pas prendre un match de foot à la légère. S’il s’agit d’un
match de l’équipe nationale, l’ambiance, le jeu et le résultat
fournissent des indices intéressants sur le climat politique et
culturel du pays.
La défaite aux États-Unis ne se résume pas au score affiché à la fin du
match. Sur les réseaux sociaux, des milliers de citoyens expriment leur
déception et leur colère tout en énumérant les causes de cette défaite :
- Accompagner la délégation de l'équipe nationale avec des dizaines de
voitures de marque nationale n'ayant aucun rapport avec le sujet n'a
servi qu'à faire de la publicité pour ces véhicules. Les résultats
obtenus sur le terrain n'ont sans doute pas non plus fait grimper les
ventes de ce modèle.
- De plus, le fait que le président Erdogan, des avions de combat et
les emblèmes du parti au pouvoir aient été utilisés pour diffuser un
spot publicitaire accompagné d’un discours nationaliste et militariste
pour un match de football, censé être un symbole d’amitié et de paix,
n’a pas du tout motivé les joueurs.
- Lorsque tous les sponsors de l’équipe nationale ont mobilisé les
joueurs pour promouvoir leurs marques et leurs produits, la
concentration des footballeurs n’a pas été au sommet.
- Pour les matchs retransmis à des heures inhabituelles, le régime a
tenté d’instaurer un lien entre religion et football à des heures qui
coïncidaient avec la prière du petit matin.
- Alors que les footballeurs auraient dû se concentrer sur les
entraînements techniques et tactiques, ils se sont davantage préoccupés
de leurs coiffures et de leurs moustaches, ce qui n’a pas amélioré
leurs performances sur le terrain.
En conséquence, un tel climat s’est instauré que l’équipe nationale
turque est devenue l’équipe non pas de la Turquie, mais du pouvoir,
c’est-à-dire du régime d’Erdoğan. Comme plus de la moitié du pays
s’oppose à ce régime, ces citoyens ne souhaitent plus que l’équipe
nationale remporte des victoires. De plus, comme une éventuelle
victoire les aurait poussés à descendre dans la rue pour « s’amuser »
en tirant en l’air au son de slogans nationalistes militaristes pour
célébrer la victoire, ce qui avait entraîné des morts et des blessés,
la majorité ne souhaitait pas recevoir de bonnes nouvelles des
États-Unis.
L’arrogance, la publicité-propagande et le complexe de grandeur ne sont
pas des éléments positifs pour remporter des succès sportifs, mais au
contraire négatifs, voire obstructifs. Ceux qui rêvaient d’une
demi-finale à la Coupe du monde 2026 ont dû faire leurs valises à la
fin du troisième match et rentrer chez eux. La réalité a réduit à néant
leurs rêves creux.
Il existe une autre raison majeure à l’échec de l’équipe nationale
turque : la FIFA est une institution mondiale, une organisation
globale. La FIFA a ses règles, ses experts indépendants. Or, en
Turquie, dans aucun domaine, y compris le football, il n’y a de règles,
car le droit n’existe plus sur l’ensemble du territoire et dans tous
les secteurs ; et si elles existent, elles ne sont pas appliquées, ou
bien elles le sont de manière arbitraire et sélective. C’est ainsi que
le régime d’Erdoğan fait ce qu’il veut en Turquie. Mais lorsqu’on se
rend aux États-Unis pour un tournoi de la FIFA, il n’y a pas là-bas de
dirigeants pratiquant la corruption, ni de procureurs et de juges
soumis au pouvoir ; les personnes et les institutions censées être
indépendantes et impartiales ne se comportent pas comme des instruments
du pouvoir.
L’entraîneur italien Montella serait « plus turc que nous ». Il a
prononcé des mots comme « destin », « chance » et « dessein » dans les
déclarations qu’il a données après les deux premiers matchs pour
expliquer les raisons de la défaite.
Le président de la Fédération turque de football, M. Haciosmanoglu, a
menacé les journalistes qui critiquent ces résultats et a demandé au
ministre de la Justice une nouvelle loi pour sanctionner les «
mauvaises langues ».
MM. Montella et Haciosmanoglu ont publiquement déclaré qu’ils refusent
de démissionner.
« Quel secteur, quelle institution en Turquie travaille correctement,
remplit sa mission et remporte des succès, au point de pouvoir réussir
dans le football ? » conclut un professeur de droit public en exil.
İstanbul
pride march held in Kadıköy despite obstacles
The 24th İstanbul Pride March was held in the Kadıköy district
yesterday despite official bans and transportation restrictions.
At least 65 people including journalists were detained during the
incidents as police dispersed groups emerging from various streets. All
detainees were released at night after testifying to the police.
The march began at around 12 pm local time in Caferağa neighborhood.
MPs Özgül Saki of the pro-Kurdish People's Equality and Democracy (DEM)
Party and Sera Kadıgil of the Workers’ Party of Turkey (TİP) also
joined the crowd.
'We are here with our courage'
After police surrounded the group, several other groups emerged from
various streets and continued the demonstrations throughout the day
despite crackdowns. They unfurled banners and chanted "Where are you,
my love? - I'm here my love."
"Our friends were detained with torture during the 24th LGBTI+ Pride
March we held today," demonstrators said in a statement during the
march:
"But we are on the streets once again today. We are here with our
courage. We are here to carry on the laughter and the words of our
detained friends. We came out openly, we speak openly. We say it once
again: We are not giving up on our struggle."
The İstanbul LGBTI+ Pride Week Committee also released a statement on
social media during the incidents:
"We have always said it, and we will continue to say it; we are here,
we resist both the detentions and your hate on the streets that belong
to us!"
"My love, today is not over yet, in fact, we are just getting started!
We are not dispersing! We continue to be on the street from every area
we are in!"
Prior to the march, both Kadıköy and Beyoğlu district governor's
offices banned all events during the weekend.
DİSK Press Workers (Basın-İş) union and the Journalists’ Union of
Turkey (TGS) condemned the detentions of media workers in separate
statements, calling for their immediate release.
LGBTI+ pride marches have been banned in Turkey for the past decade.
Activists continue to hold the events, employing various methods to
evade police crackdowns.
This year, an extensive wave of online censorship also targeted the
LGBTI+ community during Pride month. Authorities banned the social
media accounts of queer rights groups, media outlets, and individual
activists. (BIA, 29 June 2026)
Relations
turco-européennes / Turkey-Europe Relations
Erdogan
demande "l'intégration" de la Turquie à
l'architecture de défense européenne
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a demandé lundi "l'intégration"
de la Turquie aux structures de défense européennes et la levée des
restrictions frappant son industrie, à l'approche d'un sommet de l'OTAN
à Ankara les 7 et 8 juillet.
Le chef de l'Etat cible notamment le programme SAFE de l'Union
européenne, dont la Turquie a été exclue et qui permet à la Commission
européenne de lever et distribuer des fonds pour soutenir les capacités
industrielles et technologiques de défense des Etats membres,
s'attirant une réponse peu convaincue de Bruxelles.
"Si nous voulons surmonter les défis auxquels nous sommes confrontés,
nous devons répartir le fardeau de manière juste et équitable entre nos
alliés tout en éliminant les obstacles au commerce de l'industrie de
défense", a déclaré le président turc lors d'un discours à l'ouverture
du sommet parlementaire de l'Otan à Istanbul.
Dans une remarque presque simultanée, le porte-parole de la commission
Thomas Regnier lui a répondu en rappelant que, "le texte juridique est
très clair. Tout état tiers a déjà la possibilité, dans le cadre de
SAFE, de participer à tout projet de défense à hauteur de 35%".
"Toute négociation" en vue d'une association "au même degré que les
États membres et que la Norvège, l'Islande et l'Ukraine, requiert un
accord bilatéral comme nous l'avons fait avec le Canada pour une
association pleine", a-t-il ajouté avant d'insister: "Ce n'est pas un
accord que nous avons pour l'instant conclu avec la Turquie".
M. Erdogan a également insisté sur la participation d'Ankara "aux
initiatives de défense et de sécurité sur le continent", et sur
"l'inclusion de la Turquie" dans ces initiatives.
La Turquie est la deuxième armée de l'Otan en nombre d'hommes et ses
industries de défense se situent au 11e rang mondial, avec une
croissance de 29,5% de ses exportations sur les cinq premiers mois de
l'année, atteignant près de 4 milliards de dollars contre 7 milliards
en 2024.
"Ce que nous faisions en un an, nous le faisons désormais en une
semaine", s'est réjoui le chef de l'Etat la semaine dernière.
Le président turc fait aussi valoir la participation de son pays aux
différentes missions passées de l'Otan, comme l'Afghanistan, et le
"contexte" régional.
"Si nous voulons surmonter les défis qui nous sont posés, nous devons
lever les obstacles au commerce des industries de défense et nous
assurer d'un juste partage des responsabilités entre alliés" a-t-il
insisté.
Mais Ankara reste confronté à la méfiance de certains pays européens,
dont la France et l'Allemagne en raison de ses positions sur Chypre.
Située sur les rives sud de la Mer Noire, la Turquie a joué un rôle
décisif aux premières heures de la guerre en Ukraine en fournissant à
Kiev les drones de combat qui ont aidé à repousser l'avancée des chars
russes.
Outre les drones, la Turquie fabrique des chars, véhicules blindés,
munitions et navires de guerre (corvettes, frégates, sous marins...)
comme celui livré le 20 juin à la Roumanie - "un pays membre de l'OTAN
et de l'Union européenne" a relevé le chef de l'Etat.
Avec de longues frontières partagées avec l'Iran, l'Irak et la Syrie au
sud, elle se veut aussi garante de stabilité aux portes du
Moyen-Orient. (AFP, 29
juin 2026)
Turquie-USA-OTAN
/
Turkey-USA-NATO
Le
sommet d’Ankara sauvé des eaux en fin de
partie par… son boulet : Donald Trump
Par Philippe Regnier, Le Soir, 8 juillet 2026
Voilà qui en dit long – des troubles qui agitent l’Alliance atlantique.
Le sommet d’Ankara s’est achevé mercredi sans fixer la date (ni le
lieu) du prochain rendez-vous, contrairement aux habitudes. A celui de
La Haye, en juin 2025, les dirigeants des 32 pays de l’Otan se
« réjouissaient (de) la perspective de nous retrouver l’année
prochaine
en Turquie, puis de nous revoir en Albanie ». Rien de tel ce 8
juillet.
Pourquoi, en effet, s’infliger un tel calvaire, avec pareil éléphant
dans la pièce, comme disent les Anglo-Saxons : Donald Trump…
Tout du long, le qui-vive a dominé les esprits. Le bouillant président
allait-il « renverser la table » ? Menacer de larguer
les amarres de
l’Otan ? Diviser en distribuant les punitions à ceux qu’il a dans
le
collimateur et les bons points à ses « bons amis » (à
Ankara : le
président à poigne Recep Tayyip Erdogan et son flatteur-en-chef, le
secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte) ?
Et puis, non : au cours d’une conférence de presse, décousue comme
il
en a le secret, passant du sommet d’Ankara à ses tariffs, de l’IA à
Toyota, d’Ormuz à Tik Tok et au communisme, le 47e président des
Etats-Unis a loué « un moment formidable », qualifié le
sommet de
« grand succès », « une immense unité »,
« incroyable ». Bref, « il y
avait énormément d’amour dans cette pièce ».
Et une bonne dose d’hypocrisie.
Car, de son arrivée sur les marches du phénoménal palais présidentiel,
mardi, à l’entame de l’unique session du Conseil de l’Atlantique nord,
Donald Trump a multiplié les saillies, creusant encore un peu plus le
fossé transatlantique. Il n’a fallu que quelques heures avant cette
session de travail pour que l’ouragan Maga plombe l’ambiance.
Trump a fait du Trump et ressassé son bréviaire. En vrac, la
civilisation européenne est perdue pour cause de migration et
d’éoliennes, le Groenland danois doit être « rendu » aux
Etats-Unis,
l’Espagne, ce faible dépensier gauchiste, est « une cause
perdue », la
guerre acharnée livrée par le Kremlin contre Kiev « ne nous
concerne
pas ». Bref, avec des alliés pareils, qui ont eu l’outrecuidance
de le
laisser seul s’enfoncer dans son expédition iranienne : « Je
suis très
en colère contre l’Otan. »
« J’ai dit deux fois, au cours de mon intervention de trois
minutes,
que le respect mutuel dans l’Alliance aiderait beaucoup », nous a
dit
Bart De Wever, interrogé sur l’état de cette relation transatlantique.
Notamment pour garder le soutien de l’opinion, précise le chef du
gouvernement belge. « Il faut éviter de fragiliser cette grande
organisation de l’intérieur : les ennemis sont à
l’extérieur », abonde
Maxime Prévot, le ministre des Affaires étrangères.
Les Alliés de l’Amérique avaient pourtant mitonné leur script :
éblouir
le président des Etats-Unis avec un blitzkrieg de dollars. Plus de 50
milliards de contrats engrangés au jour 1 du sommet, a souligné Mark
Rutte, plus de 250 milliards investis dans la défense en deux ans par
les Européens et le Canada. A La Haye, sous l’épée de Damoclès d’un
Trump toujours susceptible de rompre le ban, les Alliés européens et le
Canada s’étaient engagés à porter leurs investissements dans la défense
et la sécurité à 5 % de leur PIB d’ici 2035 : les 4 %
sont déjà
atteints, a trompeté Rutte, « alors que ce projet sur dix ans n’en
est
qu’à sa première année ».
« L’Otan de papa »
Il faudra attendre la conférence de presse de Donald Trump, bien après
la fin du sommet, pour entendre le président reconnaître « un bon
progrès » vers ces 5 %. Avec, s’enthousiasme-t-il, « des
achats
d’équipements US Made pour la plupart – les meilleurs ».
C’est l’enjeu, pour les Européens. Les voilà mis au pied du mur du
désengagement militaire des Etats-Unis, en hommes et en capacités,
jusqu’ici maîtres des lieux à l’Otan. Il s’agira d’assumer davantage de
responsabilités, gagner en autonomie, assumer le fardeau financier de
ce transfert de charge – tout en choyant leurs économies… alors que
Washington est prompt à dénoncer le « protectionnisme ». Et
les
Etats-Unis » ne dépenseront plus autant pour la défense de leurs
alliés
mais ne cèdent pas encore tout le contrôle : « Nous mettons
au point un
cloud de combat interopérable à l’échelle transatlantique »,
indique le
sommet.
« La question de savoir si ce changement ouvre des perspectives ou
crée
une vulnérabilité dépendra de la rapidité et de la pérennité de la
réponse européenne, ainsi que de la façon dont Washington perçoit une
base industrielle européenne plus forte : un atout ou une menace
concurrentielle », analyse mercredi soir Alexandra de Hoop
Scheffer,
présidente du think tank transatlantique German Marshall Fund.
Au fond, c’est ce qui émerge de la courte déclaration – six paragraphes
– du sommet d’Ankara : « l’Otan de papa » a vécu.
Le sommet de Washington en 2024, le dernier du président Biden,
soulignait encore que l’Otan « demeure l’unique forum
transatlantique,
essentiel et indispensable, pour les consultations, la coordination et
l’action sur toutes les questions touchant à notre sécurité
individuelle et collective » – l’offensive lancée contre Téhéran a
illustré tout le contraire. A Ankara, les 32 Alliés ont acté la
transformation en cours de l’Otan. Avec des Européens et le Canada qui
« prennent une part de plus en plus grande dans la défense de
l’Alliance ».
Erdogan
a réservé un accueil impérial à Trump
Des guerriers ottomans en armure au palais de marbre de son hôte,
Donald Trump a reçu mardi en Turquie le type d'accueil qu'il
affectionne.
Les dirigeants du monde qui cherchent à séduire l'imprévisible Trump
ont compris que rien n'impressionne davantage le président américain de
80 ans qu'une arrivée impériale, en fanfare et fastueuse.
Son homologue turc Recep Tayyip Erdogan le sait, qui lui a réservé un
accueil à la hauteur de leur "bromance", pour son arrivée au sommet de
l'Otan à Ankara. Car les deux dirigeants vieillissants partagent le
même goût pour une architecture présidentielle fastueuse et un style de
gouvernement autocratique.
"Vous êtes un grand dirigeant" a lancé Donald Trump, manifestement
satisfait, alors qu'il était assis aux côtés d'Erdogan dans l'immense
complexe présidentiel de Bestepe, en lisière de la capitale. "Nous
avons une relation très particulière", a-t-il loué.
Le président Erdogan, 72 ans, est venu en personne accueillir son
homologue au pied de l'avion - le nouvel Air Force One offert par le
Qatar - lui prenant le bras à plusieurs reprises pour le conduire sur
un tapis d'apparat bleu azur.
- "le Palais blanc" -
Une escorte de cavaliers a ouvert ensuite la route déserte à la
limousine blindée de Donald Trump jusqu'au palais présidentiel, où il
était attendu par une garde d'honneur en uniformes rouges et bleus.
Et c'est au garde-à-vous qu'il s'est tenu pendant les hymnes nationaux,
tandis que passaient dans le ciel les chasseurs turcs, lâchant derrière
eux des panaches de fumée rouge, blanche et bleue.
Comme pour les hôtes de marque, une vingtaine de soldats moustachus
vêtus des armures et des uniformes traditionnels de l'armée ottomane
l'attendaient sur les marches du palais, connu comme le "Palais blanc",
inauguré en 2014.
L'immense complexe bâti sur une colline déboisée puise son inspiration
architecturale dans l'héritage ottoman et seldjoukide de la Turquie.
Son coût exorbitant et ses près de mille pièces, le luxe du marbre vert
d'Italie, les verres importés et les onyx des vastes halls avaient
poussé les critiques à le dénoncer comme le dernier caprice du "Reis"
Erdogan.
En revanche la démesure de l'édifice semble presque avoir été conçue
pour susciter la jalousie de Trump, qui ne cesse de s'extasier devant
les demeures opulentes des dirigeants étrangers qu'il visite.
Pour son deuxième mandat, l'ancien milliardaire de l'immobilier parait
de plus en plus obsédé par l'idée de transformer Washington selon son
idée d'une capitale impériale.
Il a ainsi démoli toute une aile de la Maison-Blanche pour y construire
à la place une immense salle de bal, prévoit un gigantesque arc de
triomphe, "l'Arc de Trump" et a lancé une vaste campagne de rénovation
des monuments de la capitale fédérale. (AFP, 7 juil 2026)
"Tout
ce maquillage n'est pas pour nous" : Ankara
se refait une beauté pour l'Otan
Sur la route de l'aéroport d'Ankara, des employés municipaux
travaillent sans relâche sous le soleil pour fleurir les bas-côtés et
masquer par des panneaux géants tout panorama indésirable, maisons
délabrées ou quartiers défavorisés.
Autant de travaux cosmétiques pour faire bonne impression auprès des
chefs d'Etat et délégations de 32 pays, dont le président américain
Donald Trump, attendus dans la capitale turque à partir de mardi pour
le sommet de l'Otan, dénoncent l'opposition et la population.
En raison des mesures de sécurité, plusieurs grands axes seront fermés
pendant les deux jours du sommet, contraignant habitants et commerçants
à limiter leurs déplacements et parfois à fermer temporairement leurs
boutiques.
Tout rassemblement ou manifestation a aussi été interdit à Ankara
depuis le 28 juin jusqu'à l'issue du sommet.
"Ankara est pratiquement devenue une prison à ciel ouvert. (...) Toute
la capitale est paralysée pour faciliter la circulation de quelques
cortèges officiels", a protesté le co-président du parti de
l'opposition prokurde DEM Tuncer Bakirhan.
"On parle même de fermer les parcs pour qu'un président puisse y
courir! Les habitants sont traités comme des indésirables dans leur
propre ville", a-t-il ajouté, reprenant la rumeur, pourtant démentie,
d'une fermeture de plusieurs parcs de la capitale supposément réservés
au jogging matinal du président français, Emmanuel Macron.
-Quartiers pauvres cachés-
Selon la presse turque, l'ensemble des préparatifs, y compris la
rénovation d'un aéroport militaire et la construction de nouvelles
routes, a coûté plus de 11 milliards de livres turques (plus de 205
millions d'euros).
Les autorités présentent ces travaux comme des investissements pérennes
destinés à moderniser les infrastructures de la capitale.
"C'est notre argent qui est dilapidé. On ne dépense pas pour nous ou
les quartiers pauvres, cachés derrière ces panneaux, mais pour les
présidents d'autres pays", s'insurge néanmoins Ümit Örkan, gérant d'une
supérette dont l'entrée est obstruée par des panneaux vantant le sommet
et les attractions touristiques d'Ankara.
"Nous, les commerçants, sommes dans une situation très difficile. Les
clients ne peuvent plus venir. Nous sommes obligés de fermer pendant
une semaine", se plaint M. Örkan.
"J'ai sept employés, une assurance, un loyer à payer. Mais aucune
indemnisation n'est prévue pour compenser la perte de revenus".
"Notre commerce repose sur sa visibilité. Les clients s'arrêtent en
voyant nos plantes. Ces panneaux ont réduit nos ventes de 95%",
renchérit le fleuriste Kadir Kokus.
"On n'y peut rien... On doit supporter ça pendant dix jours",
soupire-t-il, l'installation des panneaux géants ayant commencé fin
juin.
-Des loukoums dans les taxis-
La Fédération turque des chauffeurs de taxi en revanche saisit la balle
au bond: elle impose pantalon gris et chemise blanche aux conducteurs
et prévoit assaut d'amabilités pour les visiteurs.
"Nous offrirons à nos clients de l'eau, des loukoums et de l'eau de
Cologne pour témoigner de l'hospitalité turque", a annoncé le président
de la Fédération Mehmet Yiginer.
Autres nouveautés: pour la première fois, des policiers à cheval seront
en patrouille dans la capitale, les trous des chaussées sont bouchés,
les trottoirs repeints et les plaques d'égouts enfin ajustées au ras du
bitume.
Tous ces préparatifs génèrent quantités de plaisanteries sur les
réseaux sociaux: "Désormais si tu fais des efforts pour tes invités, on
te dira que tu accueilles l'OTAN" dit l'un. Un autre suggère aux salons
de beauté de proposer des "soins OTAN" à leurs clients.
"C'est bien tous ces efforts mais j'aurais voulu qu'ils le soient pour
nous et pas pour l'Otan", regrette Cem Özbek, gérant d'une pâtisserie
proche d'une avenue qui sera fermée pendant le sommet.
"Les routes interdites sont connues à l'avance, mais les itinéraires
alternatifs ne sont pas clairs. Nos clients, nos employés et les
fournisseurs auront du mal à venir ici. Les petites entreprises vont
beaucoup souffrir", craint-il.
De nombreux habitants préfèrent fuir la capitale: les train et les
avions au départ d'Ankara sont déjà pleins à l'approche du sommet.
"Je ne compte pas rester en ville. Beaucoup de lieux seront fermés, les
transports seront perturbés", indique Demir Balemir, jeune diplômé de
l'université.
"Tout ce maquillage n'est pas pour nous", déplore Sima, étudiante, qui
reprend une blague devenue virale sur les réseaux sociaux: "Si Macron
pouvait prendre les transports en commun, nous aurions peut-être enfin
la climatisation dans les bus!". (AFP, 3 juil 2026)
Relations
régionales / Regional Relations
Moscou et Ankara en contact au sujet de la revente
de systèmes antiaériens russes à un pays tiers
La Russie et la Turquie sont en contact au sujet de la revente possible
par Ankara d'encombrants systèmes de défense anti-missiles russes à un
pays tiers, qui nécessite l'accord de Moscou, a annoncé vendredi le
Kremlin.
"Nous avons eu des contacts avec la partie turque à ce sujet et nous
continuerons nos contacts avec la partie turque à ce sujet", a déclaré
le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, en réponse à une question de
l'AFP lors de son briefing quotidien.
"Je ne peux vous dire qu'une chose: il s'agit d'un sujet qui appartient
à la catégorie très sensible", a-t-il indiqué.
Selon les informations de l'éditorialiste turc Abdulkadir Selvi, parues
vendredi dans le quotidien Hurriyet Daily, réputé proche du pouvoir,
"les S-400 ont été vendus à un pays tiers", un "pays dans le Golfe".
La Turquie cherche à se débarrasser de ses systèmes de défense
anti-missiles achetés à la Russie en 2017 et pour lesquels elle a été
mise sous sanctions de la part du Congrès américain.
Cet achat a valu à Ankara d'être exclue du programme F-35 en 2019, la
privant d'avions de chasse déjà payés, et d'être soumise l'année
suivante à des sanctions CAATSA (une loi du Congrès) par les États-Unis.
La livraison de moteurs F110 pour le chasseur turc KAAN est également
entravée.
Participant au sommet de l'Otan à Ankara mardi et mercredi, le
président américain Donald Trump avait affirmé qu'il était d'accord
pour lever ces sanctions, mais que sa seule décision était insuffisante.
La Turquie doit d'abord se débarrasser des S-400 sur son sol, même
s'ils n'ont jamais été activés à d'autres fins que des tests.
Le consentement de la Russie est nécessaire pour une telle revente, la
Turquie ne disposant pas de licence de ré-exportation. (AFP, 10 juil
2026)
Un
attentat dans un café de Damas fait neuf
Un attentat à la bombe dans un café de Damas a fait neuf morts jeudi
selon les autorités syriennes qui s'efforcent de pacifier le pays après
plus de dix ans de guerre civile.
L'attaque, la plus sanglante depuis un attentat suicide contre une
église il y a un an, n'a pas été revendiquée à ce stade.
L'explosion est survenue dans un café situé près du Palais de justice,
dans un quartier très animé du centre de la capitale.
Elle a été provoquée par un engin explosif qui avait été déposé sur
place, a annoncé le général des forces de sécurité intérieure, Mohammad
Khit, à la télévision d'Etat.
Dans un dernier bilan, le ministère de la Santé a fait état de neuf
morts et 20 blessés.
Un correspondant de l'AFP a vu des ambulances se diriger vers le
secteur, sirènes hurlantes, au milieu de scènes de panique.
Les forces syriennes ont établi un cordon de sécurité autour du lieu de
l'explosion, dans une rue résidentielle et commerciale du coeur de
Damas.
"J'ai entendu une forte détonation vers 15h00 (12h00 GMT) et la
devanture de mon magasin a tremblé. Les gens se sont précipités vers le
café et ont commencé à appeler les secours", raconte à l'AFP Nawar
Khayyat, 40 ans, propriétaire d'une boutique de batteries pour panneaux
solaires située en face du Palais de justice.
- "Du sang partout" -
Autre témoin de la scène, Mohammad al-Dahabi, qui possède un
magasin d'optique proche du café, en tremble encore.
"J'ai couru vers les lieux et j'ai vu des personnes étendues sur le
sol, et du sang partout autour d'elles", dit-il. La scène lui a rappelé
"les explosions qu'a connues Damas" pendant la guerre civile, entre
2011 et 2024.
Accouru sur les lieux, le gouverneur de Damas, Maher Edelbi, a affirmé
qu'une enquête avait été ouverte.
"Si Dieu le veut, les responsables de cette effusion de sang seront
punis", a-t-il promis.
"A chaque fois que le pays connaît une période de stabilité, des
parties malveillantes tentent de le déstabiliser", a-t-il ajouté.
La prise du pouvoir par une coalition islamiste menée par Ahmad
al-Chareh, qui a renversé en décembre 2024 le président Bachar
al-Assad, avait mis fin à la guerre civile. Depuis, les autorités
s'emploient à réunifier le pays morcelé par le conflit et à rebâtir ses
institutions.
L'envoyé spécial adjoint des Nations unies pour la Syrie, Claudio
Cordone, a condamné l'attentat et présenté ses condoléances aux
familles des victimes.
"Quels qu'en soient les auteurs, ils doivent être traduits en justice",
a-t-il dit sur X.
L'Egypte, la Jordanie, le Qatar, l'Irak et la Turquie ont également
condamné l'attaque.
Cet attentat est le plus sanglant à Damas depuis celui qui a visé une
église en juin 2025, faisant 25 morts. Il avait été revendiqué par un
groupe fondamentaliste sunnite, tandis que les autorités en avaient
imputé la responsabilité au groupe jihadiste Etat islamique (EI).
Soutenue par Washington, la Syrie d'Ahmad al-Chareh a rejoint l'an
dernier la coalition internationale contre l'EI.
Le groupe jihadiste s'était emparé en 2014 de vastes territoires en
Syrie avant d'être défait en 2019 par les forces kurdes syriennes,
aidées par la coalition antijihadistes. Il conserve cependant des
cellules dormantes et a appelé à défier le pouvoir d'Ahmad al-Chareh.
La capitale a connu plusieurs incidents au cours des derniers mois. Le
19 mai, un soldat avait été tué dans l'explosion d'une voiture piégée.
(AFP, 2 juil 2026)
Chypre
et la Grèce / Cyprus and Greece
Le
président de la République turque de Chypre du Nord hospitalisé
Le président de de la République turque de Chypre du Nord (RTCN), Tufan
Erhurman, a été hospitalisé vendredi soir après être tombé malade, ont
annoncé les médias locaux.
M. Erhurman, qui assistait à un événement dans la vieille ville de
Nicosie, la capitale divisée de l'île de Chypre, a reçu des soins sur
place avant d'être transporté à l'hôpital en ambulance, selon le site
internet d'information Haber Kibris.
Dans un communiqué cité par Haber Kibris, le ministre de la Santé,
Hakan Dincyurek, a affirmé que les résultats de l'angiographie
pratiquée sur M. Erhurman étaient "normaux", qu'aucune pathologie
n'avait été détectée au niveau de l'artère principale et que son état
général était "bon".
M. Erhurman, qui a été élu en octobre à la tête de la RTCN, un
territoire séparatiste, pourrait rester hospitalisé jusqu'à ce que tous
les examens soient terminés, a-t-il ajouté.
Chypre est divisée depuis 1974, date à laquelle l'armée turque a
occupé le tiers nord de son territoire en réaction à un coup d'Etat
chypriote grec orchestré par Athènes, qui visait à l'unir à la Grèce.
Cette île se compose aujourd'hui de la RTCN, uniquement reconnue par
Ankara, et de la République de Chypre, reconnue internationalement.
Membre de l'Union européenne, cette dernière contrôle le sud, une zone
en majorité peuplée de Chypriotes grecs.
Contrairement à son prédécesseur, qui s'alignait sur la position turque
prônant deux Etats distincts à Chypre, M. Erhurman s'est dit favorable
à un Etat unique de nature fédérale. (AFP, 10 juil 2026)
Immigration
/ Migration
"Une torture": les Turcs dénoncent une
"crise des visas" Schengen
La foule patiente, d'énormes dossiers en main. Chacun vérifie une
dernière fois la liste des documents requis dans une anxiété palpable,
en attendant d'être appelé par le vigile.
"Enfin!", s'écrie Güney Hazan, qui tombe à genoux en ouvrant son
passeport, dans ce centre commercial d'Istanbul qui abrite trois étages
de bureaux de demandes de visa.
L'étudiant de 19 ans vient d'obtenir le graal lui ouvrant la porte d'un
échange universitaire en Allemagne. "Même si tous mes documents étaient
en ordre, j'attendais le résultat avec angoisse", confie-t-il à l'AFP.
"C'est devenu une torture. On a l'impression d'être des citoyens de
troisième classe. A la fin, ça abîme les gens", regrette un peu plus
loin une serveuse de 25 ans qui préfère ne pas être nommée, par crainte
d'un rejet de sa demande de visa pour la France.
"J'ai eu par le passé un visa de cinq ans, ensuite ça a été deux ans et
avec deux refus sans motif entretemps", poursuit-elle.
Pour l'amie qui l'accompagne, c'est "à cause de la conjoncture en
Turquie qu'il est devenu aussi difficile d'avoir un visa depuis trois
ou quatre ans".
"Comme l'Europe n'apprécie pas la politique de la Turquie, elle ne veut
pas non plus de ses citoyens", assure-t-elle, elle aussi sous couvert
d'anonymat.
- "Risque migratoire" -
La "crise des visas", comme la qualifie la presse turque, crée un
sentiment de frustration dans la population.
Selon les données publiées par la Commission européenne, sur 1,25
million de demandes de visas pour l'espace Schengen (29 pays,
majoritairement membres de l'UE) déposées en Turquie en 2025, 1,07
million ont été approuvées.
Mais l'augmentation des demandes ces dernières années (906.000 en 2019)
s'est accompagnée d'une hausse du taux de refus, passé de 9,7% en 2019
à 14,6% en 2025.
Par comparaison, seules 4% des demandes de visa Schengen émanant de la
Chine, premier pays demandeur devant la Turquie, ont été refusées l'an
passé.
"Avec la crise économique persistante, les profils des demandeurs de
visas ont changé. Certaines personnes n'obtiennent pas de visas parce
que leur situation économique s'est dégradée, alors que nos critères
restent les mêmes", explique à l'AFP une source à l'ambassade de France
à Ankara.
Pour un visa touristique Schengen, il faut disposer sur son compte en
banque d'un minimum de 2.800 euros depuis trois mois, soit plus de cinq
fois le salaire minimum turc.
En outre, en 2025, les ressortissants turcs figuraient au cinquième
rang des demandeurs d'asile en Europe, selon l'UE.
Cette réalité "conduit les États de la zone Schengen à appliquer
strictement les critères et surtout à vérifier de près le risque
migratoire", poursuit cette source.
Le ministère allemand des Affaires étrangères souligne par ailleurs
qu'une libéralisation du régime des visas ne sera possible qu'une fois
qu'Ankara aura "mis en oeuvre les réformes nécessaires exigées par
l'UE".
Or, la Turquie ne remplit pas certains des soixante-douze critères de
l'Union, qui juge notamment sa loi antiterroriste "abusive".
- "Marché noir" -
Trouver un créneau de rendez-vous pour déposer sa demande de visa
relève aussi du casse-tête.
"On peut attendre près d'un an. Moi, je suis resté deux mois sur liste
d'attente sans savoir quand j'obtiendrai une réponse", confie un
étudiant de 22 ans, impatient d'entamer un stage en génie informatique
en Allemagne.
Cette pénurie s'explique par la prolifération d'agences qui se jettent
sur les créneaux mis en ligne par les prestataires. Ces intermédiaires,
mandatés par les consulats, sont chargés de recueillir les dossiers et
de gérer les rendez-vous en fonction des quotas définis par les Etats.
"Lorsque le système de rendez-vous est ouvert, il est immédiatement
saturé par des bots. Des rendez?vous sont vendus au marché noir à des
prix exorbitants, jusqu'à 300, 500, voire 1.000 euros en cas
d'urgence", explique Hamit Kuk, un responsable de l'association des
agences de voyage turques (Türsab).
"C'est un peu comme un jeu de hasard. On a lancé les dés et on verra",
soupire la jeune serveuse en rangeant sa pile de documents avec
résignation, prête à recommencer si besoin. (AFP, 30 juin 2026)
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